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  1. Il y avait un matin de neige, une enfance une ombre disloquée sur les murets des sentes... Elle se conviait aux terres sanguines englouties par le blanc aux croix de soleil révélées par les branches —Elles ont fait ce que je suis— Ignorer le flux des sources: il ressasse la fuite perlée du temps pour se retrouver une, avant et maintenant
  2. Naïade

    Forêt

    Ôte tes souliers. Que tes pieds de mie s’enfouissent à demi, dans l’humus caressant, Accablée par le poison des âmes bannies d’amour, Épuisée de te contorsionner, Enrobe-toi. La lumière flamboyante de chaque feuille agonisante est la traîne de tes noces. Désabusée de n’être pas, enfant damnée, Tu te pares. Que le lierre immortel soit la couronne éternelle de ton union. Cloue la porte de cette bâtisse surannée, petite pâte à te modeler, Parfume-toi de sa légèreté ineffable. C’est la forêt. Pars. Toi, Ce soir, tu te maries avec le hêtre et tes racines transcendent la voûte, Là. Tu es une.
  3. Non les portes ne seront plus ouvertes La folie traversera les rues dans son habit de vieille Les cœurs oublieront l'unisson des marées Le pavé sous la pluie ne servira plus jamais Dans les jeux du poète Au poing au poing il saignera sans fin On cachera l'enfant au fond de nos entrailles Pour une vague impatiente qui secouera ses mains Blessés Âmes mortes Métal nu Feuilles égarées Roues libérées du temps Montée imaginaire vers quel argent Allumeront les parquets divins D'un Olympe déserté On avancera en cohortes bancales Jusqu'au fond des précipices L'alcool jouera ses derniers accords blêmes Dans l'esprit des violons L'espoir ne sera plus jamais vendu Aux commerces des croyants L'allumeur de cigares se passera de tout De l'amour même Puisqu'il le faudra bien Défaire les nœuds pourquoi ? Le froid qui suit n'encaisse pas les coups Plus aucun animal n'ira vers nos caresses Les montagnes tomberont en pluie Sans l'escorte des marcheurs Et à l'ombre de quoi sauverons-nous Dernières peaux humaines Que la Terre éjecte de ses fibres ? La lune coulée lente Fendra l'espace d'un dernier cri éteint L'avion rêveur planera en longs tourbillons fins Au-dessus des cascades Puisqu'il est lancé ! Il faut bien qu'il finisse comme pierre au soldat Qu'avons-nous dit ? Qu'avons-nous fait ? N'avons-nous jamais levé cette pierre Qui assomme notre vue ? Dernière prière
  4. Seawulf

    Rocs noirs

    Rocs noirs Vous les charbonniers Issus du monde sous-marin Stalagmites géantes Déchirant le lin de mer Aux fils d’écumes capricieux Vous tentez vainement de les renouer. Blocs noirs zébrés de morsures Aux branchies inutiles Mollusques pétrifiés Aux caractères bien trempés Opiniâtres jusqu’à la témérité Isolément, vous faites face Et ne reculez pas d’un pouce Au bas de la pointe du Meinga. Les ajoncs et les bruyères Les fougères nichées ici et là Autour de la chapelle du Verger - Ex-voto pour bisquines fatiguées - Assurent le guet jusqu’à bon port ! Et des larmes de roc aux larmes de corps S’écoule le sel de la vie. Et des brumes d’été aux vents contrariés File le temps aux reflets d’or. Et de tes yeux tout ennuagés D’une fine pluie, harpe insaisissable Se lit une symphonie arc-en-ciel. Voussure aux larmes généreuses Ligne de partage des eaux Où ton sexe larmoie de transpiration Vers l’océan, ta mère d’adoption. Et je ferme tes yeux Et je ferme les miens Pour mieux te rencontrer Pour enfin mieux de voir. Tes cheveux fous s’encordent Et moi je m’y amarre De toutes mes forces Fille du vent aux lignes lactescentes Je suis ton souffle Tu es ma respiration. Et ainsi nous cabotons Vers un horizon instable Fort et faible de nous Au lit des différences Je crie ton nom Sur l’immuable roc.
  5. Thierry Demercastel

    Sous le pont perdu

    Sous le pont perdu coule comme une insomnie, Tes grands yeux d’enfant triste qu’un ciel ne hante plus, Un hiver sans fin roulé en son infini, Visages, en un lointain pays, qui se sont tus. Sous le pont perdu je suis tombé à genoux, Sur sa voûte fissurée j’ai posé ma main, Filaient en l’eau glacée, où l’ombre se dénoue En les mémoires, nos cœurs fous et malandrins, Puis en marchant, délaissé par le temps d’hier, Sous le pont des brumes au pied d’un ciel éteint, Je t’ai cherchée près d’une aube familière Mais je n’ai vu qu’un miroir pleurer ce matin.

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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