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Accents poétiques

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Retour au pays vrai

Featured Replies

Posté(e)

 

 

C’était une ville où l’on se perd volontiers dans des rues immenses où meurent ensemble les passants condamnés au silence les trois singes tatoués sur leurs bras ; pourtant ils ont parlé en écoutant des voix.  
La canicule a circulé dans les ruisseaux frappés de sécheresse, voici que l’eau devenait chère comme l’air que l’on respire, au même prix qu’un joyau dans la vitrine d’une bijouterie sur un boulevard austère où meurent les rires;  c’était une ville avec ses paradoxes,  toutes les églises ne sont pas orthodoxes.
Et tout ceci n’est pas très catholique.  

Dans l’arrière-pays qui fleure bon la jeune lavande et le vieux pissenlit, le lac est sec comme un paysage lunaire où l’homme a voulu chercher des petits hommes verts. 
Et puis dans l’ombre, en pleine lumière, poussent des voitures électriques, de toutes les couleurs comme des fleurs ; silencieuses, elles écrasent des gens qui traversaient à l’oreille sur des passages piétons et puis des trottinettes, des vélos hécatombes sur le bitume des sanglots où le sang passe en trombe. 

Il ne reste qu’à prier, c’est la fin de l’été. 


Il faut rentrer. 
Chacun retrouve ses reliques.

 

Pourrons-nous boire encore, pourrons-nous nous chauffer ? 
Saurons-nous enfin nous aimer ? 
Serons-nous vivants à cette allure ? 
Qui pansera nos blessures ? 
Restera-t-il une boîte à musique ? 

 

L’octobre est arrivé, mon moi préféré ; les verres et les bourses sont vides, je rentre au pays. 
Je suis d’automne de toutes mes vies. 


 Les châtaigniers n’ont pas pris une ride ; c’est l’heure des champignons sur lesquels on n’appuie pas, du silence magique, des chuchotements …  et dans les yeux, ces lacs encore brillants et sages qui n’ont jamais séché ici. 

Dans le maquis enfoui où nul ne s’aventure,  il fait moins chaud sous la tonnelle et le ciel offre ses brûlures dans les arbousiers  rougis ; la fontaine jouit encore de la source jouvence des amours éternels. 
On raconte l’eau qui serpente et le mensonge de l’appeau. 

Elle est jolie et fraîche mais dès l’hiver elle prendra un air revêche, c’est l’âtre le chef, le brame du cerf  et le chant de la chevêche.


On oublie la mer traversée au prix des illusions si chères, nous voici rentrés en silence le cœur gonflé d’espérance. 

 

Seuls seront restés les vrais qui m’ont attendue devant la cheminée, ils voudront que je raconte mais je mentirai je dirai juste le ciel si bleu et je tairai les yeux malheureux des chevaux de bois qui descendent et qui montent sans savoir pourquoi , je ne dirai rien de tous les chiens aux abois. 

 

Ces ombres sur le mur qui dansent en semant des parfums énigmatiques font  osciller les cœurs ;  bien sûr les pendules ne sont pas à l’heure, on ne sait combien dure le bonheur. 

 

Ici, je crois, peut-être, toujours. 
Toujours c’est longtemps ? 
Ou ça dure un instant. 

 

Sur les poutres chauffées du soleil d’août pendent des cochons morts volontiers pour la bonne cause, des saucissons encore tout roses et sur la table millénaire, on se sert un verre. 


L’amour est partout, bruyant et sans bruit, liquide et sec comme une accolade sincère qui dit je suis ton ami pour la vie ; là-bas, dans les ruelles de suie, on n’a pu oublier qu’on est d’un autre pays .

Il m’a tant manqué ! 

 

Il abreuve et chauffe, brut comme un diamant que nul n’aura serti, et quand il dit pour la vie, c’est à la mort aussi , il n’aime pas être trahi et sa parole est d’or. 

 

L’octobre est si beau dans les brumes du hameau, je n’aurais pour rien au monde raté ça ; voici venir la ronde des hommes qui se donnent la main pour ramasser les feuilles mortes ensemble, les hiers et les demains ; et quand bon leur semble, quand est morte septembre, ils se taisent longtemps
puis racontent des légendes. 
Alors, ils oublient aussitôt le voyage où leur cœur a tant langui, loin de leur maquis. 
Quel bonheur ce vrai pays !

 (Joailes - octobre 2022) 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une jolie tapisserie de notes poétiques et facétieuses où trône octobre, en pays perdu mais retrouvé.

Il y a 13 heures, Joailes a écrit :

 c’était une ville avec ses paradoxes,  toutes les églises ne sont pas orthodoxes.
Et tout ceci n’est pas très catholique.

...écris-tu en protestant... ☺️

Octobre est une patrie apaisante, c'est là le paradoxe (je connais bien, né dedans)!

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

Et quel bonheur, un tel texte !!!

 

Quel regard poétique. Il le définit mieux que n'importe quelle définition.

 

Vous racontez dans la première partie ce que je ressens sans savoir l'écrire. Et vous, avez su trouver les mots...

 

La seconde partie montre bien que tant qu'il y a de la beauté et de l'harmonie il y a de l'espoir, il y a de la vie...

 

Comme chante Green Day : "Wake me up when september ends"

 

Le plus beau de vos textes.

Modifié par Le Hamster

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 03/10/2022 à 23:38, Joailes a écrit :

c’est l’heure des champignons sur lesquels on n’appuie pas, d

L’automne est soulagement dans le midi après la canicule. Poésie et perles sont au rendez-vous, comme celle-ci.

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