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Conversations avec le capitaine (2)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

"Moi, moi et moi!"
(Maeterlinck, Pelléas et Mélisande)


Le signataire de ces lignes vous salue bien bas. Vous aurez cru prendre connaissance, bien sûr, de son identité affichée. Or, quelle considération accordez-vous à un pseudonyme? Au diable le formalisme identitaire! Je suis, tout comme vous, le résultat d'une bien complexe chimie cérébrale dont je ne suis pas convaincu -prenez-en de la graine- qu'elle soit parfaitement cohérente! En conséquence de quoi il me plaît de changer de nom quand bon me semble. Eh diantre! Peut-être suis-je un dangereux schizophrène?

Tristan, si vous le voulez bien -car ce nom auréolé d'une sombre gloire me donne de l'allant pour rejoindre le souvenir mouillé d'un printemps aux miroirs saisissants-, c'est l'identité que je m'octroyai en vue de m'inscrire à l'apprentissage du métier de batelier, dans mon jeune âge.

A dix-sept ans (car je n'ai pas changé d'âge et ne compte pas en changer), en effet, mon rêve était de devenir batelier de la Volga. Cette étrange fixation apparut à la lecture de feu Fiodor Dostoievski et de l'écoute passionnée des trois dernières symphonies de non moins feu Piotr Illitch Tchaïkowski. Ces objets d'une vénération fort épuisante à la vérité, me plongeaient dans un tel émoi que j'en venais immanquablement à l'angoissante question qui hante tout adolescent par trop porté au romantisme:
"Et moi et moi et moi?"
Question lancinante à laquelle seule l'ironie d'un Dutronc m'a aidé à trouver un début de réponse. Encore cela n'a-t-il pas été sans mal. Je vous ferai grâce du cheminement laborieux des questionnements métaphysiques qui me prenaient au lever et ne me laissaient, pantois, qu'à la nuit noire. Je vous dirai simplement que, pour hâter mon initiation philosophique et dynamiser mon esprit quelque peu enclin à la paresse -et mieux pénétrer ce monde russe qui fascinait mon imagination, j'en vins résolument et méthodiquement à faire mes premières armes dans la vodka. Ravi de cette proximité métaphorico-paronymique et conscient du caractère polysémique et affectif de toute navigation, je me jugeai, fort immodestement, en bonne voie pour appareiller en vue du havre où met son pied le génie.
Cependant, comme quiconque dans ce cas, je mesurai le risque, à fréquenter d'aussi troubles eaux, de boire la tasse. Me retrouvant bientôt pris au filet de la boisson, je déchantai et ramai pour échapper au torrent mugissant de la divagation.
Ne sachant comment éviter le naufrage, je me mis à fumer. Cigares d'Afrique et de Havane, pipes bourrées de tabac hollandais ou cigarettes blondes américaines en tous genres. J'en devins si fumeux qu'aujourd'hui encore, j'inspire une profonde terreur au pompier passant.
De fil en aiguille, de vodka en houka, je finis par devenir un parfait fumiste, ce dont vous voudrez bien ne pas vous gausser, s'il vous plaît.
Du reste, sombrant dans la glauque agitation du navigateur en perdition, je n'avais plus un poil de sec. Tabac et vodka ne me semblèrent guère plus que pétards mouillés. Mon enthousiasme était en cendres.

C'est ainsi que je rencontrai le capitaine. Il était revenu, lui, maître des éléments aquatiques de toutes natures, y compris métaphoriques.
Vous avez pu en amont en constater la véracité, et si vous ne m'en croyez pas davantage, c'est que vous êtes bien impertinent.
"Tristan, tu n'es qu'un apprenti saint Brendan, commença-t-il par déclarer. Si tu veux naviguer loin, il faut choisir des mers plus saines! Laisse ton Modeste Moussorgski agoniser dans son lac éthylique ou je te prédis l'avenir martyre d'un Soljénytsine de la toxine!
-Vrai, hasardai-je, me voici en rade dans le port du Léningrad assiégé de Chostakovitch!"
Il hocha la tête:
"Chasse ces chimères. Ce sont les nuages de ton déluge. Prends de courageuses résolutions. Tristan, il te faut à présent contre-attaquer.
-Combattre! C'est cela! clamai-je. Cesser de rêver et passer aux actes! Sus à l'aliénation! Repoussons hardiment l'envahisseur! A bas la bassesse!..."
Et toute cette sorte de choses.
Une nuit entière, je tins bon face à l'agresseur, -une fort tentante bouteille de Libowic récemment offerte par un ami voyageur, et qui avait pour la circonstance sournoisement revêtu la belle apparence du cristal de Bohême, joignant à celui du goût le piège de l'oeil.
Le lendemain, je fumai une cartouche entière de cigarillos de Virginie, dont le taux de nicotine, narquoisement, avait été omis des indications d'usage.
Alors, je pourfendis le tabac, le blond, le brun, le mentholé, avec ou sans filtre, une longue journée durant. J'arrivai, au soir, vaillant, dans le plus proche bureau de tabac, traversé de désirs avant-coureurs des frustrations. La dépendance me tenaillait, la physiologique à droite, la comportementale à gauche. Brillaient entre leurs doigts de sorcières de beaux paquets dorés, immaculés ou de feu, cerclés de liserés de platine, telles de perverses danseuses. Première faiblesse au choc de la mêlée: j'achetais des allumettes -puis je m'enfuyais en courant sous les yeux du buraliste ahuri et rentrais dans ma coquille, étonné d'être sain et sauf.
Le lendemain, je m'inondais du meilleur whisky d'Ecosse.
Désemparé, je sollicitais à nouveau le capitaine. Il était dans un bon jour et me dit simplement ceci:
"A partir du moment où tu as voulu cette lutte, tu l'as gagnée d'avance. Ce n'est qu'une question de temps."
J'ai trouvé cela très fort.
"Si l'issue est certaine, me dis-je, jouons serré afin d'économiser notre énergie pour les stratégies à venir: de l'horizon varié de la connerie humaine, je sens monter des périls bien pires!"
Je décidai donc d'en finir avec cette guéguerre. Pour ce faire, je délibérai en toute démocratie. Las, l'assemblée de mon surmoi et la bande du ça ne se mirent nullement d'accord.
Aussi passai-je outre, très dictatorialement. Je m'investis de tout pouvoir, m'autoproclamai souverain en mon royaume, pape en mon église, charbonnier maître chez lui, etc., et dissous enfin cette encombrante et laborieuse schizophrénie que j'avais trouvée séduisante parce que très-romantique. En grande pompe, Tristan fut condamné aux oubliettes à perpétuité.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je me présente: Yseult en cours de transition (je me trouvais triste en Bernard, bien qu’Alphonse allait), cherche Tristan désespérément.

Posté(e)

... "Souvent l'Air orageux traverse mon dessein,
L'Onde s'enfle à tous coups pour me crever le sein
Je dois craindre le Feu, mais beaucoup plus la Terre ..."

(Tristan Lhermite - le navire)

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