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Les plumes dorées

Découvrez les derniers poèmes sélectionnés par notre comité de rédaction
au sein de la section "À l'ombre de vos vers".

À l’aube claire de mes nuits noires
j’invente des mirages aux miroirs
brisés de larmes. Mes mains nues
ouvertes au ciel chantent des mots tus
depuis si longtemps, engoncés
qu’ils sont, de chimères froissées.
Les oiseaux s’abîment dans le lac,
crinolines acérées, ils hurlent tout à trac !
Cavalcades de chevaux enjuponnés,
je frappe à la fenêtre enkystée
d’ors opalins mi-appesantis,
pizzicato d’un stradivarius assoupi !
 
    • Aimé
  • 21 réponses

C'est un arbre en plein vent peint par Munier,
silhouette suraiguë aux ombres de velours s'agriffant aux roches
dans toute la densité d'un ciel hésitant entre bleu froid et chaude lumière pour l'environner.
 
Ce sont des pierres blanches, fuselées, craquelées, rêches et âpres formant des cheminées dressant leurs pointes vers un azur indifférent, éclatant de vent.
 
Ce sont aussi des lieux plus réprimés par l'homme, comme des serres rouillées abritant les fantômes de chats, un brouillard de fleurs mêlées et un chevauchement de vitres losangées illuminées au hasard des soleils.
 
Ce sont des déséquilibres d'étoiles et des clowns informes comme chez Miro, des jetés de bleu turquin et des pointes effilées exprimant la volonté et l'affirmation de soi.
 
L'artiste règne sur un rêve, un rêve qui va comme le mystère des lignes qui s'entrecroisent sur la page toute entière articulée autour du mot "comme", comme il se doit.
 
Ce sont des taches qui racontent le corps d'un amour dilué dans le soleil vêtu d'ombres et de pastels, qui secoue des rayons et des plissures couleur de miel.
 
L'art règne, c'est le cri de l'homme en face de sa vacuité, qui se révolte contre le non-être et affirme la victoire de ses élans opposé à l'apathie du subissant qui va tête basse à sa besogne sans oser se demander pourquoi.
    • Aimé
  • 5 réponses

La Méditerranée encensée d’ensorceleuses visions
Aux vagues d'effluves du ballet orangé
Tapis volant gorgé d'ombres sœurcières
Charriant le poids de la dote de celles
Assises, lascives, aux masures dansantes
Sur des tentures tissées de paroles odorantes
Invoquant les mots souples et ornés de parures
De l'appétit des ogres, de ceux des contes de fées
 
Il y eut le tonnerre, l'ouragan et l'éclair
Les cieux crurent apercevoir les yeux de l'ouragan
L'océan dans un pli enchaîné déchaîné
Charriant en chœur les chants des cœurs
Ceux des vaillants, métronomes
Mélomanes d'une nature luxuriante
Puis le souffle des vents du désert des Bédouins
S'invita à la table des anges de Michel Ange
 
Et aux confluents des confins du Bosphore
Enfin s'installa le silence des berceuses d'amphore
    • Aimé
  • 10 réponses

Je te revois comme si j’y étais encore
Sous ta fourrure tu contemplais ce ciel nu
En t’inquiétant le feu sur terre est-il éteint

Que tu réincarnais sur les parois de pierre

Déjà tu cultivais le miel et le sacré
Au blanc du sommeil je crois bien que tu priais
Les aïeux les enfants et ce champ pétrifié

Et si jamais la vie la lumière mouraient

Déjà pourtant tu guettais comète la grâce
Les étoiles seuls feux au cristal de l’hiver
Et les ombres rupestres semblaient s’animer

En ton cœur ce roi des arbres drus toujours vert

Et tu le parais d’espoirs à cueillir bientôt
Dès le prochain solstice que la nuit cruelle
Aura glissé de la main morte des saisons

Que nous aurons vécu les affres du printemps

La neige à tes yeux cette peau immaculée
Prescience joviale d’une parfaite fête
La fin d’un cycle dans la cendre consumé

À sa place la flamme merveille englacée

Comme une éternité promise à l’âme née
Ô mère des êtres des âtres qui m’as fait
Si pareille à ce dieu que tu diras mon père

Si pareil à vous deux sur ce chemin de croix
    • Aimé
  • 15 réponses

Le crépuscule de décembre
a des parfums d'interdit
de baisers glacials
dans le jardin désert
où se serrent les aloès
les pots de terre cuite
ressemblent à des crânes
vidés
le platane tondu pour l'hiver
n'est plus qu'un corps
décharné
l'horizon bascule dans l'encre noire
en lacérant la pleine lune
de sa griffe tranchante
là, dans une flaque miroir
clapote le silence
et la vapeur des haleines
valse dans l'atmosphère
spectrale. 
(Joailes - décembre 2020) 
    • Aimé
  • 13 réponses

Je suis un peuple
attaché au désert par la soif
je suis un troupeau couvert de dunes
je tire ses cornes ses sonnailles
vers le hochant des pierres
où les sandales des pêcheurs foulent
des miséricordes

Je voudrais que la nuit fût d’encre
moi qui ne craignais l’harfang
et que par vos pupilles j’entre
en son mystère
vous qui savez les sources
où la tendresse baigne
la surface fugitive des profondeurs

Avant que la Terre a fini par céder
je voudrais qu’on rebatte les cartes
et qu’on redresse les pénéplaines
en laissant de côté les rois les reines
les uns de toutes solitudes
je veux cuire le pain de ta bouche
à la racine de l’hiver

Je veux tourner le bois d’une lampe
et le ventre de son pot de terre
sentir l’encre goutter de ses paupières
le frais des draps sur le balcon
cueillir les mains et matins en ce jardin
un instant en recueillir les ombres
inventer d’autres mots à la faim

J’entretiendrai le feu
qui couvre de voiles et de colliers
le dépouillement des poèmes
et danse sur l’astrolabe
lorsque dans l’outre bleue
prends le sel et la mer
sur le sable brûlant de la parole

Je sèmerai de givre libres
rires et courirs
s’il se peut

 
 
 
 
 
 
    • Merci
    • Aimé
  • 14 réponses

Je voudrais rêver à n’en plus finir
M’élever dans l’air
Comme une plume
Que le vent emporte
Et qui virevolte
Fière de son voyage
Au but inconnu.
Frissonner
Balancer
Au gré des grands souffles
Emplis des odeurs
Des terres
Qu’ils traversent.
Monter
Monter encore
Ivre du vertige des cimes
N’être plus qu’une pensée
Sans ego
Pour s’élargir au monde
N’être plus qu'un regard
Pour voir quelle
Vérité nous habite.
Vraiment libéré,
Il se peut alors
Que nous apercevions
Une lueur
Qui déchire les aveuglements
Quotidiens.
Qui ouvre comme jamais
La conscience endormie
Et qui dise :
 
Que nous venons
De naître enfin
À nous-même.
    • Aimé
  • 9 réponses

J’ouvre la fenêtre
Le silence troublé hurle de mille voix
Des voix qu’on voudrait taire
Rumeurs stridentes des vibrations de l’air
Du trafic incessant
Temple des rues noires
Sirènes océaniques dans le lointain
Jusqu’à l’Hudson
Et les taxis jaunes portés par la marée stellaire
Brillante de mille feux
Distance géométrique abstraite prise d’assaut
Chaque jour sur Broadway
 
Cette vie grouillante qu’on aimerait voir mourir
Pour un peu d’air
Gangrenée de néons clignotants
Pour trop de fatigue
L’ivresse des hauteurs
Trottoirs bondés sur la 6ème
Sirènes hurlantes au loin
Trop proches
New York avide de rompre
Même la radio sur fond de couloir étroit
Distille ses rythmes de hip-hop
À perdre la raison
 
Parfois une ombre file
Dans la rectitude des immeubles
Piliers de béton, d’acier, de verre
De viles silhouettes mal éclairées
Qui ne voient plus
Et moi j’observe
Toute chose futile
Derrière les auvents voilés de solitude
L’appel d’un croissant de lune
Dans Central Park
Le gouffre des volumes fondu dans la circulation
Vue plongeante, démesurée, grotesque, suffocante
 
Les lumières translucides m’aveuglent
Me broient
Buildings austères
Yeux fermés
J’ose regarder le roulis vertical multidimensionnel
Largeur de l’espace phosphorescent à la tombée du jour
Conduits tubulaires
Où mènent-ils 
Vers des voies de nulle part
D’un concentré de Times Square
Sur un ciel lapidé auréolé de brume
Crépuscule des hauteurs hachurées
 
Je voudrais que tout cesse
La charge virale sur le pont de Brooklyn
Les artères vérolées d’enseignes crasseuses
Les gratte-ciel cubiques brillants de pierres hallucinées
La lumière mordorée du soleil sur les flancs des immeubles
Dissoute sur l’Empire State
La rumeur des rames sous Grand Central Station
Tournis d’une horloge immuable
Sous la voûte spectrale de Main Concourse
Sans qu’aucune âme daigne lever les yeux
Paupières closes
D’une fenêtre figée
    • Aimé
  • 8 réponses

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