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  1. Le ciel a enfin rempli sa promesse. J’ai eu peur que de nous il se moquât ; De devoir reporter notre rendez-vous. D’attendre encore me rendait fou. Mais c’est bon, l’orage a éclaté. Je sors ce soir pour te rejoindre ; J’ai pris un peu d’avance, Je t’entends de mon enfance. « Prends tes bottes et ton imper ; Oublie le parapluie : allons-nous mouiller ! Le bonheur est une ondée passagère ; Nous rirons quand le vent cinglera nos visages bruyères. » Je les ignore ces ignares, maman, Ceux qui prétendent bêtement Qu’une pierre s’est refermée sur toi, Que tu ne rêves plus sous cette couverture froide. Je sais que tu es près de moi Et que tu fais quelques pas avec moi. Il pleut à torrent je suis content : Dans les flaques je verrai ton visage. Ce soir, l’averse sera si longue, si longue, Que les rues inondées écluseront La barge mélancolibre de nos souvenirs. Et, tu vois, ce parapluie que j’avais pris - je ne t’ai pas écouté : j’ai grandi - Je ne l’ouvrirai pas ; Je n’aurai pas à me cacher : Lorsque la pluie coule sur ton visage Nul ne voit que tu pleures. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (19 et fin)
  2. Il neige. Des les premières tombées, Le doux fantôme fifre de sa mère revient, Paré de son esprit ménestrel et mutin, Chanter à Augustin Paslà la comptine des flocons. Comme chaque fin d’année, c’est la pesée des anges. Auréolés de leur succès, certains Se sont laissés aller. La balance défavorable Les condamne au rabot de Gabriel. L’archange, revêtu de son tablier de nuage, Cisaille, taille, éboute, raccourcit, Lime les ailes embonpointeuses ; Et leur dépôt en poudre blanche tombe sur les hommes. C’est le jugement de l’hiver En son arrêt de givre et de glace ; La cendre tégumentaire des anges déchus, Sertie dans ses tombeaux cristaux évanescents, Recouvre la terre d’une pèlerine pétrifiante Et fige sa vierge beauté marmoréenne Le temps d’un baiser nivéal nomade. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (18)
  3. La nuit mutine ébauchait un crépuscule Ciselé d'une amertume langoureuse. Les reflets d’une lune titane mordoraient Le ciel en un suave éventail automnal Saupoudré d'un sel d'or mélancolique. Augustin Paslà s’en revenait à pas distraits (Pour ne pas changer) d’une soirée accomplie : Les périples du prince Tamino l’avaient enchanté. Nous étions en plein dans la saison préférée Du laudateur rentré de Napoléon l'étroit, Bien qu’en cette douce agonie d'octobre, Elle revêtît encore une robe estivale à la traîne A peine défraîchie par les premières morsures Effarouchées d’un brumaire pusillanime. Augustin Paslà évoluait entre ombre et lumière Dans une allée arborée de réverbères girafes. Leurs longs coups effilés éclairaient en révérence Les trottoirs maquillés des cosmétiques demoiselles Bannies des alisiers ou des platanes riverains ; D'autres oubliées de leurs charmes Se suicidaient dans les caniveaux. Augustin Paslà se laissait caresser Par les embruns sépia d’un monde effacé Où l'on parlait une langue d'usine, Réminiscence heureuse d'un siècle ouvrier Suintant l’ennui, le bistro et l’amitié, Décolonisé de l’Histoire, gommé d'une mémoire Commune désolée de ses mains incultes. Augustin Paslà respirait l’époque où gamin Il combattait les feuilles mortes, Les entassant en mottes sacrificielles Qu'holocausteraient ses pieds grands prêtres. Il réentend les cris complices de son père Enluminés par les rires de sa mère. Les rires de sa mère…les rires de sa mère.... Il se souvient du grugeoir de son grand père, Des lits de pommes écrasées, du pressoir ; Il revoit le vieux bougon aux yeux pudiques Verser le mou dans ses tonneaux de bois ; Il retrouve l’embouteillement, L'étiquetage par sa grand-mère, La vente sur les marchés de la région ; Il réhabite la ferme normande en colombage Au bois craquant sous le poids de neige Des fantômes chuinteurs qui la nuit Lui contaient leurs rêves inaccomplis. Augustin Paslà est loin d'aujournuit : Emmitouflé en lui-même, il se gave Des légendes recouvrées de son enfance ; Il se goinfre de ce bonheur immédiat Sans rebond, fugitif et orphelin. Il appréhende ce moment bulle Dans sa plénitude frivole et précieuse, Averti que la grâce opportuniste S'offre à l'improviste par foucades Et se retire sans rien laisser Qu’un baiser vaporeux acéré. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (17)
  4. TRYPTIQUE-PANNEAU 3 C’est vers un autre quai d’égare où s’en va flirter La marche polissonne et divagante d’Augustin Paslà, Draguée par le pousse moi de là des maitres équestres D'un manège du passé assis sur leurs chevaux figés d'autrefois. Transporté dans son carrosse autiste aux frontières de l’état second, Augustin Paslà dépasse l’écorce, se liber(e) de l’aubier. Le temps, la distance et l’espace ont desserré leurs mâchoires de fer Submergés par l'invasion évasive de son parc Introspectif. Quelqu’anciennes pratiques ont colonisé le carrousel de sa mémoire Et décroché le pompon des souvenirs s’offrant un retour gratuit, Ombres remplumées émergées des abysses de ses souvenirs, Zombies joyeux relaxés de l’oubli il ne sait comment ni par quiquoi. De ces permissionnaires, Augustin Paslà ne se rappelle d’aucun Ni de leurs lieux communs, ni de leur époques épouses, Si tant qu’il serait bien en peine de tutoyer truc ou machin Et s’il convient de leur serrer la main ou le cou. C’est ce qu’il se passe quand une réminiscence volatile Déploie ses ailes cavalières et s'amuse à nous faire le coucou Pour y déposer dans le nid de nos affections éteintes Les eux oubliés, orphelins bâtards des relations des feintes. Puisque qu'il ne peut (c'est là qu’on voit la science D'Augustin à conjurer la dictature des évènements fortuits) Reconjuguer familièrement ses invités chimériques, Ou ressouder leurs heures intimes à l'horloge du présent, Augustin Paslà en vient et valse à se demander S’il n’aurait fracturé par mégarde la mémoire d’un autre. Ce ne serait pas la première fois qu’à cet étourdi compulsif Il serait reproché d’avoir la tête ailleurs. Oui la vérité lui apparait dans sa nudité crue : Quelques souvenances d’amnésiques aux aguets Profitant de l'inattention du hasard garde-chiourme Auront trouvé refuge dans ses trous de mémoire. Asiles confortables et spacieux bien entretenus : Il ne passe plus rien dans la vie d’Augustin Paslà Qui puisse être retenu. Au fond, c’est peut-être Pour cela qu’il marche : Pour ralentir l’oubli. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (16)
  5. TRYPTIQUE-PANNEAU 2 S’il prolonge son itinéraire à ce train-là et sur ces rails vides, Augustin Paslà affrontera sous peu la gare. Quai ce que ça peut faire ? Combien de fois Augustin Paslà a regardé les autres partir ? Il aime les départs, la promesse feinte d’un nouveau commencement. Lorsque nécessaire, Augustin Paslà prend lui aussi le train. Il s’assoit côté fenêtre et regarde se transformer la route vide En un fleuve pathétique dans lequel plonge et surnage, Au gré de ses méandres, de comiques Léviathans mécaniques. Il surveille la course hypnotique des rails, Se défie des travers des couloirs parallèles Pris de fugace acccouplamant qui s’enlassent, Se séparent, se remplissent et se vident. Augustin Paslà sait que la vitesse polit le vide D'un monde aux paysages pétrifiés Sous ses nuances pastel où viviotent Les vestiges statufiés d’un hier rejeté : Usines semi désertées, entrepôts étagés de courant d’air, Villages de jadis aux maisons tristes agglutinées Autour de leurs clochers pendus aux faîtes des églises vides, Et bien dures, les villes nouvelles en lutte contre leur progéria. Il y a bien la parade irréductible des plaines, collines, vallons, Qui tente de le divertir en lesquels agonisent dans leurs lits Au carré des fleuves et des rivières amnésiques aux eaux vides, Spectres têtus d’autrefois sans odeur ni couleur ni griffure. La précipitation chasse à courre la contemplation. Cette meute de décors braques traque sa proie horizon Jusqu’à ce qu’exténuée elle se laisse dévorer d’ennui. Au vrai, le train pasteurise la perspective les yeux vides... Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (15)
  6. TRYPTIQUE-PANNEAU 1 Augustin Paslà marche dans sa ville. Il aime la rue, sa première mer d'enfance. Il n’est jamais autant chez lui que dehors, De ce dehors qui vous accueille dans son dedans sans dédain. Réfractaire aux artères géométriques et autoritaires, Augustin Paslà élude les boulevards, les avenues ; Il s’aventure dans les ruelles, les voies étroites, Investit les passages biscornus jouant du coude. La ville d'Augustin Paslà bât d’un cœur jazz aux mœurs italiennes : C’est une amante typhon douce et cruelle, brulante et glaciale Qui l'empoigne, l’entraine, le tire, le pousse, avec des mots Plein les mains et qui trompette aux accents de sa rumeur ; C'est pour Augustin un air New-Orléans dont il ne lasse pas, Une mélopée papillonnaire aux ailes libellules Dont les portées samares toupillent dans ses vents citadins Et s’envolent joyeusement comme une prière gospel. En ce matin harmonique, son bigband des jours de fêtes Fait résonner ses cuivres pour que sa marche Soul L'immerge, par ses swings envoûtants, dans son étant intérieur. Le décollage se fait alors enfant phare du tarmac de ses émotions : L’enjambée en pilotage automatique, le corps oublieux, L’esprit vagabond, Augustin Paslà s’éthère Larguant derrière lui ses trainées égotiques Sans qu'il pilote la manœuvre en passager de lui-même. Une idée le transporte, une vision le happe, Une actualité le saisit, une image l’attrape, Une autre l’agrippe et une autre le séduit Dans une fugue anarchique et kaléidoscopique. Des airs aux refrains démodés se rappellent à lui, Des musiques nouvelles tentent aussi de percer, Partitions absurdes, poétiques ou marronnières, Selon la turbulence fantaisiste ou dépressive traversée. Engoncé dans ses pensées opiumes, Augustin Paslà neantbulle Affranchi d’une quelconque destination caporale, Musarde, sème son temps en paysan de l’oubli Et laboure ses sillons avec une charrue de mirage. Augustin Paslà enfourche À pieds d’œuvre et semelles devant La monture de la mélancolie : Il rêvasse en grandes pompes.
  7. Assis à la terrasse d’un café, Augustin Paslà regarde Les gens qui passent. Il devine leur vie. Histoires arbitraires et artificielles dont l’heureux calcul D’un coup de dé bien lancé abolira le hasard. Un couple se retrouve, elle lui fait un signe de la main, Lui, fait grise mine. Ce n’est pas encore pour aujourd’hui… Des étudiants courent pour attraper leur bus. Un déserteur fugue le groupe. Il est fusillé du regard. Une jupe courte avec des cheveux longs Croise des cheveux courts avec une jupe longue. Match nul ! Un cycliste en bleu d’ouvrier transporte une télévision Sur son porte bagage. Il travaille à la chaine. Un joggeur cramoisi halète derrière une joggeuse impassible. C’est mal engagé pour leur premier athlète à tête. Un chien enfermé dans une voiture aboie. Une caravane passe Le chien aboie encore. Pas de caravane : Ça ne marche pas à tous les coups. Un portable sonne dans un sac. Par lubie ou caprice. Manière de rappeler qui est le maitre. Une statue de rue humaine à l’approche d’un pigeon S’accorde une pause avant de reprendre la pose. Ambiance électrique : Des bassistes éméchés Refusent de régler la note au garçon de café. Pour deux demis et un quart de vin ils finiront Au quart de tour dans un car de flic. Une file d’attente se forme à l’entrée du cinéma Qui accourt pour les dernières sorties. Les presque spectateurs expectativent Leur joie la tête baissée sur leurs portables. Un sourd muet dépose des papillons Biographiques sur les tables du café. Manche peu fructueuse, Il récupère ses papiers ; Il se confirme qu’il n’a pas trouvé sa voie. Un ballon, en manque d’otarie, s’échappe du parc de jeux Et échoue dans la fontaine. Pour le récupérer, c’est le cirque ! Un gouffre trompe l’œil peint sur le trottoir Affole des marchands de quatre saisons acrophobes. Ils tombent dans l'étonne ; Les badauds rapinent leurs fraises. Un col blanc attablé finit son faux col. Sa voisine se sucre au passage et suce un canard. Le chien échappé de la voiture course le pigeon ; Ils pactisent à l’approche de la statue de rue. On n’échappe pas à son destin. Ainsi va la vie se dit Augustin Paslà. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (13)
  8. Augustin Paslà baguenaude entre pendules et comtoises Dans les rayons étroits d’une horlogerie traditionnelle, Ambassadrice reconnue du raffinement français Et de l’excellence helvétique. Puisqu'il faut perdre son temps Autant voustoyer ceux qui se mesurent à lui. Un grouillement ordonné de tic-tac, tic-tac, tic-tac Sature l’échoppe, hachure l'officine dans un concert binaire. Tic-tac, tic-tac, tic-tac, tic, c’est la tactique du temps qui tique avec tact. Sur les étagères de verre l’aréopage des trotteuses mondaines Donnent le tournis aux grandes aiguilles collées montées Emportées par leur course cancanière frénétique ; Elles abolissent affriolées Leur principe bostonien. C’est la jouissance du bon plaisir Dans l’agora des particules mécaniques ; Toutes semblent considérer que leur heure est venue. Un carillon remonté vient faire coucou quand ça lui chante ; Une montre oignon fétichiste s’affole des courbes D’une montre infirmière bien balancée ; Une cousine à gousset possessive S’est enchaînée à un sablier volage et veille aux grains ; Une clepsydre britannique en clock vient de perdre les eaux ; A l’appel des cartels pensionnaires des hauts murs, Les jacquemarts attaquent les toquantes. Tout le monde devient dong, C’est le chacun pour soir. A l’écart de cette fronde patricienne, Pratiquement banni (exil volontaire ou ostracisme Social ?), un exemplaire d’usine contemple, à demi Paralysé, ce grand monde, grondant d’une fureur intérieure Qui n’attend que la faveur de l’oracle ou l’étourderie du sort pour s’exprimer. D’un rond cerclytoide orbiculairement sphérique Surmonté de deux sonnettes campaniformes, Vissé sur deux petons pointus plantés Dans des ventouses attachantes Sa gaine ferrailleuse se pare D’un prolétarien lambris En vernis écaillé. Son cadran, Que protège et amplifie Sans complexe un verre convexe, Supporte sur un fond noir la ronde des douze chiffres blancs ; Ses aiguilles jaunes d’œuf miment une position de crucifié ; Ses fines jumelles d’alarme, les bras étirés Vers le ciel et la terre, expriment un 5h50 Qui n’a plus dringdringué Depuis l’arrivée Du nouveau Millénaire. La présence roturière De cette engeance industrielle Sans faste, au sein de ce cercle dépositaire De l’orfèvrerie artisanale et du bon goût, accuse Un soupçon de démocratie Inattendue aux allures de blague douteuse. Augustin Paslà le sait : Il a reçu mandat du destin! Il réamorce Le système du reclus, Rétablit l’horaire Dans sa conformité, Remonte la clef mécanique plantée dans les reins Dodus du réveil, revigore l’orgueil Des tricoteuses toques-saintes. Ce petit tas pataud, Manœuvrier sans lustre Ni caractère, revendiquera La condition ouvrière quand l’aurore Se gondolera entre les ronflements des nobles Gigoteuses endormies et rappellera quel était Le cri qui révolutionne le monde. Alarme citoyens…. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (12)
  9. Parmi les jours non remarquables D’Augustin Paslà, il y eu Un segment étrange, insolite, Qui se serait à tout jamais Fondu dans la masse oubliée - Dont Augustin Paslà, lui-même, L’émotion conjoncturelle Amortie, conservait si peu De souvenir qu'il n'aurait pu En jurer l’authenticité- S’il n'avait été retranscrit Dans un verbatim de police. Plus tard que tôt ce jour funeste: -Je viens pour déclarer un vol. - Quel est l'objet de votre plainte ? -L'objet : On m’a volé mon trou ! -Comment ça ? -Comment comment ça ? -Avez-vous déjà vu quelqu'un Voler un trou ! -Hier encore Il était là mais aujourd’hui Plus de trou. -Il me faut voir ça, Après trou, il se pourrait même Que l'affaire soit d'importance. Un peu moins loin que loin : -Alors ? -Alors quoi ? -Là, vous voyez bien, Juste à vos pieds. -Là, moi je vois Un trou - Et ? Bien sûr qu’il y a Un trou, je ne suis pas aveugle. -Dites! vous vous foutez de moi ? - Pourquoi ? J’en ai l’air ? -Vous me dites " on m’a volé mon trou", je viens Et vois votre trou. -Ah d’accord ! Alors Vous, vous voyez un trou, Et c’est trou ce que ça vous fait ! Celui-là ce n’est pas mon trou. - Qu’est-ce que vous me racontez ? -Je ne raconte pas, j’affirme : Ce spécimen n'est pas mon trou. -Il est là ce trou, oui ou non, Là ici maintenant ? C’est donc Votre trou. Un trou c’est un trou. -J’ai mis suffisamment de temps À faire mon trou pour savoir À quoi il ressemble. Ce truc Ce n’est pas mon trou, j'en suis sûr. -Si j'adhère à votre logique, Un voleur se serait pointé Chez vous et aurait détroussé En un trou de main votre trou, Mais le gus pour flouer son monde, Aurait glissé un autre trou Dans le réduit de votre trou. Trou bizarre pour ne pas être Plausible, on a vu plus troublant. Votre trou à vous, c'est quel genre De trou : Trou d’air, trou de souris, Trou de mémoire, troubadour, Trou noir, trou de ver, trou normand, Trou de nez, trou sot? -Ajoutez Trou du cul pendant qu’on niais ! -Celui-là, on pourra l’exclure Il est fesse à moi trou joufflu. -Il vous faudrait à vous un trou De serrure car J'ai ouïe dire Qu’en cet intime endroit souvent Se trouvait la clef de l’énigme. -Idée! Illumination ! Pourquoi ne pas envisager Que le gredin se défossât Opportunément de son trou En le jetant dans votre trou, Que la fusion des deux trous S'amalgamât en un trou neuf ? Seconde illumination, Le renard, suprême entourloupe, Planqua votre trou sous son trou. -Ça m’avait traversé l’esprit. Je suis allé vérifier. J’étais au fond du trou avant De faire appel à vos offices. - Pfft cette affaire, elle me troue! Je vais devoir investiguer Vers la campagne ; j'aurai fort À faire : il y aurait pas mal De trous perdus dans cette zone -Mais Je- n’ai- pas -per-du -mon -trou! On me l’a volé! chouravé ! Il faut vous le dire comment ? - Vous commencez à me gonfler, Et je ne suis pas un ballon ! D’ailleurs en parlant de ballon, Si vous persistez de la sorte A me les briser au carré Je vous envoie direct au trou. Le lendemain. -Encore vous ! -Je voudrais retirer ma plainte : Mon trou a regagné sa place. - Trou va pour le meilleur des mondes Alors, alléluia ! Gloire à.... -Pas vraiment ! Lui est revenu, Mais le squatteur n'est pas parti. J’ai maintenant deux trous pour un. - Il me faut voir ça Re plus loin. -Alors ? -Alors quoi ? -Vous voyez Sous vos pieds - Non Je ne vois rien -Vous ne savez pas regarder ! Là où il n'y eut que le vide, Il y a maintenant un trou. -Je ne vois rien de rien, vous dis-je. --Vous n'avez malheureusement Pas les yeux en face des trous ; Déportez- vous, décalez vous De deux pas, cela suffira. - Ah oui, deux jumeaux endormis L’un contre l’autre, creux à creux. C’est lequel des deux trous le vôtre ? - C'était celui le plus aimé, Le plus gâté, le plus chéri. - Et je le vois comment? -Au trou Qu’il laissât lorsqu'il est parti. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (11)
  10. C’était à l’époque où Augustin Paslà Bradait les moments de sa vie qu’il vécût L’une de ses plus rentables aventures. Ayant embrassé la carrière juteuse Du camelot hâbleur de mezi-mézautre, Augustin Paslà en bon brocantordu, Officiait son ordinaire une nuit Propice à son commerce de bric à braques : Un ciel barbeau prostituait les étoiles Sous l'auspice d’une lune maquerelle. Augustin Paslà ramassait les déchets De leurs étreintes lorsque soudain un ange Passa. « S’écroula » caractériserait A propos la chute de l'’énergumène Ailé. Après s’être redressé le drôle D'oiseau encore empoussiéré s’avisa De la présence de l'Augustin Paslà. -Haut là mon ami, sauriez-vous m’indiquer Les voies du Seigneur ? C'est bien avec ces mots, Qu'il parla. Ainsi donc les anges aussi Le prennent de O se désola les yeux Au ciel Augustin Paslà, lui qui jamais, En parfait professionnel qu'il était, Ne fréquentait de quelconques déités : Ces faiseuses de dettes n'étaient jamais Solvables. - Dans quelle branche buche-t-il, S’enquit-il, courtois. - Le commerce de l’âme. Pour ma part, je l’assiste en second couteau. Paslà, chiffonnier nullement chiffonné, Compatit, et dans l’espoir de le distraire De son triste sort, lui présenta son K : - il m'arriva itou de me débrouiller Comme un manche. Après de nombreux allez à, J’ai trouvé ma voie par ce bazar nomade, Quand l’ombre qui me suis, un peu trop flambeuse Perdit la sienne au je d'un bluff sur parole. - Ces querelles conjugales m’apparaissent Trop terre à terre lui répondit Teckel L'ange droit ; Il ajouta imprudemment: Mon brave. On ne pouvait faire anti-portrait Plus définitif de l’Augustin Paslà. -Comment pouvez-vous m’affubler d’un pareil Orgueil sans savoir qui j'essuie! Se braqua Augustin Paslà, le bazariste. Brave ! Moi je vis lâche, je ne veux pas d’ennui Avec la vie. Non mais je rêve! mon brave! - La vie ? Je ne connais pas cette contrée. Je recherche une âme pure susceptible De me transporter au royaume d’Éden. La naïveté de cette créature, La tête près du benêt, demeurait donc Assujettie à son état de planeur. Augustin Paslà, en bonhomme bonne âme, Attendri par son argileuse candeur, S'obligea à le désillusionner : -Vous ne pouviez pas tomber plus bas qu'ici! Il est clair, c'est presqu'à s'en amuser, que Vous n’Elysée pas demeure au corps des homes. -Bon Brocanteur, dans votre capharnaüm, Auriez-vous un véhicule d’innocence ? -Il me semblerait, oui, avoir sous la main Une chose, un engin, une veille engeance, Un succédané sous les traits d’un bêta Encombré d'un petit vélo dans la tête. - Un damné, serait-il le succès d’année, M'embarquerait sur une route contraire. Un enfant me semble meilleure boussole Qui me reconduirait avec diligence. -A consommer sur place ou à emporter ? S’informa Augustin Paslà, en habile Négociateur, se gardant d'avouer Sa pénurie. (Article 1 du Commerce) - En voilà une question ! Ai-je l'air D'un bon gros bourgeois en mal de placement ? Je suis pour l'action qui n'épargne pas. Augustin Paslà, bonimenteur, fouilla Dans ses valises : quête artificielle Pour leurrer le gogo : ni môme, ni mioche En stock : l’inverse aurait tenu du miracle ! Après tout, sait-on jamais avec un ange. Fort des jours frottés aux crépis des agôns Garces de l’existence, Augustin Paslà Déchiffrait l’éthique fébrile et rongée De son client : Le suc amer de l’urgence Brûlait le séraphin et l’entraînait à Un acculement favorable au négoce. -A un prix modique, proposa Paslà, Je vous avance un grime de comédie. -Qu’est-ce donc que cette marchandise arguée Et que peut-elle dissimuler pour que Vous vous en désolidarisiez à peu? -Une mauvaise foi mâtinée d'un vice De fabrication, certifie l’état D'origine tels que nous sommes, sans plus. C'est un matricule quelconque en déroute, Usé sur les tréteaux des drames humains, N’importe qui en chemin vers nulle part. - A quel prix le soldez-vous ? S’aventura L’emplumé -Pour cet article d’occasion, Je n’abuserai pas de mon monopole, Et vous accorderai un tarif inique : Une paire d’aile. C’est ainsi qu’Augustin Paslà entama au culot le marché. -Hum! Il Y a de quoi se laisser tenter S'intéressa l'ange conquis par cette offre. Des plumes usagées vous rebutent-elles ? -Taupez là ! J’ajoute en lot le couteau propre A décorseter l’âme, cadeau maison. Sur cette clause tacite, l'idyllique Deal (tout au moins pour la partie acquéreuse) Se conclut. Augustin Paslà, broconteur Aux anges, décadenassa sa cantine « Antiquatué ». L'échange respecta le protocole sans heurt ni manigance : Le client déposa ses ailes défaites ; Le vendeur remis les articles bradés. L’auréolé tremblotant comme un junkie N’examina ni le vieux, ni le couteau. La poigne sèche, il ceintura le géronte Et lui enfonça la lame dans le ventre. Le corps ne tomba pas, l’âme demeurait Emprisonnée par la chair geôlière ogresse. Il relança l'attaque en ciblant la gorge. Le corps ne. Il subit un échec jumeau A hauteur du crâne. Le corps ne ne ne. La chose bâtarde ni homme, ni ange En resta interdite et abasourdie -Eh là, mon beau compteur, avec quelle astuce M’as-tu trompé ? Si le corps ne cède pas, Notre contrat se rompt. -Tout doux mon garçon, Le calma Paslà. Relisons le contrat : Une paire d’ailes contre un tranchelard Et un vieillard, tel était le troc topé. Ici le ya, là-bas Bonicard Grison. Je sais que la matière est de premier choix ; Il vous échoit de débusquer la manière. - Je brise l’affaire. La transaction Est tronquée si l’âme ne se manifeste N'en décourrouçait nenni l’atrabilaire -Eh ! Qui puis-je si cet ancestral hébreux Cordonnier de son état a la fâcheuse Infortune de déplaire à La Faucheuse? - Il vous appartenait de me signaler Les défauts mécaniques de la machine Vous me grugez: Ce Cassandre m’embarrasse. - j'affirme qu'Il n’y a eu ni vol, ni dol. N’avais-je point annoncé en préambule Que cette marchandise dissimulait Un défaut de fabrication mineur ? Le moucha Augustin Paslà, à bon droit, Avocat pointilleux de sa propre cause. - Suis-je comptable de votre empressement ? Suis-je tuteur de votre quête impulsive ? Qu'allez-vous ester devant la robe noire ! Vous prenez l’affaire par le mauvais bout. Sans laisser la chance au produit d'exister. Ce barbon plus alerte qu’il n’en a l’R. Ne tient pas en place, ne peut s’empêcher De marcher. C'est une caravane or père. Je vous vois dompter les horizons sauvages, Rire des distances qu'on dit invincible. Lors de vos pérégrinations lointaines, Ce serait bien le diable qu'à tout jamais Vous ne croisassiez un homme à l’âme honnête. -Ma foi, l’idée mérite d’être creusée. - Testez le produit, la lame vous appelle, L’échauffa l'Augustin Paslà margoulin. En 2-3 mains d’essai vous à mort tirée Votre investissement et serez gagnant. Et qui sait si vous n’y découvrirez pas Par la même un talent agréant l'infus. - Braquentueur, j’entends ta parole ailée, S'émerveilla l’ange déchu. Je saurai Bien convertir l’âme, foi de Lucifer. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (10)
  11. Ah la mer, la mer! la mer et Augustin Paslà! Heureux qu’il y ait eu la mer qui forgea son caractère Optimist. Frégates, cargos, chalutiers, voiliers, Que de coques n’a-t-il abusé sur son épaule ondulante. Elle remonte à loin la mer pour Augustin Paslà : Augustin Paslà a d’abord connu la mer à plusieurs Lorsqu’on l’envoyait enfant à la mer avec d’autres enfants ; Mais c’est elle qui l’a choisi parmi tous ces enfants. La mer, le premier contact, un doux affrontement, D’abord dans le regard : elle va loin la mer à ne jamais se plier, La mer elle n’est pas plate, elle est debout et vous dresse. C’était déjà le baume de son cœur idiot et gourd. La mer, la deuxième femme qu’il a aimée après sa mère. Il ressent encore le tout premier enlacement avec la mer : Ce fut de l’eau qui avançait sur lui, une eau avec un goût : On a beau dire la mer est salée tant qu’on ne l’a pas goûtée… La mer c’est aussi son premier baiser donné. Pour faire les grands, sans comprendre ce que faisaient les grands. Il a oublié la petite fille mais se souvient encore du baiser ; Ils s‘étaient même tenus par la main, devaient s’écrire une fois rentrés. Une promesse qui a tenu comme a tenu leurs prénoms écrits sur le sable, Avant que la mer, jalouse et possessive, ne les recouvre. La mer si exclusive, qu’en son affection SEMILLANTE Elle voulait à jamais le retenir au fond de son ventre. Combien d’autres lui-même se sont laissés enrouler Dans ses voiles et ont été convertis En étoffes du long ruban des profondeurs, Compagnons pour régalecs, limon des abysses ? Augustin Paslà marche chaussures à la main sur le sable mouillé ; Il longe l’estran comme s’il frôlait une frontière interdite Et laisse les vagues moribondes agoniser sur ses pieds nus. Il ne demandera pas plus que ces défunts baisers. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (9)
  12. C’est fou comme le temps file Tout de suite est passé Augustin Paslà est arrivé à tout à l’heure À toute allure sans croiser maintenant Il ne faisait rien qu’à se préparer à ne rien faire Augustin Paslà s’est fait surprendre par un moment d’attention Le temps de s'en apercevoir c'est un autre temps Qui a repassé le temps passé S'il passe son temps à ne pas prendre son temps Que deviendra le temps perdu d'Augustin Paslà Qu’un si gomme sable peut être que d'autres gagnent du temps En rattrapant les temps qui courent à leurs certes titubes Pour vivre avec son temps il faudrait à l'heure tuer le temps Augustin Paslà aurait tout le temps pour soir De pendre son temps comme il tiendrait la corde Il a temps de choose à ne pas faire aux tempes de s'y habit tué Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (8)
  13. Un rai de lumière d’Artagnan est passé à travers la fenêtre. Sa jeunesse invincible fanfaronnait moult exploits Pour lesquels lui seraient et vie d’amant promises la médaille arc en ciel et la belle Éclaircie empâmoisonnée. Le Lagardère s'ébat, se débat, lamentable, Bossu coincé sous la porte de la chambre. A maudire Dumas, Zévaco, Ou insulter Féval et Gautier. Augustin Paslà, en souvenir de ses élans irréfléchis Mal débarrassés de ses influences feuilletonistes, Glisse ce Capitan Fracassé entre les grains d’un papier De verre et l’encloche sous une flûte à champagne. Augustin Paslà, avec ses coudes, ouvre la fenêtre, Délicate manœuvre saccadée, compliquée Par les impératifs de ses mains ambulancières. Évitant de cahoter la civière de l’’engourdi, Augustin Paslà soulève le dôme protecteur Et libère le Pardaillan ragaillardi. Merci qui ? Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (7)
  14. Augustin Paslà est à la montagne Il est monté là-haut là-haut Là où elle ne retirait jamais Son bonnet blanc son écharpe blanche Son manteau blanc sa jupe blanche Il n’y a plus maintenant que Lambeaux de neiges décousus Liserés de misères chaudes Qui s’effilochent en traînées sales Où est passée la neige qui l’herminait Où est passée la neige Passée la neige La neige Elle est moins loin que demain Ce demain-là ne veut pas se rendre à demain Il garde la neige pour lui dans ses demains A l’heure Augustin Paslà dit que la neige c’était hier Et les autres demains n’auront pas de neige d’hier Et ils ne sauront pas quoi faire faire de leurs demains Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (6)
  15. Le jour se lève d’un soleil réduit enrhumé. La nuit a été courte, nerveuse, barge. Augustin Paslà ressort tuméfié d’un sommeil confisqué Qui l’embarqua sur une péniche des songes de second ordre. Elle était lourde, encombrée et fendait un fleuve de sable Biscornu aux méandres emprunts de hoquets épileptiques. Dans la cale, un cercle composé d’une douzaine de personnes Se donnait des coups de main pour honorer un rituel cocasse : Hommes et femmes s’abîmaient dans un cénacle torgnolique. Ils se tenaient par la taille, tournaient autour de caisses en bois, Giflaient leur voisins ou voisines à chaque fin de ronde Et psalmodiaient « j’en ai ma claque, j’en ai ma claque ». En surplomb les pattes engluées sur un entrepont mazouté, Une pie arbitre déplaçait les perles d’un boulier de son bec. Augustin Paslà, tout entier accaparé par le jeu auquel il assistait, N'imprima que par l'écho d'un regard l’anomalie oculaire de la troupe : Les talocheurs synchronisés étaient énucléés, Et des deux trous béants s’échappaient, par séquences, Des farandoles d’ascarides que ce géodrilologue amateur Répertoria comme catégorie commune indigne d'intérêt. Quand bien même eût -il investigué, l’étude aurait été abrogée Par l’invitation intempestive du marinier en chef, décimaître des lieux. Celui-ci contrariait l’image populaire d’un capitaine de flot : Qu’un homoncule maitrisât un gouvernail amusait l'Augustin. Le commandant mal échelonné, réduit aux à-guets, Maugréait une logorrhée dysenterie de colère, Reflux idiosyncrasique propres aux demies-pattes Toujours promptes à chausser leurs bottes impulsives. Augustin Paslà s’affirmait la cause magistrale De la fureur angoissée du batelier myrmidon : Sa présence clandestine faussait le livre de bord Et falsifiait ses comptes, pareille à un épi sur un crâne pelé. Augustin Paslà foutait en l’air la chorégraphie, Ralentissait le tempo, insultait l’ouvrage. Augustin Paslà, ébaubi, ne savait quoi dire, quoi faire. Rebelle, lui ? Il n'avait jamais coupé les je-veux en quête. Augustin Paslà s’apprêtait à plaider sa cause (Quelques effets de manche pouvait la faire gagner) Mais le grincheux defunesque ararbesquait derechef Son postillonnant réquisitoire de franges imprécatrices : Ce corps anomalique (Paslà) renfermait l’âme séditieuse, Le germe anarchique, le virus hérétique. Il exhalait le soufre de l’enfer. Un relent de fagot Auréolait ce perturbateur rentré lige du chaos. Un grondement, malingre et chétif de naissance, A gober la harangue tel l’oisillon nourri à la becquée, S’empourpra, métamorphosé en aigle dominateur Enveloppant soudain le chaland de son envergure hostile. L’équipage, bidou, bidel, mousses, matelots, Quartiers maitres à l’unisson, sur un signe de son maître, Agrippa Augustin Paslà bien ballot, le souleva Et emporta sa victime expiatoire vers son destin d’O*. Le cortège des sherpas fanatisés parvenu à la poupe S’arrêta net, propulsa son paquet par-dessus bord. Quelques lanceurs essuyèrent un signe de croix ; D’autres jetèrent du sel par-dessus leur épaule. Revêtu de sa tenue d’apparat, les trois chevrons lustrés, Pérorant sur ses galons de manches, la taille augmentée De sa casquette d’officier, le pitaine loin-du-ciel, en aplomb Sur le pavois, hosannanait ses troupes dans une ultime capucinade : Le Monde assis a vidé la mer d’un souffle sardonique. Un empire de sable dans lequel folâtrent, en garnisons vigies, Des monticules de grains de malice, édicte sa suprême volonté. Soumettons-nous ; poursuivons notre route quoi qu’il nous encroûte. Allégé de leur Jonas (les superstitions ne jaunissent pas en mer), La FUGACE - du haut de la butte où il avait atterri en autruche, Augustin Paslà distinguait le patronyme peint en lettres d’or Sur la coque du bateau - s’éloigna sur un rythme de java : Augustin Paslà reconnaissait le son familier de l’accordéon Et l’allure de marlou des danseurs pomponnés. Effet de la musique canaille, son promontoire improvisé Frémit d’une fièvre guincheuse revenue d'un bord de marne : La dune, mue d’un esprit de guinguette, se cambra, Ondula, se dressa, se modela en gigantesque gorgone Et ouvrit une gueule gloutonne d’où perlait des dents En diamants prêtes à déchiqueter Augustin Paslà. Augustin Paslà recouvra ses automatismes lâches, Dévala la pente en un parfait roulé boulé incontrôlé, Et affronta avec entrain, tête bêche, la résistance froide Du carrelage de sa chambre en tombant de son lit. xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Augustin Paslà, assis au bord de son pageot, songeur, Caressait les deux œufs de poule qui cornaient son front ; Il méditait et se défaisait machinalement de la poudre blonde Salée fardant son visage. Interprétait-il sa vision nocturne ? Il y avait là matière à débat. Résultat d’une mauvaise digestion Ou présage annonciateur de la rupture de l’ordinarité : La bascule inerte, Augustin Paslà se l’avouait au fond De lui-même, ne le préoccupait qu’en degré accessoire. Un mystère domestique obnubilait son esprit agité : Où donc étaient passées ses satanées charentaises ? Une matinée phagocytée par l’indiscipline de la pantoufle Ne prologue que trop une journée tapageuse et désinhibée. Augustin Paslà décida de briser l’augure : Il se recoucha. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (5) O* (Drapeau Oscar) : Homme à la mer.
  16. Là où loge Augustin Paslà, il y a fort nombre d'années, Il accrocha sur ses murs une lithographie, Dont le titre est le devenir géologique; l'œuvre est signée Dali. Cette peinture occupa un temps le salon Avant que de migrer définitivement dans sa chambre. Comme Augustin Paslà est Augustin Paslà, Il s’appropria cette toile pour expurger sa vérité. C'est ainsi qu'Augustin Paslà, s'il devait accompagner La reproduction d'une notice originale remplirait sa cartouche : En arrière-plan, le ciel émeraude aveugle Des dunes cendrées dont les pieds arasés Clapotent dans une mer bréhaigne. Au deuxième plan, tels des gardes baroques Relégués aux confins de l’oubli, deux rochers farfelus Se dressent à l’entrée d’une plaine grise, oblongue et inculte. D’une hauteur conforme, d’un poids analogue, D’une silhouette similaire, rien n’est moins uniforme, Plus dissemblable que ces jumeaux Aux charismes antagonistes. L’un profile une ombre démesurée, Exhibe une débauche de couleur criarde ; L’autre, en retrait, l’ombre étriquée, le teint blafard, Semble se distraire à regarder les monticules de sable. Entre les deux guets de pierre, une forme indistincte Se devine que l’on prendrait pour un homme ; Le semi-couple approximatif s’émancipe De la tutelle du duo de granits Sur un rythme alangui par la chaleur. Au premier plan, crinière et toupet blond poisseux, Croupe grasse, cuisses et jarrets enflés, Harnaché dans les règles de l’art, Un percheron ouvre la marche d ’un trot chronométré. Il porte pour cavaliers deux cranes d’or lugubres : Le premier vissé entre ses deux oreilles boussole son allure ; Le second trône en roi fainéant sur la selle. Le trio se dirige vers un œuf À l’écaille mouchetée Endimanchée d’or lui aussi. Cet œuvre, pied de nez, Trompe l’œil, Se joue du regard fugace. On pourrait n’y voir qu’une procession incongrue, Un collage absurde, un pur assemblage de forme, Ou s’arrêter à un sophisme sophistiqué, Une coquetterie surréaliste superfétatoire. On accepterait jusqu’à considérer que c’est là Son objectif premier et secondaire, Reconnaître la qualité de l’amusement Sans lui attribuer d’autres valeurs. Au-delà de la fantaisie blagueuse, Sans pour autant plagier de Stendhal le syndrome, Pour peu que l’on détache la représentation de l’image, La puissance du message vous atteint, vous étreint. On entend à l’heure que cette pièce maîtresse démystifie La négation de l’irréductibilité ; On éprouve la morbidité Joyeuse du tableau, sa désolation caustique, Manifeste d’une parodie moqueuse de la prédestination. L’humour pictural véhicule une vision laïque goguenarde De la quête absurde d’un Graal matérialiste. Le pinceau humanise l’insupportable. Il n’y a pas de condition, Que celle à laquelle notre caractère de papier bible Se plie, Le cœur ceint dans le corset du corps sain. L’Esprit Saint annexe l’esprit aventureux ; La vesse est dite. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (4)
  17. Augustin Paslà porte bien la nuit ; Il fait partie des gens de lune. Augustin Paslà a pour ligne de conduite De suivre les lignes de fuite. Augustin Paslà n’hésite pas à prendre son courage A demain lorsqu’il le faux. Bien qu’en vérité, Il incline à vivre au jour le jouir Et à remettre l’utile à Plutarque. Augustin Paslà pratique la flânerie flibustière : Il regarde, l’œil clandestin, l'effeuille tombe bée ; Augustin Paslà demeure une tête en l’air : Il n’a pas oublié quel goût ont les nuages. Et pourtant, Augustin Paslà, le ciel en est témoin, Ne fait preuve d’aucune hauteur de vue. Augustin Paslà est indemne des convictions ; Il a pour l’engagement un avis d’expulsion. A défaut d’Idéaux, Augustin Paslà a les idées larges. L’envergure se mesure au temps qui tasse. Augustin Paslà pratique la philosophie du post-It : Il adhère à tout et n’accroche à rien. Augustin Paslà dépourvu de centre de gravité Est une toupie moqueuse à la pointe du Pro-Gré. Augustin Paslà slalome entre les partis pris Avec un abandon bulle caméléon. Augustin Paslà masque son antisiasme derrière Une exaltation de circonstance atténuante. Augustin Paslà, prête une attention gagée, À intérêt réduit, aux nobles causes toujours. Augustin Paslà ne donne pas sa voix Aux lents demains qui chantent : Leurs concerts s'achèvent sur des rengaines militaires ; Augustin Paslà n’aime pas les cuivres uniformes. Augustin Paslà embrasse l’opinion voisine D’un baiser usuraire et s’en sort à bon contre : Augustin Paslà dit oui pour compléter un oui Et non pour terminer un non. Augustin Paslà est ce qu’il est et pourrait être Ce qu’il n’est pas s’il écartait l’espace de ses pas. Parce que, quelquefois, Augustin Paslà, et d’autre non ! Allons voir ceux qui se cachent entre ses plis origamiques… Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (1)
  18. C’était à un moment de sa vie où Augustin Paslà, Rémunéré à la voyelle et à la consonne, Haranguait les foules au bénéfice d’un théâtre ambulant. Porte-voix camelot, il débitait ses slogans hameçons Comme un marinier lance ses filets en l’espoir Toujours recomposé d'une pèche fructueuse. Approchez Mesdames et Messieurs, Venez admirer notre comédie humaine ; Nous bradons les places avant le baissé de rideau final. La pièce casse la baraque et brise les tabous raides. Venez assister à la représentation avant que le théâtre ne s’effondre. Ne soyez pas en retard Le clou du spectacle démarre tôt ; La clé des songes n'est pas en glaise. Nous avons des rires, nous avons des larmes ; II y aura des oh et des ah dans de beaux débats racés. Laissez-moi vous présentez quelques-uns de nos personnages : Ici un homme atout fer, jamais aux abois. Avec lui, pas besoin de marcher sur des E Ou de mâcher ses mots ! Ne craigniez rien Vous ne risquerez pas de vous en manger une Et de mordre la poussière : il ne crache jamais le morceau Car il avale les couleuvres sans boire vos paroles. J’affirme un gars carré menant rondement les choses. Vous pourrez l’examiner sous tous les angles. Là un cartésien non encarté ; Il ne s’écarte pas d’un car ou d’un donc. Comme le Christ, la religion, il a fait une croix dessus. Chapelet pas trop, prête aux messes basses Et peut devenir la curée ; dévots, il n’est pas des vôtres. Pourtant leurs raisons devraient suivre les pitres à la lettre. Après tout, a-t-on besoin de vertus cardinales pour se prélasser ? Ensuite celui qui prend la pause et fait tout à lents vers, Tiré à quatre épingles en son costume trois pièces. Dans ce monde hypnotisé par la vitesse, fanatique De la rapidité, adorateur du flux permanent, Il fait jouer son droit de chut et reçoit le silence en averse passagère. A son manteau d’habitude, gabardine de routine, Pour enfouir ses demains, il a cousu des poches de quiétudes. Derrière, une autre espèce, Un drôle d’oiseau, une tête en l’R, A l’esprit perché vers la Bretagne, Complètement à l’ouest ; Juché sur les ailes de la minute papillon, Émérite pilote de vol à la tire au flanc, Il fonctionne aux quarts détours. Au retard à l’allumage, il vend la mèche. Ennemi du coup de pouce toi de là, Il donne le change et ne le reprend pas ; Instituteur à l’école buissonnière, maquisard de la flemme, Cossard cossu, il ramasse le temps perdu Et s’en fait un édredon. Temps qu’on y est, vous trouverez par aïeul, Une victime du temps qui casse : Une momie sans sa mamie, Un antique en tic et en toc, trembloteur égaré, Un vieux Pierrot hagard de la perte de sa Colombine. Je reconnais un trait facile, une sortie qui ne déroute pas : Pas très compliqué de faire du veuf avec du vieux. Tant pis pour celle qui ment veuve ! Les humeurs grondantes que vous entendez Viennent des sœurs jumelles Querelle et Jalousie. Gardez-vous d’une promiscuité régulière ! Je m’adresse, là, aux contremaitres de l'ordinaire Qui ont laissé leur destin héroïque en chantier. Le bruit et la fureur, leur essence innée brillante, Distillent un parfum capiteux et endettant Que seules les âmes fortes sauraient porter. Bien des caractères aventureux à la fortune gasconne Amourachés de leur beauté fatale, comme un si l'est du doute, Se sont consumés dans leur feux ardent, pauvres grains de cendrier ! Actrices de courants d’air idoines, elles ne ventent Leur talent et ne subliment leurs scènes Que lorsque nous jouons les fenêtres ouvertes. Continuons le défilé de nos figures de styles, par deux bonhomies, Chaussées de bottes en plomb aux pieds de la lettre : A ma droite, un moulin à moudre la parole, Langue de bois, notre professeur de platitude ; Atteint d’un cancer précoce de la syntaxe, Il est en phase finale d’inélocution. Il se nourrit de clichés, de phrases toute faites, de lieux communs. Il a son succès et ses fidèles. Je lui prédis un destin cathodique. A ma gauche, un écrivain par thérapie, Qui, calembourré comme un coin de paradigme, Trempe sa plume dans son encre de salut. Son addiction à seringuer son je de mots Est son talent d’Achille et fait de lui un âne à strophe. Au milieu de ce cirque, trône la patronne, la baronne, la daronne, Une femme en état dame permanente, Assez belle pour ne pas être en lady, Assez tarte pour qu’on souhaite la croquer Et assez vive pour ne pas se faire mordre. Une Lola Montes triomphante et indomptée, Dont les claquements de doigts raisonnent comme des coups de fouets. Je m’en voudrais d’oublier notre chien, le moins cabot de la troupe ; Baptisé Porcelaine bien qu’il ne soit pas de pas de faïence. De la race des corniauds, on lui a mis une puce à l’oreille Pour sonder l’esprit de ses congénères à deux pattes : Quand il se gratte la tête comme un bras de moulin Entraîné par un grain de folie, il est l’heure pour nous de tirer le rideau. Entrez Messieurs, Mesdames dans notre théâtre : L’esprit de sérieux le plus profond consiste à rire de nos défauts. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (3)
  19. Frivole comme un tabouret ecclésiastique revenu de tout, Sans apostasier les couleurs primitives d’un jadis révolu, Résigné placide à son effacement amène et liturgifle, Augustin Paslà sirotait une menthe religieusement, Du haut de sa terrasse embouteillée par un ciel bleu bellâtre. Augustin Paslà mesurait le privilège moqué de l’inutile, L'esprit papillon embué d’un nouveau départ d’enfance, Ce caprice des déités laïques et mutines qui révolutionnent Les silences sentant cieux mais que l’ordinaire, à complies, Profane dans ses dévots empressements hâtés. Augustin Paslà philosophait sur Augustin Paslà, Sujet dont il se réclamait, à bon droit, avocat et procureur, Poussant nonchalamment avec un pouce expert Les miettes de pains de la table embarrassée Des vestiges pathétiques d’un repas fonctionnel. Sa vie se résumait, en cette version-là qui diffèrera des autres, (On ne sait qui de l'avocat ou du procureur plaidait la cause) A une page immobile sur laquelle s’était déposée une poussière de cil. Il avait tenu sur ce battement fugace, moment hoquet Prolongé par tant de jours jumeaux qu’ils se confondaient. Somme toute la beauté est une laideur incomprise Qui masque, à ciel ouvert, son inondable douleur Derrière une exubérance exhibitionniste. Comment lui reprocher cette lucidité cancéreuse Sans laquelle elle abominerait sa difformité plaisante ? La loi naturelle ordonnance en féérie tordue, Biscornue, gondolée, son harmonie inimitable ; D’aucuns abusés par leur plagiat n'ont pas compris Que l’absurdité logique épouse l’algèbre Et enfante une cohérence éprise du chaos. Augustin Paslà n’a pas oublié qu'il était un chiffre rêveur ; Il ne s’est pas réduit jusqu’à muer en peau morte de l’infini. Entre spectateur et sectateur, Augustin Paslà a choisi son quand : Les Ciseaux corroborent les louanges néfastes des éventreurs origamiques ; Ce n'est pas nouveau mais il est bon de le rappeler quand divague la trigonométrie. Augustin Paslà a pratiqué l’art consommé de perdre son temps Quand les autres se consument en corps à gagner leur vie : Augustin Paslà est resté un zéro bienheureux amoureux de la lenteur, Un escargot sur pied dont la coquille souille L’éphéméride virtuel de ce monde pressé. Innocent cynique travesti en madré jocrisse, Aberration anachronique, Augustin Paslà observait goguenard, c’était son point de vue- Du haut de sa terrasse souillée par l'azur- Cette époque épileptique, architecte junkie de la modernité, Se précipiter dans sa jouissance morbide vers un abyme cybernétique. Dans son obsession du raccourci, ce monde, est parvenu, Deux ou trois grains de géométries perverties y ont suffi, A ce que la pluie soit sèche avant qu’elle ne touche le sol : Paradoxe légitime ou une consécration bâtarde Pour ces adorateurs propagandistes des précipitations ? Augustin Paslà, quelques graines de sésame collées à ses doigts, Regarde les pigeons picorer l’obole involontaire qu’il leur a versée : Il aura eu, au bout du conte, malgré lui, (mais est-on jamais détaché A ce point de soi qu'un autre nous-même délibère pour nous) Quelqu’importance anodine dans ce court du temps. Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (2)

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