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Conversations avec le capitaine (1)

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Posté(e)
  • Semeur d’échos


Ce soir-là, avec le cap'taine, on était si contents qu'on a sorti d'un coffre une bouteille de champagne. Puis on a regardé les étoiles en se demandant laquelle de ces dames on inviterait.
"Capitaine, dis-je, laissez-moi vous raconter une histoire...

"Capitaine, je disais donc..."


Le capitaine était noyé dans ses bulles. Cet homme n'a pas son pareil pour fausser compagnie.
Comment pilote-t-on cet appareil? Je m'avançai dans la cabine. Le manche à balai avait l'air immobile. Les compas et autres voyants lumineux me semblaient fort sages. Levant les yeux, accoudé au dossier du pilote, je me perdis vite dans la contemplation, à travers le vitrage du cockpit, d'une immensité nébuleuse qui ressemblait à une mer sidérale.
"Mais non, mon grand! C'est un nuage galactique! fit le capitaine, revenu à lui. Ah! jeunesse, jeunesse! soupira-t-il.
-Que faisiez-vous au temps de la vôtre, capitaine?
-Oh! tant de choses... je fus ainsi conchyliculteur dans une charmante baie de la côte océane, entre deux rochers surplombant un petit bourg blanc en presqu'île...
-Et les affaires?
-Elles allaient non sans quelque bonheur... Mais je m'entêtai à chercher une ostréicultrice dont je fusse le principal fond de commerce... Cela me mena à Pigalle, maugréa-t-il.
-Oh!... Cela ne vous aura pas causé trop de... comment dirai-je... de sentiment de culpabilité?"
Il hocha la tête:
"J'allais très souvent à confesse."

Nous regardâmes l'épais matelas de matière magmatique qui tournoyait interminablement autour de nous. Il n'était pas aisé de dire si nous avancions vraiment. Les indicateurs du tableau de bord, de toute évidence, n'avaient pas été conçus pour un tel périple cosmique.
"Vrai, nous n'aurons pas l'heur de converser avec les hôtesses de notre Voie Lactée, déplora le capitaine. Quel dommage! Ces beautés!
-Mais après Pigalle, capitaine, dites-moi, -si vous y consentez."

Il se cala dans son fauteuil, aux commandes, esquissant des mouvements d'étirement des bras et des jambes, et parut tout à fait détendu.
"Eh bien, pour connaître le monde, répondit-il, que je voulais intégralement embrasser, j'avais cru fructueux de m'adresser à un être d'une habileté hors du commun: un ange.
-Un ange, dites-vous?
-Oui. Je désirais qu'il m'aidât à tout comprendre d'un seul coup, en perdant le moins de temps possible, -sachant la jeunesse fugace, n'est-ce pas!... mais je n'ai pas eu de veine, fiston! je suis tombé sur un drôle de specimen! Un vrai branquignol, cet ange! Rien de ce qu'il me donnait à voir ne correspondait à la réalité. Tout cela relevait de la plus fantaisiste abstraction. Il n'y avait rien à vérifier, dans ce galimatias de révélations à axiomes insaisissables. Je n'ai donc vu que pouic! Ce qui est très gênant lorsqu'on se destine à la navigation.
-J'en conviens volontiers.
-Après avoir gâché ma précieuse jeunesse à tenter, avec ou sans cet auguste semi-plumé, de ramener le monde, la vie, l'être à un système unique et universel, j'ai compris enfin qu'il y aurait toujours quelque part une frontière que, même par le plus solide raisonnement, voire la plus subtile herméneutique, je ne franchirais pas. C'est sûr: je n'atteindrai jamais le bout de l'univers, quand bien même l'on me dispenserait, par je ne sais quel coup de baguette magique, de traverser l'Achéron... Or, vois-tu, il est moins facile de tenir la barre, quand on ne peut pas faire le tour des choses."

Comme il se taisait, de violents remous secouèrent l'appareil. Scrutant par les hublots les amas informes qui bouillonnaient à l'entour, je constatai avec inquiétude qu'une nuit totale se développait, percée par moments de bourgeonnements violacés à peine perceptibles, comme si l'invisible le disputait au visible.
Le capitaine ne semblait pas concerné. Il avait repris un air buté et concassait entre ses dents je ne sais quelle quintessence de l'amertume.
Je l'entendis murmurer:
"D’abord, on est bagnard, vissé à des manques, des désirs, des enjeux, tenu de gagner... Puis on se retrouve épave, se traînant, morose et délétère, vers le néant...
-Et la tendresse, cap'?" ajoutai-je, désireux d'améliorer la conjoncture.
La réponse fut cinglante:
"La tendresse? Excuse-moi, gamin, y a trop longtemps -oh là oh!- que je marine pour me rappeler le sens de ce mot!"

Toutes les lumières s'éteignirent d'un coup. L'avion vibrait intensément. Le doux ronronnement de son moteur s'était métamorphosé en cacophonie furieuse.
"Ce n'est pas encore aujourd'hui que nous aurons la lumière du dimanche!"
Il avait lancé cela en insistant, mystérieux, sur le dernier mot. Ses yeux exorbités fixaient l'inconnu, droit devant eux.
A présent, un vent déphasant, glacial, pénétrait la carlingue, je ne sais par où, de tous côtés. C'était un vacarme de tous les diables, à crever les tympans.
"Cherche où se trouve la barre de ce vaisseau, hurlait le capitaine, loin des cales et des coups de butoir de l'océan contingence!
-Mais capitaine, nous n'y sommes plus!"
Délirait-il?
"Il n'y a plus... référer... pape."
La brume s'insinuait à son tour, laissant en suspens tous nos repères.
Je ne pus qu'attraper au vol un dernier marmonnement:
"...faire sa fête à l'ankou!"
Après quoi, je ne sais plus trop...
Nous errions à travers un amas stellaire, au demeurant fort harmonieux, où la lumière se jouait sur la gamme entière de son spectre. C'était un drôle de nulle part. Il s'y trouvait des âmes perdues, en peine de je ne sais quoi. Chacune regagnait sa chambre à coucher, numérotée, dans un hôtel éthéré. Des êtres, parés de blanches intentions, sortaient des limbes pour nous préparer des linges immaculés. Nous étions comme délivrés par une suspension indéfinie du temps.

"Ca, c'est ce que tu crois!"
Ce fut la seule parole du capitaine.

Béait là, dans les parages, quelque goulu trou noir dont nous nous méfiions avec une sourde angoisse. Lorsque nous aperçûmes, entre deux bras spiraux, l'ombre de Pluton, nous pûmes enfin conjecturer quelque repérage grossier et, moyennant des réparations de hâte, repartir dans une direction relativement nette, non sans avoir remercié de leur glauque sollicitude, nos hôtes.

Quel soulagement: mon capitaine était toujours là. je le vis tranquillement assis dans son cockpit. Ses cheveux étaient devenus tout blancs.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce texte m’a évoqué, par son délire cosmique, le livre culte de Douglas Adams , The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy.

Posté(e)

De tous les capitaines, mon préféré est Haddock. Alors mille millions de mille sabords, c'est avec son image que j'ai entamé la lecture de cette histoire. Mais je m'aperçus très vite que ce cap'taine là était un autre ... La suite me le dira 😉 

Posté(e)

Curieusement, j’ai décelé un point commun, voire plusieurs (  certainement provisoires) avec le récit de @Eathanor. qui pourtant n’a rien à voir :

- les dames 

- le champagne 

- le bordel représentė ici par la galaxie 


mais j’ai certainement l’esprit mal tourné😁 

 

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