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Accents poétiques

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La lettre en bouteille

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Je t'écris cette lettre en guise de blues final.

Elle peut se jouer à l'harmonica en aspirant bien dans les bons trous. 

Ou se lire simplement, les yeux en face des trous. 

 

Ici, les rues sont tristes à mourir et les pavés luisent comme des miroirs éteints ; des silhouettes pressées nagent dans des housses sans forme et sans couleur, en zigzaguant à pieds disjoints dans des flaques putrides où se disputent des crottes de chiens mal polis et des poubelles de gens polis aux voix de faussets, au sourire faussé, entre l'azur et le fossé. 

Ici, il y a beaucoup et souvent du soleil, mais pas de chaleur.

Moi, j'aimais mieux le froid de nos montagnes, le franc, celui qui tape sur l'épaule avec un bon petit coup de gnôle, du sec, du dur mais du vrai.

Ô la couleur des chalets, comme des caramels offerts sur des siphons de chantilly et cette chaleur aux lèvres dès que les flammes s'y déposent !

Et puis, bien sûr, ton regard et ta voix, tes mains douces et piquantes comme les roses. 

Chez nous s'éloigne, je me demande si j'ai rêvé et puis à quels moments. 

Paradis, enfer, tout  me revient.

Une étrange farandole, en vérité et tant de paraboles ! 

 

J'ai le vertige en comptant les étages des maisons où des réverbères tordus cherchent leur reflet perdu depuis longtemps.

Il y a beaucoup de voitures silencieuses et autres engins muets qui te foncent dessus sans que tu aies le temps de dire bonjour.

Je me souviens le chasse-neige qu'on ne risquait pas de heurter et le tracteur de grand-père roi du pré ; avant ? Après ? 

Je ne sais plus. 

C'était le bruit dans le silence.  Ici,  il n'y a pas de silence et pourtant ... Comment te dire ? C'est pire ! 

Le sourire est suspect, on est en ligne de mire. 

Ces rues je ne les connais pas, dès le premier regard elles me furent hostiles, elle ne me connaissent pas non plus mais elles ont d'autres chats à fouetter que de m'apprivoiser.

Oui, il y a des chats, mais ce sont des chats de ville et les rats semblent faire partie d'une mafia. 

Ils sont noirs et cruels et attendent, assis sur des poubelles, je ne sais quoi. 

J'ai peur et j'ai froid. 

Alors, je fais ce que je peux : je traverse sans regarder ; j'en ai oublié les conseils de maman,  pourtant je ne parle pas aux inconnus, c'est à dire à personne.

Il faut patienter pour entendre dans le lointain une cloche qui sonne, perdue au milieu des klaxons. 

Mes yeux sont sans tain je ne vois plus l'arrêt du train qui s'enfuyait entre les pins ni le chemin de porphyre, ni les oiseaux de nacre délicats comme des cachemires.

Où sont passés les chemins blancs de nos hivers ? 

Ici les arbres sont de fer et les gens aussi, ils ne regardent plus le ciel qu'ils se vantent d'avoir si bleu, ils regardent leurs pieds et avancent, je me demande à quoi

ils pensent … serait-ce donc ici, l'enfer ?

 

Heureusement il y a la mer.

Les mouettes crient si fort qu'elles couvrent les cris de bêtes ; elles semblent rire, ô les téméraires !

L'écume bave et le nuage cotonne, c'est blanc et bleu comme les glaciers de l'enfance qui ne pardonne pas.  

On peut pleurer enfin toutes les larmes de son corps, fondu dans le décor et le vent se fait ténor. 

Ici on peut mourir tranquille.

 

La plage est abandonnée, l'hiver est magnifique il y a plein de petites criques faites de broc et de bric, beaucoup de bois flotté, et puis les lunes sont belles.

On dirait qu'elles habitent le ciel et donnent sérieusement envie d'y aller.

Les étoiles s'allument une à une, peut-être est-ce Noël dans ce coin de fortune où les lettres s'envolent  ? 

 

C'est de là que je t'écris,  sur ce petit bout de terre où il ne fait pas bon vivre, mais peut-être qu'y mourir sera bien. 

Il y a du sable et des galets, des parasols et des palmiers, c'est là qu'il faut faire des photos en disant que tout va bien. 

Tu sais,  parfois, en surface, on peut voir des dauphins. 

Les couchers de soleil sont gigantesques et il y a des peintres hirsutes qui s'emmêlent les pinceaux et qu'on ramasse au beau milieu des flots, je ne serai pas le premier. 

Les plages sont nettoyées, bientôt viendra l'été. 

 

J'ai libéré de ma vieille besace mes deux limaces, un gros bocal de grimaces prisonnières et mon harmonica.

Je vais l'avaler en regardant le blues sur la mer en la mineur.

Demain … il restera sur le sable mon cœur plein de trous qu'un gigantesque mérou balaiera d'un seul coup, sans état d'âme et puis ...  cette lettre dans la bouteille, qui fera le voyage … ou pas.

Qu'importe !

Il fait beau à la porte.

(joailes – mars 2022)

 

Posté(e)
Il y a 12 heures, Joailes a écrit :

Heureusement il y a la mer...

Très beau texte , comme une prose poétique ou un poème en prose... spontané, sincère, qui exprime ce que vous ressentez en ces temps troublés de mars 2022.

le début d'un roman ?

Il y a 12 heures, Joailes a écrit :

Ici les arbres sont de fer et les gens aussi,

Hélas...

Posté(e)
  • Auteur
il y a 53 minutes, Martialis a écrit :

Très beau texte , comme une prose poétique ou un poème en prose... spontané, sincère, qui exprime ce que vous ressentez en ces temps troublés de mars 2022.

le début d'un roman ?

Oh non, @Martialis , juste une petite histoire ordinaire ! 

Merci de votre lecture bienveillante. 

Posté(e)

En étant attentif on trouve toujours une raison de tenir les coups... Il faut être assez fort pour s'imposer d'être attentif et ce n'est pas si facile. Très belle "petite histoire ordinaire" @Joailes, que vous racontez de façon plutôt extraordinaire!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une lettre extraordinaire qui mérite de voyager, qui reflète le blues du temps présent.

Posté(e)

"J’ai bien reçu ta lettre, dans les branches du pommier ; c’est là que j’ai trouvé refuge ! Un jardin comme avant !

La dame compose des poèmes avec ses fleurs ! Elle m’invite, mais j’ai peur dedans, je veux sentir l’air qui remonte de la mer … je crois qu’elle comprend.

J’ai bien failli pleurer tu sais, plusieurs fois … t’as toujours été poète ! poète de la p’tite amertume des jours, de la petite mélancolie ! et je sais que tu n’aimes pas que je pleure en écoutant tes poèmes ; tu sauvegardes toujours un peu de fantasque ... mais cette fois elle est amère ! Bon, j’ai pleuré.

Tu sais le timbre est super ! Ça m’a rappelé la mer, je suppose que toi aussi ; la mer et les jeux sur le sable, papa qui regarde au loin, les voiles et le vent, l’enfance quoi, le morceau tendre de la vie, et maman … j’ai gardé le timbre, avec l’enveloppe et ta lettre dedans ! Y’ avait pas besoin de timbre ! j’ai même gardé la bouteille ! faut croire que le voyage s’est bien passé …

Dis, ça me rend triste ce voyage : elle a du s’endormir là, dans ma poche ! Et quand je veux la relire, la feuille est toute blanche maintenant, tombés du nid, les mots, se sont envolés de leurs propres ailes, en silence, et je mets toutes tes images sur mon ciel à moi, entre mes branches et ça me fait du bien …

La feuille blanche, j’aurais pu t’écrire, bien sûr, mais l’adresse en mer est trop vague ; alors j’ai plié un origami, je lui ai dit deux mots, et il s’est envolé lui-aussi, très haut, dans la montagne ; je ne le vois plus battre des ailes, mais il me semble que là où tu t’es allongé pour de vrai, tu le vois … Moi, je ne sais pas quand je redescendrai, jusqu’à la plage ! Je vais apprendre l’harmonica … peut-être que ça fera grimper les chats …

Encore tout mon cœur pour ta lettre.

Je ne sais pas si je t'écrirai encore, comme ça, pour du beurre ; ici aussi ça devient dur de trouver du papier et des idées ... les couchers de soleils ne nourrissent plus assez ; va falloir se remettre à marcher pour ne pas perdre pieds ... "

Modifié par O Salto

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