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Accents poétiques

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La maison s'est envolée

Featured Replies

Posté(e)

 

 

C'est difficile de faire le vide dans la maison aux souvenirs où les objets sont pétrifiés.

Le moulin à café est un bonheur, quand on a le temps de le broyer, de faire chauffer l'eau le matin sur le fourneau dans la cuisine aux parfums, temps béni pour quitter ses rêves en douceur quand l'horizon se colore de violets. 

Il reste du thym dans du papier journal, c'est un vieux journal qui donne des nouvelles d'un jour où la récolte avait été bonne, il y avait eu des fêtes dans la vallée, un mariage, une naissance, un agneau sacrifié.

La marmite en fonte pèse une tonne et l'évier de grès raconte des histoires savonneuses de vaisselles géantes les soirs de liesse où des mains vivantes se touchaient, joyeuses.

Les armoires craquent de rhumatismes et sur le rouet pend un brin de laine ; dans la chambre aux milliers de secrets, les édredons sentent encore la lavande et dans l'alcôve, sur un berceau de duvets, somnolent encore des sourires d'enfance.

Une poupée aveugle gît sur le sofa, ses yeux, sans doute, perdus dans des bocaux de billes usées sur les chemins brûlants de soleil.

 

Il faut vendre cette maison

elle ne sert plus à rien

le promoteur a les dents rouges

il aime les bouchées de pain

mais pas pour nourrir les oiseaux,

plutôt les requins.

 

Pour l'inauguration de l'immeuble de quatorze étages, il y avait foule dans le patio aux fleurs coûteuses, des petits fours commandés chez le plus grand traiteur de la ville et monsieur le maire sanglé de couleurs vives dans un costume gris.

A la place d'une petite maison toute pétrie d'amour, il y avait de quoi loger bien des familles qui appuieraient sur des boutons pour vivre moderne à prix modéré. 

Personne n'a vu la vieille dame, avec son gros baluchon plein d'objets hétéroclites, sauter du dernier balcon en chantant une de ces vieilles rengaines qu'on n'entendra plus jamais sous les toits.

Moi qui l'avais toujours vue pleurer dans son habit noir, trimer pour tenir sa maison debout, elle riait tant ce soir là que je n'ai pas compris, mais soudain dans un immense feu d'artifice, elle m'a cueillie dans sa drôle d'écumoire pour le pays plus haut où tout se retrouve...

J'ai fermé les yeux, j'ai vu s'éloigner la terre qui ne sentait plus bon, et au-dessus des nues, la maison m'attendait.

Le moulin à café s'est mis à chanter sur nos genoux, on a fait chauffer de l'eau …

 

(J.E. Août 2020)

( Petites histoires ordinaires ) 

Posté(e)

Derrière les images qui naissent d'objets quotidiens,  s'annonce la nostalgie de moments disparus.

Et en toile de fond la disparition d'un être chassé de son lieu de vie. Quelle force dans la simplicité apparente du style.

Posté(e)

Superbe!! Vous savez à merveille faire parler ces objets du quotidien qui racontent une histoire unique 😊

Posté(e)
  • Administrateur

Bien que cette petite histoire ordinaire soit déplacée vers Plume errante, nous y retrouvons tout le charme poétique habituel de tes lignes 🙂 

Posté(e)

Bien que personnellement je déplore que les poésies en prose ou récits poétiques ne soient pas dans la catégorie poétique du site (c'est à mon avis fractionner la poésie, mais qu'Ethanor se rassure, je ne cherche pas la polémique :) , même si j'ai beaucoup aimé l'ambiance décrite, je pense que tu pouvais exacerber davantage la poésie, en laissant planer le prosaïque sans le décrire réellement.

Je te dis cela car tu l'as présenté d'abord dans à l'ombre de vos vers.

(je ne sais pas si je suis dans les clous, si on peut faire de telles suggestions/réflexions sur le site. Auquel cas j'éditerai. 

 

c'est texte très touchant dit bien tout ce qui se fait envers et contre tout, tous, mais pour l'argent.(il n'y a que ça qui "compte")

Posté(e)
  • Auteur

Bonsoir @hersen je pense qu'il est parfois très difficile de faire la différence entre de la prose, et un texte qui, même s'il n'est pas dénué de poésie, peut cependant être accueilli comme une histoire, une mini-nouvelle. Hier soir, j'écrivais un "poème" au départ, et puis j'ai préféré cette présentation parce qu'elle m'a parue plus agréable à lire ; et puis @Eathanor a lu "mes petites histoires ordinaires" antérieures donc il sait que je m'égare souvent, je ne compte pas mes pieds, ni mes vers, je suis un peu inclassable ! 

L'important, c'est d'écrire. Merci beaucoup pour votre commentaire amical. 

Posté(e)

Bonsoir Joailes, quelle soit en prose ou en vers rimés, la poésie se reconnait quand elle fait battre le coeur de ceux qui la lisent.

J'ai apprécié ce poème qui m'a rappelé deux de mes écrits publiés ici  "la vieille charrue" et " je me souviens de ce village" bien que les textes soient différents, l'approche ainsi que le voyage dans le temps sont ressemblant quelque part. Merci pour cette tendresse en prose. 

Modifié par Invité

Posté(e)

Joailes, oui, je pense que c'est assez difficile, la frontière est parfois ténue. Mais j'ai peur aussi que l'on ne cantonne la poésie que dans ce que l'on peut identifier clairement comme un poème.

Mais ce qui compte, c'est la poésie, en fait.

Le fait de compter/pas compter ne fait pas en soi la poésie. Et c'est ce qui est intéressant, de la découvrir là où on ne l'attend pas...

 

En tout cas, merci encore pour ce texte expressif.

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