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  1. N'Silina

    L’Argile des mots

    L’Argile des mots Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire Cette ombre-soie qui fait lumière Lorsqu’elle effleure ton regard Il y a l’ocre où tremble le chagrin Tels ces jardins après la pluie Quand chaque larme est un pendant d’oreille Dans l’éclaboussement du soleil Il y a le bruissement des livres Le froissement, le murmure Ces fragrances d’épices des pages que tu tournes Dont tu dévoiles à voix haute le secret, le sacré Il y a le chant de ta bouche A peindre, à embraser, photo volée Ses rocailles et ses velours Son rire de geai, sa danse fauve Il y a la brûlure des écrits Leur bouquet de joie Leur fleuve tendre Leurs arabesques Et cette encre de sang Profonde, impérieuse, messagère ! Et puis Toi, le passeur de paroles…
  2. Myrtille

    L'autre voix

    J'ai pris le train comme courir quand il est midi empilée dans des vêtements d'Atlantique j'ai filé mon rêve le long des rails une nuit de voyage où l'on perd ses repères une traversée blanche presque une musique le sifflement de la vitesse les vibrations un plaisir annonciateur Il fallait voir la mer et ses ponts il fallait aimer les jambes et la couleur les chaussures et le cadencement la langue autrement le mouvement des lèvres tout autour le menton volontaire la main que l'on souhaite animale et subtile comme un chien cherche son maître Il fallait remplir le corps planté dans l'air marin je pensais les mots élémentaires je prétextais le froid de mes bras inarticulés pourchassant le baiser je marchais droit devant la mémoire murmurante
  3. Medualc

    J'irais bien...

    J'irais bien fouler ton sol J'irais bien mêler mes empreintes à celles qui te hantent. Et puis j'achèterais un cornet de jujubes Tu sais, comme celles que vendait le boiteux au fond du cours. Le cours, j'irais m'y pavaner, comme avant. Et puis en marchant, j'écraserais les boules des ficus J'adorais le bruit qu'elles faisaient sous mes semelles. Les pigeons aux aguets se bousculaient Pour se délecter des graines libérées. . J'irais bien me transporter là-bas. 55 Avenue de la plage. Le retour, de la plage à la maison, en plein midi ... La peau brûlée par le sel, A l'abri du soleil, Parasol ouvert comme large ombrelle Accueillant une grappe d'enfants insouciants. Rires aigus et cris fusant Sous la douche au jet dans le jardin. Odeur de grillades chez tous les voisins. Et puis le meuglement lointain du bateau de treize heures. L'heure de la sieste. . J'irais bien vérifier si tout est encore là. Ma maison. Ses persiennes qui grinçaient. Mon école. Sa cour ombragée. Le cimetière. Et mon frère qu'on a laissé. J'irais bien vérifier si la mer se souvient de moi. Si le sable a gardé mes pas. Si le vent chante la même chanson Entre les feuilles des micocouliers. J'irais bien voir qui habite chez moi. Je monterais à la terrasse, et de là, Je verrais la mer. Et le bateau s'en retourner.
  4. Flot d'humains charrié sans discontinuer Sang métissé coulant dans les avenues Globules masculins et féminins à nu Orgasme du néant jusqu'à en hurler Les artères grises expulsent un air vicié Sur le macadam résonnent les envies Les passants avancent en pas d'agonie Danse macabre des foules condamnées Les débris de l'enfance jonchent les trottoirs Dans les caniveaux flottent les âmes perdues Elles s'accumulent dans les égouts en crues Un vagabond s'en saisira comme mouchoir.
  5. thierry demercastel

    Tout tremble

    Tout tremble Sans trembler vraiment Le soir descend Avec son trop plein d’ombres Et je danse dans les bras Amoureux du vent Et je glisse sous le jour Vers ces nuits lumineuses Où des lunes s’abandonnent Sur de vieux abat-jours Au loin l’absence s’en est retournée Au plus profond de ma mémoire Et la rivière de son long souffle Caresse l’écueil des jours Ô que les nuits sont douces A t’attendre toi ce vieux nuage Qui embrasse toutes mes lunes tristes