Création par IA : simple outil ou nouvel Art ?
Féru de nouvelles technologies, les utilisant volontiers dans mon quotidien, professionnel avant tout mais également dans mes activités artistiques, une question m’obsède : est-il encore possible de parler d’art lorsqu’il y a une interface avec une machine ? Entendons-nous bien. Lorsque je rédige de la poésie, je me refuse à me servir de l’IA. En revanche, aimant créer des clips musicaux à travers l’intelligence artificielle, comment puis-je qualifier ceux-ci ? Est-ce de l’art ou du cochon ? Utiliser l’IA pour concrétiser ses songes interroge la notion même de création.
Pour tenter d’y répondre, trois piliers me paraissent essentiels à développer.
l’intention humaine qui déclenche la machine,
la quête d’émotion qui donne vie à l’image,
la transparence qui établit la confiance avec le lecteur ou spectateur.
1. L’intention humaine, le copilote de la machine
Souvent, créer rime avec douter. Mais la machine ne saurait douter. Aussi est-ce sur ce doute que se fonde la légitimité de l’artiste et la primauté de l’intention humaine. L’IA n’est pas (pour le moment du moins) un conteur à part entière. Elle se borne à être un “assistant virtuel”, un “outil créatif hybride” qui permet de démultiplier l’intuition. C’est dans le cadre de cette dialectique que se développe le processus de création. Non seulement l'auteur donne l'impulsion initiale mais il oriente et structure les idées, n'hésitant pas à questionner la machine. Malgré l'utilisation d'un algorithme, aussi sophistiqué soit-il, c'est bien l'humain qui décide de l'orientation et de l'objectif de l'œuvre. La primauté de l'intention se manifeste à travers trois points : combler un manque, injecter une vision et enfin, garder le contrôle.
2. L'émotion : le souffle de vie qui distingue l'art de la technique
Le second pilier repose sur une distinction fondamentale à mes yeux, un critère personnel permettant de séparer le bon grain de l’ivraie : générer n'est pas créer. Il suffit de s’attarder sur la profusion d'images produites par l'IA pour constater qu’elles manquent généralement d'âme. La production technique, même virtuose, ne suffit pas à faire de l'art.
Or, l'objectif de l’Art est de transmettre quelque chose de vrai : un sentiment, une émotion, une atmosphère. Selon l’œuvre et celui qui la reçoit, il s’agira d’un vertige, d’une chaleur, d’un malaise, d’une beauté troublée, … En l'absence de transmission d’une émotion, il ne reste qu'un décor vide, une image techniquement maîtrisée mais artistiquement vide. Ce contrepoint peut être résumé dans le tableau suivant :
Critère | Simple génération IA | Création artistique avec l'IA |
|---|---|---|
Finalité | Produire une image Suivre une tendance | Transmettre une émotion Donner un regard authentique |
Résultat | Une image vide, sans âme | Une œuvre d'art, chaleureuse et troublante |
Moteur | L'algorithme La profusion | La présence humaine Une véritable exigence |
Mais une fois l’œuvre chargée d’une intention et d’une émotion, une question essentielle demeure : celle de la vérité envers le public.
3. L’honnêteté, pacte de confiance avec le public
Le troisième et dernier pilier est l'éthique. Une œuvre d'art réalisée avec l'aide de l'IA se doit d'être authentique. Je ne pense pas que l'IA doive être dissimulée. Non seulement il n'y a pas lieu d'en avoir honte, mais surtout, c'est une question d'honnêteté.
Le spectateur a le droit de savoir. Pour autant, il ne s'agit pas de dévaloriser l'œuvre. Il s'agit plutôt de permettre au spectateur de se réapproprier son regard. Si je sais qu'une œuvre a été créée par une machine, je la perçois et la juge différemment. Mais la création assistée par l'IA n'est pas moins valable qu'une autre. Sa validité ne tient pas tant à la technique utilisée qu’à la pureté de son concept et à l'intégrité du processus créatif.
Avec émotion et sincérité, l'artiste, en créant avec un nouvel outil, participe à la définition même de l'art.
Redéfinir l'art sans y renoncer
L'intention qui l'anime, l’émotion qu'il transmet et la sincérité du processus constituent le socle sur lequel l'artiste peut affirmer la vérité de son œuvre et apaiser sa conscience. Face à une technologie, il ne s'agit pas de la rejeter et de fuir, mais d'avoir le courage de la maîtriser et de l'apprivoiser, de faire de l'IA un outil au service du geste artistique pour l'enrichir.
Créer de l'art avec l'IA, ce n'est pas renoncer à l'art, c'est le réinventer chaque jour. C'est miser sur notre capacité à le recréer, même dans la froideur d'une machine.
Nb. Si la rédaction de l'article est sans IA augmentée, l'image de couverture ainsi que l'infographie ont été créées avec son aide.
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