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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 09/17/2018 in Posts

  1. 18 points
    Dans le craquement d’un silence, des cris sur le marbre glacé. Dans les larmes gelées, des lendemains sans bagage. Derrière les masques de carnaval, du sable plein la bouche Tandis qu’au fond de nos poches traînent de vieux arcs-en-ciel oubliés
  2. 14 points
    Mon rêve bleu mon rêve d'il j'aimerais que la terre soit une île où nous serions deux elle et il lui et moi nous aimer sans autre choix un pour l'autre un et un sans les autres sans personne et puis soudain le serpent vient le serpent sonne le serpent jaune je m'abandonne je me réfugie dans tes bras nous sommes trois impair le manque passe mon rêve bleu mon rêve d'il est en exil la terre n'est pas une île je rêve d'il et toi d'ailes … File ton rêve la vie est brève. Et s'il est bleu, envoie-moi un morceau de ton île pour faire battre encore une fois mes ailes … (J.E. Août 2019)
  3. 12 points
    Afin que tu fusses la seule Afin que tu fusses la seule dans mes yeux, je voudrais oublier toute image, marcher en aveugle, les paupières closes, la canne blanche des souvenirs érigée dans la mémoire. Je voudrais masquer au monde mes phalanges aux tiennes pareilles, toi qui sais le tremblement des feuilles mortes sur tes paysages nus. La survivance de mes mains réveille les climats calmes sous l’hiver corporel. Toi dont les perce-neige en fourmilières traversent la chair, dont la mouvance prépare l’orage à l’outre horizon du silence... La grisaille douce du silence où les mots se libèrent de l’objet qu’ils désignent. La seule exigence est musicale, à l’heure où les mots meurent en syllabes sous l’inflexion de ta voix. L’âme en flammes nuance des ombres, quelque part, entre tes yeux de ciel, le galbe délicat de tes seins. Toi, toujours, dont les colombes chantent à peine, nidifiant dans le creux de mes mains. Femme de nacre à la source aurifère où je trouve cet hors du temps, soudain perçu. je tire les amarres, maudissant l’ancre qui nous tient encore à la muraille du monde. Femme naissante, tournée comme une aurore sur mes yeux en pluie, ta beauté ineffable colore de pourpre les ruches, encercle d’or mes abeilles bruissantes. Tu reviens, nageuse, à la surface des draps, fuyant le tourment du sommeil, accrochant tes gestes aux rives de mon île, ivre encore des fleurs d’alcool au jardin sans arbre, nue comme ta véracité !
  4. 11 points
    M'enrôlant à jamais ivre de noir profil, Je forerai la nuit comme un phallus céleste, Aux poitrines sans fond, je me ruerai yeux lestes, La croupe lunaire se changeant en pistil, Mon âme fleurira dans le minerai chaud. J'échangerai les mots contre un état des lieux En signant ma vision sur les premiers asiles, Le soleil sortira ses membres érectiles, Et nos voix, fécondées, la grammaire des cieux, Diffuseront l'index la langue dans l'écho. Entre, vois, dans l'air pur, la spirale des vents, Prends ta place au forum des effluves en transes, Et laisse-toi lécher par le divin silence, Au delà des fibres qui constituent le temps, Tu pourras respirer le glossaire nouveau. Ici, c'est l'an nausée, là-haut, bleu harmonie, On tend toujours la main et l'heure est digitale, Tous les cœurs sont ouverts pour nourrir l'encéphale, Ô triangle brûlant d’éternité enfouie Où les hommes et l'amour font des jeux musicaux. Creuse en toi un départ sur les quais du pardon, Invite charognards, loups et mauvaises plantes A ton prieuré noir, l'océan qui te hante; Fuis ces bords falsifiés, redeviens le plancton, Retourne au placenta pour choyer tes bourreaux. Nous jouissons déjà captant d'autres couleurs, Sertie de lumignons, Lucie devient luciole, Qu'importe leur vaccin si je suis la variole, Nous pouvons vivre en paix dans ce souffle d'ailleurs Et voir planer les muses au dessus des tombeaux.
  5. 11 points
    Vers le lieu-dit "Les Génestiers"*, Sur le chemin des amandiers Quand se trémousse le mois d'août, Entre la ronce et la vipère Il est un pêcher solitaire Dont les fruits gémissent tout doux. Suivre la guêpe sirupeuse, Exaucera la plus heureuse Des cueillettes sur la colline, Le soleil guidera vos mains Et les mantilles en fleur de thym S'écarteront pour les voisines. Pardi! Si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. C'est à la cour du Roi Soleil, Jeunes corsets gorgés de miel, Qu'on admet qu'elles ont le "pour"*, Pêches d'amour des villanelles, Parfums à gigogne, à flanelle, En aparté des plus beaux jours. Piquées de cédilles de nuit, Mordues par le givre à la lie, Le teint grimé au vent trouvère, Sur leurs joues rose-safranée, Enfantez-y des voluptés, Mille saveurs en bandoulière. Pardi! si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. Un goût qui roucoule pour l'âme, Qui sait nous griser sous le charme D'une jolie petite fille; Elle découvre les mystères, Les coins secrets de son grand-père, L'art vénéré de la grappille. Sur sa divine bouche en cœur Qui n'a connu d'autres douceurs Que le baiser, qu'une aile d'ange, La pêche blanche entremetteuse Exige en pose d'amoureuse La plénitude des louanges. Pardi! si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. *"Les Génestiers": lieu-dit situé dans les collines de Lettret petit village des Hautes-Alpes. *Avoir le "pour": sous l'Ancien Régime avoir le "pour"signifiait aux très jolies jeunes femmes qu'elles pussent bénéficier un temps des faveurs du roi.
  6. 11 points
    Douleurs Dans une cage sale Un singe dort Et s'il ne tremblait pas, Je dirais qu'il est mort. Un enfant tend sa main À travers les barreaux. Le singe est dans un coin, Il réprime un sursaut. Le singe ne dort pas Mais on dirait qu'il pense. La tête sous son bras, Il regarde en silence. L'enfant essaie encore De toucher son pelage Mais le singe le mord Et grimpe dans sa cage. Muet et immobile Pendant que l'enfant crie, Il voit la foule hostile Se rapprocher de lui. Un homme vient d'entrer Un fouet à la main. Il frappe à la volée Sur l'animal qui geint. Il gît sur le plancher, Pourtant il n'est pas mort. Le corps ensanglanté, Je crois qu'il pense encore.
  7. 11 points
    Dans une poignée de lendemains, à la renverse peut-être dans les journées qui se baissent les unes après les autres, le dos plat, ta bouche jusqu'à la mienne. Comme l'éclipse, celle qu'on attend aux solstices, celle qui allume la lumière dans l'abysse de ta pupille, faîte d'ombres et d'incendies ; je te tiendrai dans ma main. Givre à bout de lèvres, vapeur, comme une fumée de cigarette peuplée d'incandescences, nos étincelles comme nos langues dessineront des contrées inconnues. Au bout de l'hiver, une porte qui s'ouvre ; et sur la voie qui nous y emmène je sens ton regard planté dans mon dos - j'aime le goût du métal de ton couteau.
  8. 11 points
    Voué à la noirceur d'un poison indolore, Il me vient des envies sous ta lune effeuillée... Ô rhésus de la nuit toutes griffes dehors! Sais-tu que tout mon sang prend ton goût de damnée?.. Ivresse de ton ombre à l'affût des coulures! Ta foulée en canon entre rut et tanière, Te transforme en un croc pour l'ultime morsure, Un baiser des ténèbres au parfum de panthère. Viens, extase ou sentence à la pulpe fatale! Croque-moi en douceur pour l'amour d'une étoile, Oeuvre pour mon sexe témoin de l'hydre blanche, De ta bouche à tes seins que je meure à tes hanches!...
  9. 10 points
    J’ai déchaussé ton talon d’orchidée noire Le tropique solaire d’un plexus irrigué Ta jambe en élytre de soie dentellière Pleurait sa cambrure entre mes mains Cravache et nacre amoureusement mêlées M’ont promis les morsures du défi Mes mains sur tes mains araignées Ont tissé sur le fil du soir leur rasoir aiguisé L’émeraude a prié le ciel irisé D’un souffle j’ai tout emporté D’un cri j’ai tout déchiré Le camaïeu des alcools et tes reins fatigués Fallait il que la nuit soit inutile à murmurer Ma peau sur ta peau en guise de patience Ma bouche sur l’envie saline Câline à se vouloir demain C’est que le temps qui sonne Le temps qui vole, le temps qui tue Est assassin de nos rires perdus Et perle de sucre nos souvenirs d’automne Il en viendra des marbrures d’ocre et de sang A faire le rideau de nos entractes Des griffes d’apnées en cataractes Nous ruisseler en jouissant Je te dirai le mot labyrinthe, le mot dédale, le mot Icare Je déviderai de ta jupe le fil d’Ariane Moi le Minotaure percé au flanc par l’illusoire Au mufle agonisant dans l’étau de ta folie castillane Nous reviendrons pèlerins de misère Enchâssés sur le matelas Compostelle Qui nous fera renaître infiniment En balanciers piroguant les ventres Implorant l’escarcelle d’un levant Une tache de rouge et trois gouttes blanches Les mains jointes en arc roman Pour cercler d’or nos dimanches Je n’ai pas d’autre rivage que le récif de ta nuque Je n’ai pas d’autre envie que mourir en ton matin Je n’ai pas d’autre absolu que de faire toujours ton dessin Je n’ai pas d’autre choix que d’encrer tes yeux sur mon parchemin ***
  10. 9 points
    Soupçon Sur le chemin croulant des forces du soleil, Tu t’en vas disparaître, ô friable mémoire ! Et le temps qui travaille, oublié du sommeil Use la pierre en sable à ses gestes de moire Dans la chambre, la mort éclate sur les murs ; Quelque chose s’évade en l’ombre familière. Une bête se cogne aux vitres de l’obscur, Et cherche vainement la graine de lumière. Par la fenêtre ouverte, à grandes eaux, le jour Lave les morts, la salle où saigne la brisure. Puis, l’enfance méchante, aux cruelles amours, Casse l’image ultime à ses cris de ramures.
  11. 9 points
    Des amoureux austères et des savants fervents, altiers, aiment également, à la saison des mûres, vaguer le long des haies où sanguinolent les arbousiers cherchant probablement quelque aventure amis de la science et des fruits sauvages ils aiment les longs étés qui n'en finissent pas ; on peut voir, souvent, surgir dans leur sillage certains chats alanguis débouchant leurs chakras alors soudain, dans le frisson, surgit Baudelaire en silence, dans les ténèbres et l'horreur les fleurs du mal sont tombées par terre un sortilège s'élève entre les saules en pleurs. (J.E. Août 2019)
  12. 9 points
    Je m’en vais… Je m’en vais sous le phare égoïste du temps Car le songe s’est altéré, je ne pense plus, Je m’en vais avec mes sanglots en moi perdus Et à moi-même je dis, je t’ai aimé le temps ! Je vais où pleurent les fontaines, de tous leurs maux, Au crépuscule où se console le jour fini, À la nuit sereine dans son écrin d’infini, À ce printemps où le vent blesse les coquelicots. Je vais au front de l’enfant qui s’est endormi, Cette aube secrète dans son écharpe de brume Où des pluies étranges en moi s’exhument, Sur les trottoirs usés de ma mélancolie, Je vais sur tes lèvres mauves m’assouvir, Va, je serai docile sous ton baiser sans fin, À tes nuits où inlassablement je reviens, Dans ton regard où tu me verras mourir
  13. 9 points
    Dans les jardins exsangues de nos lendemains, Les larmes d'ivoire jonchent les sols craquelés. Sur le bitume épais d'un quotidien poisseux, Les rires des enfants oubliés se fracassent. Sous la lumière falote d'un réverbère éventré, Un homme caresse le pelage d'un chien mort. Ses doigts s'enroulent autour des poils ternes, Et l'univers semble dormir dans sa bouche. Chacun quête l'obole d'un visage abandonné Dans les rues fangeuses des atomes urbains. Mais dans l'apnée de nos insomnies décapitées, Rien si ce n'est le crachat d'un Dieu en voyage.
  14. 8 points
    Dès qu’il fait beau, je sais que tu viendras me voir. Au bord de notre lac, nous irons nous asseoir tous les deux, sur un banc, et nous regarderons miroiter les reflets, en mangeant des bonbons. Nous suivrons le sentier que nous n'avions jamais pris, celui le long duquel le liseron fleurit, jusqu’au bout de la terre. Les joncs frappant nos dos ne pourront faire taire l’illusion que nous ne sommes pas fragiles. Un épervier planera sur notre île, en cercles réguliers, au-dessus de nos têtes. Puis en me regardant, tu diras un truc bête, un tendre n’importe quoi, rien que pour moi. Nous en rirons si fort que nos voix effraieront les poissons et les pêcheurs nous maudiront. Alors nous prendrons le chemin du retour, en faisant des milliers de détours afin de pouvoir traverser les flaques de pluie que l’orage a laissées. Nous les affronterons et des éclaboussures viendront parsemer nos chaussures, illuminant d’un sourire le paysage de nos deux semblables visages. Puis le jour faiblira, il se fera tard, et tout en contemplant le lac et ses canards nous aimerons, ensemble, le silence, et j’aimerai, enfin, mon enfance. Même si j’ai grandi, même si je vieillis, même si tu es mort et moi je suis en vie, dès qu’il fait beau j’ai peur, quand s’annonce le soir, que si mes yeux se ferment tu viennes me voir.
  15. 8 points
    Dans un cachot de profonde solitude et d'étoiles de verre condamnés à perpétuité à un amour sans fin on ne s'est pas quittés jamais - on se l'était juré - tu reposes sous la terre condamné à l'éternité toujours et moi je suis dessus je vois encore des fleurs des roses ensanglantées par leurs propres épines, tu n' as que les racines arrosées de mes pleurs. C'est ici que les saisons sont cruelles condamnées aux ténèbres le soleil brille ailleurs mais plus dans tes yeux il n'y a que l'hiver où la terre nous ressemble dépouillés et glacés les ombres tremblent sur la montagne qu'on n'a pas eu le temps de gravir ensemble. Je n'ai plus de pourquoi, seulement entre mes doigts la poudre de marbre calciné qui coule entre deux bulles de verre illusion du temps qui s'écoule. C'est ici mes fleurs frêles et pourtant si tenaces du jardin secret, un Everest perdu dans la glace. Il reste des sourires en moi-même que tu avais semés pour moi et soudain, ils surgissent en poèmes. Tu aurais aimé, bien plus que mes larmes, alors je continue. Il reste des ciels blancs, des ciels qui crament vois-tu les mêmes, toi ? Je suis au sommet de l'Everest. Et, doucement, je redescends vers toi. C'est ainsi, c'est tout. (J.E. Septembre 2019)
  16. 8 points
    Finitude distillant sa clarté le long Du grand chemin menant à la fin, au début, Lumière infime, inaccomplie, puits sans fond, Je nage vers elles et je me mets à nu. Affrontant le sentier qui doucement y mène, Je tergiverse, ignorant si je dois m’y rendre, Là-bas m’attend l’antique, l’ancestral hymen, Si ce n’est pas la mort qui avant va me prendre. J’aborde alors les douces côtes de l’espoir Sachant qu’au bout demeure péril ou bonheur, Je choisis de vivre dans l’attente, de croire, Que la félicité vienne, que soit son heure. Bercée par les lents remous de l’eau que l’on n’ose Traverser de peur de se noyer, s’enivrer, Je me laisse enfin porter par la vague, osmose, Qui emplit tout mon être de sérénité. Approchant le précieux et éperdu rivage, Me laissant dériver vers cet eldorado, Je ne puis que m’ouvrir à sa flamme sans âge Et m’épanouir sous son aura, sous son halo. Choyée dans les bras de la destinée promise, Oubliée du tourment pour un incertain temps, Je me promène dans les couloirs, à ma guise, Aboutissant tous au même lieu, sûrement. L’endroit où je me perds est attirant, tentant, Ses tentacules se déploient et m’y attirent, Ses dédales m’accueillent en leur sein puissant, Inutile de tenter de fuir cet empire. Rendue esclave de ce paradis furieux, Je m’y compromets, au loin sont mes retenues, Ces amers verrous aux obscènes et vils yeux, Partis dans le vent, ne sont jamais revenus.
  17. 8 points
    Quand j'étais loque humaine, exilé du parnasse, Sous une pluie battante où bêtifiait mon cœur, Je la vis trottiner, toute pleine de grâce À raviver un mort sortant de sa torpeur ! Filant aux toilettes en gare Saint-Lazare Je me douche et me rase et me brosse les dents Afin qu'il fût écrit que du spleen j'en eus marre. Voilà l'effet que fit cette femme en passant. Salle des pas perdus où trônait un piano Je la sens qui s'en vient et je joue l'adagio Cherchant à l'émouvoir et plus si elle veut. Fini le pain amer des jours sans lendemain. Je serai de ma mie l'horizon de ses mains Pour peu que de l'amour, elle embrasse mes vœux.
  18. 8 points
    Pourquoi vouloir retenir ce reflet sur l'eau l'astre est déjà en train de mourir ; pourquoi toujours vouloir retenir l'instant ? dans le silence des roseaux il y a plus de je t'aime éphémères que d'étoiles tombées dans les seins de ces rivières. J'ai détourné les yeux trop tard j'ai vu la lune et son bâtard, noyé, qui s'enfuyaient aux rives de mes cils. Pleine lune ne dure qu'un instant comme les chagrins d'amour les roses, les blés, le vent et le chant des troubadours. (J.E. Carnet de voyages – Juin 2019) (photo personnelle de l'instant)
  19. 8 points
    Qu'as-tu envie d'écrire, ce soir, demande la plume du comique, du gai, du triste, du désespoir du blanc, du noir ? Au risque de vous décevoir, je n'écrirai rien, ce soir quoique … ce serait trop bête après tout, puisque je suis là voyons voir où en sont mes palettes nécrose sur les roses, chancres sécheresse des encres les écorces sont ulcérées cette année on n'aura pas de pommes ni même de pommiers en face, un voisin est mort depuis dix ans son chien est toujours là, il l'attend le sol s'écroule sous les tapis en trompe l’œil reste-t-il un peu de tendre, des mies dans les croûtes de pain ? il gèle à pierre fendre et on ne sait plus d'où vient le va, le vient du vent qu'as-tu envie de peindre, ce soir, demande le pinceau et soudain perce une rose venue d'un doux berceau il pleut de l'or sur tout, partout cette année les cactus vivront toujours en explosant de fleurs incroyables viennent-elles de Dieu ou bien du diable en face, un voisin a tendu la main aux enfants de dix ans qui promenaient leurs chiens le sol n'est plus que clé sur la portée sol solution solitaire soleil il fait très chaud, il y a des palmiers décoiffés de vents bons ou mauvais et puis, au quatre vingt dixième étage de la tour Machin chose un incendie s'est déclaré huit morts mais c'est normal terminée l'encre rose la noire ne sèche jamais demain, dès la première heure j'irai chez le marchand de couleurs encore un fond d'encre rouge je l'écoule … sur un balcon, entre deux étages, une dame entre deux âges en dessous rouges légers comme des coquelicots on dirait Betty Boop la cuisse alerte et un joli plumeau entre deux bavardages, deux lavages d'étages elle rend le sourire aux godelureaux un fond d'encre bleue reflète le ciel et l'eau pas le temps d'écrire un mot ça y est mes chandelles sont mortes il faut que j'ouvre grand les portes ces filigranes d'encre verte qui jaillissent de tubes desséchés J'ai tout mélangé les encres, les peintures et les toiles d'araignées je termine une toile commencée au mois d'août avec cette pointe de jaune au bout du pinceau le soleil caresse jusqu'aux touches du piano Ô finir ainsi, un soir de février au crépuscule incolore le blanc blesse, le noir devient indolore et l'espérance de demain chez le marchand de couleurs. (J.E. Février 2019)
  20. 8 points
    Durant ma première nuit seul au bout du monde, la pluie est venue jouer une turlutaine, sur le toit de mon abri, céleste fontaine qui me souhaitait mille bonheurs par seconde. Les gouttes vaporisaient les parfums du sol pour me séduire et me dire de rester. Elles se multipliaient, se gonflaient, éclataient en frappant la terre pour m’offrir leur obole. Cette odeur de glèbe humide était pour moi l’histoire de la vie, celle de mes émois d’enfant de paysans jouant avec la glaise. Une impression de plénitude des sens, que j’avais cru perdue dans les vapeurs d’essence de ma vie passée, m’amenait presque au malaise. Suite de Ma cabane Cinquième épisode du feuilleton de sonnet en sonnet
  21. 7 points
    J'abandonne en l'ailleurs D'un être qui m'oublie Et mon chagrin se meurt De manquer à la nuit. Quand l'ombre du néant Prolonge d'un silence Et souffle comme au temps De ma désespérance, Alors un spleen morbide Fuite de ce fantôme Où je suis en les rides D'un Saint Jean Chrysostome. Moi, Saint Jean Bouche d'or, Mon éloquence errant, Que mes mots de pécore, Sombre dans l'océan De mes pleurs asséchés Par la présence inquiète Des vies désenchantées S'il en reste une miette ! S'échappant du tombeau Il arrive parfois Qu'elle rompe un repos Et sur son palefroi, De croiser mon regard Qui me toise en chemin Des tombes de hasard À l'aplomb du regain D'un amour d'outre-vie Qui revit de l'amour. Enfin elle sourit Et solde mon encours. Elle étreint mon cadavre Et de mon âme en paix, Du tréfonds de son havre Me love en ses secrets. Ne crains pas de pourrir Et de ta mort espère Que l'Autre peut surgir Des fleurs d'un cimetière !
  22. 7 points
    Des Lyres au-delà d’Aranjuez A la mémoire de Joachim Rodrigo Sous le ciel ivre de chaleur brumeuse l’horizon vague titube. Le regard brûle au sel de la sueur acide, cligne des paupières, épuisé du feu. Les images cuivrées de l’aube nous parlent de la dorure des heures en marche vers midi. Telles une huile répandue, les images se déforment, se révèlent palimpseste, dévoilant d’autres écritures sur la mémoire muette... Voici les rues où s’avancent les pénitents, cagoules fantomatiques sur les îlots des pavés, autour desquels, semble ruisseler le sang du Christ ! - La rumeur pieuse rallume l’orgueil des gens du sud : mélange de respect, de crainte, de révolte sourde. L’essence des femmes-fleurs surnage autour des flacons de chair. En touffes étouffées, des poussières de parfums cassent la colère sous-jacente des hommes... Des fleurs noires et roses effleurent les doigts du Poète : prêtre païen devinant les lois de l’ombre où se trame, calme, le secret des métamorphoses... Le Poète ouvre la rosace du chant, creuse en délire la Lyre qui se délie ! Le chant se lève, libre de toutes lois humaines, chromatisme de la fable de la ruche, où les abeilles sont des clous d’or tombés sur la peau tendues des timbales, où les élytres battent l’air pur des gorges fines des cuivres ! - Apiculture céleste, la sueur de Dieu, couleur de miel, colore les ailes des violons qui violentent l’air immobile ! Hélas ! fervente la fureur de la joie suspend ses jardins si haut, que des générations entières n’auront que la grâce du fleurissement des fruits à venir ! Générations faibles du pollen, des lourdes pierres tombales de pétales fanés, pourrissants, faisant l’automne lent du siècle des hommes perdus ! L’avenir masqué de silence mesure ses chances, prépare ses tabliers de cueillettes à l’ombre des limbes, ses paniers de ramassages féconds des lendemains... lointains ! Les penseurs profonds épars d’aujourd’hui, les saints méditants laborieux ouvrent, en grands secrets, tant de chemins poudreux de lumière... Vers la Parousie d’un âge d’or oublié !
  23. 7 points
    Matin du premier jour de la lune d' automne L' étoile de papier arpente l' univers C'est une belle et lente courbe crépusculaire qui rythme les saisons; tranquille et monotone La barque ride à peine la surface du flot où dort voluptueuse, l' antique roselière Aérienne et fluette dans l' air lavé de pluie volette la mésange que le bleu éblouit, ondulation tremblante sur le miroir de l' eau Un ciel de traîne flâne, riche pour tout bagage de flocons d' eau de neige et de rues de nuages au jour du premier jour de la lune d' automne Des bourrasques d' oiseaux éparpillent les fleurs, couvrant de blancs pétales l' aube en apesanteur Lièvre et blaireau alors, écoutent recueillis, battre le cœur du monde Au soir du premier jour de la lune d' automne minuit sur le rivage allume des lanternes et la plume céleste, d' un tracé hyperbole calligraphie septembre d' images et de symboles Poème offert à @Diane
  24. 7 points
    Océane « Viens au-dessus des mers, Des grandes mers, Des mers à l’horizon chimérique... » Fernando Pessoa Au soir des langueurs Clapotis et clameurs Profonds et ronds, Perturbent les fonds ; Ils roulent, se déroulent, Aux récifs s’enroulent, Au phare ronronnent, Et en mon âme résonnent. De vague en vague, Tourbillonne et divague, La muse océane à l'humeur Volage, qui engerbe mon cœur ; Bises et tempêtes, fraîches mélodies, Toutes semblables au corps d'Elodie. A ce fracas étourdissant d’un soir Je n'ose dire tout à fait au revoir ! Belle hirondelle des mers, A l'envol éphémère Tu te perds en mystère, Entre l'Atlantide et Cythère…
  25. 7 points
    Trouvaille Écorchure Bois flotté Bois de brume vivant contre la paume Esquille ensanglantée asséchée de mémoire Esquisse Ébréchure étêtée de soleil Figurine balafrée Oubliée sur la lande salée Secret de pain d’épices Alliant la fleur de sel et l’entaille rouillée Sur la courbure des lèvres Objet déniché au cœur de l’hiver Je garde ton empreinte
  26. 6 points
    Je me tais me barre la bouche la colère cercle mes dents ampute ma parole chaque jour est un tour de vis Une toile d'araignée croît d’une peau intérieure chassant de mes lèvres pacotille et éphémères Les chaises pendent les corps se cambrent le sexe sous le bras est dans son fauteuil roulant Dans le rétroviseur je ne supporte plus l'or et la rouille où surfe l'handicap des faux bourgeois dans la cage on ne me pêche pas Géante au dessus de la terre jusqu’aux Tuileries je glisse écartant les jambes entre deux rives il me faut boire
  27. 6 points
    Mon âme n’est plus enfant au règne du temps Elle a trébuché en de sombres pensées Aux lumières du jour venu je l’entends pleurer Comme aux nuits paresseuses au loin s’étirant Mon âme dans les printemps où vibrent les amours N’a plus la candeur où se cherchent les amants Ce vol léger où vont les cœurs innocents Déchirant leurs ombres à la pointe du jour Elle s’est noyée dans l’océan des pensées Cherchant dans les entrelacs du silence Ce pourquoi elle vit le jour aux rives de l’enfance Où semblait s’éterniser une aube insensée En mon île elle est pareille au vent d’hiver Où flirtent sur les allées perdues les feuilles mortes Son chant mélancolique ô mon âme t’emporte Aux phrases fragiles où vont se poser mes vers
  28. 6 points
    Sous un soleil encalminé dans une orbite effondrée, Les porches sertis de coraux aux couleurs étiolées S'effondrent sur le portail de nos jardins intimes. Le temps déjà n'est plus que chevelure grise. Sur les places de nos conditions humaines, Des veilles poupées jaunies et gondolées Flottent dans l'eau saumâtre des caniveaux. Les rires des petites filles se sont éteints. Dans les ruelles abandonnées de la cité grise, Le vieux cuir craquelé des ballons éventrés Se décompose sur un bitume à l'agonie. Les jeux des petits garçons sont oubliés. Derrière les murs de nos jours stratifiés, Toute la rouille d'une modernité périmée S'accumule sous les semelles des orphelins. Les enfances s'abîment dans l'ancien temps.
  29. 6 points
    La brume sur la mer comme un voile incertain Noie dans le gris du plomb les larmes océanes Et mon cœur chaviré grand vaisseau blanc perdu Dans ces larmes amères s’engloutit sans espoir Disparues les couleurs l’azur et le turquoise Et les blanches dentelles qui habillaient les vagues Ô ma belle épousée oubliée du soleil La lumière de tes yeux dans les brumes se meurt Dans ce voile trop gris dans ce linceul trop sombre fantômes surgissant du fond des eaux houleuses Emporterez mon âme Jusqu’aux noirs abysses où gisent à tout jamais Les lunes, abandonnées...
  30. 6 points
    Chanson Je me souviens Sous les pins D'un été Va-nu-pied Le bord de mer Tes yeux clairs Si coquins Rien que nous deux Nos aveux Et pour bagage amoureux Un pull, une culotte, et trois amandes. Au soir tombant Sur un banc Nos baisers S'empressaient De se vêtir Au zéphyr Du couchant Grains de bohème Nos je t'aime Nés d'un rose erraient à même Un pull, une culotte, et trois amandes. Un pull en guise de baluchon, Une culotte osant sous la treille, Trois amandes de pleine saison, Pour les cueilleurs fripons Qui suivent le soleil. Rien dans les poches Loin du coche Des touristes Qui s'enkystent Les pieds dans l'eau Sans maillot Sur la roche On pouvait voir Sans savoir Par le liseré du soir Un pull, une culotte, et trois amandes. Pour aguicher Oiseler Tes beaux seins Baladins Je pris ton corps Tes trésors Ton acmé Après l'amour Le décours Nous retrouvions au retour Un pull, une culotte, et trois amandes. Un pull pour te protéger du froid, Une culotte entre iode et maquis, Trois amandes mais de premier choix Qui ravissent les rois Aux confins du Midi. Ces aventures je vous jure Pour poètes Pas si bêtes A fleur d'étoile Vous dévoilent Les cœurs purs Plus libertaire Que sa mère Ma fille a pris ses affaires Un pull, une culotte, et trois amandes...
  31. 6 points
    Ah! qu'il est bon d'entendre rire Les verts feuillages des grands chênes, Petit bonheur qu'un vent décerne Dans l'ombre mâle où tout respire. Sourdine arpégée de senteurs, Les herbes gloussent sous la brise, Une pie prend sa friandise, Mon vers parle aux rayons moqueurs. Nonchalance d'un rêve épié, L'air bourdonne de rimes folles, L'appel des nids court la girolle, Le chat s'endort sous le figuier. Ah! qu'il est bon un temps d'écrire, Goûter ce cœur plaintif, à peine, Petit bonheur et gorgée pleine De longs baisers, de frais sourires... La rose tout en révérence Frémit au jeune papillon, Les gazouillis perdent raison, L'araignée tisse avec aisance. Mais qui va là derrière moi? Mon vieil ami est arrivé Comme une douce mélopée Qui vient se signer dans les bois. Son épouse lui fait écho, Souriante sous la ramée Avec des fraises et du café, Un mot gentil d'esprit nouveau... Ah! qu'il est bon, homme du pire, De croire à cette amitié reine, Petit bonheur tu te ramènes Et ce poème ose le dire!...
  32. 6 points
    Une robe noire une robe blanche mêlant leurs corolles glissent enlacées tendre barcarolle de leurs quatre hanches Vient former trio un vif regard sombre front et corps mouillés pleurant de moiteur s’invite dans l'ombre dans la nuit d été Les mains sous les plis, sur la peau les bouches rôdent en sursis nageant de désirs trois ventres se touchent tendus de plaisir Appelant une suite par la porte entrouverte un lit de soie verte des chairs affolées accueille les transes brûlées par la danse Les sens se libèrent en vol de dentelles trois corps se chevauchent danseur écuyères triangle isocèle ne sont plus qu'ébauche Un râle, un soupir, un gémissement coulent des trois gorges simultanément la pieuvre est vampire de leur volupté Deux pieds escaladent les robes tombées sans la moindre aubade elle va ouvrir la baie embuée d'un silence odorant
  33. 6 points
    Que le crépuscule ce soir me semble solitaire, Il emporte silencieux, en lui, tous mes jours fanés Et son long soupir se drapant d’ombres austères Se répand à chaque battement d’un cœur usé. Je suis un peu lui chaque fois que le jour s’éteint, Et lorsqu’il bascule lentement, au gouffre de la nuit, Il n’y a plus d’ombre, de lumière, sur mon chemin, Ni le doux chant du merle où bat si fort la vie. Souvent, prolongeant son effort par un ciel clair Et que la nuit attend dans son écrin secret, Je repense à cette route bordée de nos hiers, A tous ces printemps se voilant d’immenses regrets. Demain il reviendra, lorsque tout s’apaise, Étreindre de nouveau un songe retenu, Ce feu qui n’est plus que cendre sous la braise, Des jours anciens, en nos âmes, contenus.
  34. 6 points
    Sur la toile nébuleuse D'un grand tableau de soir Un pinceau gorgé d'ombre Couche les couleurs du silence Alors que des étoiles filantes Roulent à tombeau ouvert Dans le sillage de l'infini. Un diamant étoilé Sillone sa lune de vinyle Écrivant son histoire En nacrant l'horizon. A sa guise, elle aiguise Ou bien déguise Les fantômes du soir Et inocule au flanc de la nuit Son venin de coton. T.G
  35. 6 points
    Lorsque le jour Crève sa coquille Pour agrafer Son avenir éphémère Aux volets clos Des chambres inconscientes Lorsque le vent Aiguise ses gammes Aux faitages de nos toits Lorsque l’oiseau Prend la parole Et son envol Lorsque nos doigts craquent Pour mieux détricoter Les phantasmes Entremêlés dans les chevelures Lorsque c’est fini Que la couleur disparaît Pour offrir la couleur Lorsque c’est fini Il faut se satisfaire de l’instant Et prendre la plume.
  36. 6 points
    L’inaccessible regarde en mon âme Comme un point au berceau de la nuit, Comme une aurore qui lentement se fane Aux lueurs fébriles d’un jour promis. N’en finiras tu jamais de m’étreindre D’habiter en chaque endroit de mon corps, Ne vois-tu pas ce qui vient s’éteindre En mes sanglots qui sondent la mort. Oh ! Douleurs qui passez, n’écoutez pas Ces ruisseaux d’eau trouble au chant douloureux, Ne regardez pas mes mains tremblantes d’où s’en va Déjà le souvenir maladif d’un adieu. Je te hais dans mes silences désespérés, De cet écueil où je saigne de ton sang, Sur ton regard qui fut le premier Au bas de ton ventre, tout sanglant. Sais-tu combien je t’aime aussi Dans cet amour qui rassure et s’évapore, Jusque sur les cimes d’une tristesse infinie Où je meurs en toi de port en port. Et ce mot, là, enfoui dans la pénombre D’un passé qui ne sait plus où se jeter, Ce mot qui sur mes lèvres jette son ombre, Dis-moi pourquoi je ne peux le prononcer. Je sais qu’il se penchera sur moi un jour Dans ce désastre flanqué de quelques tombes, Mes larmes auront fait un immense détour, Le trouveras tu là dans les décombres. Ce premier mot qui nourrissait mes lèvres, Ce mot qui appelle au seuil de notre mort, Ce mot sans frontière que l’amour célèbre L’entendras-tu trembler si tu dors. Oh ! Douleur qui passez là obstinée Allez votre chemin, il est grand temps, L’homme que je suis et qui vient, blessé, Marche, enfant, vers la tombe pour dire, maman.
  37. 6 points
    Quelquefois dans tes yeux, tout au bout d'une branche, Un oisillon plus faible et ignoré du nid, Offre son coeur perdu qui peu à peu se penche Dans le piège des pieux où tombent les maudits. Huissiers des gouffres graves et des cotillons d'ombre, Oh! J'aime ces regards qui viennent et s'en vont, Dont la brièveté ne peut pas interrompre L'émoi d'un long couloir aux néons moribonds. Tes yeux ont la couleur comme un curieux dédale D'horizons outragés sous des cieux asservis, Déplorant le départ d'une si jeune étoile Agrippée sans défense aux crinières des nuits. Ils s'élèvent soudain vers les monts du tonnerre, Veillent aux plis d'argent de la source au ruisseau, Guettant cet invisible épervier solitaire, Et couvrent d'étamines un présage falot. Ils quittent résignés le petit faon malade, Ont longtemps endeuillé les rages, les douleurs Qui surgissent souvent, préférant l'embuscade, Des fortins de nuages au plus noir du malheur. N'oserais-je plus voir au fin fond de tes yeux, Le vol au jour mourant d'un papillon frileux, La goutte de rosée sous un ciel radieux Qui dans un pur rayon caresse les adieux?...
  38. 6 points
    Je n’ai pas d’iris de Suse comme crochet pour fermer la porte de mon antre secret, mais seulement la bobinette qui va choir s’il vient à passer quelqu’un pour un bonsoir. Les personnes qui se risqueront dans mon bois ne croiront pas aux héros et à leurs exploits dans les légendes, chroniques, fables et contes. Ils n’auront pas peur des récits que l’on raconte. Les arbres seraient, paraît-il, ensorcelés et en guerriers se métamorphoseraient à l’approche d’ennemis de la poésie. Je ne sais pas si j’ai entendu ou rêvé cette histoire que j’aimerais voir arriver... ou peut-être viens-je de l’écrire ici. Suite de L’apparence Neuvième épisode du feuilleton de sonnet en sonnet
  39. 6 points
    Nous avons voyagé dans tous les lits du monde, Avec la nonchalance des éternels amants, Nous avons sans regret arrêté les horloges Vivant au jour le jour des instants sans retour Et la barque profonde où nous étions rivés, A essuyé aussi d'effroyables tempêtes, Dans la chaleur des nuits où l'esprit de bohême Parfume l'air ambiant, Nous avons soupiré sur les heures envolées, Puis la barque a plongé dans des eaux déchaînées, Les yeux remplis d'écume, les mains vides, le cœur lourd, Nous avons écourté ce voyage insensé Et des années plus tard, l'aube s'est enfin levée.
  40. 6 points
    Au rang des Vous, Il y a vous, Madame ou Monsieur, Que je ne connais pas Et pour qui, je ne me permettrai pas De manquer de respect Dès nos premiers échanges. Et puis il y a vous, L'assistance, la pluralité Cet ensemble de tois Qui s'en-vou-te Je vous englobe par facilité, Ne sachant pas faire autrement... En fait! Il y a également Vous, Monsieur/Madame le supérieur hieranarchique Qui me l'imposez Parce que ça fait partie Du je(u) du pouvoir Ou du je(u) de Lois Dans lequel je ne suis qu'un pion Parmi tant d'autres... Et puis, loin devant, Très loin, Il y a Vous... Et nos rendez-vous exquis... Un seul aura suffi Pour faire baisser ma garde, Mon garde à vous. Vous... vous êtes...Tu Devant moi. J'en reste coi Mon Amour. Nous avons valsé dans le rang des Vous, Comme des dés Sur leur jeu de l'oie. Ici, ce sera Nous. Et on se fiche de VOUS.
  41. 5 points
    Je t’ai perdue dans les vents marbrés d’octobre, Ô si tu savais comme mes entrailles ont sombré ! Jusqu’à mon premier cri, cette lumière encombrée De promesses, ce mois de juin où pleurent les ombres. Dans l’abime des douleurs, où le mot se tait, J’ai jeté un genou à terre, à l’aube fanée, Aux nuits anciennes, bien plus que surannées, Où des levants trop sages savaient qu’ils nous mentaient. Dans les soirs monotones je repense à nous, En un si vaste souvenir où, s’éloignant, Ta silhouette s’évapore en un cœur saignant, Sur les marches du temps qu’un ciel trop noir dénoue. Est-ce l’heure où tout soudain s’abandonne ? Est-ce là cette éternelle blessure dont la douleur Ne se tait jamais et ne puis dire la couleur ? Est-ce toi dont l’absence ne tait ce que tu fredonnes. Je t’ai perdue dans les vents pressés d’un ailleurs, Dans la tristesse d’un jour, à la porte d’un tombeau, Et l’enfant qui fut a sombré sous le mince flambeau De ton sourire en allé, sur ta tombe sans fleur. Maman
  42. 5 points
    L’attente Que le soleil calcine les jours étirés, Que les étoiles laminent les nuits, Les derniers orphelins attendent. Ils tressent d’anciens songes défaits. Les heures expirées se décomposent Éventrées sur le fil ténu de l’incertitude. Derrière les fissures inavouées des mots, Dans les fractures béantes des écrits, Les espoirs déçus se ramassent à la pelle.
  43. 5 points
    J'suis la fille du rez de chaussée du sous-sol de l'entresol et même parfois du couloir des camisoles je n'ai pas de visage je suis fatiguée c'est décidé je prends une année sabbatique le temps de m'refaire une santé avant que de me retrouver de l'autre côté ouest aux étages d'où l'on ne revient jamais j'ai eu du mal à me faire remplacer non que je soies irremplaçable loin de là, c'est impensable mais le rez-de-chaussée est toujours difficile à placer le sous-sol n'est pas très gai et l'entresol je n'en ai pas parlé le couloir des camisoles j'ai dû l'étouffer les grosses chaussettes des nuits d'hiver interminables je les ai subtilisées Ce soir, avec mon petit sac sur la rue déserte j'ai vingt ans mon cœur bat sur les pavés je cours le long des rails un train s'est arrêté ce n'était qu'un wagon mais il m'a emmenée je n'ai pas eu de chance, c'est tout. C'était le patient du cinquième étage assassin sans le vouloir, camisoles septième couloir il s'échappait souvent de son dortoir mais là, ce soir j'eusse aimé que ma remplaçante n'ait pas oublié de tirer les verrous. Il a pris rapidement une vitesse de croisière ; dans le rétroviseur je voyais l'orage et les éclairs c'est là que mon cœur a lâché du coup, j'ai eu beaucoup d'années sabbatiques derrière une fenêtre on a beaucoup moins d'horizon je n'ai pas eu de chance, c'est tout. Le wagon transportait des boomerangs. (J.E. Août 2019)
  44. 5 points
    Il y a douceur infinie D’apprivoiser les petits riens. Ils laissent au sable de la vie, L’empreinte d’or du quotidien. - quelques éclats de petits riens - Parfum troublant et enivrant Des larmes chaudes de l’orage. Elles se déversent au foin dormant Et embaument ce grand naufrage. Au ciel, le vol de l’hirondelle, Fidèle au retour du printemps Et au rosier, la coccinelle, Qui plaise à Dieu, revient à temps. Entre la porte et la poignée, Se balance le piège mortel : Un fin napperon de dentelle, Brodé la nuit, par l’araignée. Le silence du matin feutré, La douce et fidèle Mama, Le froufrou de ses petits pas Et l’odeur du premier café. Regard-océan de l’enfant, Rejoignant nos tristes rivages. Ses doux embruns d’un autre temps Bercent nos âmes et ses orages. Bien d’autres petits cailloux blancs, Sur le chemin du quotidien... Mais nous courons après le vent Et bien souvent ne voyons rien. Petits riens temporels. Souvenirs éternels. Il y a sagesse infinie, D’apprivoiser les petits riens. Ils laissent au sable de la vie, L’empreinte d’or du quotidien.
  45. 5 points
    J’ai brisé le sablier du temps Égaré ma seconde d’éternité Il me faudra bien une autre perpétuité À courir les plaines désertes Pour la chercher Ainsi soit-il. J’ai perdu le nord La tête, le cœur et le ponant J’ai perdu encore Plus que ton corps Tout mon occident Ainsi soit-il. Je chercherai dans l’eau vive des tombeaux Dans les pierres froides des ruisseaux Dans le glacis des errances le souffle de tes derniers mots La chaleur de tes derniers flots Ainsi soit-il. Tu es dans les regards d’enfants Tu es dans le rire des moineaux Tu es dans la main qui se tend Tu es dans mon crédo Confíteor Deo omnipoténti Ainsi soit-il. Tu n’auras jamais le silence de Dieu Tu ne seras jamais ni le corps ni le sang Donné à la multitude Parce que je demeure sans rémission De mes péchés Ainsi soit-il. Mes larmes sont tes vitraux Mon cri ta voûte Mon corps ta nef Mes ongles griffent l’amertume du regret Quand les bras m’en tombent Ainsi soit-il. Demain sera cathédrale Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, mes dimanches Samedi me dira où repose ton jouir J’en ferai le gisant de porphyre En criant : Dieu est mort ! Ainsi soit-il. Jadis couche avec déjà Adieu baise avec reviens Je fais du temps une partouze Où bons apôtres ils sont douze À faire ripaille des tripailles de mon dégoût Ainsi soit-il. Sculptés dans la pierre de Jaumont Un ange au regard cave, une gargouille à la langue qui pend Gravés dans la fuite des ans Princesse des deux lunes et son voyou gitan Ils parcheminent leur vélin de sang Ainsi soit-il. Quand tout sera poussière Et mémoire détissée L’arpège de nos bières De lierre et de lys blancs Sera la rivière où viendront rêver tous les amants Amen.
  46. 5 points
    Dans mon grenier rempli d'oiseaux à la limite de la nuit où l'ailleurs s'est fait poussière et le temps s'est endormi J'ai des visions pour fenêtres images d'un pays où le ciel ne vieillit plus J'ai éteint toute haine et déchiré mes nuages gris La lumière en errance me dédie tes confidences J'attends depuis si longtemps le soleil de ton poème pour surprendre l'infini
  47. 5 points
    Fallait-il tes lèvres fanées pour le dire ? Ces heures nocturnes qui se déshydratent Derrière de vieilles persiennes ébréchées. Cette esquille de songe aphasique qui erre, Alors qu'une dernière brisure lunaire s'ébroue. Fallait-il tes mains flétries pour le saisir ? Ce calice forgé dans le versant des ombres, Sous le hurlement des chiens spectraux? Ce calepin fossoyeur des chants solaires, Aux pages détrempées par les sanglots. Fallait-il tes yeux éteints pour le voir ? Ces absences dénudées qui se chevauchent Tandis que pleurent les chairs crucifiées. Ce chemin inexorable vers le petit cimetière, Cet homme immobile priant sur ta tombe.
  48. 5 points
    J'attends encore ta présence dans le creux de ma main Au fond de la rue mon ombre respire le vide humide d'un souvenir Je frôle ton nom écho de ta douceur J'entends le silence d'une voix le frisson d'une parole privée de toi L'automne se réveille Je serre ton absence dans le creux de ma main
  49. 5 points
    Comment dit-on déjà, ce machin, cette chose ? Tu sais bien, ça sert... bon sang… euh, aide-moi ! C’est souvent plein de trucs, d’images à l’eau de rose. Mais si ! Pour raconter sa vie d’avant, tu vois ? Je ne sais pas pourquoi je te demande ça, tu as le cerveau vide et plein de courants d’air. Le mien est troué comme un vieux gouda, un emmental ranci ou plutôt du gruyère. À tous les deux, nous devrions y arriver. Tu avoueras que c’est une drôle d’histoire ! Ce mot est archivé, difficile à trouver. Au bout de la langue, j’ai des mots comme armoire ou encore préhistoire, laboratoire, réfectoire, consistoire, poire, écritoire, pourboire, déboire, boire, foire, pétoire, là, j’approche. Victoire ! c’est le mot « Mémoire » !
  50. 5 points
    Je ne savais pas qu'être était guerre maintenant je le sais Quatre vers déchirent un corps Du sang frais on se nourrit Je ne savais pas qu'il fallait tuer mes lèvres maintenant je le sais Dans ce grand miroir aux yeux obliques L'eau m'assemble en tourbillons J'ai vu des mendiants se battre pour le porche de la nuit La peur durcir les coeurs Sanglante sous la lune Pourquoi seules les pierres poussent drues et glacées des mots que nous voulions nous dire

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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