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  1. Jour 2 : Il est six heures du matin. Le népalais s'occupant de mes bagages, entrouvre la fermeture éclair de la tente et me tend une tasse de thé bien chaud. Cette main tendue est un joli rayon de soleil qui éclaire mon visage encore tout endormi. Il est temps de m'habiller et de sortir mes affaires hors de l'habitacle. Ceci est fait rapidement, malgré le froid de la nuit encore bien obscure. Le petit-déjeuner est déjà prêt... C'est le plus important des repas de la journée car c'est lui qui permet d'emmagasiner les calories nécessaires à la marche et le changement d'altitude qui augmente forcément lorsque l'on monte par les chemins. Ce petit déjeuner très copieux se compose de thé ou de café lyophilisé venant de France, d'œufs brouillés, de porridge, de céréales, et de chappattis, une sorte de crêpes à base de farine de riz, et, pour améliorer l'ordinaire, de la confiture, du fromage et de la charcuterie « Made in France ». Je suis en forme, le soleil commence à réchauffer le campement, il va faire beau... Dès les premiers pas, la colonne des marcheurs s'étire et je me retrouve à nouveau à l'arrière avec une poignée de mes amis randonneurs et les deux gentils sherpas qui sont souriants, aimables et attentionnés. Les maisons se font plus rares, la végétation s'éclaircit et le chemin grimpe régulièrement au milieu d'une végétation plus clairsemée. Sensation forte assurée lorsque le chemin enjambe une rivière et passe sur un pont suspendu qui se balance dangereusement sous le poids de chaque pied posé. La passerelle qui n'est pas d'une grande stabilité, franchit un torrent aux flots bouillonnants. Il faut avoir le cœur bien accroché et faire aussi abstraction du vertige et de la peur du vide pour arriver indemne de l'autre côté. Une petite pause photo s'impose pour immortaliser l'évènement... Sept heures de marche seront nécessaire pour rejoindre le lieu du campement et la veillée dans la tente « Mess » est chaleureuse et animée. La nourriture est bonne et mes compagnons sont contents car nous avons comme boisson de la bière népalaise qui accompagne bien le repas. Petite anecdote, il y aura de la bière jusqu'au sanctuaire et en alsaciens qui se respectent, nous apprécions tous ce privilège. *** Jour 3 : J'ai maintenant pris l'habitude de rester en arrière de la troupe. Je peux ainsi avancer à ma guise, faire souvent des petites haltes pour prendre des photos en admirant les montagnes et la lumière qui se dégage de l'atmosphère d'une extraordinaire pureté. Le sentier se faufile entre les prés et les rochers et traverse une première moraine. Malgré l'entraînement que j'avais fait en France, j'ai un peu de mal à progresser sur les pierres qui roulent sous les pas et mon bâton est un précieux compagnon pour l'équilibre et pour franchir les endroits difficiles. Un des deux sherpas ne me lâche pas d'une semelle et ne manque pas de m'aider en me prenant la main lors de passages un peu compliqués. Il est un peu entreprenant et c'est pourquoi les amis restés avec moi en aval du groupe, l'ont surnommé : « Sherpa Tripoteur ». Néanmoins, sa bienveillance et sa serviabilité parfois un peu envahissante ne sont jamais déplacées. L'autre guide, connait quelques mots de français et il répète souvent : Comment ça va ? Le sobriquet est vite trouvé, durant tout le trek, « Sherpa Tripoteur » et « Comment ça va », passeront toutes les journées avec nous pour nous offrir leur aide et leur beau sourire. Nous atteignons bientôt les premiers arbres de la forêt de bambous. La forêt traversée est très étonnante et les bambous sont aussi hauts que des arbres. Leur verticalité graphique donne une sensation de légèreté et de douceur. Je suis très impressionnée par la grosseur des troncs et la luxuriance de l'immense bambouseraie. Au couvert de la végétation, l'humidité se ressent et une petite laine n'est pas de trop pour me protéger de sa fraîcheur. Les derniers arbres de la forêt de bambous dévoilent un chemin de plus en plus escarpé où les escaliers inégaux et glissants m'obligent à être vigilante pour ne pas tomber. Nous sommes à environ 3000m d'altitude et la chaleur de la vallée s'éloigne au fur et à mesure de la progression vers le sanctuaire. Après les deux premières nuits passées sous la tente, le bivouac de la troisième nuit sera très mouvementé car, lorsque la troupe arrive au lieu prévu pour le campement, la place est déjà occupée par d'autres trekkeurs. Comme nous sommes nombreux, (plus de cinquante personnes en tout) il n'y a pas assez d'endroits disponibles pour planter les tentes et surtout la tente « Mess » qui assure toute l'intendance. Après, une concertation entre le sirdar et le responsable français, la décision est prise de continuer et d'aller à un autre emplacement qui se trouve à deux heures de marche plus en avant. Cette décision ne sera pas bien accueillie. Les organismes sont éprouvés par la longue étape de la journée. Le campement risque de ne pas être monté avant la nuit et cela rallonge d'autant plus le temps de marche des porteurs, qui, en général font des étapes de six à huit heures maximum. Toute la colonne parviendra au cantonnement à la nuit[1] déjà bien tombée et certains de mes amis alsaciens, munis de leur lampe frontale, iront au devant des porteurs pour éclairer leur chemin. Heureusement, tout le monde arrivera indemne. Ce soir-là, le repas sera très frugale, les vivres n'étant pas arrivés à temps pour assurer la confection du repas. L'étape aura duré onze heures ou bien plus pour les plus lents, dont moi. La belle ambiance se détériore un peu, mais ne durera pas, mes compagnons de sentier sont habitués aux aléas parfois mouvementés du voyage en montagne. Nous irons tous nous coucher le ventre presque vide en ayant mangé les restes de nos vivres de course sortis du sac à dos. Les muscles las et courbaturés par cette longue marche, c'est en ronchonnant que tout le monde s'endort. [1] À cette latitude et en novembre, il fait jour à 6h et nuit à 18h.
  2. Le voyage à pied Les voyages m'ont ainsi conduite toujours plus loin, toujours plus haut. Tout d'abord, vers les sommets des Alpes suisses, françaises et autrichiennes, puis, bien plus loin, vers les pentes noires de cendres du Popocatépetl au Mexique, autour du massif des tours du Paine en Patagonie dans le sud de L'Argentine et sur les contreforts des crêtes enneigées de l'immense chaîne Himalayenne. Tel était mon désir et mon seul souhait : toucher de mon regard le coton des nuages pour garder au fond de mes yeux, toute l'infinitude de ces dômes gigantesques en ces lieux majestueux de notre planète Terre. Dans cette première approche du Népal et de l'Asie, j'ai absorbé dans toutes les fibres de mon être, les fragrances de ces éminents sommets aux multiples facettes. Plus tard, lorsque j'aurais rangé mon sac au fond d'un placard, il sera difficile de tirer un trait sur cette recherche d'absolu et d'infini et ce besoin de voyager. Mais avant, les années passeront et durant tout ce temps, la même curiosité me poussera à aller encore plus loin, encore plus haut. Revenue dans mon univers familier, le seul but sera de repartir bientôt vers d'autres aventures, d'autres paysages, d'autres cultures, d'autres rêves. Une vie ne suffit pas pour tout découvrir, tout entendre, tout ressentir et durant ces presque vingt ans passés à parcourir les continents dans toutes les directions, il y a cette évidence extraordinaire, le vaste monde est un merveilleux jardin, qu'il faut impérativement préserver. Si aujourd'hui je pérégrine dans mon intime, le voyage à pied permet de goûter pleinement à la grâce de territoires enchanteurs et tellement différents. Il permet aussi de prendre son temps, de « sentir » les diversités culturelles, de s'y plonger totalement, de se laisser bercer par la langue des personnes rencontrées... Que l'on ne comprend pas forcément ! Qu'importe si les paroles ne sont pas comprises, les moments partagés autour du feu, le soir au bivouac créent des liens très forts. J'ai souvent ressenti une immense déchirure lorsqu'il fallait me séparer de mes amis de marche pour ne plus jamais les revoir. Les soirées sont longues sous les antipodes, puisque la nuit tombe très tôt et nous avons très souvent refait le monde, chanté, bu à grosses goulées la bière du pays visité et le rire communicatif de toute l'assemblée apportait la joie d'être ensemble en appréciant la chaleur humaine, les amitiés qui se forgent au fil des jours. *** La journée commence à six heures du matin avec le « Morning Tea » offert sous la tente par le porteur qui se charge du sac contenant les vêtements de rechange et le matériel de couchage. Pas d'hôtel cinq étoiles en montagne ! Le randonneur se contente d'un toit de toile et d'un matelas en mousse, hôtel très succinct mais très prisé après les huit ou neuf heures de marche quotidiennes. Pas de salle de bains, ou alors, en arrivant à proximité d'une taverne, si la chance sourit aux premiers arrivés ils pourront profiter des commodités modernes. C'est donc avec délectation que le trekkeur se précipitera sous une bonne douche chaude et des toilettes confortables. [1] Au bout de quelques jours de marche, j'avais abandonné tout effort vestimentaire. À quoi bon, la poussière est omniprésente. Les vêtements portés se limitent au strict nécessaire afin de se protéger du soleil et des intempéries. La plus grande préoccupation de tous les marcheurs, est d'avoir ses pieds pourvus de chaussures très confortables, objets indispensables pour avancer, si possible sans mal. J'en reviens au planning des journées... Après la boisson chaude prise sous la tente, rituel recommencé chaque matin, il faudra s’affairer pour sortir toutes ses affaires personnelles afin que le porteur puisse plier la toile et rouler les matelas pour partir illico sans attendre le reste de la troupe. Dans l'Himalaya, les porteurs prennent de très lourdes charges sur leur dos et bien sûr, ils marchent plus doucement qu'un homme ayant un petit bagage. La consigne est donc imposée, personne ne traîne sous la tente, le préposé aux bagages attend... C'est ainsi qu'à huit heures du matin, le trekkeur est en action et ira ainsi jusqu'au prochain bivouac qui est monté avant la nuit et bien avant l'arrivée des guides népalais qui sont en queue de peloton et qui assurent l'arrière-garde. Des petites pauses sont effectuées tout au long de la journée afin de pouvoir se restaurer et prendre des forces. La pause de midi est un peu plus longue et le repas est pris sur le pouce. Toutefois, il y a assez de temps pour faire la sieste ou se laver dans une source ou un point d'eau. Le sac à dos de la journée se compose de vivres de courses (fruits secs, barres chocolatées), d'une gourde remplie d'eau ou de thé, de vêtements contre le froid et le mauvais temps qui peuvent arriver sans prévenir, un petit nécessaire de toilette, l'appareil photo et les petits cadeaux qui sont offerts aux personnes rencontrées sur les pistes. Le sac ne doit pas peser plus de sept kilos car la sensation de lourdeur est décuplée lorsque l'altitude et le dénivelé se ressentent. En montagne himalayenne, ce n'est jamais plat, les sentiers sont caillouteux, il y a très souvent des escaliers aux marches très hautes et glissantes. Ces dénivellements inconstants deviennent rapidement éprouvants pour l'organisme non habitué à l'exercice physique intense. Très loin de moi l'idée de décourager celle ou celui voulant un jour partir à l'aventure. Se déplacer à pied dans un autre pays est le plus beau moyen pour découvrir des horizons différents. Cette formule de voyage préserve également l'authenticité des endroits traversés et fait reculer le tourisme de masse. [1] En 1988, Lorsque j'ai commencé à pratiquer le trekking ou voyage à pied, le confort était très spartiate. Aujourd'hui, des auberges ou des petits hôtels proposent pour un prix très modique, le gîte et le couvert. Cela évite une importante intendance lorsque les voyageurs sont à plusieurs. Bien sûr, le prix du voyage diffère selon les commodités choisies.
  3. Prémices d'envols Au fond de mes bagages, il y a des fragments de poussières de tant de pays traversés. Il y a ces grains de sable que j'ai enlevé au désert et qui glissent maintenant dans mes doigts avides de souvenances. Chaque fois que l'oiseau de fer m'emporta sous ses ailes, mon baluchon attaché sur mon dos retrouvait avec bonheur, cet attrait particulier pour les nombreux chemins empruntés. Pour partir en voyage, tout commence par les aéroports où l'on attend les avions dans des immenses salles grouillant de gens pressés, qui passent le nez en l'air à la recherche de l'heure de leur départ. La modernité se fait reine quand on veut s'envoler quelque part. La patience est de mise et attendre, est le lot de celui qui veut se déplacer dans les airs. Quand on atterrit enfin, après avoir été serré comme des sardines durant de nombreuses heures, dans ces charters où chaque centimètre carré vaut de l'argent, le courant de l'air du pays accueille le passager rêveur qui a observé que le vent d'ici ne souffle pas de la même manière. Son haleine peut être chaude comme un baiser, glacée comme l'hiver, étouffante comme un jour d'orage, sans oublier le décalage horaire qui ajoute une sensation d'irréalité aux premières inspirations. Atterrir ! Tout est dit dans ce mot, car oui, le voyageur atterrit dans un autre lieu, une autre dimension. Les repères sont écartés, balayés, effacés. Il faudra quelques jours d'acclimatation à l'environnement pour vraiment mettre pied à terre, pour respirer à pleines narines, les nouvelles senteurs qui virevoltent autour de soi et qui poussent le voyageur à aller de l'avant pour voir, découvrir l'ailleurs... Le temps s'est faufilé le long des parois des souvenirs, et, aujourd'hui, ce sont les «mots-cailloux» qui parsèment les routes lointaines, immenses étendues de rêves et de lumière. En ces itinéraires magnifiques qui se sont installés sur la voie enrubannée de mémoire, la page se noircit de ces lettres globetrotteuses décrivant mes destinations aux parfums d'Himalaya. A suivre...
  4. Très tôt le lendemain matin, à bord d'un bus déglingué et avec une pointe de tristesse, il est déjà temps de quitter la ville de Katmandou pour prendre la route vers Pokhara. Le bus et ses passagers arriveront très tard dans la soirée. Tous les voyageurs sont éreintés par la longueur du trajet et les mauvaises conditions de voyage dues à la route en pitoyable état. Une bonne nuit de sommeil est vraiment la bienvenue. Ce sera aussi la dernière nuit dans un vrai lit... *** Jour 1 : Au matin, frais et dispos, mes amis et compagnons de voyage, ainsi que moi-même, nous sommes prêts pour le départ de notre trekking. Après le petit déjeuner, l'ambiance est à la fête, nous faisons tous la connaissance des sherpas, des cuisiniers et des porteurs. La bonne vingtaine d'hommes va nous accompagner durant douze jours dans notre progression vers le sanctuaire des Annapurnas. Un immense tas de bagages est accumulé sur la place de la petite ville. Plusieurs népalais distribuent les sacs qui sont portés à dos d'homme. Les porteurs prennent souvent plusieurs charges sur le dos pour pouvoir gagner plus de roupies. Plus le poids est élevé, plus ils gagnent de l'argent. Les premiers jours, j'étais très choquée par la pauvreté des Népalais et j'avais des scrupules face à ces hommes qui portaient nos affaires, mais j'ai ensuite compris qu'ils étaient très contents d'être engagés pour ce travail car les douze jours de portage permettaient à la famille de manger à sa faim pendant quelques temps. Je crois me rappeler qu'un porteur était payé un dollar par jour et par charge, c'est pourquoi, il était très courant de les voir porter deux sacs marins qui pesaient chacun environ quinze kilos. En sachant que ces hommes mesurent souvent moins de 1m60 et qu'ils marchent fréquemment en tongs ou carrément pieds nus, le choc est encore plus grand. Mais c'est leur façon de vivre et dans la culture bouddhiste, un mortel se contente de ce que la vie lui apporte. Si elle apporte le manque, les gens ne perdront pas leur sourire et leur joie de vivre. Les gens croient à la réincarnation, c'est pourquoi, jamais ils ne se plaignent de leur condition actuelle de vivant. Dans une autre vie, ils auront peut-être l'opulence... *** La mine réjouie, toute la troupe s'ébranle. Les porteurs en avant, [1] le sirdar et deux sherpas, puis le groupe suit en chantant à tue-tête. Deux autres sherpas ferment la marche afin d'assurer sécurité et bon itinéraire à tout le monde. La première pente s'amorce. Très vite, j'ai le souffle court, les muscles sont encore froids et mon sac à dos est peut-être un peu trop lourd pour cette première journée de marche. La bonne humeur règne, je suis heureuse de pouvoir quitter Pokhara et la chaleur. Le sentier grimpe encore et je débouche bientôt sur un petit promontoire où je peux jouir du spectacle d'un paysage de cultures maraîchères et de rizières en terrasses. Le panorama est vallonné, très vert et les moyennes montagnes aux sommets arrondis, sont surplombés par d'autres cimes plus hautes et recouvertes de neige. Il fait beau, l'air est doux, le ciel est limpide, quelques nuages moutonnes sur les plus hauts sommets. Le sentier aux dalles inégales monte en inclinaison douce vers la forêt de bambous. Un dernier regard derrière moi pour admirer la vallée et lorsque j'émerge sur la crête du premier col, le dôme majestueux du [2]Machhapuchhare inonde mes yeux de sa blancheur. À côté de ce mastodonte, les fabuleux monts de [3]l'Annapurna Sud et du Hiunchuli exposent leurs merveilles naturelles sculptées par le vent, la neige et les siècles passés. La marche continue ainsi, cahin-caha, avec la compagnie des immenses pics recouverts de nuages. Le cortège des népalais et des ânes qui montent ou redescendent dans la vallée escorte la file indienne du groupe dont je fais partie, et qui s'étire avec lenteur au rythme des pas de chacun. Tout au long de la journée, les yeux rieurs, les sourires qui croisent les miens, les « [4]Namasté », lancés à chaque regard échangé, me font oublier les petites appréhensions ressenties depuis le départ. Je marche doucement en avançant à petits pas. La file s'étire de plus en plus et au bout de quelques temps, je me retrouve loin du peloton de tête. Les deux sherpas terminant la marche parlent un peu l'anglais et nous échangeons quelques mots tout en allant de l'avant. Ma respiration est saccadée, les escaliers biscornus en sont les coupables ! Nous sommes aussi à environ 2500m d'altitude, mine de rien le dénivelé est tout de même ardu. Au cours de cette journée de trek, le défilé humain marche dans un environnement fait de champs en terrasse et de collines boisées, où se blottissent les petits villages aux maisons en bois et torchis. Le premier campement est monté non loin du camp de base du Machhapuchhare, dans une prairie qui fait face aux montagnes enneigées. Chaque trekkeur choisit sa tente et son matelas qu'il va garder tout le temps du cheminement. Les tentes sont prévues pour deux personnes et sont assez vastes pour être à l'aise. Un peu à l'écart des tentes, une plus grande, appelée « Mess », sert de cuisine pour confectionner les repas. Multifonctions, elle sert aussi de salle à manger et de dortoir pour les guides sherpas. Les porteurs dorment dehors, à l'écart, sous une grande bâche. L'intendance est très hiérarchisée et les sherpas ne se mélangent pas avec les porteurs. Encore une fois, je suis très choquée par cette hiérarchie qui me fait penser aux castes indiennes. Mais il ne faut pas intervenir, les hommes n'ont pas l'air de s'en plaindre, pour eux, c'est normal. J'ai beaucoup à apprendre de leurs coutumes... Comme souvent en Asie, les Népalais sont végétariens et les repas du soir ne feront pas une très grande place à la viande. Les premiers jours du trekking, de la nourriture venant de France et emballée sous vide, sera un plus au quotidien qui se compose essentiellement de riz, de légumes secs ou frais, ingrédients de base de l'alimentation des himalayens. Dans un des villages traversé, les sherpas achèteront des poulets et un petit bouc qui seront tués sur place. Les maigres volatiles seront mangés le jour même et la viande du mouton sera découpée, salée et rangée dans un tonneau, qu'un des porteurs aura la charge de porter sur son dos. Les poulets, au nombre de quatre pour dix huit personnes affamées, sont durs comme du bois. Sans doute trop vieux ou pas assez cuits. Pourtant, les convives ne laisseront rien du « festin ». Les belles cornes du bouc seront emballées dans une couverture en plastique et le trophée sera trimballé durant tout le trekking, puis, jusqu'en France. Le « paquet » aura son préposé attitré et, tous les soirs, il aura sa barre chocolatée et ses deux cigarettes, qu'il s'empressera de faire disparaître dans ses poches. Les cornes sont toujours accrochées au mur de la personne qui avait acquit ce trophée original ! [1] Sirdar : responsable népalais de toute l'intendance Sherpa : Guide Népalais [2] Machhapuchhare : est une montagne de 6 993 m d'altitude dans l'Himalaya au Népal. Le nom signifie « queue de poisson » en népalais en raison de son double sommet. Il est vénéré et considéré comme sacré par la population locale. Par conséquent interdit aux alpinistes. Il est un des plus beau sommet du Népal. [3] Annapurna Sud 7219 m, Hiunchuli 6441 m Annapurna Sud, est un sommet de trekking considéré comme un des plus difficiles à cause des dangers de chute de pierres, et aussi de la raideur des pentes. [4] Bonjour en népalais
  5. Senteurs Himalayennes, Le Népal Arrivée à Katmandou L'avion s'est posé sur le sol. La porte s'ouvre sur la chaleur de l'air. Éole s'en est allé vers d'autres cieux. Un soleil brûlant m'accueille en terre Népalaise ! En face de moi, les yeux de Bouddha peints sur la façade du hall d'arrivée de l'aéroport, me regardent fixement. Je suis happée par l'impulsion descendante des passagers et je foule ce sol qui m'a fait tellement rêver. Tout de suite, un autre mouvement intrigue quelques personnes près de moi et avec elles, je reste là, figée de stupeur devant le spectacle saisissant qui se déroule devant nous. Quelques hommes enturbannés tirent une chèvre sur le tarmac. La chèvre terrorisée bêle à cœur fendre en refusant d'avancer. Les hommes versent sur elle de l'eau et mettent autour de son cou des colliers de fleurs, de la poudre de couleur carmin. C'est avec effroi et tout de même de la curiosité, que j'assiste alors à une sorte de rituel complètement irréel qui va durer plus d'une heure. Sous les yeux des touristes abasourdis restés en arrière sur la piste d'atterrissage, la pauvre chèvre y perdra la vie et sa dépouille, après avoir eu la tête tranchée avec une machette, son sang sera récolté dans un récipient. Les hommes qui participent à la cérémonie, traînent la dépouille tout autour de l'avion, puis, l'un d'eux grimpe sur la passerelle pour asperger ses parois avec le sang de l'animal sacrifié en bénissant ainsi les yeux de Bouddha ornant la carlingue et qui est aussi le sigle de la compagnie royale aérienne... Aujourd'hui, je ne sais toujours pas pourquoi ce cérémonial a eu lieu... En l'espace de peu de temps, le Népal m'ouvre ses bras avec sa culture et ses croyances millénaires, son charme particulier. L'Europe, tout à coup semble très loin et mes repères dits « civilisés » encore plus. J'ai oublié beaucoup de détails de ce voyage entrepris il y a trente ans, mais cet évènement incroyable est encore bien présent dans mes souvenirs et je ne peux pas m'empêcher de frissonner. *** Katmandou (1988) Katmandou ! Ville mythique des années 1960/80 où la « ruée » vers le Nirvana attirait les Hippies du monde entier ! Comme eux, je l'ai rêvée, désirée et voilà ! J'y suis ! Mes rêves sont à la hauteur de toutes mes espérances et je suis submergée d'émotion par le charme désuet que cette ville himalayenne dégage et qui désormais, ne peut plus empêcher sa rapide progression vers une civilisation occidentalisée. En 1988, Katmandou est encore repliée dans ses coutumes ancestrales. La modernité est dans ses premiers balbutiements et la vieille ville grouille d'une vie archaïque. Le quartier ancestral, me happe vers un retour en arrière et une balade à travers le temps. Dans ses rues étroites, la beauté des temples et l'architecture dentelée des maisons, m'envoûtent encore plus lorsqu'au détour d'une ruelle, la vie domestique des habitants m'interpelle. Au Népal, il y a pratiquement tous les jours une fête. Les Népalais célèbrent toutes sortes d'évènements liés à la vie quotidienne ou religieuse et ce jour là, les Népalais vénèrent les chiens qui, pour l'occasion, portent autour du cou des guirlandes d'œillets. Un défilé déambule dans la rue et des femmes vêtues de saris chamarrés, accompagnées par des enfants à la frimousse avenante, tiennent leurs chiens dans les bras ou en laisse. Dans le plus grand charivari et le rire dans la bouche, le cortège flâne dans les venelles avoisinantes apportant une atmosphère très joyeuse, colorée et enivrante. Je me joins à la jolie procession allègre et mon plaisir est total. C'est divin de partager cette joie de vivre avec ces femmes merveilleusement belles et heureuses de vivre... Je profite d'un croisement pour m'éloigner et continuer ma promenade... Dans les dédales des ruelles de la vieille ville, j'entre dans les petites arrière-cours où sèchent le linge, les piments et le riz étalés sur des nattes en paille. D'autres enfants aux grands yeux noirs jouent au cerceau, au ballon. Ma curiosité m'entraîne dans les ateliers des artisans qui fabriquent toutes sortes d'objets de la vie courante avec des outils issus d'un autre âge. Je traverse un marché grouillant d'une populace souriante où les marchands amoncèlent sur leurs étals, des légumes et des épices de toutes les couleurs et de toutes les formes qui exhalent leurs parfums entêtants. Un peu plus loin, une boutique étale des soieries et cotonnades qui sont entassées sur les comptoirs, c'est un ravissement de délicatesses chatoyantes, rehaussées de teintes aux impressions bariolées. Je m'arrête durant un long moment devant une jeune femme entourée de fleurs de toutes sortes. Assise par terre, elle confectionne des colliers de jasmin et d'œillets. L'odeur suave des fleurs me donne le vertige. J'étais tellement prise par tout ce brouhaha agréablement vivant, que je ne me suis pas rendue compte que je m'éloignais du centre et au détour d'une rue, je débouche devant le plus grand stupa du Népal[1]. « Bodnath » est l'un des plus importants sanctuaires du bouddhisme tibétain. Cet immense stupa est le plus large du monde. Le temple sacré témoigne de la ferveur et de l'attachement des Népalais à la culture bouddhiste. Il est composé d'une base ronde blanchie à la chaux. Au-dessus, sa coupole blanche est ornée de drapeaux flottant au vent, dispersent aux quatre points cardinaux les prières écrites sur ces bouts de tissu. Par-dessus le dôme, un cube soutient un chapeau pyramidal et l'ensemble de l'édifice inspire sérénité et recueillement. Je fais plusieurs fois le tour de l'imposant bâtiment en empruntant le pas aux nombreux visiteurs et pèlerins. Nous tournons tous dans le sens des aiguilles d'une montre, jamais à l'envers, ce qui est une insulte à Bouddha. Au-dessus de la base, sur l'immense terrasse, les pèlerins peuvent circuler sur ce qui est en fait, un gigantesque mandala. « Bodnath » est-il un idéal karmique ? Sans doute puisque la dévotion des Népalais pour honorer Bouddha, imprègne les murs jusqu'aux rues alentours. À l'intérieur et à l'extérieur du monument, Bouddha est représenté par des statues démesurées qui embellissent le lieu et partout, il y a des petits autels où des bougies allumées et des brins d'encens éclairent les offrandes de fleurs et de nourriture qui sont mis à la disposition des divinités dont j'ai oublié les noms. Je resterais quelques heures à apprécier la splendeur et la grâce de ce lieu extraordinaire... [1] Stupa : Monument commémoratif (temple bouddhiste) d'origine indienne. Et demain... la suite...