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  • Le "E" muet

     

    En poésie, le terme élision est souvent employé. Bien que l’on devine à peu près le sens de ce terme, il est nécessaire de rappeler la définition exacte, et de comprendre la nécessité de son utilisation dans une œuvre, surtout poétique. 
     
    Définition reprise du nouveau dictionnaire encyclopédique LAROUSSE en trois volumes, édition 1989 : 
    n.f. : LING. Suppression, dans l’écriture ou la prononciation, de la voyelle finale d’un mot devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet. (L’élision se marque par l’apostrophe)
     

    Verbe : élider (du latin " écraser ".) 
     

    Le pur classique est catégorique : un mot dont la finale " e " n’est pas élidée doit compter une syllabe de plus. Ainsi, le mot " envie ", s’il est suivi d’une consonne, compte trois syllabes...
    Aberration, mais règle suivie pour un poète qui se réclame de cette école classique.
    Il est utile alors de rappeler le néo-classicisme, et la poésie libérée... qui s’affranchissent de cette règle. 
     
    Etudions ces vers de Rimbaud, poème À la musique
     

           Sur la place taillée en mesquines pelouses,
           Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
           Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
           Portent, les jeudis soir, leurs bêtises jalouses… 

     
    Est-ce utile de préciser qu’il s’agit d’un alexandrin ?

     

    Premier vers, au niveau de la fin du premier hémistiche : " taillée " ; le " e " se trouve élidé avec " en ". 
    Donc, le vers est correct.

     

    Il n’en aurait pas été ainsi si Rimbaud avait écrit :
           "Sur la place taillée de mesquines pelouses"
    Le classique pur aurait compté 7 pieds jusqu’à l’hémistiche, 6 pour les suivants. Pour les autres, cela ne se serait même pas remarqué ! 
     
    Attention : " pelouses ", en fin de vers, compte pour deux syllabes, car le " e " est muet, l’oreille comprend " pe-louz ". 
     

    Le reste du texte est laissé à votre propre étude, pour bien comprendre cette règle. 
     

     

    Cas particuliers
     

    • Le " e " muet situé à l’intérieur d’un mot (comme engouement, avouer, dévouement, vengeance) ne compte pas pour une syllabe.
    • Les verbes à l’imparfait et au conditionnel dont la terminaison est " ent " comptent pour une syllabe : comme " a-vaient ", " pour-sui-vaient ", " en-chan-taient "
    • Il n’en est pas de même pour le subjonctif, aussi convient-il mieux de placer un subjonctif à la fin d’un vers pour éviter un décompte syllabique imparfait.
       

    Une astuce, en ce qui concerne l’emploi des verbes au subjonctif : si transposé à la première personne du singulier, le verbe finit par une consonne, il n’est compté qu’une syllabe ; si il finit par une voyelle, alors on comptera deux. Si tel est le cas, il conviendra de placer le verbe au subjonctif à la fin du vers, afin de considérer la terminaison comme une syllabe muette (ex : que je fuie, que je consentes...) 
     
    Pour les adeptes de l’alexandrin, il faut savoir que l’élision est indispensable, sinon obligatoire, à la fin du premier hémistiche. 
     
           Mais pourquoi de leur cendre évoquer ces journées
           Que les dédains publics effacent en passant ?

           Entre elles et ce jour ont marché douze années :
           Oublions et la faute et la fuite et le sang,
           Et les corruptions des pâles adversaires.

     

    Alfred de Vigny, Les destinées, Post-scriptum

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