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Les vieilles de mon village.

Featured Replies

Posté(e)

Lorsque j’étais enfant, je délaissais mes jeux,

 

Préposé aux eaux fraîches on m’envoyait heureux

 

Galoper jusqu’à la placette

 

Où trônait la fontaine accoutrée de pichets,

 

Ceux de la Léonie et puis ceux d’Aglaé,

 

Simone avait sa gargoulette.

 

 

 

Ah ! c’est toi le petit ! disaient-elles en riant,

 

Qui comme le grillon chantonne à tous les vents,

 

Tu nous rappelles ton grand-père,

 

Il venait dans le temps, ici, loin des ragots,

 

Astiquer en chantant ses cages à escargots,

 

Mais que tu ressembles à ta mère.

 

 

 

Souvent la Léonie rapiécée de printemps,

 

Repartait la première avec ses fleurs des champs,

 

Les pas au sentier des malices,

 

Pouponner sur le feu à l’abri des regards,

 

Un ragout de cabri, une omelette au lard,

 

Et la rue criait au supplice.

 

 

 

Aglaé la suivait avec au fond des yeux,

 

Un buisson de merlette et des papillons bleus,

 

Toute une vie sans représailles,

 

La pudeur en ombrelle elle allait le matin

 

Ceinturer l’ail des ours, l’herbe pour ses lapins,

 

Coiffée d’un grand chapeau de paille.

 

 

Puis Simone restait le temps d’une chanson,

 

Les cheveux neigeotant et courant le blanchon*,

 

Le cœur gorgé de gariguettes,

 

Discrète et généreuse en un tour de Mandrin,

 

L’art de la diversion, je comprenais enfin,

 

Mes poches gonflées de noisettes.

 

 

 

A l’heure du goûter, j’écoutais quelquefois,

 

Leur causette entre amies mêlée de ce patois,

 

Des mots taillés dans du vieux chêne,

 

Assises sur un banc, ravaudant le mois d’août,

 

Le deuil en volets clos pour garder leur époux

 

Dans la fraîcheur des joies sereines.

 

 

 

Rebouteuses d’un âge à l'abri près du feu,

 

Aux sabots si usés par les travaux rugueux,

 

J’aimais leurs silences utiles

 

Quand leurs mains s’affairaient en laissant le parloir

 

Pour écosser des pois ou broder un mouchoir

 

A l’écart de nos choix futiles.

 

 

 

J’effiloche aujourd’hui ces joyeux souvenirs,

 

Leur moue en cerisette et ce don de vieillir

 

Tout aussi bien que la fontaine,

 

Le cognassier n’est plus, le lavoir est tagué,

 

Mais leurs âmes m’ont dit toujours enlavandées :

 

Qu’on cueillera la marjolaine !...

 

 

 

Le blanchon* est un lièvre blanc en hiver dans les massifs alpins.

 

 

Modifié par Frédéric Cogno

Posté(e)

L'élégance du style restitue le charme de ces souvenirs, dont certains sont aussi les miens. Merci.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Que c’est joli !  Ces souvenirs, aux charmes de Provence fleurant bon les Alpilles, ne sont-ils pas au vrai cœur de la vie ? Hélas les pierres de la vieille fontaine doivent maintenant pleurer derrières les graffitis.

Merci @Frédéric Cognopour ce moment délicieux.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des souvenirs touchants d’un temps pieusement restitué, plus proche du néolithique que de la vie moderne des villes.

Posté(e)

Encore une réussite, bravo @Frédéric Cogno!

Posté(e)

Un vibrant hommage à nos anciens.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les souvenirs d'enfance sont souvent les plus beaux. La magie opère à la lumière de vos mots. Bravo !

Posté(e)

Des souvenirs pleins de charme et de fraîcheur.

Posté(e)

Je les ai connues ces vieilles de village et tu as su si bien les faire renaître ! Merci et bravo, Frédéric. 

Posté(e)

Bravo pour ce témoignage , j'ai aimé votre style d'écriture en simplicité vous m'avez permis de vivre ce moment d'un temps anciens qui ressemble au bonheur.

Posté(e)
  • Administrateur

Je n'ai hélas guère connu ces vieux dans les villages d'antan et je me demande si ces scènes existent encore de nos jours. Je crains qu'elles se fassent bien rares. Cela rend ces vers d'autant plus précieux, témoignage d'un temps révolu.

Posté(e)

Tu as toujours ce don, celui de nous emmener avec toi et ce, quel qu'en soit le thème, merci de nous faire partager ton talent @Frédéric Cogno!! 🙂

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Avec quelle aisance est racontée cette histoire: une poésie si bien réussie qu'elle fait oublier qu'elle est cousue main - et de fil d'or. J'en suis pantois!

Je me suis revu tenant par la main ma grand-mère pour aller remplir de lait notre bidon chez la crémière, en Sologne. Merci pour ce moment délicieux!

Posté(e)

Un regard profondément réaliste  sur les taches  est des habitudes d'un temps qui fut.

merci pour les détails qui qui ont donné à ce poème un souffle original.

Posté(e)

Un poème sur un passé révolu qui évidemment touchera tout le monde car qui n'est pas nostalgique? Du bel ouvrage car le texte vient du coeur.

Posté(e)
Le 04/09/2021 à 10:36, Frédéric Cogno a écrit :

J’effiloche aujourd’hui ces joyeux souvenirs,

 

Leur moue en cerisette et ce don de vieillir

 

Tout aussi bien que la fontaine,

 

Le cognassier n’est plus, le lavoir est tagué,

 

Mais leurs âmes m’ont dit toujours enlavandées :

 

Qu’on cueillera la marjolaine !...

 

Une belle manière de clore ces souvenirs déjà lointains.

  • 1 mois plus tard...
Posté(e)
Le 04/09/2021 à 10:36, Frédéric Cogno a écrit :

J’effiloche aujourd’hui ces joyeux souvenirs,

 

Je commence par la dernière strophe pour vous dire le bonheur que vous m'avez procuré d'effilocher ainsi. Chaque portrait est une réussite, une merveille de précision et d'authenticité. On voit des images à la "Jean de Florette" et votre poème a cette nostalgie d'un temps qui s'offrait et non se dépêchait. 

Les femmes près de la fontaine offrent de la tendresse à foison.

Je retiens ce vers merveilleusement écrit pour la vieille Léonie mais Aglaé avec son paysage dans les yeux, Simone et son cœur généreux, et cette avant-dernière strophe, aux mots rugueux comme ceux de leur vie, auraient pu être recopiés dix fois dans ma mémoire. 

 

Le 04/09/2021 à 10:36, Frédéric Cogno a écrit :

Souvent la Léonie rapiécée de printemps,

 

Un texte magnifique très sincèrement. 

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