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Les lettres d'adieu

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Julie est jolie, à n'en point douter.

Sa lubie, c'est de collectionner les lettres d'adieu.

Elle a eu beaucoup d'amoureux, pensez un peu, et elle se souvient de chacun qu'elle dépeint avec lucidité et tendresse, mais ils l'ont tous quittée un jour, en déposant une lettre dans la coupe en porcelaine qui trône dans l'entrée de son nid d'amour.

Elle les a enrubannées et déposées dans une grande boîte bleue qui avait contenu les chaussures d'un de ses aïeux et chaque fois c'est le même rituel : elle les déplie et me les lit dans son déshabillé de vieille dentelle au parfum d'immortelle.

Je l'adore Julie, elle habite une cabane sur la plage un peu plus loin que la mienne, cachée derrière des palétuviers et quand on arrive devant on ralentit, frappé par la beauté des lieux ; en même temps elle a très peu d'invités et pas d'adresse donc c'est difficile de la trouver inopinément, c'est même presque impossible ; comme dans certains romans de gare (j'adore cette expression) où le hasard est primordial pour les rencontres parce que l'histoire est ordinaire mais avec des rebondissements,

ce qui permet d'atteindre facilement Orléans depuis Paris.

En fait on ne lit qu'une fois dans le train et non dans la gare, tout occupé qu'on est à faire ses adieux, alors roman de train serait plus approprié, bien que je n'ai jamais lu sur les rails, bondissant entre les herbes hautes et les rochers sauvages, j'ai toujours préféré lire le paysage qui m'a tant aidé à écrire.

Ceci est une parenthèse, j'en reviens à Julie qui semble si à l'aise avec ses souvenirs qui sont finis.

Elle me lit chaque fois une lettre nouvelle, elle n'est jamais à court, celle-ci est de Serge, celle-là d'Olivier et tous les prénoms du calendrier défilent ainsi ; elle a une moue rêveuse dans ces moments là, je crois qu'elle revoit les visages, les instants ; se souvient de détails croustillants et j'avoue que j'aime ça, je m'installe près du grand hêtre en respirant ses mimosas et suis tout ouïe jusqu'à ce que la nuit tombe alors nous nous taisons, elle s'endort sur sa chaise longue et je m'en vais tout doucement.

Les adieux me poursuivent jusqu'à ma porte, j'entends le froissement des feuilles comme des chuchotements et un cœur brisé m'apparaît à l'horizon, il saigne sur la mer, d'une beauté si parfaite et douloureuse.

Julie est si belle, pourquoi l'ont-ils quittée ?

Pourquoi relit-elle ces lettres chaque soir depuis tant d'années d'une voix rauque et lointaine enveloppée dans son châle noir de laine ?

J'aimais son mystère et son café était le meilleur du pays.

De plus, j'étais moi aussi solitaire et n'avais pas de lettres d'adieu.

Mon chat était mort mais ne m'avait rien laissé, si ce n'est un gros chagrin et un stock de croquettes,

il n'avait pas jugé utile de m'écrire pourquoi avait-il décidé de partir je n'en sus jamais rien.

J'ai trouvé que c'était bête ce départ sans rien dire j'ai mis longtemps à m'en remettre, je n'avais pas de lettre.

Alors j'aimais celles de Julie qui m'apprenaient comment on dit adieu à quelqu'un qu'on aime

avec des mots blêmes comme des anathèmes.

Un matin, alors que je ne faisais rien comme tous les matins d'été, sinon ouïr l'alentour, j'entendis crier dans le lointain.

Un cri comme une plainte, un sanglot long comme la pluie dans un violon.

Je nouai à la hâte un sarong sous mes seins, enfilai mes tongs et me mis à cou

... ? 

La page était déchirée à cet endroit là , et les dix suivantes manquaient.

Le bouquiniste qui m'avait vendu ce livre était parti avec le secret de Julie.

J'ai tambouriné à sa porte, ça sonnait creux.

L'automne était venue, de feuilles mortes jonchant les rues

et  pas une seule lettre d'adieu …

(joailes – août 2022)

(illustration réalisée avec Open-ai)

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Posté(e)
  • Semeur d’échos

Peut-être un bouquin juste pour se mettre en train? Comme le chat disparu, que chacun.e se mette à chercher Julie, c'est une bonne occasion de voyager à peu de frais et de faire avancer le hasard - pour, qui sait - changer de train de vie?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une histoire un peu triste à la fin qui m’a rappelé qu’il y a longtemps j’avais croisé un écrivain spécialiste des romans à l’eau de rose auxquels vous faites allusion, Guy des Cars, surnommé Guy des Gares…

Modifié par Jeep

Posté(e)
  • Auteur
il y a une heure, Jeep a écrit :

Une histoire un peu triste à la fin qui m’a rappelé qu’il y à longtemps j’avais croisé un écrivain spécialiste des romans à l’eau de rose auxquels vous faites allusion, Guy des Cars, surnommé Guy des Gares…

Ce romancier (aristocrate de gare ?) a inondé ma table de chevet durant mon adolescence (hier, donc) j'étais fascinée par son imagination après avoir lu "l'impure" j'ai acheté tous ses livres ! Vous me rappelez là un souvenir de lectures passées, merci @Jeep !

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