Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

A mon frère I

Featured Replies

Posté(e)

Glace


 

Donc on recommence toujours avec désespoir

Rien d’autre à faire

Sinon attendre la fin pour ne pas nommer la mort

Etre conforme en tout à la machine

Le silence vraiment s’imposera dans le vide

Nous serons selon les lois des pierres froides

Pas nos débris

Aucun fou ne rira plus

La neige tombera toujours

Pour les enfants morts d’amour

Le mot sans nom

Reste écrit mais si longtemps qu’on l’oublie

Les étoiles ne s’en souviennent plus

Où es-tu ma belle aimée

Aveugle je t’ai perdue comme ma perte

Les pas perdus ne se rencontrent plus


 

Il restera des écrans

Des images de notre finitude

Dans la glace


 

Luc B (1962-2010)

 

 

 

Mon cher frère,

 

Bientôt dix ans que tu nous as quittés, de manière si tragique.

 

Je me souviens très bien de ce que tu disais à propos de l’écriture. « A quoi bon écrire après Flaubert et Baudelaire ? On ne pourra jamais les égaler !» Tu étais pourtant doué et tu avais des choses à dire, à partager, à transmettre. Des choses fortes, pas gaies certes, mais écrire t’aurait sûrement aidé à sublimer bien des maux, à affronter tes démons et, au final, à vivre mieux.

 

Tu avais voyagé, visionné des centaines et des centaines, voire des milliers de films. Outre le cinéma, ta grande passion, tu étais féru d’art, de littérature et de musique. Bien sûr, tu avais rêvé si fort de devenir acteur. Et tant qu’à faire Acteur… comme Alain Delon. Mais l’école de cinéma et les années à Paris n’ont pas débouché sur le début de carrière escompté. Alors il a bien fallu se résigner. Ecrire, devenir auteur à ton tour, aurait été un beau challenge à relever. Mais non, Baudelaire et Flaubert t’impressionnaient donc au point d’annihiler toute velléité créative.

 

C’est drôle, moi aussi, j’ai bien failli renoncer à écrire. Christian Bobin ou Jean Sulivan, mes écrivains préférés, me semblent tellement insurpassables. Jamais je n’arriverai à atteindre leur niveau d’écriture et je vis déjà comme une grâce la chance de pouvoir les lire et de me nourrir de leurs textes si beaux, si profonds et si enrichissants. Mais j’ai bien compris une chose maintenant : Dieu ne me demande pas, et ne me demandera jamais, d’écrire aussi bien que Christian Bobin. Non, Il attend juste de moi que je sois enfin moi-même et je n’enterre pas mes propres talents.

 

Fort heureusement, tu avais fini par accepter d’écrire quelques poèmes. Je les ai gardés précieusement et j’ai décidé de les publier en ligne, un à un. En souvenir de toi, mon cher Lukele.

 

Glace est donc le premier. Il plante bien le décor, non ?

 

Je trouve ton poème très beau, touchant, jusqu’à être bouleversant. En très peu de mots, il dit tant de choses. Je ne veux surtout pas le commenter en détails. Ni les autres qui suivront d’ailleurs. Un poème est écrit pour une rencontre directe avec son lecteur. Et il y aura autant de perceptions différentes que de lecteurs. Il revient à chacun de s’approprier le poème, d’en percevoir les nuances de sens, de le faire vivre… Un poème se suffit à lui-même. Il faut laisser opérer la magie de la rencontre. Je me contenterai donc d’exprimer quelques impressions, des souvenirs qui remontent à la surface, des flashes de conscience…

Glace en dit beaucoup sur ta vision du monde, d’abord. Un monde désespéré et désespérant. Un monde dur, implacable, abandonné par Dieu, où l’homme seul, ontologiquement seul, n’est qu’un triste pantin, un Sisyphe moderne condamné à gesticuler comme il faut, à travailler selon les lois d’un système aliénant qui l’opprime. « Welcome to the machine !» chantait Pink Floyd, quand tu avais treize ans et moi quinze. Comme Camus, il faudrait, dans un sursaut vital de sagesse, pouvoir au moins imaginer Sisyphe heureux. Sinon…

 

Ensuite Glace, en filigrane, dessine un peu l’homme que tu étais. Ton hypersensibilité, ta personnalité d’écorché vif, d’éternel rebelle. Ta quête effrénée de sens, ton besoin insatiable d’amour et de reconnaissance.

« La neige tombera toujours

Pour les enfants morts d’amour »

 

Et le cri déchirant, l’appel à celle qui fut le grand amour de ta vie, partie au bout d’une relation passionnée de treize années.

« Où es-tu ma belle aimée

Aveugle je t’ai perdue comme ma perte

Les pas perdus ne se rencontrent plus »

 

Tout est dit. Et si bien dit.


 

Posté(e)

Je dois dire que oui, c'est un poème digne des plus grands, et votre frère était doué. Alors bravo.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un bel hommage à un frère disparu. Il est vrai qu’il ne faut pas hésiter à écrire et à s’exposer , même si l’on a conscience des ses limites et de ne jamais pouvoir égaler les grands modèles.

Posté(e)

J'ai la gorge serrée. L'émotion est telle ! Bravo et merci pour ce beau partage, @Danivan

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.