La sélection du mois

Chaque mois, le comité de rédaction sélectionne les poèmes les plus marquants, sur le plan de la forme mais aussi du contenu.

Equilibre
48° 03' 03" N /   04° 59' 55" W 
Coordonnées du phare d’Ar-Men
 
« Le raz de Sein / Sordide séducteur / Absorbe les marins / Ressasse les erreurs » Papy Adgio
 
 
J’aime cet instant à nul autre pareil
ce moment si particulier parce que singulier
où l’immensité océane est étale
fausse mer d’huile au ciel baignant l’horizon
miroir dépoli d’une marée de mortes-eaux
où les navires reposent comme des ex-voto.
 
Sorte d’entre-deux au temps figé
qui joue la discrétion et ne dit mot
à peine un bruissement, peu de clapotis
tout se passe ailleurs, là où un trésor d’ingéniosité
se déploie, en dessous de la ligne de flottaison.
 
Car les forces en présence s’épient, se jaugent
ne bougent plus, avant que de se tester l’une l’autre
efforts invisibles mais sans relâchement aucun
où rien ne transparaît à la surface des flots.
 
La bataille est-ouest se fait en catimini
des notes de blues fécondent des rythmes rock’n’roll
c’est une salsa sous-marine aux reflets aquatiques
que grands et petits téléostéens
apprécient « comme un poisson dans l’eau ! ».
 
Je songe aux joueurs de cartes
je songe au long corps noir du submersible
je songe encore aux périodes des amours
les combats sont partout où les sentiments existent
qu’ils soient faits d’amour ou de haine…
 
Je concède ce pas, mais tu m’assures celui-ci
je cède sur ce point mais j’obtiens celui-là
je passe ma route mais tu ne me demandes rien
et ainsi de suite, nous sommes des mendiants de tranquillité
et moi je recherche l’intranquillité de la bagarre
de celles des grandes marées, des marnages hauts
des estrans submergés d’écumes nerveuses
blanchies de colère aux mouvements irascibles !
 
Je songe à la carte gagnante, de celle qui m’assure
un proche avenir dans le différend qui m’oppose à l’autre
voire une ouverture auprès de cette fille du Nord…Ouais
 
Je songe, mais le temps s’est remis en marche
les aiguilles à nouveau dictent leur loi
et l’est tire l’ouest et les écueils disparaissent
la terre diminue, le paysage rétrécit, le ressac frappe
l’Enfer des Enfers est au rendez-vous comme toujours.
Un nouveau cycle se fait jour. La lune pointe son nez.
Un vis-à-vis lointain avec le feu de la chaussée de Sein
qui lorgne les espaces sombres des creux froids
et des lames lunaires trompeuses et instables.
 
Une sterne me suit, elle semble me dire
« Garde les pieds sur terre… » et j’en souris.
    • Aimé
  • 14 réponses

Pris au piège
le soleil est à genoux devant la nuit
 
Ses mains nues enferment le monde
dans le sommeil de nos illusions
 
Il faut suivre le vent 
serré à notre chair
marcher,toujours marcher
il faut suivre le vent
même quand sa voix
épuise notre colère
 
Pour survivre
inventer des éclats de liberté
sans lumière,les yeux fermés
marcher,toujours marcher
en solitaire respirer le souffle
de ce voyage involontaire
 
En vain
nos pas s'enfoncent
dans le souvenir de la terre
 
Et nulle parole
pas même un rêve dérobé
pour ranimer les fantômes
de nos printemps endormis
    • Aimé
  • 13 réponses

Cette nuit, je t’ai vue.
                  Tu pleurais mon ange.
Cette nuit, je t’ai entendue.
                  Tu hurlais ton silence.
 
Dans une coupe argentée sertie des pierres précieuses les plus fines de l’Orient, j’ai recueilli chacune de tes larmes. Le calice sacré se remplissait de tes souffrances. Je me suis miré en son sein. Voyant tes perles d’infinie douleur, j’ai versé mon obole.  Communiant à tes angoisses, mes pleurs sont venus épouser les tiens dans une étreinte d’amants.
 
Cette nuit, je t’ai rêvée.
                  Tu riais mon cœur.
Cette nuit, je t’ai dessinée.
                  Tu chuchotais douceur.
 
Je suis monté sur les monts les plus hauts du globe. Ils n’étaient point assez élevés. J’ai gravi les marches de l’Olympe. Ils me semblaient toujours trop bas. Élevant les bras vers les cieux, j’ai invoqué les dieux. La voûte céleste s’est déchirée. Les étoiles m’ont habillé de leurs habits de lumière et d’Éternité.
 
Cette nuit, je t’ai sublimée.
                  Tu épousais mon cœur.
Cette nuit, je t’ai transcendée.
                  Tu te drapais de ma douceur.
 
J’ai enfourché la comète du grand Songe. Sur le miroir parcheminé de nos illusions nocturnes, mon amour est venu commander aux astres. L’étoile du berger s’est fendue. La Grande Ourse a explosé en myriades de lucioles. Prenant le calice sacré, j’ai répandu tes perles d’émotion, les semant au gré des vents cosmiques.
 
Cette nuit, j’ai gravé ton image dans les cieux.
                  Trésor rutilant de mille feux.
Cette nuit, une constellation brille pour toi.
                  Œuvre d’Art d’un cœur en émoi.
    • Aimé
  • 13 réponses

Voué à la noirceur d'un poison indolore,
Il me vient des envies sous ta lune effeuillée...
Ô rhésus de la nuit toutes griffes dehors!
Sais-tu que tout mon sang prend ton goût de damnée?..
 
Ivresse de ton ombre à l'affût des coulures!
Ta foulée en canon entre rut et tanière,
Te transforme en un croc pour l'ultime morsure,
Un baiser des ténèbres au parfum de panthère. 
 
Viens, extase ou sentence à la pulpe fatale!
Croque-moi en douceur pour l'amour d'une étoile,
Oeuvre pour mon sexe témoin de l'hydre blanche,
De ta bouche à tes seins que je meure à tes hanches!...
    • Merci
    • Aimé
  • 13 réponses

La rage sans couleur
Le cou coupé
Marche encore
Dans le noir
Sous la lumière des découpes franches

Pas de quartiers
Tous ennemis !

Quelle tranche avance sans les mains
Bascule la barricade
Force à briser l'espoir ?

Transporte ton nom dans la flamme
Pour qu'advienne
Enfin
Une explosion

C'est donc cela que tu cherchais
Frère ?

D'où vient cette source amère
Dont le nom est introuvable ?

Si l'écorce gît à tes pieds tremblants
Tu as manqué ta cible

La Terre mérite un combat
Et ce n'est pas le tien

Sous tes coupures ronge l'aventure
L'annonce faite aux braves l'entendras-tu ?

La raison vit dans l'ombre des cercueils disparus

L'orage monte en acier les portes d'un ennui existentiel
Car tu aspires à ressembler à ceux qui te punissent
Incroyable ironie bourgeoise

Ne calme pas ta colère
Donne-la en pâture à la vie
Où la haine te tueras
    • Aimé
  • 9 réponses