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Our Picks

Top content from across the community, hand-picked by us.

Matin aux arcs-en-ciel
Sous les paupières
Peuplées d'ocre et d'indigo
De soif et de rocailles
 
Matin cristal de roche
Améthyste, cobaltocalcite
Et qui fait supplier la peau
Incendie le sommeil depuis longtemps enfui
Fait source, là, au plus intime
Fleur de pulpe et de soie
Animée de sa vie propre, de sa pulse
De ce chant contenu que la nuit exaspère
Violon tzigane
Vibrante et silencieuse éclosion
    • Aimé
  • 13 replies

Il y a dans ma mémoire des chemins
Aux mille visages d’automne
Aux traits fins comme des fils d’or
Et des lumières boutant l’obscurité
Des feuilles aux sons cristallins
Des papillotes défroissées de nuit,
Des mains puissantes et tranquilles
D’hommes forgeant la matrice du rêve.
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
Aux yeux de jade ouverts à l’enfance
Des goélands chorégraphes martelant le sol
Des badauds ébahis stoppant leur fuite en avant
Et encore tant et tant de l’invisible,
L’homme regardant le petit d’homme
Scruter l’horizon, ce qu’il ne voit pas
Mais imagine seulement, et l’enfant
De songer à ce que l’adulte ne peut saisir !
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
Aux bras de mots qui me parlent d’un ange
Le temps d’une chanson, d’un mirage,
D’odeurs féminines aux rondeurs sensuelles,
Un monde sans frontières, sexué d’envies,
Recommencées au petit jour après la nuit,
Au cœur de pierre d’un bout de terre
Corps picturaux aux pinceaux de nos doigts,
Tu étais moi et j’étais toi, tesselles inabouties.
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
Au talon d’Achille éphémère
Se perdant en mer, cotres sans proue
Voie d’eau au bouillonnement incessant,
Tourmente et gros temps qui se hissent,
L’esprit se lâche, les muscles se crispent
Et l’homme toujours lui, passe et repasse
Et ne se lasse de tant de gaucheries
Mais demeure le firmament, la voix écoute !
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
A fleur de peau, épiderme sensible
Caresses du vent des voix des mains
Baisers sans lendemain et au matin
Des recommencements, va pour demain !
Et les choses s’éclairent de peut-être
Et la désinence reparaît possible
Un quelque chose de naissant
Comme une orchidée au printemps.
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
Frileux et fébriles comme une longue attente
Délivrance du cœur du corps de l’âme
Que sais-je, de ces choses essentielles
Qui nous manquent lorsqu’elles sont absentes.
Il y a bien sûr l’anonymat la solitude
Les bisbilles les mesquineries les sots
Ces foules immobiles qui se pressent
De raccrocher l’horloge du temps !
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
Cousus de novas menant à Sirius
Là où l’air l’eau la terre le feu se mêlent,
Alchimie appendue à mes songes
Les plus insensés, riches de métaphores
Qu’au plat de terre, je cueille quelquefois
Au grenier noir et blanc argentique
Souvenances de couleurs vives et enjouées,
Etoiles filantes aux poussières voyageuses.
 
Il y a dans ma mémoire des chemins
De rires éployés aux larmes chaudes
Venus de sourires tendres et anodins
Crayonnés par des enfants turbulents
Raturés par quelques adultes enlaidis
Aux rictus douloureux et circonstanciels !
L’insignifiance s’étale au monde
Et le signifiant cherche l’alcôve
Dans le silence des pierres anciennes.
    • Aimé
  • 11 replies

il suffit
d'un dimanche silencieux
au soleil de midi
d'une rue pavée
à l'ombre des platanes
d'une librairie cachée
sous un balcon en fleurs
d'ein Flaneur in Berlin*
passant là nonchalamment
d'un reste de sérénité
à l'aube de l'automne
pour qu'un poème
s'auréole sur une feuille
volante
tachée de ronds de café

Berlin, le 7 septembre 2014

*en allemand = un flâneur à Berlin (Il s'agit également du titre d'un recueil de textes de Franz Hessel)
    • Aimé
  • 16 replies

Nébuleuse endormie aux confins des silences,
c'est un vaste néant où je vais disparaître,
sans pouvoir à l'instant où je cesserai d'être
aviver de ce ciel les trop pâles nuances
 
Quand d'un œil triste et froid la lune nous observe,
et flotte infiniment l'immense nuit d'été,
sombre et surnaturelle, ombre pourpre et bleutée
où s'agrège en secret la matière des rêves  
  
De l'invisible j'ai entr'ouvert une porte ;
Les esprits vont et viennent et passent sans nous voir
occupés d'un ailleurs qu'on ne peut concevoir
car nos yeux trop ressemblent à des planètes mortes
 
Par un fleuve emporté, j'allais sur l'onde grise,
et le monde était vide. Quelques nuages, seuls,
suspendus dans le ciel comme de blancs linceuls,
et qu'effleurait, léger, le souffle d'une brise. 
 
Cette nuit me retient, épaisse et liquoreuse,
et dans le puits sans fond d'un sommeil plein de rêves,
entre deux eaux rejoins ce qui semble une grève
ligne à peine esquissée dans l'aube vaporeuse...
 
 
 
 
    • Aimé
  • 15 replies

Aubrac
Le sang qui court dessous, sorbier nu sous le vent bleu
laisse une encre de poussière aux veines ouvertes de l’écriture
émoi primordial, un jour d'ancienne traversée
tant étreint d'esprit et de matière
tant foui l'inculte et barbare germinance
élevé de plain-chant de solitude
trempé aux sources minérales de la lumière et du temps
tant étendu la vie ténue à l'antique prescience de l'enfance
que même de plus hautes fréquences n'en purent revenir
que cette nostalgie
toute accablée de l'orthographie décisive du basalte
du granit oxydé des villages guettant
parmi les troupeaux de pierres sporadiques
l'échine blonde des horizons indéfinis
fantômes couverts de landes étiques, de vacheries
de vents et de tourmente
et les ciels sur les bras … homme perclus d'espace disséminé
l'erre cordée à son pas, une simple expression
et la précarité du souffle et de l'ombre
l'humanité, seule, vagabondant vers la halte du soir
 

Seul son nom, émacié
adossé au noir d'un buron ruiné d'éternité
contente depuis ces lustres un indéfectible imaginaire
conservé dans la cendre des promesses faites à soi-même
pour tracer une destinée
l'idéogramme de sa fracturation et de son consentement
antidote aux amers que l'âme distille sous les grues bleues
silence à délier le joug des moraines lapidaires du destin
attelage hiératique conjurant l'extase sous les grands oiseaux
et les œuvres du vent

 
Quoi de neuf à la marche des pères ?
 
 
 
    • Aimé
  • 8 replies

je t'ai respiré profondément
pour que tu restes
pour que nous puissions
nous déshabiller de nos corps
et nus comme des ombres chaudes
faire l'amour directement avec nos âmes
se moquer de la mort
parce qu'on n'avait plus besoin de la fin
si le commencement n'existait pas.
je voulais que tu restes un peu
comme par hasard
nous assurer la sortie quelque part
dans les coulisses du monde
que tu restes pour te dire mille fois adieu
que tu me poignardes mille fois par nuit
tout en écoutant mon rire à chaque fois
que je meure de toi.
je voulais que tu restes
pour t'apprendre à s'entendre par signes
inventer les attouchements —
 rien de faux ne peut se glisser dans ce langage.
    • Aimé
  • 13 replies

Sur une pellicule de papier blanc, l'imaginaire fait son cinéma, indompté comme un animal...
Première scène. A la nuit tombante. Sans odeurs déterminées : un fourré de lustres rouillés s'offre à nous au cœur d'un vieil édifice, là où l'oiseau aux plumes cramoisies se perche. Des taches de boue sèche sur de vieilles bottes jaunes. Un peu plus loin, un cheval, noir comme une ombre, galope dans des prés remplis de cirques abandonnés qui se meurent.
À l'écart de tout : une roulotte de Bohémiens éclaboussée d'eau de pluie... Inhumaines écorchures des plus belles vues mortelles, des coquelicots entr'aperçus par milliers depuis les hauteurs du coteau lézardé.
Deuxième scène. Le matin. La parade d'ibis se fait jour dans les massifs d'or du turf, où l'on court depuis l'aurore déjà. Et à gauche, ici... les fesses grasses et blanches d'une jouvencelle, belle naïade endormie, caressent un lapin de garenne peu roux, et pas féroce pourtant, qu'un chasseur traquait il y a une heure encore.
« Oh! Vous avez un beau verre de montre1 mademoiselle ! » entend-t-on dire par-delà la place de gravier que surplombe l'antique tour ombragée à la façade d'airain, où se terre le perroquet hypnotique dévissé de la tête.
Etc.
 
1Nom donné en vieil argot aux fesses.
    • Aimé
  • 6 replies

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