La sélection du mois

Chaque mois, le comité de rédaction sélectionne les poèmes les plus marquants, sur le plan de la forme mais aussi du contenu.

Flot d'humains charrié sans discontinuer
Sang métissé coulant dans les avenues
Globules masculins et féminins à nu
Orgasme du néant jusqu'à en hurler
 
Les artères grises expulsent un air vicié
Sur le macadam résonnent les envies
Les passants avancent en pas d'agonie
Danse macabre des foules condamnées
 
Les débris de l'enfance jonchent les trottoirs
Dans les caniveaux flottent les âmes perdues
Elles s'accumulent dans les égouts en crues
Un vagabond s'en saisira comme mouchoir.
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    • Aimé
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J'ai pris le train comme courir quand il est midi
empilée dans des vêtements d'Atlantique
j'ai filé mon rêve le long des rails
une nuit de voyage où l'on perd ses repères
une traversée blanche
presque une musique le sifflement de la vitesse
les vibrations un plaisir annonciateur

Il fallait voir la mer et ses ponts
il fallait aimer les jambes et la couleur
les chaussures et le cadencement
la langue autrement
le mouvement des lèvres tout autour
le menton volontaire
la main que l'on souhaite animale et subtile
comme un chien cherche son maître

Il fallait remplir le corps
planté dans l'air marin
je pensais les mots élémentaires
je prétextais le froid de mes bras inarticulés
pourchassant le baiser
je marchais droit devant
la mémoire murmurante
 
 
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    • Aimé
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Tout tremble
Sans trembler vraiment
Le soir descend
Avec son trop plein d’ombres
 
Et je danse dans les bras
Amoureux du vent
 
Et je glisse sous le jour
Vers ces nuits lumineuses
Où des lunes s’abandonnent
Sur de vieux abat-jours
 
Au loin l’absence s’en est retournée
Au plus profond de ma mémoire
 
Et la rivière de son long souffle
Caresse l’écueil des jours
 
Ô que les nuits sont douces
A t’attendre toi ce vieux nuage
Qui embrasse toutes mes lunes tristes
    • Aimé
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L’Argile des mots

Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire
Cette ombre-soie qui fait lumière
Lorsqu’elle effleure ton regard

Il y a l’ocre où tremble le chagrin
Tels ces jardins après la pluie
Quand chaque larme est un pendant d’oreille
Dans l’éclaboussement du soleil

Il y a le bruissement des livres
Le froissement, le murmure
Ces fragrances d’épices des pages que tu tournes
Dont tu dévoiles à voix haute le secret, le sacré

Il y a le chant de ta bouche
A peindre, à embraser, photo volée
Ses rocailles et ses velours
Son rire de geai, sa danse fauve

Il y a la brûlure des écrits
Leur bouquet de joie
Leur fleuve tendre
Leurs arabesques
Et cette encre de sang
Profonde, impérieuse, messagère !

Et puis Toi, le passeur de paroles…
    • Aimé
  • 7 réponses

J'irais bien fouler ton sol
J'irais bien mêler mes empreintes à celles qui te hantent.
Et puis j'achèterais un cornet de jujubes
Tu sais, comme celles que vendait le boiteux au fond du cours.
Le cours, j'irais m'y pavaner, comme avant.
Et puis en marchant, j'écraserais les boules des ficus
J'adorais le bruit qu'elles faisaient sous mes semelles.
Les pigeons aux aguets se bousculaient
Pour se délecter des graines libérées.
.
J'irais bien me transporter là-bas.
55 Avenue de la plage.
Le retour, de la plage à la maison, en plein midi ...
La peau brûlée par le sel,
A l'abri du soleil,
Parasol ouvert comme large ombrelle
Accueillant une grappe d'enfants insouciants.
Rires aigus et cris fusant
Sous la douche au jet dans le jardin.
Odeur de grillades chez tous les voisins.
Et puis le meuglement lointain du bateau de treize heures.
L'heure de la sieste.
.
J'irais bien vérifier si tout est encore là.
Ma maison. Ses persiennes qui grinçaient.
Mon école. Sa cour ombragée.
Le cimetière. Et mon frère qu'on a laissé.
J'irais bien vérifier si la mer se souvient de moi.
Si le sable a gardé mes pas.
Si le vent chante la même chanson
Entre les feuilles des micocouliers.
J'irais bien voir qui habite chez moi.
Je monterais à la terrasse, et de là,
Je verrais la mer.
 Et le bateau s'en retourner.
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    • Aimé
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