Tu les as charriés jusqu’à Lyon
Charrié tes défilés
Vers la Méditerranée
Indifférent au malheur qui frappait
As-tu remarqué
L’absence de quelques étoiles ?
As-tu remarqué
que les oiseaux s’étaient tus ?
As-tu entendu
Les rails balancer leurs parallèles
Jusqu’à Auschwitz ?
Tu t’es jeté dans la mer
Delta plein de faux pas
Pas en arrière, pas hésitants
Pas en prière, pas résistants
Tu charries les alluvions
Tu charries les illusions
Tu charries le passé
Tu charries les échoués
6 avril 1944
Jour où le soleil a assassiné la lune
Tu n’as rien fait pour empêcher
Les aigles de s’envoler des falaises
Tu n’as rien fait pour détruire leur nid
Tu charries l’amertume
Tu charries l’infortune
Tu charries les soupirs
Tu charries les rires
Tu charries les jeux
Tu charries les amoureux
Tu charries les arcs en ciel
Noyés dans tes flots vermeils
Cris des ténèbres
Cris des ombres
J’en appelle aux barbituriques
J’en appelle aux encycliques
Et toi, tu regardes en vain
Enlacé par les fleurs de ton jardin
Bien arrosé, bien biné
Pelouse parfaite où aucune herbe ne dépasse
Tu n’aperçois plus tes voisins d’en face
Tu charries des tombereaux de terre
Dans les allées des cimetières
Tu tiens la laisse de ton chien
Tu tiens la laisse de tes gamins
Tu les envoies jouer de la musique
Tu les envoies faire du dessin
Tu les envoies danser
Tu les envoies faire des études
Tu les envoies se piquer
Tu charries.
Sorti des wagons
Bétail charrié à l’abattoir
Sorti des wagons
Bétail charrié au poison de l’abreuvoir
Tapi, terrorisé sur les paillasses
hurle sur les ballasts.
Charrié vers la gueule béante
Les deshumains sortent les fouets
Les deshumains dévorent leurs entrailles
L’herbe brûle
L’herbe sent la pisse
L’herbe pue le fumier
L’herbe empeste la charogne
À coups de fourches
Enfournent et charrient.
Boucle ta ceinture de sécurité
Boucle-la, ferme-la !
Dis-moi des mots gentils
Dis-moi que tu m’aimes
Dis-moi que tu me sauveras du naufrage
Que tu plongeras parmi les requins
Que tu me ramèneras à la surface
Que tu auras une pensée, sauvage,
Arrachée à la mémoire
Non mais, tu charries !

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