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Flocons d'hiver, flacons de spleen

Featured Replies

Posté(e)

et si j'avais marché sur des empreintes

en changeant de chaussures à chaque fois,

si mes brûlures n'étaient pas feintes,

si j'allais toujours au bois

aux lauriers coupés ;

si je m'étais arrêtée plus souvent

pour panser mes plaies,

si j'avais lissé mes plumes,

rempli mes encriers

et si j'avais crié,

seulement crié* …

 

 

Je me souviens des complaintes du vent entre les volets fermés l'hiver quand tout à la ronde est mort ou fait drôlement bien semblant ; la solitude est gouffre où pourtant il fait bon s'y plonger la tête la première.

Je ne pouvais reculer, avancer était supplice dans le dédale des jours et des nuits complices.

Le loup a hurlé sa désespérance, il était loin pourtant, l'homme l'a ramené dans ses pièges d'horreur quand le bois est en sang et que les murs des chaumières se couvrent de trophées en pleine lumière ; il lui faut expier sans comprendre ce dont il est coupable et ses crocs semblent de pâte à modeler, ce petit coin d'enfance où l'on n'a pas encore appris à hurler au creux de ses peluches m'est revenu soudain alors que j'ouvrais un tout petit flacon presque vide.

Il n'en reste presque rien je le garde pour la fin si j'ai le temps de l'ouvrir,

Je me penche sur la table où se sont écroulés peu à peu tous mes châteaux de sable.

Il reste quelques coquillages dont la nacre résiste.

Je pense à l'aragonite et Aragon vient me rendre visite, c'est son dada de débarquer à cette heure là quand les mots se jouent de moi.

L'abat-jour abat la nuit d'une flèche de cretonne en plein cœur.

Les ombres à l'air moqueur divaguent et se posent comme des papillons roses sur la feuille blanche où des mots s'emmêlent comme des amants sur un lit somptueux ; des phalènes aveugles voient la lumière et y meurent en battant des ailes jusqu'au dernier instant.

Voici venue l'heure mortelle où tout s'emmêle ; de mes cheveux défaits des oiseaux s'envolent delà la baie vitrée et j'entends la symphonie de l'éternel qui se fracasse sur les falaises noires, la mer a disparu au fond de son miroir.

La pluie cesse enfin.

Parlons d'amour derrière la porte condamnée où pleurent les troubadours sur des roses fanées ; les empreintes s'effacent , d'autres viennent pour me charmer mais sous mes doigts la feuille reste blanche ; les yeux fermés, je n'écris qu'à ma tête.

C'est terrible et merveilleux.

Toute une nuit à vivre entre ma lampe fatiguée et les éclats du dehors où les éclairs ont laissé de profondes griffures ; le ciel est immense, il y a de la place pour tout le monde, l'étoile le sait son œil clignote ; la croupe de la lune diffuse son parfum de bergamote ; les piles de livres vacillent, la terre s'ouvre sous mes pieds et l'encre se répand.

Je referme mes flacons tandis que dehors il neige à pierre fendre ; les flocons de coton déposent le silence absolu sur des gestes tendres que la lune continue d'avaler comme une goulue.

 

et si j'avais marché pieds nus

plus souvent sur le sable

si mes pas sur les tiens

étaient restés immuables

à l'écume des marées

si j'arrivais à oublier

qu'il ne reste qu'une plume

au fond de l'encrier

que la tienne s'est envolée

et j'ai toujours envie de crier,

seulement crier

 

Alors j'ouvre un de mes flacons

avec parcimonie,

je laisse sortir une tranche de vie

dans un petit nuage

et je souris

tu traverses l'océan à la nage

j'ouvre les yeux

un gros coquillage

me chante à l'oreille

monts et merveilles

alors je crie

« S'il te plaît reste ici ! »

 

Là-bas, sur la plage déserte,

quelqu'un chante son désespoir

il avale mon cri

et j'avale le sien

ce n'est pas Toi. Fausse alerte

mais pourtant, dans la douceur du soir

les bergers ramènent les troupeaux

j'entends leurs grelots

et si ils ont gardé leurs sabots

c'est pour couvrir le bruit

des cris et des échos

 

L'aube survient, brûlant les paupières ; un autre jour se lève dont on ne connaît rien, il n'y a plus ni pluie, ni ombres, ni si ; un soleil encore timide caresse la cretonne où tout s'est figé ; peut-être ai-je dormi, peut-être ai-je rêvé.

Peut-être ai-je vécu,  peut-être ai-je rêvé.

Je me souviens seulement du téléphone qui avait sonné pour me dire qu'il n'y avait plus personne au bout du fil.

Maintenant seulement, sans si sans rien, je me souviens.

La douleur me foudroie mais debout je me tiens.

Je remplis encore quelques flacons ; les parfums s'estompent, demain est à la porte.

Voici le chasse-neige et le chasseur a encore eu un loup.

Tout se chasse sauf le spleen, l'idéal, les fleurs du mal.

Il faut vivre la nuit en intégral avec ses démons et son Graal.

Je me penche sur la table ronde et je m'en vais rêver d'un autre monde avec des si, sans cris, au milieu de mes flacons d'hiver où pleurent désormais, à travers le verre, de longs hivers.

 

(joailes – 10 février 2023)

* (sans penser un seul instant à Aline)

 

 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un long poème bouleversant, même si le qualificatif est un peu fort. Je vous vois l’écrire jusque tard dans la nuit, avec cette facilité et cette spontanéité qui caractérisent votre écriture.

Posté(e)
  • Auteur

Oui, c'est un peu fort de café. Pour le reste, vous n'avez pas tort. 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'ai l'impression d'avoir un peu rêvé en arrivant au bout de ce très beau et bouleversant texte, comme à l'écoute d'une voix qui parle de son expérience qui parle à tous...

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