Gilbert, de votre cœur savez-vous ce qu’on pense ?
Hypocrite, jaloux, cuirassé d’impudence,
Vous ne l’ignorez pas, votre méchanceté
Donna seule à vos vers quelque célébrité,
Et l’oubli cacherait votre muse hardie,
Si vous n’aviez médit de L’Encyclopédie.
Encor si démasquant les prêtres, les dévots,
Vous diffamiez leur dieu par d’utiles bons mots ;
Peut-être on vous pourrait pardonner la satire :
Lorsqu’on médit de Dieu, sans crime on peut médire.
Mais toujours critiquer en vers pieux et froids,
Sans daigner seulement endoctriner les rois,
Sans qu’une fois au moins votre muse en extase
Du mot de tolérance attendrisse une phrase ;
Blasphémer la vertu des sages de Paris ;
De la chute des mœurs accuser leurs écrits ;
Tant de fiel corrompt-il un cœur si jeune encore !
Infortuné censeur, qu’un peu d’esprit décore,
Que vous a donc produit votre goût si tranchant ?
Vous payez cher l’honneur de passer pour méchant.
A-t-on vu votre muse, à la cour présentée,
Pour décrier les rois, du roi même rentée ?
Peut-on citer un duc qui soit de vos amis ?
Parmi vos protecteurs comptez-vous un commis ?
Vend-t-on votre portrait ? Quel corps académique
Vous a pensionné d’un prix périodique ?
Des quarante Immortels, journaliste adoptif,
Êtes-vous du fauteuil héritier présomptif ?
Aux cris religieux d’un parterre idolâtre,
En face de vous-même, au milieu du théâtre,
Jamais en effigie assis sur un autel,
Vous a-t-on couronné d’un laurier solennel ?
Quelle bourgeoise enfin, quelle actrice discrète
Plaignant la nudité de votre humble retraite,
De ses dons clandestins meubla votre Apollon,
Et vint avec respect visiter votre nom ?
Commentaires recommandés