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La cage

Featured Replies

Posté(e)

D’après un conte soufi (de Djalâl ad-Dîn Rûmî)

 

À Bagdad, près de l’escalier

De la Maison de la Sagesse,

Il y avait un joaillier,

Fort renommé pour son adresse.

 

Dans une cage suspendue,

Se morfondait, neurasthénique,

Un perroquet vert et dodu :

C’était le clou de la boutique.

 

En artiste, il articulait

Notre langue avec élégance,

À laquelle il entremêlait

Des sons de maintes provenances.

 

À Serendip, en palanquin,

Son maître un jour voulut se rendre.

Il consulta tout un chacun

Sur les cadeaux qu’il devait prendre.

 

Il posa même la question

À l’oiseau vert et volubile,

Qui parla sans hésitation :

« Va voir les perroquets de l’île !

 

Dis-leur comment je suis captif,

Que ma volière est toujours close.

Qu’ils pensent à l’oiseau plaintif,

Eux qui volettent dans les roses ! »

 

Il fit la route en quatre mois,

Sans épuiser son équipage.

Et ce fut à Moratuwa

Qu’il entreprit son marchandage.

 

Il acheta des péridots,

De beaux saphirs, des perles fines.

Il n’oublia pas les cadeaux

Pour sa famille ultramarine.

 

Prêt à partir il se souvint

De son oiseau, de sa promesse.

Il trouva dans un lieu divin,

Bien des perroquets en liesse.

 

Il leur dit ce que son ténor

Et beau parleur voulait transmettre.

À ces mots, l’un d’eux tomba mort.

C’est surprenant, pensa le maître…

 

Le retour fut satisfaisant,

Sans brigand de tout le voyage,

Enfin vint l’heure des présents

Pour la joie de son entourage,

 

« Et mes amis que t’ont-ils dit ? »

S’impatienta le volatile,

« L’un d’eux, j’en fus abasourdi,

Tomba soudain, raide, immobile. »

 

Aussitôt chut le perroquet,

Gisant inerte dans sa cage.

Alors son maître eu des hoquets

De douleur, de larme et de rage…

 

« Ô le plus beau de mes trésors,

Que fis-je pour que tu trépasses ?

Nul ne pouvait prévoir un sort

Aussi navrant… Ma vie me lasse. »

 

Alors, piteux, découragé,

Le commerçant ouvrit la cage,

Jeta le corps dans le verger…

L’oiseau s’envola sans ambages !

 

« Peux-tu m’expliquer tout cela ? »

S’énerva le propriétaire,

« Je te croyais mort et voilà

Que tu renais sur cette terre ! »

 

« Ce perroquet mort que tu vis

Ne l’était pas, c’était la ruse.

Il me transmettait son avis,

Pour que je fuie ma vie recluse.

 

C’est comme s’il m’avait parlé : »

« Tu es captif, tant ton discours

Est unique, il faut simuler

Ta mort si tu veux voir le jour ! »

 

« Adieu mon maître, j’ai repris

Mon vol… Qu’également tu ailles

Rejoindre serein ta patrie,

Celle au-delà de ces murailles. »

 

Le joaillier le salua

Pour cette leçon d’espérance.

Ainsi son âme évolua

Dans le flot de ces circonstances…

   

 

Modifié par Panicaut

Posté(e)

J'aime ces deux pages, ce message formulé qui permet de s'approcher de ce perroquet, de le sentir vivant.

Posté(e)
  • Administrateur

Il serait pour le moins anormal de ne pas faire briller une grande étoile sur cette poésie orientale.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Très belle transcription versifiée du conte de Rûmi! Malheureusement je n’ai pas pu lire la colonne de droite tronquée sur mon smartphone.

Posté(e)

Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux....

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Très belle poésie, Panicaut ! Entre les dits et les non-dits évolue la pensée.

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 1 heure, Jeep a écrit :

je n’ai pas pu lire la colonne de droite tronquée sur mon smartphone.

Je l'ai remis en une seule colonne…

Posté(e)

Deux pages pleines de sagesse qui se lisent presque comme un roman. Une jolie écriture qui nous fait aimer ce perroquet et ce texte riche en subtilités.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Affable fable qui nous rappelle que la liberté se mérite et que les geôliers, eux, ne méritent que d'être joués!

Posté(e)

Rumi est un maître conteur. Sa sagesse est encore de mise aujourd'hui. Ton talent de narration ne lui porte certainement pas ombrage .

Posté(e)

Fable très belle et émouvante qui nous interpelle puissamment sur notre propre conception de la liberté, cette liberté individuelle si fragile et si impactée par les nouvelles technologies notamment. 

Posté(e)
  • Auteur

Merci à tous @Eobb, @Eathanor, @Jeep, @Volute bleue, @Sophie, @Mercoyrol

@Thy Jeanin, @Eau de brume, @Danivan

d'être allé au bout de cette histoire !

Ce conte est tiré de l'ouvrage Le Mesnevi : 150 contes soufis, de Djalâl ad-Dîn Rûmî, traduit du perse par Kudsi Ahmed Erguner et Pierre Maniez, Éditions Albin Michel, pages 30 et 31. L'ouvrage original est versifié en distiques rimés (poésie lyrique masnavi, 50 000 vers !). On peut trouver la même traduction ici.

Sa poésie tient à sa capacité d'ouvrir les portes. J'aurais pu choisir une des innombrables aventures de Mullah Nasreddine, mais ce perroquet m'a tapé dans l'œil !

J'ai essayé de respecter au mieux le récit original et n'ai donc eu que le rôle de versificateur dans cette histoire ! Toutefois, dans le récit  de Rûmî, le maître est plus affecté de la prétendue mort du perroquet de l'île que je ne l'ai décrit. J'en ai fait un joaillier (ce qui n'est pas précisé dans le conte), cela me semblait aller dans l'esprit du récit. Je l'ai fait aller à Ceylan, riches en pierres précieuse et qui au XIIIe siècle faisait partie des Indes.

On a affaire à un récit à tiroirs, non pas dans le sens qu'illustre le  Manuscrit trouvé à Saragosse de Jan Potocki, mais des tiroirs spirituels, ou tiroirs de conscience. C'est la manière de l'enseignement soufi  mystique traditionnel (voir les écrits d'Idries Shah, par exemple). Je m'abstiens donc de faire toute analyse, dissection ou exégèse de ce conte, par respect pour les lecteurs qui s'approprient (et s'approprieront) ce texte comme il leur convient.

Posté(e)
Il y a 7 heures, Panicaut a écrit :

J'aurais pu choisir une des innombrables aventures de Mullah Nasreddine,

Merci pour ce poème en forme de conte oriental. L'évocation de ce personnage m'a immédiatement renvoyé à Nasdine Hodja, bande dessinée légendaire qui fit les beaux jours de l'hebdomadaire Vaillant:

106321-planche-bd-nasdine-hodja.jpg

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Merci @Panicaut pour ce compte si agréablement transcrit et la morale d'ouverture de cette fable...

Posté(e)

@Panicaut

 

L'orientalisme ne se démode pas et Shéhérazade reste un modèle. Et hop ! c'est top.

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