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Secrets professionnels (5)

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Au pavillon F, l'anniversaire de la Comtesse


 

Trois dromadaires et quatre chameaux jouaient sous le préau ; d'aucuns à saute-mouton et d'autres à l'escargot * tandis qu'un âne conversait gentiment avec un coq sujet aux laryngites et une chauve-souris dépressive qui mangeait des olives pour oublier ses nuits à l'envers.

Quand la calèche de la Comtesse arriva dans la cour, tous s'arrêtèrent.

Le spectacle de ses cent-vingt kilos en habit de velours, s'extirpant de son siège, valait son pesant d'or ; les chercheurs de tout acabit l'avaient bien tamisée pour en extraire les pépites, on la savait ruinée à présent, neurasthénique et sous calmants.

Avec une galanterie toute empathique, tous s'avancèrent pour porter ses commissions jusqu'au château.

Elle ahanait un peu car la pente était rude ; elle enleva sa jupe pour être plus à l'aise.

Arrivée au pont-levis, elle était presque nue, on était au mois d'août et qu'est-ce qu'il faisait chaud !

Son corps, couleur des fraises d'Huttendorf, devenait amorphe.

« Posez tout ceci ici, dit-elle comme autrefois, de sa voix d'adolescente au parfum de menthe, en s'effondrant sur un tabouret en béton ; s'éventant de sa main grassouillette, elle fit un geste vague en perdant une de ses bagues dans la douve où la louve veillait encore son louveteau plein de bonnes actions dans un camp de scouts, tout fout l'camp même le feu de joie et la douleur insupportable la prenait en plein ventre 

Elle se revit derrière son Comte qui avait le plus beau scoot* de la région, une fraction de seconde, non il ne faut pas qu'elle y pense, surtout pas.

Les animaux en sueur entrèrent dans la cuisine et l'éléphant majestueux parut, cassant çà et là la porcelaine comme au magasin, mais nul ne lui dit rien tant il était serein et sans défenses.

Il servit un goûter et des liqueurs, tandis que la Comtesse prenait une douche au sel de Guérande qui fait la peau si douce, au goût d'océan et de moules rousses du temps de son Comte mais non il ne faut plus qu'elle y pense.

Elle se frotte au gant de crin et fait silence.

Le balbuzard arriva sur ces entrefaites avec le poisson et se mit aussitôt aux fourneaux.

A dix-neuf heures trente, alors que le château brillait de mille feux, chacun sur son trente et un se mit à table pour le festin annuel dont on avait oublié le nombre. 

Dromadaires et chameaux, pas si sobres que ça, se payaient de belles bosses de rire.

Le coq dansait la valse avec l'âne et les moutons faisaient un karaoké à en perdre haleine et le sommeil.

 

La Comtesse avait fière allure, chacun vint l'embrasser, nul ne s'est moqué ; au pavillon F tout le monde sait que c'est l'amour fou qui rend les bêtes comme ça, avec des bosses, des bâts, des hauts et des bas, des coups de bâton, des poisons, des fusils … et puis les hommes sont bêtes 

Elle n'a pas voulu souffler de bougie, elle aimait trop leur flamme et les voir se consumer lui mettait trop de vague à l'âme.

Elle a souri, les hommes, là-bas, construisent des châteaux et des pont-levis et après tout, elle n'était qu'une ânesse … on le lui avait dit.

Son braiment fut inaudible ce soir-là après minuit.

 

A deux heures du matin, Hélène, Pierre et Paul claquent leurs mains et chacun regagne sa chambre sous l’œil d'épingle de l'éléphant du pavillon F.

 

Quand la Comtesse monta se coucher, satisfaite de sa soirée, on lui remit sa camisole, elle avala un cachet jaune et une grande tasse de thé et s'endormit toute habitée, comme d'habitude.

Et le Comte s'allonge à côté d'elle, désolé de l'avoir quittée sans faire exprès. 

 

(joailes – 15 avril 2023)


 

l'escargot* : (ou jeu du colimaçon) est une variante du jeu de la marelle, très pratiqué dans les cours d'école.

scoot* : abréviation de scooter, du verbe anglais « to scoot », démarrer brusquement, filer


 


 


 


 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il y a un monde fou, là-dedans, et surtout des petites bêtes qu'on appelle zeugmes. Ils devraient plaire au coq, tant c'est cocasse!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un instant j’ai cru lire une description de Berthe Berrurier par Frédéric Dard, mais non, votre langage est beaucoup plus soutenu, même si les associations d’idées sont toujours aussi cocasses.

Posté(e)
  • Auteur
il y a 8 minutes, Jeep a écrit :

Un instant j’ai cru lire une description de Berthe Berrurier par Frédéric Dard,

ah ! Toute ma jeunesse littéraire ! 🙂 

 

Posté(e)

Quelle ménagerie !

Ma marquise est allée jusqu’à la porte et est aussitôt repartie 😁

Posté(e)
  • Auteur

Tu m'étonnes ! Ici, point de Lancôme ... 🙂 

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