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Accents poétiques

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Pourquoi je n’écris pas de poésie légère

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On me demande souvent pourquoi mes poèmes sont si sombres, si mélancoliques. Pourquoi je n’aborde presque jamais des sujets légers, joyeux, optimistes. La question est légitime. Après tout, personne n’a jamais décrété que la poésie devait se cantonner au spleen. Beaucoup de poètes chantent l’amour heureux, le printemps, les jours paisibles. Et certains le font admirablement.

Mais pour ma part, je ne sais pas écrire de poésie joyeuse. Cela ne relève ni d’un choix esthétique, ni d’une stratégie. Plus simplement, c’est impossible. M’y essayer reviendrait à me trahir et à trahir le lecteur. Un romancier peut changer de voix, de style, de ton selon l’œuvre qu’il écrit. Un poète, lui, écrit avec ce qu’il porte, ce qu’il traîne. Voilà pourquoi mes vers visitent rarement les rivages lumineux.

J’ai bien tenté, parfois, d’écrire plus léger. Le résultat sonnait creux. C’était important d’essayer, ne serait-ce que pour confirmer ce que je pressentais : un poème n’a de valeur que s’il naît d’une nécessité intérieure. Sans cette urgence, ce n’est qu’un jeu avec le langage  et je n’ai jamais considéré la poésie comme un jeu.

 

Une voix façonnée par l’expérience

Mon ton est forgé par ce que j’ai vécu. Je ne suis sans doute pas, par nature, la personne la plus optimiste que porte cette terre. J’ai traversé des épisodes sombres. J’ai connu des émotions noires. Et ces expériences ont nourri mes lectures : très jeune déjà, j’étais baudelairien. Puis sont venus Rimbaud, Nerval, et plus tard des poètes plus baroques, parfois obscurs, parfois venus des marges de l’imaginaire, comme Lovecraft ou Clark Ashton Smith.

À douze ans, lorsque j’ai commencé à écrire, mes poèmes contenaient déjà de l’ombre. Je n’ai jamais su faire autrement. Aujourd’hui encore, je demeure sérieux dans mes approches littéraires, peut-être trop, diraient certains. Mais l’époque ne me pousse pas à la légèreté : réchauffement climatique, retour de la guerre près de nous, bouleversements technologiques… Comment prétendre écrire avec insouciance dans un monde si instable ?

 

Débusquer la beauté dans l’obscur

Pourtant, paradoxalement, si je m’aventure dans les ombres, ce n’est pas pour m’y complaire. C’est pour y débusquer la beauté. Rien ne me touche autant que de dessiner un monstre qui révèle un cœur sous ses airs effrayants.

Le Beau ne se limite pas aux couleurs du jour. Il vit dans la fissure, dans la brisure, dans la perte. Il s’avance masqué, dans l’imperfection, dans le chaos même. Je poursuis ce Beau obstinément - parfois malgré moi - à travers des passages saturés de musc, de nuit, de poussière.

On dit souvent que ma poésie est mélancolique. Je préfère dire qu’elle est en quête : une quête de lumière à travers les ténèbres.

 

Une fidélité à soi-même

La poésie n’est pas une succession de falbalas où l’on devrait prouver sa maîtrise de tous les registres. Elle n’est pas un déguisement que l’on enfile pour étaler une virtuosité.

Je pourrais sans doute écrire dans d’autres tons, tenter l’humour, la frivolité… Mais ce ne serait pas moi. Ce serait tricher. Parce que ma voix est faite de gravité et de secrets ombrageux.

Ce que l’on fait en poésie doit correspondre à ce que l’on pense et ressent profondément. Sinon, ce n’est qu’un mensonge. Et je refuse de mentir.

 

Trancher dans le vif

Alors non : je n’écrirai pas de poésie légère. La gravité des mots n’est pas à craindre. Elle est même parfois le seul outil dont nous disposons pour trancher dans les parties indigestes de la vie, celles que nous ne savons traiter autrement que dans un poème ou dans une chanson.

Je crois aussi qu’un poète ne doit pas reculer devant ce qu’il porte au fond de lui. Il ne doit pas écrire pour plaire, ni pour s’adapter. Il doit avancer, dire, affronter, accueillir la vérité, même quand elle dérange.

Parce qu’au fond, c’est cela, être poète :

être celui qui n’abandonne pas la vérité, même lorsqu’elle s’écrit dans l’ombre.

6 Commentaires

Commentaires recommandés

Joailes Plume expérimentée

Joailes

Membre

Posté(e)

Je suis très touchée par cette confession, encore que, plus je vieillis, plus je me dis qu'on n'a pas à justifier ses écrits, car la poésie est animée de tellement de choses vécues ou puisées dans l'imaginaire, reflets de l'érosion d'une vie, qu'on la filtre souvent, par peur, peut-être, d'être jugé.

Je n'ai pas toujours ce courage, et je suis admirative devant le tien sans concession.

Tu cites des poètes écorchés vifs qui ne se sont pas demandé s'ils devaient expliquer leurs poèmes, ils ont écrit à l'encre de leur moi profond.

"On me demande souvent pourquoi mes poèmes sont si sombres, si mélancoliques."

Sombres oui, mélancoliques, je ne les qualifierais pas ainsi ; je les ressens comme de profondes blessures qui s'épanchent dans l'obscur et l'obscur est profond.

J'essaie, pour ma part, d'écrire delà le côté sombre ; tu dis "Ce que l’on fait en poésie doit correspondre à ce que l’on pense et ressent profondément. Sinon, ce n’est qu’un mensonge. Et je refuse de mentir."

Je n'ai pas le sentiment de mentir, j'essaie de percer les ténèbres quand j'écris ; pourtant, elles sont épaisses, mais l'étrange lumière qui naît dans les blessures a aussi sa raison d'être ...

"Comment prétendre écrire avec insouciance dans un monde si instable ?"

La poésie a aussi ceci de merveilleux, ce pouvoir magique, d'oublier et de faire oublier que le monde n'est pas beau et ce n'est pas tricher que d'enjoliver le décor si la plume s'évade delà tous les brouillards.

Tu prêches pour ta paroisse, je prêche pour la mienne :)

 

Invité Vol Au Vent

Invité Vol Au Vent

Invité

Posté(e)

Bravo et merci pour cette confession Eathanor! Comme je vous comprends, vous exprimez tellement votre ressenti, vous êtes mon "miroir"! J'essaie quelquefois aussi d'écrire des poèmes "légers", mais ils ne me ressemblent pas, ils n'ont pas mon "âme". J'adore votre style, ne changez rien surtout, soyez vous-même, c'est ce que la Vie m'a enseignée. La poésie est un magnifique jardin d'expression, une libération du "trop plein" : aux lecteurs de lire ou non!💙

Thy Jeanin Plume habituée

Thy Jeanin

Semeur d’échos

Posté(e)

  • Semeur d’échos

Cette mise au point concernant ton art poétique est très éclairante. Elle confirme ce que je pressentais : recherche d'une authenticité personnelle. Sans condamner la poésie dite légère ou la virtuosité, tu t'attaches, toi, à leur tourner le dos parce que tu conçois la poésie comme le véhicule qui te permet de sasser tes émotions personnelles et tout ce qui fait la matière de ton vécu. Le résultat esthétique - nous t'en avons toutes et tous témoigné - est remarquable. On perçoit très vite la caution des grands de la "noirceur", de Baudelaire à Lovecraft dont tu prolonges à ta manière l'originalité et la qualité. J'apprécie également que tu ne te dissocies pas pour autant du contexte dans lequel nous vivons. Je suis d'accord avec toi: il est affolant! Je crois que sur cette chose essentielle nous nous rejoignons tous : notre plume est tributaire de notre vécu et de nos penchants personnels. A ta différence, Guillaume, j'aime, à titre personnel, bien sûr, varier les genres,les thèmes et surtout les registres, afin de ne pas me sentir enfermé dans une unique voie. Comme le dit Joailes, nos motivations pour ce que nous apporte notre créativité poétique ne sont pas les mêmes, mais toutes nous intéressent et c'est avec un égal plaisir que nous nous lisons les un.e.s les autres.. Comme disait Térence, tout ce qui est humain me concerne, puisque j'en suis.

Merci pour tout ce que tu nous apportes, Guillaume.

Jeep Plume expérimentée

Jeep

Semeur d’échos

Posté(e)

  • Semeur d’échos

Noir, c’est noir, il n’y a pas d’espoir sauf à colorer la poésie essentielle à son auteur.

Marioutch Plume régulière

Marioutch

Membre

Posté(e)

Je ne conçois qu’une poésie grave

Bruant Plume discrète

Bruant

Membre

Posté(e)

C'est un article très éclairant, et j'adhère complètement à votre propos général.

Dans ma carrière d'artiste peintre on m'a demandé très souvent (en fait, c'était presque systématique !) d'expliquer mes œuvres. Me concernant, j'ai toujours clamé très haut que, la plupart du temps, je ne possédais aucune clé, me sentant tout aussi démuni devant mes tableaux qu'un spectateur lambda ; cherchant des réponses qui, pour le coup, m'aurait été beaucoup plus éclairantes d'un point de vue personnel. A ce titre, j'ai même eu le loisir (malheureux) d'interpréter a posteriori la réminiscence de certains éléments omniprésents dans mes tableaux de "première période" au regard d'un évènement intervenu après leur réalisation. Ce qui pour une personne peu versée dans le métaphysique et le psychanalytique telle que je le suis représente un comble ! Des éléments symboliques que je déposais sur la toile presque automatiquement et dont la symbolique se ferait très transparente et hautement personnelle par la suite...

Je vous rejoins donc pour dire qu'un artiste se doit de peindre ce qui lui est dicté par ses besoins expressifs ou ses élans psychiques, sans faire barrage. Et pourtant, je me sens beaucoup plus en phase avec la conception mise en avant par @Joailes !

En ce qui concerne, je crois pouvoir dire que la vie ne m'a franchement pas fait de cadeaux, sur le plan familial depuis l'enfance, et encore moins sur le plan médical. Je porte un fardeau quotidien générant douleurs, insomnies, handicap, avec l'angoisse permanente sous tendue par l'évolution de ma maladie. Pourtant, c'est au plein paroxysme de ma détresse, au moment du diagnostique de ma maladie, que mon art a pris une nouvelle orientation, cheminant vers la lumière et une forme de sérénité contemplative. Non pas parce que mes problèmes étaient résolus (bien au contraire : la maladie me suivra jusqu'au dernier de mes jours !), mais parce que la situation m'inclinait à voir plus loin, à transcender le mal pour tenter de percevoir les raisons qui font que de telles souffrances sont infligées à l'homme en général, à certains et certaines en particulier... D'autre part, je n'ai pas envie de retrouver laideur, souffrance et noirceur lorsque j'écris ou pratique mon art. Je n'ai pas non plus envie que ce soient là les caractéristiques qui me résument aux yeux de mon prochain. Pas envie d'imposer mes traumatismes à autrui. A contrario, si je peux permettre grâce à mes productions à des personnes qui souffrent et se trouvent dans la détresse, démunie face à une situation difficile d'atteindre à un tout petit peu de lumière...

Et là, c'est @Vol Au Vent que je rejoins : j'évite absolument, de mon côté, de fréquenter les oeuvres qui m'apportent trop de stress ou qui me plongent dans une noirceur trop profonde (je ne parle pas de simple mélancolie). Je sais que ce sont des œuvres qui seront toxiques pour moi, et que cela me touchera tout de suite ou j'ai le plus mal. (Mais je tenterai de faire un effort vous concernant, cher Eathanor !)😉

Je rejoins enfin et également @Thy Jeanin , quand il dit qu'il ne s'interdit aucun style ni aucune forme. Contrairement à vous, j'estime que la poésie peut-être un jeu, et rien qu'un jeu. J'aime jouer avec les mots et leurs sonorités. Cela m'apporte un plaisir sensuel, au même titre que la pratique d'un instrument, la peinture, le chant. La poésie ne saurait être résumée au sens des vers, pour moi. Et dans le même ordre d'idée, je ne fais pas de hiérarchie dans les styles ou les genres : une bluette qui peut paraître nunuche à d'autres peut tout à fait trouver grâce à mes yeux. C'est la sincérité qui compte. Et peut-être est-ce la le fondement réel de la poésie : être soi, sans affèterie mais sans faux-semblants, et être sincère ! Être sincère...

Quoiqu'il en soit, votre article était vraiment des plus intéressants, et je vous remercie d'avoir ouvert ce débat des plus instructifs et nourrissants.

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