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L'héritage (2)

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Posté(e)

Chapitre 2 : l'héritage

 

Balthazar secoue ses puces, comme aux marchés, son estomac fait des montagnes russes ; il a relu tout Nostradamus et échangé son stradivarius contre dix bouteilles de Beaujolais pour voir venir.

Il est à peine six heures du matin, le train s'arrête, peu sensible aux horaires et sans pitié pour les correspondances.

Il attrape son baluchon, fait un signe de croix et dans le givre s'élance.

C'est là qu'il descend, c'est là qu'il va lui falloir monter.

Il est seul, jusqu'ici tout va bien, ça ne le change guère de sa misère ; les autres passagers ont disparu dans la nuit tout au long des étapes et le train pousse un cri de soulagement ; il semble s'affaisser sur les rails surchauffés, il se sent sans doute un peu minus dans ce drôle de terminus, comme moi …

Tout en haut de la colline, les tourelles d'un château se dessinent dans les ombres assassines d'un jour à peine levé, encore en train de bâiller d'étranges volutes de brume comme des feux follets.

Balthazar s'arrête un instant, se frotte les yeux et pour la troisième fois, fait le signe de la croix.

Il marche longtemps, des jours lui semble-t-il, et il s'écroule enfin devant une immense porte close envahie de ronces et de roses.

Il sort son inséparable carton de son baluchon et s'assoit dans l'herbe haute qui fleure bon le genêt, mange quelques mûres qui ne le sont pas vraiment, et ronge un peu son os.

Un chien, ou plutôt une carcasse, un maigrichon de la race, s'approche, le renifle et se couche à ses pieds en gémissant.

Le châtelain nouveau qui sent toujours le vin comprend bien les chiens et caresse la truffe à celui-là, et réciproquement ; il ramasse son carton affectueusement et brandit son trousseau comme quand sa mère a perdu les eaux et les a mises dans son vin.

De la clé massive revenue à son point de départ, il ouvre la porte, le cœur battant, et pénètre dans une immense salle vide dont l'odeur ne lui est pas inconnue.

Des escaliers, de tous côtés, lui donnent le tournis, l'impressionnent, et c'est à ce moment que l'alarme sonne, ça lui rappelle les flics sur les quais qui ramassaient les sans papiers tandis qu'il dégustait des frites froides trouvées dans un sac en papier.

Il rit à ce souvenir.

Si à ce moment là, il leur avait dit qu'il avait un château ils ne l'auraient pas cru, l'auraient pris pour un blaireau, un mytho comme on dit.

Ils l'auraient enfermé, mais il s'en est toujours tiré grâce à ses histoires à dormir couché .

La vie, c'est marrant, il l'avait toujours su.

Posant son baluchon dans un coin, après avoir déshabillé la fenêtre en faisant coulisser sur sa tringle un lourd rideau mité, derrière lequel se disputaient des ombres de hêtres en robes noires sous le ciel qui mangeait des tartines de soleil, il déplia son carton sur un vieux tapis de coton qui devait dater de plus de cinq mille ans d'avant le Jésus Christ, mais il n'allait pas faire la fine bouche ; la lune de jour, blanche, farouche, lui faisait signe de se calmer.

Balthazar passa ainsi la journée sur son carton, à fixer le plafond où il avait lâché son araignée pour qu'elle fasse connaissance avec les autres, surveillant qu'il n'y ait pas de bisbille, prêt à en découdre et à filer car il savait combien le monde est cruel depuis le jeu de billes où il avait perdu Agate et bien plus.

Il extirpa de son baluchon son litron qui l'aida grandement comme à chaque fois à mettre de l'ordre dans ses pensées qui martelaient contre ses tempes et il se dit qu'il aurait pu, pour une fois, boire dans un verre, mais il débutait le métier de châtelain, il verrait bien demain s'il y a une différence ; pour l'heure il se contenta de rire.

Le crépuscule descendit rapidement, poursuivi par la nuit qui l'avala tout cru en déversant son encre.

Balthazar avait l'habitude du noir et il n'avait pas peur.

Celui qui a connu les ténèbres des placards, le froid des ponts, la solitude des boulevards, les gifles de l'hiver, ne se souvient plus trop de la sainte face de son père.

Il y avait plus de bruit que sous les ponts, dont il revoyait les moindres recoins, la nostalgie de tout passé l'avait suivi avec ses odeurs et d'étranges cliquetis lui rappelaient les barques cognant contre le quai, aussi ne fut- il pas dépaysé.

Il se souvint du notaire qui s'appelait Dupont, ce n'était quand même pas une coïncidence !

A cet instant, une vieille chouette apparut et vint se percher sur son épaule à l'arôme rance.

Il rit encore.

La vie c'est drôle, il l'avait toujours su.

Il fit un signe de croix , ce fut une longue journée, se dit-il, comme elle est vite passée !

Il s'endormit très profondément.

Le chien reniflait les plinthes, le poil hérissé et de sourdes plaintes montaient du plancher ; les lattes se soulevèrent doucement …

Le roi à barbe bien grise, empêtré dans un drap, s'avança dans la pièce et contempla son fils, l'héritier, le clochard de la rue de la paix.

L'embrassant délicatement sur le front, il lui donna les dernières recommandations et peut-être même l'extrême onction …


 

Je ne sais pas encore la suite, la vie c'est drôle, je l'ai toujours su.

Balthazar clochard et châtelain a sa vie entre mes mains d'écrivain, j'en suis consciente …

Je voudrais tant qu'il finisse bien …

J'ai trois jours pour écrire la suite et chacun sait que le troisième jour tout peut arriver, la panne sèche …

ou la suite des aventures d'un héritier qui était dans la dèche et l'est toujours resté …

 

peut-être, à suivre …

 

(joailes - 23 avril 2023) 
 


 


 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je te salue, démiurge inspiré(e)! Si je comprends bien, ton Balthazar vogue un peu au hasard de ta plume... Je ne suis pas notaire, mais je note que son papa s'assoit un peu sur la commode qu'il n'est pas. Va-il échoir ou pas ce legs?

Posté(e)

Je radote mais j'aime beaucoup cette écriture ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

« Il ramasse son carton affectueusement et  brandit son trousseau comme quand sa mère a perdu les eaux et les a mises dans son vin. »

Parmi toutes vos trouvailles langagières, je relève celle-ci qui est le pompon! Un délire verbal dont je ne me lasse pas.

Posté(e)

Un sacré exercice que tu fais-là….j’ai toujours l’impression en te lisant que tu

déconstruis des poèmes pour les transformer en prose !

 

 

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 3 heures, Diane a écrit :

.j’ai toujours l’impression en te lisant que tu

déconstruis des poèmes pour les transformer en prose !

heu ... ce serait plutôt que je construis de la prose pour la transformer en poésie 🙂 Le fait d'y insérer des rimes rend la lecture (à mon humble avis) moins fastidieuse et ça me vient naturellement !

Posté(e)
il y a une heure, Joailes a écrit :

heu ... ce serait plutôt que je construis de la prose pour la transformer en poésie 🙂 Le fait d'y insérer des rimes rend la lecture (à mon humble avis) moins fastidieuse et ça me vient naturellement !

Je pense que c’est le privilège des oreilles musicales, qui sont de précieux outils

permettant  en effet d écrire de manière fluide et attentive aux sonorités .

Et je crois me souvenir que tu es musicienne ( piano)

 

 

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