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L'absence (3)

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Posté(e)
  • Administrateur

Quand le mantra du souvenir est par trop pressant, que je me sens devenir ce poisson rouge tournant toute la journée dans son bocal, j’enfile un manteau et vais me réfugier dans mon repaire, ce lieu que je fréquente en toute discrétion.  À l’exception d’une personne bien particulière, nul dans mon entourage n’est au courant de cette cachette. Elle est ma cabane de gosse au fond de mon jardin secret. Je l’ai toujours connu sous le nom de « La licorne ». Le choix d’un tel nom pour un bordel ne manque pas de saveur.  Si cette créature fantastique représente dans l'iconographie chrétienne la Vierge fécondée par l'Esprit saint, symbole de la virginité et de la fécondité spirituelle, sa corne peut aussi se comparer à une verge frontale. Situé dans une rue perpendiculaire à l’avenue de Wagram, l’établissement n’offre qu’une vitrine au verre opaque en guise de devanture, un lampadaire rococo au-dessus d’une porte d’entrée agrémentée d’un œil de bœuf et d’un heurtoir ouvragé représentant une sirène en bronze dont la queue repliée tient fermement l’anneau. Le nom lui-même ne figure pas sur la façade. Si « La licorne » n’ouvre officiellement qu’en début de soirée, j’ai le rare privilège de me voir autoriser l’accès à tout moment de la journée. Ce passe-droit m’a été accordé par la tenancière des lieux après de longues nuits passées accoudé au bar à converser avec elle. Deux êtres amochés par la vie se rencontrant dans leur solitude alcoolisée respective finissent toujours par s’épancher, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur. Avec Isabelle, ce fut pour le meilleur.

 

Isabelle… La Causette de Victor Hugo et le David Copperfield de Charles Dickens réunis. Isabelle, c’est une gueule cassée de la vie, mais une belle gueule cassée, qui ne s’en laisse pas conter malgré les trous béants qu’ont laissés dans son existence un père toxico, une mère alcoolique, un mari violent puis des hommes toujours de passage qui avaient pour habitude de payer cash en donnant de leur personne. Si elle devait un jour remplir un constat avec son destin, toutes les croix seraient pour ce dernier.  Elle m’est si semblable dans ses différences.  Nos parcours n’étaient pas appelés à se croiser, mais ils se sont finalement trouvés dans le morne pays de la mélancolie. Tout comme moi, Isabelle tente d’échapper à son propre mantra. Et tout comme moi aussi, elle n’y parvient pas. Ses yeux sont mon propre miroir. Quand elle pleure, je vois le sang de ma propre souffrance. Quand nous faisons l’amour, sa jouissance est aussi fictive que le sont mes propres râles.

 

N’ayant jamais été la princesse de quiconque, c’est dans une sorte de revanche qu’elle a choisi d’être la reine de son propre royaume. Sous ses ordres, une dizaine de femmes qu’elle couve autant de sa sévérité que de son affection. Elle veille à ce que ses filles ne se perdent pas dans les marques d’affection temporaires que peuvent leur témoigner les clients de passage. Les bouteilles de champagne qu’ils leur offrent ne sont que des consommations en forme d’apéritif. Les véritables consommations, ce sont elles. Savoir que jamais elles ne seront des princesses d’une nuit, c’est assumer leur statut de putain d’un simple coup et préserver leur fierté. Ainsi, tous les soirs à l’exception du jour de Noël, le même spectacle se joue à « La licorne ». Des hommes de tous horizons, de tous styles et de tous âges défilent la nuit. Certains viennent juste s’encanailler ou enterrer une vie de jeune garçon, d’autres recherchent juste une oreille attentive, mais au final, pour la grande majorité, la prestation tarifiée, comme il d’usage de désigner pudiquement une simple passe, est le point d’orgue de ces rencontres désabusées.

 

Là-bas, je n’ai jamais couché qu’avec Isabelle. J’offre souvent des coupes de champagne à ses filles, mais il m’est impossible d’aller plus loin. M’imaginer en train de baiser l’une d’entre elles à la va-vite sur une des banquettes des alcôves est inconcevable. Isabelle ne m’en voudrait pas. Elle n’a jamais considéré l’amour charnel comme exclusif et encore moins les hommes comme un parangon de vertu et de fidélité. Que je puisse passer la nuit avec elle un soir et le lendemain, m’offrir les services de l’une de ses filles dans son propre établissement n’aurait pas été un problème. Mais aussi paradoxal que cela puisse être pour un homme fréquentant un bordel, je n’ai jamais aimé le badinage et attache une valeur certaine à la notion de fidélité en amour, que d’aucuns jugeraient dépassée.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La Licorne ou le mantra gore d'Isabelle: autre titre possible...?

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