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Enfant de salaud - Sorj Chalandon

Focus sur un extrait

"Le salaud c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s’est fourvoyé dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous … Qui a passé sa guerre, puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes. Le salaud, c’est le père qui m’a trahi."

Jamais encore je n’avais lu Sorj Chalandon. Enfant de salaud est donc l’occasion de découvrir une nouvelle plume, du moins pour moi. Car nouvelle, cette plume est loin de l’être. Sorj Chalandon a une double casquette d’écrivain français et de journaliste, membre de la rédaction du Canard enchaîné. En matière d’écriture, il est loin d’être le perdreau de l’année comme en atteste son palmarès de prix littéraires remportés : prix Albert-Londres(1988), prix Médicis (2006), grand prix du roman de l’Académie française (2011), prix Goncourt des lycéens (2013), … La liste n’est pas exhaustive. Enfant de salaud a lui été inclus en septembre de cette année dans la première sélection du prix Goncourt avec quinze autres romans. Lors de sa sortie, la critique fut essentiellement positive. Aussi est-ce avec un a priori favorable que j’en ai commencé la lecture.

La trame de l’histoire tient en deux phrases. En 1987 se tient à Lyon le procès de Klaus Barbie pour crime contre l’humanité. Un journaliste y est dépêché pour le suivre et le relater dans son journal. Une précision qui est loin d’être un détail anodin : Sorj Chalandon a lui-même relaté ce procès dans les colonnes de Libération, un récit qui lui valut ce prix ­Albert-Londres évoqué précédemment. Sur cette grande histoire vient se greffer la petite, celle d’une relation tourmentée entre le narrateur et son père, homme violent et mythomane dont il est difficile de savoir quels furent ces engagements lors de la Seconde Guerre mondiale. Un collabo ? Un résistant ? Un traître à sa patrie passé à l’ennemi ? Tant de questions sans réponses qui hantent ce fils depuis le jour où, dans un accès de colère, son grand-père lui jeta à la figure : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! » . Sa présence au procès de Klaus Barbie vient renforcer ces questions qui le rongent au quotidien. Ne pouvant apprendre la vérité de la bouche de son paternel, grâce à un ami ayant accès aux archives, il finira par parvenir à entrer en possession de documents retraçant son parcours et dessinant un visage paternel plus complexe qu’attendu.

Une relation père-fils déchirante, un procès chargé en témoignages intenses et en moments forts, des sentiments passionnés, des blessures à l’âme encore saignantes, tous les ingrédients nécessaires étaient réunis pour que la mayonnaise prenne et que cette lecture m’offre sur un plateau un panel riche en émotions fortes. Pourtant, rien de tel. Après avoir lu avec entrain les premiers chapitres, mon enthousiasme s’est rapidement émoussé avant de laisser place à l’ennui, la faute à une écriture froide et désincarnée. Ainsi, lorsque le narrateur découvre les documents retraçant le parcours de son père durant la guerre, nous avons l’impression de lire un document administratif, une liste rébarbative de faits dénuée de toute chaleur, tel un compte-rendu de réunion. La restitution des échanges entre le père et le fils, bien que moins cliniques, ne suffisent pas à renverser cette impression de lassitude. Il m’a été impossible de m’approprier les personnages. Vivement que le procès de Klaus Barbie se termine pour que s’achève le roman me suis-je surpris à songer plus d’une fois. Il faut cependant saluer les dernières pages du récit qui surent me passionner et m’emmener vers des rivages d’humanité que je n’attendais plus. Mais aussi réussies soient-elles, elles ne sauraient sauver ce roman qui ne me laissera guère de grands souvenirs.

4 Commentaires

Commentaires recommandés

Errances Plume montante

Errances

Membre

Posté(e)

Cette froideur clinique dans l'écriture me rappelle "Réparer les vivants". On m'avait vanté l'histoire, l'écriture, les prix...

J'ai commencé la lecture. J'avoue j'étais tiède. Les premières pages ça allait. À partir, de la période "hôpital", j'ai ressenti une écriture métallique, froide, presque clinique. C'est étrange. C'est la première fois que lire me donner cette impression. Qui a persisté tout le long du récit. Même quand 2 personnages se jettent dans un coït sauvage, ben, ça m'a laissé froid. Les sentiments, les états d'âmes, froids.

Jusqu'à la fin, très "clinique".

Bref, je n'ai pas aimé un livre couvert d'éloges et de prix.

Eathanor Plume habituée

Posté(e)

  • Administrateur

@Errances , j'ai également lu "Réparer les vivants". Je crois me souvenir n'avoir pas détesté mais pour autant, comme l'indique mon expression je crois me souvenir, il ne m'a pas laissé un souvenir impérissable 🙂

Errances Plume montante

Errances

Membre

Posté(e)

Je n'ai pas détesté. Je n'ai pas aimé. J'ai été refroidi par cette écriture froide. J'attendais sans doute trop de cette lecture primée.

Florian Plume montante

Florian

Membre

Posté(e)

Merci @Eathanor pour cette chronique qui vient conforter l'idée que j'ai de l'écriture de Sorj Chalandon. Si un jour je trouve ce titre dans une boîte à lire, j'en commencerai assurément la lecture - mais je ne l'achèterai pas.

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