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L'héritage (1)

Featured Replies

Posté(e)

 


 

Chapitre 1 : l'héritier


 

Un vieux roi à la barbe bien grise, aux fleurs fanées, sans gâteau et sans cerise, au pardessus râpé, sentant sa fin comme un début bien entamé, fit venir son notaire en toute lucidité pour léguer ses biens à un parent de sa lignée.

Après des recherches fastidieuses et ennuyeuses, l'officier ministériel, assez caractériel, trouva un neveu éloigné, pendu à la branche d'un arbre généalogique bien maigrelet et enfoui au dernier étage de la mairie sous des archives prêtes s'en aller. 

Tous les papiers furent signés bien volontiers, le vieux roi n'offrit même pas le thé tant il avait hâte de léguer son château de douze pièces et demi, assorti d'un petit parc qui donnait le tournis ; ses coffres dont il fallait tant de clés ; tous ses fantômes partout disséminés, ses boulets, ses chaînes, ses cliquetis, ses valets à l'habit ridicule, ses dames constipées et pleines aux as, il en avait plus qu'assez, vite, vite qu'on m'en débarrasse se disait-il sans cesse ;

depuis qu'il avait trouvé la sagesse il se sentait beaucoup mieux ; « enfin seul » se disait-il, chaque fois qu'on le quittait.

Dès que le notaire fut parti sur ses semelles de crêpe, le vieux roi se fit des gaufres, but un litre trois-quarts de Chianti et enfila sa chemise de dernière nuit, soulagé.

Et là, devant la baie vitrée de sa pièce préférée, à la face de la lune, il se laissa glisser dans le tunnel translucide ; heureux de pouvoir faire le vide.

C'était en novembre ; on le retrouva en février bien conservé dans la glace qui l'avait rasé de près et on le mit tel quel dans un musée sous le globe insensé de la pleine lune.

On le couvrit d'un drap blanc, on prit des photos et son visage resta sur les négatifs.

Le château est donc resté inoccupé mille ans durant ; le notaire s'appelait Dupont avec un t (mais il aurait pu s'appeler Durand, on s'en fout) et souvenez-vous : le vieux roi ne lui avait pas offert le thé.

La rancune aidant, le notaire en question fît un peu traîner ses semelles de crêpe sur d'autres parquets avant d'arriver à conclure, plus tard, cet héritage pourtant sans histoire.

 

Le neveu s'appelait Balthazar et vivait sous les ponts avec d'autres clochards dont je n'ai pas retenu les noms quoique … en cherchant un peu … mais à quoi bon, je vais tomber dans l'inutile, le futile ; comme c'est moi qui écris, je fais ce que je veux , et comme ça n'a pas vraiment d'incidence sur la suite, vous l'allez voir, j'abandonne les détails.

Donc, revenons sur le neveu qui un matin d'air de rien, un matin qui fait semblant d'être comme les autres (mais pas du tout … soleil ou pluie, tempête ou accalmie ,  kinder surprise !) se lève, bâille comme d'autres ouvrent leurs volets, tout naturellement, puisque le jour s'est levé, faisons comme lui ! Il enfile un tricot propre et compte ses deniers.

La poste, le courrier, un café, ça va, il a de quoi payer.

Il est huit heure trente : Balthazar ouvre sa lettre de poste restante qui lui dit «  Cher monsieur, à partir d'aujourd'hui, vous êtes châtelain ! »

Il relit plusieurs fois pour être sûr, cache sa joie, assume la biture de la veille au très vieux Beaujolais, en tous cas plus nouveau depuis très longtemps ; il commande un café sur la terrasse du petit troquet où l'on côtoie plus de rats que de rois mais où l'on voit de si belles étoiles, malgré …

Il agite le trousseau de clés dans le soleil, elles tintent comme des grelots qui lui rappellent soudain la vieille ferme d'un ailleurs très lointain ; il lui faut faire un gros effort pour retrouver cet endroit au fond de son cerveau, mais il y parvient, le troupeau de moutons aux laines pareilles et puis lui … si seul dans un éclat de soleil

Il savoure ce moment en regardant la photo de ce vieux roi à barbe grise qui ressemble beaucoup à son père.

Balthazar se dirige vers la gare, baluchon sur l'épaule, sourire aux lèvres et, se retournant une dernière fois, fait pour la première fois le signe de la croix.

A la croisée des chemins le roi est mort et tout va bien.

Bien calé sur la banquette de skaï rouge, emmitouflé dans sa couverture, il siffle et le train démarre, à vingt et une heure douze, à Saint Lazare ... 


 


 

vous avez suivi ?

Alors … à suivre !

(joailes – 19 avril 2023)


 

Modifié par Joailes

Posté(e)

C’est comme une sorte de conte philosophique écrit au vitriol d’un humour offbeat que j’aime beaucoup. En nain mot comme encens :

 

RÉ-JOUIS-SANT ! 🙂

 

Hélo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Bien mené, ce récit donne envie de lire la suite. Quel sale coup prépare le notaire? On va voir, Balthazar...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit fantasque à votre sauce pour des sourires garantis. Voyons la suite…

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