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Le créneau de Saint Pierre (II)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

II

 

                             Pendant que, frémissant au vent mauvais qui laissait deviner l’orage, Saint Pierre scrutait ardûment l’horizon sans fond, lourd et très bas, de la plaine pénéplaine, Louis Deux de Bavière, dans la cour intérieure, au pied des remparts, tournait à quatre pattes en rond, comme un ours en cage, sans mot dire ni maudire, certes, les yeux perdus dans la contemplation intime d’une pente ontologique fortement transcendantale.

                             « L’orage se prépare ! » lança Saint Pierre en serrant les mâchoires.

                             - Il faut s’armer de courage, murmura-t-il. Je vais de ce pas revêtir ma cotte de mailles et mon casque de fer. »

                           Sa voix, devenue rauque, trahissait l’extrême frontalisation de sa pensée, forcée par une détermination formidable. Un poste de garde se trouvait à deux escaliers, sur sa droite. Il s’y précipita donc avec dextérité. Ce faisant, il jeta un coup d’œil quelque peu anxieux à son acolyte qui, assis par terre, se mettait, selon sa plus précieuse habitude, à baver d’allégresse.

                             « Prout ! dit celui-ci.

                             - Pardon ? fit Saint Pierre, s’arrêtant net.

                             - Non, dit Louis Deux, c’est pas à vous de dire pardon, voyons, puisque j’ai fait prout. »

                             Cette fois, Saint Pierre s’encramoisit d’une seule flambée. Il croisa les bras, foudroyant du regard celui, toujours hagard, de Louis Deux. Puis il lui dit d’une voix de stentor :

                             « Ecoutez, Louis Deux ! Vos foutreries commencent à m’user au plus haut point, et je ne plaisante assurément pas ! Vous parliez de lobotomie, tout à l’heure. Prenez garde que de mon estoc je pratique exactement l’inverse en me débarrassant définitivement de votre exécrable compagnie. Ce serait pour moi la solution idéale... »

                             Interloqué, Louis Deux, qui d’abord feignit de n’avoir point entendu, se leva de toute sa taille. Saint Pierre vit alors devant lui un géant...

                             « ...de 95%, avait commencé à dire Louis Deux. Vous rendez-vous compte que sans moi vous ne seriez rien, complètement désorienté, petite machine fonctionnant à vide ? Vous n’avez pas même l’idée de ce qu’est la vie !

                             - Vous croyez cela, hein ? rétorqua Saint Pierre, goguenard. Si petit que je sois, avec seulement 5% du château, je me défendrais mieux que traînant votre sinistre présence, ô mortel boulet, lourde carapace de dinosaure ! Vous êtes au château ce qu’est sa queue au reptile : un encombrement !

                             - Voire! Saurien vous-même! Sauriez-vous seulement ce qu’est le chant d’un oiseau ? poursuivait l’autre. Pourriez-vous encore distinguer l’eau pour étancher votre soif ? Vous ne seriez plus qu’une statue de sel !...

                             - Supprimez-moi, reprit-il, menaçant, et le château s’écroulera sur vous !

                             - Alors obéissez-moi, à la fin, sacré nom de Dieu ! » hurla Saint Pierre en trépignant.

                             A peine eut-il prononcé le nom de Dieu que s’écrasa la foudre devant lui, détruisant collatéralement un beau mâchicoulis de tendre grès rose.

                             « Ca suffit ! rugit-il en levant la tête vers les nues. Toi, là-haut, jeteur de sort, tu ne me fais pas peur ! »

                             S’abattit alors sur le château une pluie de grêle ferrugineuse. Saint Pierre resta planté là, fronçant les sourcils, bombant la poitrine, résolu jusque dans le plus négligeable de ses neurones. Debout sur le créneau, il avait fière allure.

                             Derrière lui, en contrebas, Louis Deux le contemplait d’un air dubitatif. Ni l’un ni l’autre ne sentit le moindre grêlon l’effleurer. De guerre lasse, l’averse cessa. Et lorsque Saint Pierre voulut bravement constater les dégâts, il découvrit, non sans stupéfaction quelqu’une, que pas la moindre pierre de taille n’avait été éraflée.

                             Saint Pierre aussitôt remonta - plus altier ne se peut - sur son créneau.

                             « Ah ! Vous voyez ! » lança-t-il avec tant d’orgueilleuse satisfaction que, pour un temps, les noires nuées qui ceignaient le château se dissipèrent d’un coup.

                             « A force de planter le héros, vous vous attirerez la foudre ! commenta négligemment Louis Deux de Bavière.

                             - Ah vous vous foutez de moi, hein ? » s’écria Saint Pierre.

                             Louis Deux n’eut que le temps d’avaler (douloureusement) sa salive et reçut un puissant jet d’eau en pleine figure, ce dont il ne saisit goutte.

                             « Tenez ! hurlait Saint Pierre. Lavez avec ça votre museau lugubre ! Sitôt fait, je vous passerai aux électrochocs ! Et dès que j’aurai la paix, je n’en dirigerai que mieux à ma guise les opérations futures, pas vrai ?

                             - Mais enfin, Saint Pierre ! protesta Louis Deux entre deux crachouillis et trois étouffements. Pourquoi avez-vous peur de moi ? »

Posté(e)
il y a 5 minutes, Thy Jeanin a écrit :

Je vais de ce pas revêtir ma cotte de mailles

malgré cela, il aura toujours maille à partir avec les crottes de Louis Deux qui devrait arrêter le cassoulet, fût-il de Bavière. 

Posté(e)

En jouant avec l'eau sous l'orage, je crains que Saint Pierre finisse par avoir les cheveux dressés sur la tête après une bonne électrocution.... Mais chuttt, attendons la suite!

🙂

Posté(e)
  • Semeur d’échos

En quelques mots: le château, un asile psychiatrique et deux aliénés, l’un qui se prend pour Louis II de Bavière (à moins que ce soit lui) et l’autre pour Saint-Pierre (un cas plus délicat).

Le professeur Charcot tient là deux patients intéressants.

Je vois un signe dans le fait d’écrire ses lignes à quelques mètres du rempart avec créneaux et mâchicoulis au niveau de la porte Saint-Pierre à Saint-Malo d’où, incidemment, était parti le Pourquoi-Pas commandé par Jean-Baptiste, fils du Professeur. 
Suis-je devenu fou?

 

 

Posté(e)

Ils sont grave allumés du crâne, les deux pépères...

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🕷️

Posté(e)

Je me suis crue en train de voler au-dessus d’un nid de coucous 

et saint Pierre ressemblait à miss Ratched …😵

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