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A mon frère II

Featured Replies

Posté(e)

Alien 19


 

Nous sommes absents

Au monde

Il tourne sans nous

Ca monte et ça baisse

Dans l’indifférence

La mer se fout de nous

Pauvre espèce qui n’y retournera jamais

Ni baleine ni sirène

Homo sapiens sapiens

Ca pense paraît-il

Regarde la mer

Entends-la comme elle est sourde

Tu respireras le vide

Personne ne t’entend crier

L’oiseau a perdu ses ailes

L’eau porte puis engloutit

Quelques mètres seconde

Quand bien même pour l’éternité pauvres épaves


 

Luc B. (1962-2010)

 

 

 

Mon cher frère,


 

Tu te souviens de notre premier voyage ensemble à la mer ? C’était en 1966. Maman venait de se remarier. La mer, je l’avais découverte à Cannes, avec elle et une de ses amies, sans doute un an ou deux ans plus tôt. Là, tu la découvrais en grand, en géant même. L’océan atlantique… Et le petit bonhomme de quatre ans que tu étais, subjugué, de s’écrier : « La mer extraordinaire ! ». Si ce n’est pas être poète dans l’âme…

 

La mer t’aura toujours fasciné. Au point d’apprendre la voile à l’école des Glénans, de faire quelques croisières en équipage et de finir par acheter ton propre voilier, un KELT 7.07, bleu et blanc, superbe. Il s’appelait Java. Tu disais que c’était ta danseuse, ta folie, si chère à entretenir, à faire naviguer et stationner dans des ports.

 

La mer est fortement présente dans ce poème poignant. Une mer originelle, nourricière mais absente, sourde, indifférente et même moqueuse.

 

L’eau porte puis engloutit

Quelques mètres seconde

Quand bien même pour l’éternité pauvres épaves


 

Ainsi va la vie telle que tu la concevais. Tu me répétais souvent « La vie n’est pas une allée bordée de roses. » Il faut bien dire qu’elle ne nous avait pas fait de cadeau. Tu es né le 13 mars 1962, à Strasbourg, dans le même hôpital où notre père était soigné et devait mourir quelques jours plus tard, le 31 mars. D’une forme de leucémie foudroyante à l’époque, mais guérissable aujourd’hui. J’allais avoir deux ans.

 

Pour notre mère, le choc fut beaucoup trop rude. Elle qui n’avait pas connu son père V., mort avant sa naissance, se retrouvait seule avec deux tout petits enfants et sa mère A., à la santé déjà fragilisée. Alors il a bien fallu gérer cette situation tragique...

 

Tu as été accueilli les bras grand ouverts, à Dettwiller, par la Mamama, notre grand-mère paternelle (qui avait perdu son mari en août 1960) et par notre tante M. et son mari R.. Leur fille M., qui avait quatre ans de plus que toi deviendra bien davantage qu’une cousine. Une véritable grande sœur avec qui tu avais un degré de complicité que nous ne sommes jamais parvenus à atteindre. Je l’écris sans amertume aucune. Les premières années de la vie sont déterminantes. Elles nous marquent à jamais.

 

Moi je demeurais à Strasbourg, avec Maman et notre grand-mère maternelle. Bien sûr, nous nous retrouvions de temps en temps.

 

Tu décrivais ta prime enfance comme une période bénie, incroyablement heureuse, ce qu’attestent les photos prises à l’époque. Tu as sans aucun doute reçu beaucoup d’amour et de bienveillance. Alors, quand il a fallu nous rejoindre, après le remariage de Maman, tu as dû vivre un vrai et profond traumatisme.

 

Tu m’as raconté un jour que c’était comme si on t’avait obligé à quitter le paradis terrestre… Et que, si petit, instinctivement, tu avais perçu que rien après ne serait plus jamais pareil, aussi merveilleux…

 

Délibérément tu avais quand même donné le change, joué un rôle, affiché ton plus beau sourire (et il savait déjà être ravageur...) avant de te précipiter dans les bras de Maman.


 


 


 


 


 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une histoire familiale émouvante et la poursuite d’un bel hommage au frère poète disparu trop tôt,

Posté(e)

Toujours aussi émouvant et l'on se prend d'affection pour ce frère attachant ... 

Posté(e)

Beaucoup de détails, de dates, qui prennent tout leur sens dans un récit familial, une histoire ou un journal personnels. Ce qui rend le style un peu moins littéraire, mais c'est très soigneusement écrit.

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