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Élégie d’après l’amour

Featured Replies

Posté(e)

Ma muse a ses quartiers dans un bar, rue Boileau.
J’y vais la faim au ventre une fois par semaine,
Et pour ce rendez-vous, rien qui ne me réfrène :
Elle sait que je viens juste après le boulot.

 

Elle est toujours assise au bord d’un tabouret,
La trame de ses bas gaine de longues jambes
Et sa jupe perchée fait que mon désir flambe…
Étonnant que personne ici n’en soit distrait.


Mais non, rien d’anormal, je suis le seul à voir,
Élégante, éthérée, sa silhouette fine,
Un corps souple, pourvu d’une exquise poitrine,
Au regard bleu acier, tel le zinc du comptoir.

 

Les autres voient l’aïeule au corps tout déformé
Qui boit très lentement son bock de triple bière,
En éructant des mots d’antique douairière.
Ainsi m’ont-ils décrit l’inquiétante mémé…

 

Mutine, elle m’invite à venir au plus près.
Je m’approche, poumons saturés d’oxygène,
Et sa voix de satin sème de menues graines
Au terreau de mon âme, en un jardin secret.

 

Ce ne sont que des mots qu’à moi seul elle dit,
Mais j’y vois la beauté des poèmes en herbe,
Épousant joliment quelque tempo superbe.
Un peu plus, je me perds dans cette mélodie.

 

Je bois sous les lazzi d’un pilier de bistrot,
Ricanant de me voir courtiser la revêche.
Il ne voit pas la dame réelle et si fraîche !
Un seul de ses regards ne m’est jamais de trop.

 

Vais-je franchir le pas, lui dire mon ardeur ?
Je prends sa main gantée, d’une soie violette,
Y dépose un baiser, je la vois qui halète,
Ensemble nous glissons vers la douce impudeur…

 

Je ne sais pas comment tous deux, dans son logis,
Serrés, nous effeuillant, nous jouons notre gamme,
Offerts, lèvres unies, l’alliage homme-femme,
Au creux de cette vague où notre corps rugit.

 

Dans cet ultime instant jaillit le cri primal,
Le silence est alors comme un lac de montagne,
Ô muse toute nue, devenue ma compagne,
Exprime-toi, pourquoi cet afflux lacrymal ?

 

Ma douce en sanglotant me dit qu’il est trop tard,
La poésie se perd quand l’amour se déchaîne,
Où le poème était, bientôt sera ma peine.
Et puis elle se tait, le visage hagard…

 

Aussi fais-je ce soir cette élégie qui clôt
Ma déambulation dans le pré des poètes,
Et ma muse, œil battu, me regarde, muette…
Amer, j’écluse lourd, dans un bar, rue Boileau.

Posté(e)

J'ai navigué de Léo Ferré à Reggiani.

Entre jolie môme et la femme qui est dans mon lit..

Et l’amour est le même : de charnel voire animal, on passe à la tendresse et à la poésie.

Bravo .

Posté(e)
Il y a 8 heures, Panicaut a écrit :

Aussi fais-je ce soir cette élégie qui clôt
Ma déambulation dans le pré des poètes,
Et ma muse, œil battu, me regarde, muette…
Amer, j’écluse lourd, dans un bar, rue Boileau.

j'ai adoré votre poème, @Panicaut qui dit, en somme, que l'amour n'a pas d'âge ! 😉 L'unique sortilège contre la vieillesse et la mort ... 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Fantasme et réalité semblent s'interpénétrer en vos vers pour le plus bel effet, Panicaut. Sachons voir au delà des apparences et des mots.

Posté(e)

J'ai adoré cet hymne tendre  à l'amour qui décrit que l'amour est le plus bel objectif de toute fin de la vie.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

De superbes quatrains qui traduisent avec justesse notre rapport passionné avec Dame Poésie.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je m’en voudrais de critiquer un poème qui chante la rencontre amoureuse  avec une muse rue Boileau, car je sais-Ô combien!-que l’art est difficile, même sur le zinc d’un bistrot.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La fin de ce poème arrive bien trop tôt et je ne peux me consoler dans ce bar rue Boileau... Alors, permettez-moi @Panicaut de le relire encore...

 

Posté(e)
  • Auteur

  

  

Merci beaucoup pour vos retours, qui enrichissent mon travail de belle manière.

Le 05/10/2022 à 07:47, Volute bleue a écrit :

J'ai navigué de Léo Ferré à Reggiani.

Entre jolie môme et la femme qui est dans mon lit..

Et l’amour est le même : de charnel voire animal, on passe à la tendresse et à la poésie.

Je ne peux qu'être ravi de ces références, elles sont dans ma prairie poétique. Pour ce poème j'étais parti avec l'idée (assez banale, j'en conviens) de personnifier la muse poétique dans un contexte citadin. Les personnages, comme souvent, ont pris en main leur vie et donné une grande place au désir et à la passion amoureuse.

Le 05/10/2022 à 09:30, Joailes a écrit :

j'ai adoré votre poème, @Panicaut qui dit, en somme, que l'amour n'a pas d'âge ! 😉 L'unique sortilège contre la vieillesse et la mort ... 

Cette muse est volontairement entre deux mondes : nul ne sait quelle est sa vraie nature ni sa vraie apparence, vieille, jeune, attirante, repoussante… Quel est le sortilège qui projette deux visions si différentes ? L'amour ? La poésie ?

 

Le 05/10/2022 à 10:17, Sophie a écrit :

Fantasme et réalité semblent s'interpénétrer en vos vers pour le plus bel effet, Panicaut. Sachons voir au delà des apparences et des mots.

J'ai songé dès le début aux vestales, puis aux pythies, faisant vœu de chasteté, médiatrices entre les dieux et les hommes et bien sûr à la muse Érato. Le contexte d'un bar instillait me semblait-il, juste ce qu'il  fallait de « mauvais genre » (comme dirait François Angelier)…

 

Le 05/10/2022 à 12:23, Aubussinne a écrit :

J'ai adoré cet hymne tendre  à l'amour qui décrit que l'amour est le plus bel objectif de toute fin de la vie.

L'amour est une dépendance à l'autre (et tout aussi bien une confiance), la poésie crée aussi une dépendance à l'inspiration, les faims amoureuses et poétiques sont très proches, dans mon univers personnel.

Le 05/10/2022 à 12:38, Thy Jeanin a écrit :

De superbes quatrains qui traduisent avec justesse notre rapport passionné avec Dame Poésie.

J'ai essayé de glisser ce questionnement paradoxal de la passion poétique : le poète doit-il garder de la distance avec la chose poétique ou bien doit-il s'engager complètement : l'amour fait éclore, la passion dévore…

Faut-il courtiser la Muse où bien la connaître (au sens biblique du terme) ?

Le 05/10/2022 à 13:46, Jeep a écrit :

Je m’en voudrais de critiquer un poème qui chante la rencontre amoureuse  avec une muse rue Boileau, car je sais-Ô combien!-que l’art est difficile, même sur le zinc d’un bistrot.

De l'Art poétique de Nicolas Boileau, je migre très volontiers (en passant par Destouches, pour l'occasion) vers L'Art, de Théophile Gautier. Mais rien ne m'empêchera de faire un calembour, aussi peu reluisant soit-il. Ici, un bar rue Boileau, c'est ma façon de lutter contre l'éthylisme !

Il y a 18 heures, Bruant a écrit :

J'ai perçu dans ce bar, la subtile poudrerie de fééries lointaines. Mais, vous savez bien de quel bois je suis, à voir toujours du mystique où il n'en est pas ! Vos vers sont bien joliment tourné, et j'admire la densité de votre narration.

Effectivement, je m'en suis un peu expliqué plus loin, mais je pourrais lier tout cela à la recherche mystique : petit ou grand véhicule, tantrisme de la main gauche ou droite, du carmel à l'abbaye de Thélème. La liberté ne se possède pas…

Il y a 6 heures, Tarentaise a écrit :

La fin de ce poème arrive bien trop tôt et je ne peux me consoler dans ce bar rue Boileau... Alors, permettez-moi @Panicaut de le relire encore...

À chacun d'imaginer la désolation du poète à ne plus pouvoir entendre sa muse, devenue muette par excès d'amour… J'espère seulement qu'en ce qui me concerne, dans un bar, rue Boileau ou ailleurs, ma Muse, par compassion, continuera à me susurrer quelques belles images poétiques…

Modifié par Panicaut

Posté(e)
Le 05/10/2022 à 01:05, Panicaut a écrit :

Ma muse a ses quartiers dans un bar, rue Boileau.
J’y vais la faim au ventre une fois par semaine,
Et pour ce rendez-vous, rien qui ne me réfrène :
Elle sait que je viens juste après le boulot.

 

Elle est toujours assise au bord d’un tabouret,
La trame de ses bas gaine de longues jambes
Et sa jupe perchée fait que mon désir flambe…
Étonnant que personne ici n’en soit distrait.


Mais non, rien d’anormal, je suis le seul à voir,
Élégante, éthérée, sa silhouette fine,
Un corps souple, pourvu d’une exquise poitrine,
Au regard bleu acier, tel le zinc du comptoir.

 

Les autres voient l’aïeule au corps tout déformé
Qui boit très lentement son bock de triple bière,
En éructant des mots d’antique douairière.
Ainsi m’ont-ils décrit l’inquiétante mémé…

 

Mutine, elle m’invite à venir au plus près.
Je m’approche, poumons saturés d’oxygène,
Et sa voix de satin sème de menues graines
Au terreau de mon âme, en un jardin secret.

 

Ce ne sont que des mots qu’à moi seul elle dit,
Mais j’y vois la beauté des poèmes en herbe,
Épousant joliment quelque tempo superbe.
Un peu plus, je me perds dans cette mélodie.

 

Je bois sous les lazzi d’un pilier de bistrot,
Ricanant de me voir courtiser la revêche.
Il ne voit pas la dame réelle et si fraîche !
Un seul de ses regards ne m’est jamais de trop.

 

Vais-je franchir le pas, lui dire mon ardeur ?
Je prends sa main gantée, d’une soie violette,
Y dépose un baiser, je la vois qui halète,
Ensemble nous glissons vers la douce impudeur…

 

Je ne sais pas comment tous deux, dans son logis,
Serrés, nous effeuillant, nous jouons notre gamme,
Offerts, lèvres unies, l’alliage homme-femme,
Au creux de cette vague où notre corps rugit.

 

Dans cet ultime instant jaillit le cri primal,
Le silence est alors comme un lac de montagne,
Ô muse toute nue, devenue ma compagne,
Exprime-toi, pourquoi cet afflux lacrymal ?

 

Ma douce en sanglotant me dit qu’il est trop tard,
La poésie se perd quand l’amour se déchaîne,
Où le poème était, bientôt sera ma peine.
Et puis elle se tait, le visage hagard…

 

Aussi fais-je ce soir cette élégie qui clôt
Ma déambulation dans le pré des poètes,
Et ma muse, œil battu, me regarde, muette…
Amer, j’écluse lourd, dans un bar, rue Boileau.

Ce beau poème porte son titre dans l’énigme de sa fin  êtes-vous toujours resté assis dans un bar , rue Boileau à fantasmer cet amour ? Votre œil est une caméra qui filme un instant votre belle « déambulation dans le pré des poètes »

Posté(e)
  • Auteur
Le 07/10/2022 à 10:00, Nâau a écrit :

Ce beau poème porte son titre dans l’énigme de sa fin  êtes-vous toujours resté assis dans un bar , rue Boileau à fantasmer cet amour ? Votre œil est une caméra qui filme un instant votre belle « déambulation dans le pré des poètes »

Je ne conçois pas la poésie sans distance : entre le narrateur et le Panicaut, un monde, entre le Panicaut et moi, un autre. Sans parler d'entre moi et moi. Mais entre le poème et le lecteur, c'est toujours d'une infinie richesse. Pour la vraisemblance, j'avais bien vérifié qu'il existait un bar, rue Boileau, à Paris. Peut-être qu'un poète y fantasme. Comme Rilke, recréons le réel.

Posté(e)
Le 05/10/2022 à 01:05, Panicaut a écrit :

Le silence est alors comme un lac de montagne,

Le plus bel instant à mon cœur  je crois, lors de ma lecture.

 

Posté(e)

Formidable texte, dont la construction habile exhorte la puissance du regard contre la fadeur du réel. Il y a ce qu'il faut d'absinthe dans le final pour que cet alcool tienne ses promesses.

  • 2 mois plus tard...
Posté(e)

Du bar de la rue Boileau au bar de la rue Boileau, un monde, une vie, des amours poétiques et des amours physiques ; votre plume est belle, enthousiaste, forte et résignée.  Votre poème nous mène entre rêve et réalité. Bravo.

 

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