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De l’impossibilité actuelle de prouver l’usage de l’IA en poésie

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Depuis maintenant 25 ans (mon Dieu...), je suis le fondateur et administrateur d'Accents poétiques, notre espace poétique qui se veut être un lieu d'écriture et de partage actif. En un quart de siècle, la communauté a connu et traversé de nombreux bouleversements. Née à une époque où la poésie en ligne était encore minoritaire, elle a vu se développer les forums, puis les blogs, et enfin la domination des réseaux sociaux, qui ont profondément modifié les pratiques, la fréquence de publication et la notoriété des auteurs.

Tous ces bouleversements, même les plus importants, n'ont jamais remis en cause le fondement de la communauté : la conviction que les textes soumis sont la traduction sincère d'une œuvre humaine, parfois imparfaite certes, mais authentique. Si les réseaux sociaux ont modifié la visibilité, la forme et parfois la superficialité des interactions, ils n'ont jamais remis en question la provenance des écrits.

Or, l'avènement des logiciels d'IA en accès libre change la donne. Pour la première fois, ce n'est pas seulement le support qui change, mais la possibilité même de distinguer un auteur humain d'une production algorithmique. Pour une communauté poétique fondée sur la confiance et la reconnaissance de l'œuvre, il s'agit de la perturbation la plus grave et déstabilisante de son histoire, bien plus encore que le raz-de-marée des réseaux sociaux.

Dès lors, une question se pose : peut-on aujourd'hui affirmer avec certitude qu'un poème a été écrit à l'aide de l'intelligence artificielle ? Bienvenue dans...

... l'ère de la suspicion.

Il serait malhonnête d'affirmer que nous ne remarquons jamais un poème soupçonné d'être un faux. Qu'il s'agisse d'un thème trop idéalisé, d'une structure trop parfaite, d'une musicalité trop appuyée, d'un vocabulaire trop foisonnant, autant d'indices qui peuvent parfois nous mettre la puce à l'oreille. Un changement de style, de rythme ou de ton peut également éveiller les soupçons.

Mais, aussi troublants soient-ils, ces signes relèvent de l'intuition. Ils ne prouvent rien. Et l'histoire de la littérature est jalonnée d'auteurs ayant connu des changements de style soudains ou choisi une rupture avec leur propre écriture. Ce qui est suspect aujourd'hui était perçu hier comme une progression ou un pari artistique.

Des outils inadaptés au champ poétique

Face à ces soupçons, plusieurs sites proposent des outils de détection de texte générés par l'IA. Dans certains types d'écrits - principalement universitaires, tels que les articles, les essais ou les études – ces outils peuvent parfois fournir des indices. Cependant, leur fiabilité a déjà été remise en question et de nombreux faux positifs ont été rapportés dans les médias, avec toutes les conséquences négatives imaginables pour les auteurs concernés.

Mais dès qu'il s'agit de poésie, ces détectives siliconés se heurtent à une singularité paradoxale : ils dénoncent comme contrefaits les marqueurs mêmes du poétique.

En effet, la poésie, en tant que genre, présente souvent :

  • des motifs répétitifs ou rythmiques,

  • un langage métaphorique, symbolique et abstrait,

  • des phrases tronquées, fragmentées ou elliptiques,

  • peu de narration,

  • une profusion d'images et de figures de style.

Ces caractéristiques, qui agissent chacune comme des alertes pour les détecteurs d'IA dans un texte informatif ou argumentatif, constituent l'essence même de la poésie. C'est pourquoi elles sont peu ou pas pertinentes, voire biaisées, lorsqu'on les applique à la poésie.

L’expérience du faux positif

Tout aussi malaisante soit-elle, voici une expérience à laquelle j'invite chaque poète à se prêter. Elle est très instructive sur le sujet qui nous concerne ici. J'ai soumis quelques-uns de mes poèmes à des logiciels de détection d'IA. Le résultat est glaçant, mais révélateur : certains furent identifiés comme générés par une IA avec une probabilité de 80 à 100 %, alors que je n'ai évidemment utilisé aucune IA pour les écrire.

C'est inquiétant. Cela prouve que ces outils ne détectent pas un auteur, mais plutôt un style, un style d'écriture que la poésie utilise pourtant depuis longtemps. Autrement dit, plus un poème ressemble à un poème, plus, paradoxalement, on risque de le soupçonner de ne pas en être un.

Une impossibilité de preuve

Dans ce contexte, affirmer aujourd'hui qu'un poème a été écrit par une IA relève de l'illusion. Nous n'avons ni critères, ni tests, ni preuves. Nous écrivons sur la base de probabilités et de soupçons.

Cette situation place les modérateurs de communautés poétiques dans une position très délicate. Que faire lorsqu'un poème suscite de forts soupçons, mais qu'aucune preuve ne peut être fournie ? Se fier à son intuition, au risque d'être injuste ? Ou s'abstenir, au risque d'accepter la tricherie, voire la contrefaçon ? En fin de compte, la question est simple : faut-il accorder le moindre doute à l'auteur ?

Pour ma part, avec nos moyens et notre compréhension actuels, la réponse semble claire : sans preuve, nous ne pouvons condamner sans enfreindre les principes de l'écriture et de la diffusion de la poésie.

Voici donc le chemin parfois inconfortable, parfois frustrant, que je me sens désormais obligé d'emprunter au sein de la communauté : accepter le doute, renoncer à la certitude et envisager la possibilité que certains textes ne soient pas ce qu'ils paraissent. Une position inconfortable, certes, mais sans doute la seule compatible avec le respect des auteurs, la nature de la poésie et la présomption d’innocence.

2 Commentaires

Commentaires recommandés

Alba Plume habituée

Alba

Semeur d’échos

Posté(e)

  • Semeur d’échos

Un point objectif et honnête sur la situation actuelle.

Eobb Plume affirmée

Eobb

Membre

Posté(e)

Que nous reste-t-il, nous les ébréchés, nous les poètes de chair et d'os ? La poésie redevient cet exercice de l'instant, le poète déclame en direct pour ne plus être accusé d'être un serviteur de la machine. Et pour les forums et autres supports sans territoire, la machine devient poète sans âme mais pourtant capable de faire trembler les commentaires et les cœurs. C'est le début d'un mélange (tant que la technologie est là).

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