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Lolita's broken

Featured Replies

Posté(e)
  • Administrateur

Chaque matin, prendre les transports en commun pour s'insérer dans la grande productivité humaine. Les voyageurs se regardent sans se voir. Des yeux morts s'embrassent dans une étreinte dénuée de toute sensualité.

 

Une quadragénaire extirpe de son sac à main un miroir portatif. Elle s'y regarde, souriante, semblant ne pas voir le reflet fané qui lui est renvoyé. Elle arrondit ses lèvres, formant une repoussante ventouse « collagénée ». Voyant que je l'observe d'un air goguenard, l'idiote se fend d'un demi-sourire. Sait-elle qu'il vient trahir des rides difficilement ravalées à coup d'injections de botox ? Elle me fait de l'œil. Bourgeoise voulant jouer à la lolita sur le tard, au nom d'une prétendue libération des mœurs ou bien pour s'immoler sur l'autel des chiennes de garde, je la dévisage : des seins refaits, des fesses galbées, bienvenue dans un corps factice, géré par un cerveau euthanasié.

 

Mes pensées divaguent. Je m'imagine tentant de lui faire l'amour. Parviendrais-je à éprouver le moindre désir pour elle, voir même juste à lui faire croire ? Serais-je assez doué pour qu'elle se sente pleinement femme et non pas juste poupée Barbie se dégonflant entre mes mains ?

 

À côté d'elle, sa fille sans doute, ou du moins, ce qu'il en reste, sa mère lui ayant retiré une part d'humanité en projetant ses frustrations sur elle. Quel âge peut-elle bien avoir ? 15 ans au mieux. Avec son tee-shirt moulant manche longue, couleur rose bonbon indigeste, elle tente d'exhiber fièrement une poitrine qui n'en est encore réduite qu'à sa plus stricte expression. D'un jean taille basse émerge un string. Tout comme sa poupée Barbie de mère, elle se mire dans un miroir portatif, exactement le même modèle. Je me surprends à me demander si la mère n'a pas bénéficié d'une promotion spéciale : « pour deux jeans taille basse achetés, nous vous offrons les miroirs assortis ». Ce qui est certain, c'est que fille et mère sont assorties.

 

Arrivée au bureau, la bourgeoise en mal de sensation attendra que son patron s'absente pour se jeter sur son site de rencontre favori. Elle se shootera les neurones avec les mots enflammés de ses cyberamants. Croire encore qu'elle existe, sentir son cœur vibrer, que le train de l'amour peut l'embarquer à son bord, son mari ayant depuis longtemps fait dérailler celui de leur mariage. Elle échangera des mots passionnés avec des hommes dont la femme s'est perdue au détour d'un aiguillage. Peut-être même ira-t-elle, ô suprême folie, jusqu'à envoyer sa photo datant d'il y a quelques années.

 

Le soir venu, une fois le plat préparé sorti du micro-ondes, elle écoutera sa fille lui raconter ce qu'elle voudra bien entendre. Perdue avec délectation dans le souvenir des mails sensuels de la journée, la mère ne relèvera même pas que sa petite lolita de pacotille sent le tabac froid.

 

Sans doute, elle se caressera ensuite un peu sous ses draps pour oublier sa solitude. Certainement après, elle pleurera en silence, n'étant pas parvenue à oublier cette solitude.

 

Et pendant que sa poupée Barbie de mère pleurera, une petite fille, interdite d'enfance, s'enfoncera une aiguille dans le bras pour oublier sa solitude.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Cruel, mais réaliste: sans détour, une réalité apparaît, figée sur le miroir par une plume sans concession. Quelque chose comme une Barbie... d'Aurevilly!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je vous trouve un peu dur avec cette femme et sa fille croisées probablement dans le métro, dont j’aurais plutôt tendance à avoir pitié, mais qui n’a pas imaginé la vie d’inconnus rencontrés dans des lieux publics?
Comme toujours pour ces textes courts, on se dit qu’ils pourraient être développés en nouvelle ou-pourquoi pas?-en roman.

Posté(e)
Le 20/03/2023 à 16:29, Eathanor a écrit :

Mes pensées divaguent. Je m'imagine tentant de lui faire l'amour. Parviendrais-je à éprouver le moindre désir pour elle, voir même juste à lui faire croire ? Serais-je assez doué pour qu'elle se sente pleinement femme et non pas juste poupée Barbie se dégonflant entre mes mains ?

 

Je ne m'aventurerais pas à te répondre sur cette question,  tout le monde connait ta science de la séduction  ( tout au moins écrite, la réelle je ne sais pas 😁 )

 

Sinon oui,  ton jugement est sévère mais néanmoins, et malheureusement réaliste... et la plus à plaindre n'est pas la mère, c'est trop tard pour elle, mais sa fille..

Posté(e)

Il y a beaucoup à en dire de cette histoire, comme @Jeep le mentionne, c'est une très belle scène pour une forme de je ne sais pas, un naturalisme post-moderne ? 

 

Moi au contraire, en dépit, j'y vois beaucoup de courage. Je vois une mère monoparentale qui s'occupe de sa fille. A-t-elle une garde partagée ? Ici, on voit une femme qui tafe 35 heures chaque semaine, n'est-ce pas ? Et se prend un métro pour y ajouter un bon 7h30 de transport hebdomadaire dans les couloirs qui fleurent l'ammoniac, et je suppose qu'il y a un crochet par le lycée ? A moins que la fille ne soit suffisamment capable de se promener toute seule à son âge.

 

Donc tout ça, plus le repassage, le lavage, les courses, le repas, dont on suppose qu'il est probablement fait de plats surgelés... Et la fille qui n'est pas encore assez grande pour faire preuve d'empathie, mettons sur la nature du cerveau des adolescents... Sans compter sur la préparation le matin... Donc, oui, une journée bien chargée toute faite de sacrifice pour quoi au final ?

 

Le temps passe, et elle n'en a pas beaucoup. Les rides sont inévitables. Mais dis-toi que tout le monde l'évalue comme tu le fais. Qu'est ce qui est pire ici ? Laisser les rides apparaître quitte à ce que plus personne ne regarde une pauvre vieille moche ? Ou s'accrocher à un bâton de rouge à lèvre bon marché puisque je suppose que le salaire couvre à peine les dépenses mensuelles d'un ménage monoparental, et la petite folie de maman qui mise tout sur le botox... 

 

Il est fort probable que si tu avais cherché à lui parler, tu n'aurais probablement rien eu d'intéressant. Mais le hic est là, tu as devant toi une femme blasée dont l'apparence n'a semblé être que l'unique source d'intérêt. Alors, on appate le goujon, pour un meilleur lendemain, ou au moins, pour ressentir encore un peu, non ? Et la fille a les conseils de la mère...

 

Oui, un naturalisme quantique @Eathanor, dans lequel un personnage est présenté dans les conditions de son observation, et ou le résultat est une superposition d'incertitudes, de possibilités, qui s'écroule dès lors qu'un autre personnage fait son observation. 

 

Ou au minimum, un Rembrandt... Tu as une belle tache de lumière dans les murs gris du métro. Heureusement qu'elle fut là, au final... 😉 

 

J'espère que tu ne me croiseras jamais dans un métro. Qu'est ce que je risque de prendre.... 😛 

Modifié par MaiaPardalis
modifier l'écrivain pour un autre personnage, et ajout de Rembrandt

Posté(e)
  • Auteur
  • Administrateur

@MaiaPardalis, sur les personnes que je croise dans le métro, j'aime imaginer des vies. Les histoires que je plaque sur celles-ci sont façonnées par mes croyances, mon histoire personnelle, mes valeurs, mes blessures, mon pessimisme, ma misanthropie parfois… bref, tout ce qui fait que je suis moi et non un autre. Alors forcément, cette histoire est la mienne et certainement est-elle totalement à côté de la plaque, mais elle me plaît 🙂  Ta propre approche d'une mère courage, qui élève seule sa fille est toute aussi valable et recevable. Mais ce n'est pas dans cette matière humaine que je me plais à fantasmer 😉 

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