Créer avec l’IA : une affaire de dialogue et de vertige
Quand l’imaginaire rencontre la machine, entre émotion, doute et création assumée
Il y a encore peu, j’écrivais sans pouvoir illustrer mes mondes. J’écoutais de la musique en rêvant d’images qui n’existaient pas. Je visualisais des scènes entières que je n’ai jamais su dessiner. L’IA a changé cela. D’abord timidement, puis avec de plus en plus de justesse, elle m’a offert une manière d’incarner ce que j’imagine, sans pour autant remplacer la part humaine. Elle m’a donné un outil de création hybride permettant de prolonger mon intuition.
Mais avec elle sont venues des questions profondes : qu’est-ce que créer aujourd’hui ? Peut-on encore parler d’art lorsqu’une machine intervient ? Que reste-t-il de l’auteur dans un processus partagé avec un algorithme ? Ce sont ces interrogations, vécues de l’intérieur, que je souhaite poser ici, en tant que poète, sculpteur d’idées et en tant qu’individu, tout simplement traversé par l’envie de créer
L’IA, une réponse à une frustration ancienne
J’ai commencé à intégrer l’intelligence artificielle dans ma pratique artistique il y a environ trois ans. Ce fut d’abord par l’image. Je ne sais pas dessiner, incapacité qui a toujours été source d'une immense frustration. J’avais en moi des mondes mais je ne pouvais pas les représenter. Les écrire, oui. Mais les visualiser, non. L’IA est donc arrivée pour combler un manque. Au début, les résultats furent décevants. Puis les outils ont évolué, et moi avec. Peu à peu, une maîtrise s’est installée. J’ai appris à dialoguer avec l’IA, la guider et surtout, à me laisser surprendre par elle.
Un dialogue fertile et un rôle clair
Je vois l’IA comme un assistant créatif, non comme un moteur autonome. Le dialogue est bidirectionnel : je donne des instructions, je corrige mais je n’hésite pas non plus à lui demander de me questionner, de me pousser plus loin. C’est un travail de sculpture d’idées. Et même si je m’appuie sur une machine, c’est bien moi qui décide.
L’IA m’aide à explorer des univers qui me sont chers : le gothique, le surréalisme, les ambiances sombres, mystérieuses, un peu hantées. J’y injecte mes obsessions, mes angoisses. Mais je reste fidèle à ce que je ressens. Je ne crée pas pour plaire à une communauté, ni pour "répondre à la tendance". Je suis mon propre fil.
L’abondance ne fait pas l’émotion
Ce que je vois parfois dans les galeries IA me laisse froid. Beaucoup d’images circulent sans but. En vain, j'y cherche une âme. L’abondance ne fait pas la qualité. Générer n’est pas créer. Sans émotion, il ne reste qu’un décor vide. Moi, j’essaie, à mon modeste niveau, de transmettre quelque chose de vrai. Un vertige. Une chaleur. Un malaise. Une beauté trouble. Ce que chacun en reçoit, je ne le contrôle pas. Mais je le cherche.
Un art… ou pas ?
Douter est ma seconde nature et en matière d'IA, cela est encore plus vrai. Je me demande souvent si je suis encore l’auteur. Après tout, ai-je le droit de parler d’art ? Cette question me hante plus encore en poésie, domaine dans lequel je me sens un peu plus légitime. Je peine à qualifier mes images générées comme des œuvres d’art. Et pourtant… elles portent une intention, une émotion. Elles proposent un regard. Leurs racines puisent dans quelque chose de sincère.
Aucune œuvre ne naît du néant. Tout créateur est nourri par d’autres. L’IA, dans ce sens, ne fait pas exception. Elle s’inscrit dans cette chaîne. La seule vraie différence, c’est sa rapidité, sa capacité à proposer, à composer à partir de modèles. Mais pour que cela devienne une œuvre, il faut y mettre une présence humaine qui puisse s'incarner dans une exigence.
Créer oui, mais surtout, dire
Ce qui me semble crucial, c’est d’assumer l’usage de l’IA. Je le dis, à chaque fois. Je précise quand une création a été générée, même partiellement car cela ne doit pas être une honte mais juste un devoir d’honnêteté. Une création IA n’est pas moins valable qu’une autre mais il faut en connaître l’origine. Le spectateur ou le lecteur doit pouvoir situer ce qu’il regarde. Pus qu'une simple question de valeur, il s'agit de vérité.
Vers quoi aller ?
L’IA a fertilisé ma pratique, me poussant à explorer des territoires que je n’aurais jamais osé aborder seul. Elle m’a permis de rêver autrement. Je dois cependant avouer garder un certain recul , surtout en poésie. Là, je n’ai pas envie de lâcher la bride. Peut-être parce que c’est le lieu où je me sens le plus moi-même. Pourtant je sais que l’IA est déjà là. Elle écrit. Elle compose. Elle imite. Et parfois, n'ayons pas peur de l'admettre, elle sait toucher juste.
Interdire l’IA serait absurde. Elle est là et ne disparaîtra pas. Autant l’apprivoiser et la connaître plutôt que de la fuir.
D'après moi, créer avec l’IA n’est pas renoncer à l’art mais le redéfinir sans cesse. C’est composer avec un autre regard, plus vaste et instable, mais toujours nourri d’humain. C’est faire le pari que l'humanité peut encore passer, même à travers les circuits froids d’une machine.
En fin de ce billet, vous pouvez trouver ma galerie Créations mentales qui regroupe certaines de mes images créées avec l'assistance d'une intelligence artificielle (IA). Pour les vidéos, cela se trouve sur ma chaîne YouTube https://www.youtube.com/@eathanor/
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