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L'héritage (3)

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Posté(e)

 

 

Chapitre 3 : le troisième jour

 

Le troisième jour disputait encore à la nuit des zones d'ombre quand Balthazar s'éveilla.

Il s'ébroua en même temps que le chien et se leva, plia son carton proprement dans un coin.

Il était temps de visiter les lieux.

Il pensait à tous ces escaliers qu'il lui faudrait probablement gravir pour aller aux étages, mais chose étrange, ils avaient disparu j'ai dû rêver se dit-il et il en fut bien content car il n'aimait pas trop les degrés, sauf dans ses bouteilles vermeilles de sang de vigne.

A côté de la grande salle, il découvrit une immense cuisine où s'affairait une lointaine cousine qu'il n'avait plus vue depuis des lustres et qui n'avait rien à envier, par ailleurs, au lustre : aussi imposante que lui et tout autant couverte de breloques lumineuses.

Sans même se retourner, elle lui dit « tu as faim, Balthazar ? » et sans attendre la réponse, lui servit un grand bol de café avec de la crème, du pain grillé et de la confiture.

Il ne se fit pas prier et dévora le tout sans en laisser la moindre miette.

A sa grande surprise, levant de ce festin la tête, il s'aperçut qu'ils n'étaient pas seuls ; la table était immense et il compta quinze bols et quinze bouches.

« Bienvenue parmi nous », lui dit sa cousine et tous répétèrent en chœur « Bienvenue, Balthazar »

Tous les membres de sa famille était là au grand complet. Vêtus de draps blancs.

Son frère qui lui avait tant manqué depuis un jour fatal de mai où sa moto avait fini sa course dans un mur lui souriait, sa petite sœur refoulée depuis toujours dans sa mémoire pour ne plus avoir cette douleur dans le ventre, la reine avec son incroyable chignon qui était partie et le roi à barbe grise, qui l'avait suivie peu après tant son absence l'avait anéanti, ils sont tous là autour de la mamma.*

Et tous ces cousins d'enfance, les batailles de coussins l'été dans les chambres de l'innocence ; tout lui revient,  et puis toutes ces années d'errance, ces ponts impassibles et froids, le goût amer de sa vie ; quelqu'un lui avait dit qu'avant de rendre l'âme tout se revit en amalgame, sur des rapides où se cassent les rames …

 

Et il comprit soudain qu'il était mort et les avait rejoints dans le caveau ; c'était un drôle de château tout de même, éternel celui-là ; il y faisait frais et doux comme un soir d'été sur le Ventoux.*, liquoreux comme un sirop pour la toux, dans les dentelles de Montmirail, les gorges de la Nesque et le pays de Sault et son cœur eut un soubresaut.

l'idée le traversa d'aller chercher son carton et son baluchon, de déboucher toutes les bouteilles de Beaujolais et de boire avec eux, jusqu'à tituber et tomber, tant qu'à tomber autant être ivre mort ; dans leurs bras.

Le chien, compatissant, vint lui lécher la main.

« Je reprendrai bien un peu de ton excellent café, dit-il à sa cousine.

Et il sourit.

La vie est vraiment très drôle, se dit-il et, perdant de son corps tout contrôle, il s'aperçut qu'il était couvert d'un drap blanc et qu'il avait des chaînes aux pieds.

Il n'en fut pas mécontent, il en avait toujours rêvé.

Au moins, ici , je ne serai plus seul, se dit-il.

Il serra plus fort contre lui son linceul et fit un dernier signe de croix.

La mort est drôle, il l'avait toujours su.

Il rit.


 

Ce soir, dans la grande salle où j'écris, au-dessus de la crypte, je suis un peu triste de voir dans un coin le carton plié de Balthazar et neuf bouteilles de Beaujolais qui brillent sous la lune en grenats de fortune, que personne ne boira.

Le roi à barbe bien grise, aux fleurs fanées, au pardessus râpé, m'a suppliée de ne pas en dire plus ; il me tend un sachet avec des points de suspension, un point d'interrogation et un point final.

La fin est inéluctable : un clair de lune pointe son nez sur le bout de la table, et la nuit vient remplir mes encriers.

Nul ne sait ce que c'est que d'écrire pour des fantômes, il ne faut pas leur faire de la peine, ils en ont déjà bien assez.

La vie est drôle, vous savez.

(joailes – avril 2023)


 

* mamma : en italien dans le texte : maman

* le Ventoux :  sommet situé dans le département du Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, où Balthazar est né.


 

 

Posté(e)

Toujours aussi fluide avec ces petits traits d’esprit fins et bien amenés. Réunion de famille spectrale qui apporte au texte un côté fantastique au récit. J’ai songé à L’Aventure de Madame Muir, merveilleux film que je recommande chaudement, et en finissant ce chapitre, une unique pensée m’est venue : J’en voudrais encore. J’ai le sentiment (j’ose le tutoiement) que tu tiens une très bonne histoire !

 

Hélo de Hurlevent

Posté(e)
  • Auteur

Allô Hélo tu cites là un film que j'ai vu il y a fort longtemps et qui, en effet, est magnifique pour les amateurs de fantastique, mais pas que. Las ! Mon histoire est terminée, j'ai choisi le point final dans le sachet que m'a tendu le roi à barbe grise. Ne hurle pas dans le vent, j'écrirai autre chose ... et ô oui tutoie-moi donc, pas de trémolo entre nous, Hélo 🙂 !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Cohérent quoique inattendu. Et fluide, comme il vient d'être dit: je vois cette famille de draps blancs flotter dans le temps. Etoile toute proprette! Continue à tremper ta plume dans l'encrier de la nuit...

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