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Actes et enquêtes d'Xtra (3)

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Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Juste un chemin.

 

        Large ornière, presque rivière de cailloux, des silex, ça et là plantés en terre. A force d’être piétinée, l’herbe est rare. Au début. Il y a les écoliers qui se chamaillent quelque part. On entend leurs cris.

 

          On s’engage parfois à deux, en amoureux ou en amis, simplement.

  

        On marche sur les milliers de pas précédents, pressés, perdus, on ne sait. Mais on y va puisque tous y sont allés.

 

       Chemin faisant, ça se resserre. Plus guère de pierres, la terre est de moins en moins nue. L’herbe reprend ses droits. Des pissenlits, des coquelicots, des primevères. Partout. Mais on est seul.

 

          On frôle les arbres à présent. Ceux-là sont sans doute là pour plaire, ils sont fruitiers. Blancs et roses. Pas encore de fruits. On aimerait bien…

 

          On erre, on muse, on glane un peu, pas bien loin du point de départ. Mais, déjà, on se sent en paix. Plus un cri. On rêve qu’on cueille, mais quoi ?

 

          Au fait, il y a des heures! On songe à rebrousser chemin. Mais c’est l’appel du large. C’est plus fort. On a la mémoire qui dort et l’iode au cœur.

 

          L’herbe est de plus en plus haute, son tapis est une petite savane. Peut-être quelque animal nous croisera-t-il ? Les oiseaux en piaillent de plaisir, en volées sarcastiques.

 

          Puis on longe ces pèlerins en bure verte, résineux imperturbables, lents à approcher, croit-on, de nos pas menus. Mais en vérité on est vite à leur hauteur. Les buissons  se sont multipliés, opaques, obombrés de silence, taciturnes et hostiles. Steppes austères.

 

           On voit bien qu’il y a encore quelque chose comme un chemin, mais il est presque en friche. Les arbres sont diffus, griffus, bas. Plus un bruit d’aile.

 

          On sait qu’il aurait fallu depuis beau temps faire machine arrière. Un instant suivi d’un autre et puis on ne les compte plus. On ne sait plus.

 

        On voudrait se perdre, petit Poucet en vacance. Et plus on va, plus on l'est, perdu. La nuance, c’est que devant reste praticable, ouvert, on avance sans peine, cela pourrait durer éternellement, mais derrière, tout est obtus, clos, disparu.

 

          Rentrer ? Impossible. Trop tard. Où ? Quand ? On sait que la nuit va tomber. Le ciel, là-bas, était, tout à l’heure, d’un inénarrable bleu, giron géant aréolé d’ouate. Savouré d’avance, comme une récompense, une couronne sur un présent serein. Royal, veillant sur vous.

 

          Il y avait même un petit village, son église et ses maisons sages, au faîte d’une colline – oh ces tuiles, cerises tranquilles dans l’écrin vert. A portée de main.

 

          Mais il n’y a plus rien dans le champ du regard. Le ciel en habit de chagrin gris, verse ses premières larmes de pluie.

 

          Tout semble si étrange, pourtant tout est si évident. Le chemin mène bien quelque part, à moins qu’il fasse le tour de la terre.

 

             A vue de nez, il menait au ciel, mais tout s’est noyé dans ce mouchoir trempé.

 

          C’est ici que je l’ai vu. C’était, furtive silhouette, un être qui hésitait, loin là-bas, à l’horizon réapparu. Ça marchait en danseuse, funambule, un pied posé sur terre, un autre levé, léger, suspendu dans le vide , en l’air.

 

            On aurait dit qu’on s’amusait, les bras servant de balancier. Puis ils se levaient au-dessus de la tête, j’aurais juré qu’on appelait, peut-être la tempête, tout s’agitait de plus en plus.

 

          Le ciel, alors, était comme un écran, une paroi, un abîme, vertical, perpendiculaire à l’humus, la couverture végétale tirée comme par un effet électrique, une bourrasque, puis fixe, comme figée par un pinceau. Devant, ce Pierrot furieux semblait chercher l’accroc du vide sur fond de saphir et de rubis lipeux – le soleil se couchait.

 

             Je me dis qu’il était vraiment très tard, je le suivrais, ce désarticulé, je n’avais plus le choix.

 

              « Alors ? » me dit Xtra.

 

             Alors, la silhouette fit le pas qu’elle esquissait, incertaine, depuis un long moment, enjamba l’horizon, mains levées, doigts crispés sur la toile mangée de nuit – et puis tomba de l’autre côté.

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

Il est des chemins qu'on ne parcourt que dans l'imaginaire, alors ... l'autre côté ... fait un peu peur. 

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