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Popular Content

Showing content with the highest reputation on 09/22/2019 in all areas

  1. 5 points
    Parfois au petit jour un souvenir revient qui a su s’échapper pendant que je dormais : une plage déserte, un lit de sable fin, une jupe trop courte, une époque où j’aimais. Le ciel est infini, le soleil assassin dans ce passé furtif qui s’écrit à la craie. Le ressac de la mer, la douceur de tes mains sur mon ventre pourtant me paraissent si vrais. Ma raison disparue, seule restait l’envie de n’être plus enfant et je fus femme enfin, sur la plage déserte au lit de sable fin. Mais j’attendais, je crois, un peu trop de la vie, des hommes, du futur, de la réalité. Ton silence au matin, je l’ai cru vanité alors je t’ai souri, et puis je t’ai quitté.
  2. 3 points
    Sueurs de pierres La pierre bouge et se décroche sans plus d’emprise, écrase et roule, en chœur, en bruits, elle déboule et sur l’escarpe s’avalanche, elle crisse en cris, elle s’écroule sur la roche, en sons aigus, en chocs, en fracas sourds. La pierre tremble et chaude frotte quand elle fissure et qu’elle se tord pour mieux rougir si prête à fondre, elle s’enviolente et se morfond, elle veut couler, elle se faufile, dans le magma, file profond. Le temps et l’eau, le froid, le chaud, font leurs ouvrages en goutte à goutte, fissurent et fendent au cœur les gemmes, ouvrent la pierre en grand tournis, la tourneboule et la charrie en acouphènes, la retourne. La pierre joue avec le temps creuse les vallées, sape les monts. Elle s’éboule, elle s’érode et s’empoussière, En fin de course, elle pousse les rives où elle s’échoue, devient graviers, gris abandons à la rivière, sable lessivé par l’océan. ******* Grande furie, la pierre hurle, quand elle s’éclate sous la goupille, elle décoche, elle s’arrache rompue en bloc, raide en falaise. La pierre geint, les veines rouillent, tout devient gris sans plus de vert. La pierre brille, aime le baroque, elle se taille pour éblouir de ses micas et ses miroirs, frappée, piquée par l’outil noble jointures propres en murs ocres, en stèle triste sous la pluie, granits tout gris. En mégapole, la pierre flambe, sur toute la ligne agios de plomb, fuite plus loin, toujours plus loin, au bord du champ en pleine lande, tours de bétons, chaux de calcaires, et métaux lourds, tristes galères. La pierre s’encrasse et s’encalmine, Pierre en silice puis en billets. Elle devient lisse ou bien poreuse, Pierre usée sans aucun masque, et pierre en larmes, foyers de casques et d’alarmes. La pierre seule pleure toute seule Sur les poussières de son désert Sans les humus et les micelles, Plus de repos, plus de sommeil Pour laisser naître de la graine, Les herbes vertes et son linceul. La pierre meule et devient meule, appelle le blé, écrase l’épi, sépare le son et la farine, lâche la paille, oublie le pain, les champs, les près, elle enfarine puis s’enfamine. La pierre tourne en bonne meule tel un soufi bien entraîné, chacun des jours est à la peine, sans rien penser, elle devient roue, elle crisse en ordre et tourneroule. Ne reste plus qu’à faire du blé. ______________________ MM/ 22 09 2019
  3. 2 points
    Dans la nuit lumineuse de ma petite enfance, Y brillaient des soleils à jamais égalés. Le paradis en moi rappelait sa présence Qu'un monde insidieux tentait de me cacher. Au cours de claires nuits à regarder le ciel, Les étoiles,complices,me lançaient des appels. Par un élan mystique emporté dans l'espace, Là où mon âme hier avait quitté sa place. Sempiternellement mon esprit se partage, Attiré par le haut, par le bas retenu Il va, il vient et souffre en d'infinis naufrages. Demain lorsque le ciel dénouera le cordage, Abandonnent au feu cette barque incertaine, Mon âme libérée cessera ses voyages.
  4. 2 points
    Au petit matin radieux, Solitaire dans les cieux, La dernière étoile s’éteint. L’horizon de pourpre se teint. La Tourterelle du désert Vient de traverser une mer De sable qui ondoie au loin. Elle a soif et elle a si faim. Elle frétille de la queue, Sous l’immense ciel si bleu. Pris de pitié pour l’oiseau, Je lui donne alors un peu d’eau, Et un petit morceau de pain Frais, posé au creux de ma main. L’oiseau se met à roucouler, Et de ses yeux je vois couler Des larmes de couleur turquoise. Soudain entre des brins d’armoise Jaillit une onde cristalline, Qui, dans le sable chaud, chemine. Cette belle eau monte et se mue En un lac aux berges moussues. Aujourd’hui, cet étang est vide, Asséché par des cœurs avides.
  5. 2 points
    La nuit,sur nous,un oiseau veille. Par notre réveil enfermé, Derrière les barreaux de sa cage, Ce veilleur silencieux et sage Nous regarde nous égarer. Par des battements de ses ailes, Des murmures, des chants modulés, De notre prison corporelle Il tente de nous délivrer. Loin de lui le jour nous entraîne. D'autres rêves et chants de sirènes, D'autres musiques à nos oreilles Nous invitent à l'ignorer. La nuit revient nous enseigner. L'oiseau,la nuit,ouvre ses ailes. Avec lui nous pouvons voler Vers notre demeure éternelle.
  6. 1 point
    Depuis le début, j'ai trouvé en vos vers @Mohè, quelque chose de différent, et je vous l'ai dit. C'est souvent cela qui fait le succès des écrits. Bravo.
  7. 1 point
    Tu es mon fleuve qui cogneAux murailles des fjordsTu es ma terre chaudeAu ventre du désertMon ciel de jupons blancsTout froissés par le ventTu es mon vallon tendreEndormi de tiédeurTu es ma forêt d'ambreCouchée de tant de feuillesMa coiffe de canopéeAux balcons oiselésMes plus secrets cheminsD'herbes folles ou de sableMon air bleu plein d'écumeAux heures auroralesMon calme semé d'étoilesBaigné de pure grâceTu es mon haut amourTout un monde en offrande
  8. 1 point
    *** Et voilà que j’arrivais avec ma boîte de nuit vide, ma brume, ma grisaille, mon pavé mouillé et mon réverbère.(Marcel Carné) Il arrivait de la coloniale il était plutôt sale il nageait en ses yeux un trop-plein de trop-vu mais qu'est-ce qu'il était beau ! Elle était là, dans l'arrière salle avec des larmes pleins les yeux elle aurait dû se faire la malle avant la guerre mondiale mais qu'est-ce qu'elle était belle ! Dans ces clairs-obscurs Prévert est arrivé avec sa poésie ils avaient de si beaux yeux, tu sais, profonds comme la brume lui, les yeux baissés elle, les yeux levés et la même lumière pourtant Je suis toujours bouleversée par ces regards. Je sors du cinéma, les yeux pleins de larmes, et je vais traverser quand un beau gabin* me retint par la main « attention, ma p'tite dame … c'est rouge ! » Et zut ! Je n'ai pas les yeux bleus ça n'a pas fait comme dans le film, j'avais un ongle incarné et lui la tête de mon oncle réincarné ; alors j'ai bafouillé « t'as d'bons yeux, tu sais ! » Et puis avec cette putain de brume, sur ce putain de quai je me suis trompée, me suis retrouvée dans la cabane au bord de l'eau j'ai fait marche arrière, j'ai tout rembobiné, et j'ai mis pause sur la scène de ces regards où passait la lumière à côté de moi y'avait Prévert et un certain Marcel alors j'ai eu les yeux bleus et là, j'ai cru aux miracles. Gabin pouvait se pointer. (J.E. Sept, 2019) * gamin dans le texte, mais je suis enrhumée ...
  9. 1 point
    Un rappel poignant aux droits humains des enfants ! Tellement à faire.
  10. 1 point
    J'appelle toujours ma première femme...ma femme. C'est ce que chantait Michel Sardou. En tout cas, je me suis toujours dis à Aix, encore une ex qu'a tes draps...
  11. 1 point
    C'est une époque bénie où il fallait savoir danser pour faire une jolie rencontre.
  12. 1 point
    Tragique. Je sens une plume passionnée et j'aime ça. Bravo.
  13. 1 point
    Je vous ai encore croisée ce matin. Comme je voudrais que vous n’existiez pas, que le souffle de possibilité que vous représentez n’ait jamais pénétré ma vie. Vous ne m’avez pas vu, bien sûr. Comment auriez-vous pu ? Vous étiez hier à la gare abandonnée. Seule, vous arpentiez, en robe blanche, les traverses qui mènent au vieux pont de fer. Qu’y faisiez-vous ? Vous sembliez chercher quelque chose dans la chaleur printanière. Si je connaissais l’objet de votre quête, je pourrais peut-être joindre en secret mes efforts aux vôtres. Je pourrais placer sur votre chemin un trésor. Où serez-vous demain ? Vous trouverez-vous encore dans les parages ? Peut-être près du petit ruisseau dans le vallon ou sous les grands cyprès qui bordent le sentier de la colline ouest ? Se trouvera-t-il quelqu’un, quelque part, pour vous ouvrir les bras ? Il me semble vous voir seule de plus en plus souvent. Je sais bien que vous disparaissez, vous fondant peu à peu avec ce qui vous entoure. Il ne reste presque plus que moi pour reconnaître votre présence, où que vous soyez. Je garde mes yeux sur vous, en silence, depuis l’ombre. Charmant mirage que vous êtes, je ne puis vous approcher et pourtant… je crois en vous, malgré tout. Un jour vous me rejoindrez. J’en suis sûr. Il me suffit d’attendre que le temps fasse son oeuvre. Ce jour-là vous me verrez enfin. Et peut-être pourrai-je alors vous dire que je vous ai toujours aimée, même si je ne l’ai jamais su.
  14. 1 point
    Ton arme était ton esprit mutin et ton charme de petit lutin ; De larmes, je n’ai eu que butin. Tu as ravi mon cœur et ma peau d’envies est devenue ton tripot ; De ma vie tu as fait des copeaux Mais je guette les pas sous la porte Entrouverte, sale et ivre morte, Défaite de ce que tu emportes. La douleur est la seule qui entre : Mon corps de ne plus être ton antre Se tord, se noue, rejette mon ventre . Mes bras vides et tremblants m’isolent ; je me débats collée sur un sol Qui se rabat sur moi camisole. je veux mon amour que tu reviennes je veux ton amour que tu reviennes Je veux mon amour que tu reviennes.
  15. 1 point
    @Joailes Moi je me suis pris un bal perdu
  16. 1 point
    Hier soir, j'étais couchée. Évidemment, ceci n'a rien de très intéressant, je suis bien d'accord. N'importe qui a pu être couché, hier soir, à un moment donné. Mais, des fois, c'est comme ça qu'on écrit un roman. A partir de rien. Donc, je continue. J'étais couchée et je comptais le nombre de moutons sur cette tapisserie stupide que m'imposait mon propriétaire. D'aucuns, bêtement, m'avaient dit en bêlant que c'était excellent pour les insomnies et, au début, j'avais bien voulu les croire. Je venais d'emménager dans mon premier appartement à moi toute seule, c'est important, quand même ! Le loyer n'est pas très élevé, mais, par contre, l'étage … oui. C'est vrai qu'en arrivant au vingt-troisième étage, j'étais heureuse comme jamais, surtout de ne pas avoir oublié la clé. Je pensais que les droits d'auteur de mon premier roman serviraient à fabriquer un ascenseur. J'en avais dessiné un aussitôt sur le mur de l'entrée, un tout simple avec une belle cage dorée. Je devais me mettre rapidement au travail. Isolée dans ma tour tour d'ivoire, j'écrirai sur la laine des moutons noirs au moins un roman par soir. Je m'étais couchée tôt pour avoir le temps de dormir un peu, une fois tous mes chakras débouchés. J'avais calculé le temps. J'avais compté environ vingt-trois moutons lorsque la sonnette retentit. Personne ne me croira, mais sur le palier, je vis mes vingt-trois collègues de bureau, venus, disaient-ils, « pendre la crémaillère ». Ils étaient tous déguisés en mouton et je m'aperçus qu'ils se mélangeaient dans la tapisserie, il y en avait vraiment partout, ils sortaient et entraient sans se toucher, comme des morts vivants ; ça sentait le soufre et la cire des abeilles, peut-être était-ce un de ces cauchemars que je faisais souvent, enfant ; quand je m'endormais sous l'haleine des troupeaux, auprès de mon père, le berger … Bon, je ne vais pas raconter la suite, sinon je ne vendrai jamais mon bouquin, m'a dit le bouc. Mais quand même, avouez que d'un rien, on peut faire un roman très facilement. (J.E - Petites histoires ordinaires)
  17. 1 point
    @Joailes il y avait comme une atmosphère à la Marcel Aymé dans celui ci.
  18. 1 point
    Épisode 6 L'inspectrice Milouze, depuis son opération des génitoires à Marrakech, souffrait du syndrome du membre fantôme. En se réveillant, elle sentait son ancien organe viril en pleine turgescence, mais sa main exploratrice la rassurait. Ce n'était que son clitoris tout neuf qui, renouant avec la programmation pénisiaque, tirait la langue hors de ses lèvres vaginales. Alors, elle buvait son thé vert bio au jasmin de l'excellente maison française Pagès fondée en 1859 au Puy-en-Velay, au cœur de l'Auvergne. Ce terroir d'exception, par sa géographie et son climat, avait généré une flore de montagne remarquable. Du coup, Milouzette, avant d'ouvrir son ordinateur portable Asus R900V au CPU Intel Core 17 - 36 300M, 2, GHz doté d'un HDD de 3 TB, se projetait au Moyen-âge quand ces plantes utilisées par les apothicaires de la célèbre ville de pèlerinage du Puy-en-Velay reprenaient une tradition millénaire d'élaboration d'infusions de simples. Elle s'octroyait un moment de rêverie et de dégustation accompagnée par quatre tranches savoureuses au goût brioché pur beurre de la gamme Pelletier, marque Lu appartenant au groupe agroalimentaire Mondelēz International, USA. Son petit-déjeuner terminé, elle se replongeait dans l'affaire du Mort sur Accents poétiques. Ce matin-là, alors que l'aube rougeoyait le ciel et annonçait une aurore aux doigts de rose succédant à l'éclairage blafard d'une lune en son dernier quartier, l'inspectrice réexamina le cas du premier crime sur le forum. Elle commençait à se demander si d'aucuns sur ce site littéraire n'auraient pas eu maille à partir avec le comité de rédaction et si par le plus grand des hasards, un des rimailleurs, abandonné des muses, n'aurait pas cherché, pour justifier sa présence, à s'improviser liquidateur de ceux qu'il prenait pour des concurrents ! Car finalement y avait-il un seul mort sur AP ? Et notre justicier ne se serait-il pas mué en un serial killer ? L'heure était proche d'un dénouement possible, même si l'inspectrice se retrouvait au bord d'un abîme de conjectures, d'un gouffre. Il lui suffirait de faire un pas en avant pour s'y précipiter. Le premier mort, Marc Hiver pour ne pas le nommer, avait parsemé ses textes d'indices sur sa mort programmée. Par exemple dans Pourriture noble, n'avait-il pas de façon prémonitoire aligné quatre vers sans équivoque ? Ensuite dans Fort Alamo - comme si on pouvait écrire un poème sur un western - ne s'était-il pas inventé une mort héroïque en compagnie de John Wayne, Richard Widmark et Laurence Harvey ? Un quatrain qui en dit long sur l'obsession abracadabrantesque de la victime. Et si pour faire bonne mesure vous citez : Chanson sur le sens de ma pauvre vie : Un faisceau d'indices sérieux et concordants s'impose même à l'esprit le plus obtus. Et cerise sur le gâteau, dans un délire pseudo historique : Tempête de neige sur le Potomac, le malheureux se crée un objet fétiche : un tomahawk, qu'il fait rimer de façon malsaine avec Potomac pour alerter ses amis poètes qui ne manqueraient pas de le remarquer! Ou alors, la victime ne serait-elle qu'un dangereux mythomane souhaitant jeter l'opprobre sur un autre membre de la communauté ? Mistouflette décida de réfléchir à la chose en allant acheter un gel doux-intime pour apaiser les irritations dues à son opération low cost au Maroc. À suivre (en fonction des retours !)
  19. 1 point
    Je l'ai rencontré un matin sur le palier il livrait des œufs frais j'ai ouvert ma porte pour prendre le journal sans lever la tête juste avant le café j'suis mal réveillée j'ai vu des pieds - un livreur est toujours grand et costaud - mais celui-là semblait fragile ; j'ai quand même été curieuse je l'ai regardé, il m'a regardée, des pieds à la tête et m'a dit « je peux entrer ? On fera une omelette. » C'est là que je l'ai reconnu c'est mon voisin de palier il me pique mon journal depuis le mois de juillet on s'est cogné la tête il avait la chair de poule alors je l'ai fait entrer mais les œufs étaient cassés finalement, et c'est moral, il m'invita au restaurant. On verrait plus tard pour le journal. J'ai voulu aller au buffet de la gare j'adore cet endroit au demeurant bien plus que la tour d'argent on peut y manger jusqu'à très tard lire le journal en mangeant une omelette. J'y vais souvent, seule, manger un croque-monsieur. Pour conclure, il faut que je vous dise, ça n'a pas duré avec le livreur ; j'ai déménagé, arrêté mon abonnement au journal et élevé des poules. Maintenant, c'est moi qui livre les œufs aux buffets des gares. Je me régale ils ont mis des pianos des urnes à poèmes, des cors à sanglots des sifflets sur les quais des trains tellement rapides qu'on peut les rater. Un café crème comme nulle part ailleurs. Quand je rentre chez moi, les poules sont couchées je me faufile dans le poulailler j'ai une petite chambre, toute petite, au fond d'une coquille d’œuf si fragile, qu'un train qui passe pourrait la casser. (J.E. Sept.2019)
  20. 1 point
    Il a brisé les chaînes qui le retenaient quelque part où il ne voulait pas être, il s'est senti léger soudain, comme une plume sur une aile de vent, qui se laisse bercer ; comme une feuille d'automne, doucement, avant que de retomber durement sur le sol. Bientôt la plume devint chaîne, la feuille devint chêne, de plus en plus lourde et il revint à son point de départ, enchaîné à son encrier et à sa plume, avec un bol d'eau fraîche et si peu d'amour, comme un chien abandonné, attaché à une chaîne au tronc d'un chêne ou sur le dos d'un roseau. Il écrivait du fond de ses grands yeux, prisonnier à jamais des mots impatients qui voulaient sortir, sans l'aide de sa bouche. ô la pression de ses doigts sur ce porte-plume fatal ! Il a regretté ensuite, mais il est vite trop tard ; devant la vitrine du bazar, quand il était petit garçon, il n'aurait pas dû taper du pied, il aurait dû choisir un sifflet ou un sachet de billes, maintenant il est trop tard, et sa mère lui a fait payer cher son caprice d'alors, si semblable au sien : « tu seras écrivain, mon fils, ou rien. » Finalement, il ne fut rien, même pas furieux, même pas heureux, rien. Il fut occis, puis mort dans un silence assourdissant. A quoi ça tient, une vie … A rien, à tout, peut-être juste à un oxymore, à un caprice idiot pour des rêves en kaléidoscope, dans les couleurs d'un porte-plume étincelé au soleil, dans la vitrine d'un bazar où les yeux morts de sa mère sont à jamais incrustés. (J.E. Petites histoires ordinaires)
  21. 1 point
    La forêt ce matin les yeux tout barbouillés de rosée la bouche toute de travers a les chaussures trempées Il a plu des morceaux de lune bleue et la terre a tremblé et s’est fendue en deux La mer cette nuit pour lécher ton menton en retroussant ses jupes est montée jusqu’au ciel L’océan baise avec la belle aux bois dormants je n’ai pas le vocabulaire, les mots pour me faire taire alors j'écris encore la naissance d’une rivière
  22. 1 point
    Un faisan dit un jour à certaine faisane J’ai des plumes dorées faisons doncque l’amour Il y a trop longtemps que par mes beaux atours J’essaie de vous séduire et qu’en vain me pavane L’argument était court pour ne pas dire insane Et la poule insensible à une telle cour Ne put que lui répondre en bonne paysanne Qu’il n’était qu’un bellâtre au bien pauvre discours Mais la nature est telle en cette basse-cour Que l’animal-escroc détenait plus d’un tour Qu’il allait déployer pour réduire la belle Doncque il lui fit savoir qu’un coq de ses amis Fut un soir éconduit et finit en gamelle La pitié fit effet la dame se soumit Où l’on voit que l’amour ne tient pas aux habits
  23. 1 point
    Une super fable pour un sourire dominical, merci @Jeep !
  24. 1 point
    Un très beau poème @ouintenabdel que j'ai relu plusieurs fois avec tristesse mais la fin l'emporte sur une belle note d'optimisme. Un cœur bien mérité.
  25. 1 point
    La forêt veille Sur l'ombre qui bascule Et plonge furtivement Se refuge étourdi A l'aplomb de la nuit C'est alors que foudroyante Souffle la forge Et que recule le cercle palpitant Enflammé d'épines Désorienté la boussole Condamne la silhouette Du forgeron Qui semble se détacher Pour mieux confondre Sur fond d'acier Cette uniformité constituée L'audace parfois Ouvre in extremis La faille de la cohérence Alors la brèche se fait gouffre Et la blessure Naissance.
  26. 1 point
    Tout un drame dans ces vers où se mêlent cosmique, mythe, vie qui s'écoule et coule en veine... Je réagis avec beaucoup de plaisir à cet art poétique et m'interroge sur les crocodiles (ce qui ne gâche rien).
  27. 1 point
    Il y a certains auteurs dont mon appréciation, pourtant déjà conséquente, va croissante au fur et à mesure que je découvre leurs textes. Vous faites partie de ceux-ci. Votre univers est vraiment très particulier, et votre façon de dire les choses me parle beaucoup. Il y a de la magie dans votre écriture : certaines associations paraissent incongrues, mais pourtant fonctionnent à merveille. Comme Frédéric, j'ai trouvé "être une lune perforée par le soleil rougeoyant" fabuleux. Je n'ai plus de cœurs en stock, mais je repasserai...
  28. 1 point
    Un poème aux airs de conte... un peu de magie, une histoire simple, mais, surtout, un message sous-jacent grave et important. Très joliment mené, sans pathos excessif, et, du coup, très efficace.
  29. 1 point
    Il apparaît fantôme Ou graine duveteuse, Nu, tel le premier homme Sur la scène rêveuse, Pour feuilleter les brumes Et nos failles humaines, La flammèche se plume Et la salle incertaine, Dans l'ouïe végétale Se tait, les torts tournés Vers cet ombre sans galbe Au corps d'un E muet. Rick tu sais qu'à ce jour Nous rêvons d'autres cimes, Mais nos cœurs sont trop lourds Et nos ailes infirmes. C'est un pas silencieux, Rien qu'un souffle diaphane, Un blanc sentencieux Sur nos visions en panne. Il se fait oisillon, Tombe rosée ou miel, L'espace est son sillon Meringué d'éternel. Ailleurs et nullepart Soudain apprivoisés, Il se colle au regard Foudroyant des objets. Rick tu signes l'émoi De nos miroirs victimes, Chaque geste de foi Nous éclaire l’Énigme. Ses lèvres lèvent l'ancre, Embarquent son sourire Et tous nous vilains chancres Rejoignent le navire. Barreur nuage au pont Au grand cœur sans volière, Des vagues sur son front Effacent nos misères, Le poids qui fait survivre, Et ses yeux bleus hissés Lancent la mer à suivre Vers une aube à tisser. Rick tu saignes le chant Que le silence rime, Tes tics, tes tocs, pouls lent, Est-ce l'âme et sa lime? Soudain, toujours plus pâle, Il tombe et se relève, Il court après un châle, Le parfum de ses rêves. Puis succombe à genoux, Ne sachant trop que taire Devant ces cheveux roux, Cet inconnu de plaire. Et, il a mal, il ploie, Quand vient le mieux-aimé, Quand la scène est pour trois, Lui-seul reste à pleurer. Rick Tuss, ne t'en fais pas, L'amour n'est pas la dîme A payer ici bas Pour tous les pantomimes! Il n'y a plus de sève Dans ses muscles voyelles, Le spectacle s'achève Sur des lèvres cruelles, Sur des yeux sans merci, Et son âme en sanglot, Son halo incompris, Tel le cri du roseau, Souffriront sans rictus, En se brisant à peine, Dans le secret motus, Dans le noir des déveines. Je t'aime mon ami!... Viens! Fais-toi l'éponyme Des fleurs de paradis, Loin, loin, de cet abîme...
  30. 1 point
    Wow ! Je suis admirative de la puissance de ce poème et des images déployées. "Cette ombre sans galbe au corps d'un E muet", "meringué d'éternel", "une aube à tisser", "ses muscles voyelles" : J'en perds mon commentaire ! Je laisse un cœur dire ce mes mots ne peuvent pas...
  31. 1 point
    Voilà ... l'été est fini, qu'on se le dise, depuis Nice jusqu'à Cassis la lavande a séché dans les petits sachets qui chassent les mites ; on ouvre les volets ! Car autant l'avouer, l'été, chez nous, on ne voit pas le jour, derrière nos espagnolettes ! On n'entend que les bruits, depuis la guinguette aux cigales dans les pins et on trouve ça joli ! On est tous un peu poètes, ici. Voilà ... les cigales se taisent les guinguettes cessent leurs nuits de fournaise, c'est ainsi qu'on sait que la saison morte arrive. On s'en va au marché acheter des cache-nez et puis on se laisse tenter par une cigale en terre cuite qui chante comme la vraie mais en toutes saisons. Nous, quand même, on a du chagrin quand les cigales se taisent et que les guinguettes ne sont plus que des braises. Et puis on passe à autre chose, au coin d'un feu de cheminée avec des amis qui s'extasient sur nos roses et nos bleuets et nos conserves pleines d'arômes. Pour n'importe quel cœur, du plus tendre au plus dur, quand le couvercle se soulève, c'est le soleil qui se lève ! On tolère l'hiver, on n'a pas le choix sauf si on aime le ski mais alors, on n'est pas d'ici. Quoique ... la neige c'est joli sur les montagnes loin d'ici ! On vit en maillot de bain sur le sable - ou sur la paille - pour les prospectus de l'office du tourisme. On se console, peuchère, en regardant la mer en mangeant des olives et un bon Saint-Pierre ! On ne peut pas être triste ici c'est interdit quand on a mal quelque part, on se fait une infusion d'herbes aromatiques on va voir un copain on joue à la belote et alors, même s'il neige dehors, on entend les cigales qui reviennent chanter dans notre accent ! On voit les tournesols tourner la tête vers le soleil ! Les gens du sud ont l'amitié facile le sourire enjôleur ; on ne résiste pas à leurs yeux charmeurs ! (J.E.)
  32. 1 point
    J'aime les pays où l'ombre est un besoin disait Stendhal...Bravo! Jo!
  33. 1 point
    Elles s’appellent Myriam Violeta ou Colombe Tous les 3 jours sous les coups s’ouvre une tombe. Peau couleur ébène pain d’épice ou bien de lys Visage lisse doux miroir des 20 petits printemps Ou visage parchemin tissé au fil du temps Mais en commun la mort fantôme et l’injustice. La lucarne du diable s’ouvre sur le monde 20h. L'écran capture et déverse l’horreur Conflits migration pollution suinte la peur Pour des crimes lointains que nous jugeons immondes Mais au coeur de nos villes de nos villages L’horreur existe des femmes vacillent sous les coups Leur bourreau inflige la mort elle est taboue Silence sur les cris et le feu de l’orage. Le silence de l’indifférence. Il est trop tard. Sonia Violeta Colombe Judith Christine Rachel Myriam Rose . . . . . .
  34. 1 point
    Un poème solide fait de bois noble, pas de contreplaqué ici. La scie des trois derniers vers est très habile et j'aime énormément ce passage : L'intensité de la douleur émotionnelle, qui est telle qu'elle se fait physique, y est exprimée parfaitement.
  35. 1 point
    Je vous invite ici en toute complaisance À m’écouter encore et croire en mon délire Puisque rien n’est meilleur et en toute innocence Que dire des mots doux que vous devez ouïr Si me croyez Madame à force d’insistance Vous pourriez succomber au pouvoir des soupirs Et connaître ce jour mon désir en puissance Qui sans cesse s’accroît au risque d’en souffrir Mais je lis dans vos yeux comme une résistance Que n’ai-je le bonheur de savoir vous séduire Feignez-vous seulement cet air d’indifférence Conquérir votre cœur serait ma délivrance Las je perds la bataille et n’arrache un sourire Qui n’est que de pitié si ce n’est de défiance
  36. 1 point
    Joliment suranné, ce sonnet très bien construit nous rappelle que l'amour ne triomphe pas de tout... Le vocabulaire est largement dans le champ lexical de la guerre, pourtant le narrateur n'apparaît pas agressif, au contraire. La seule violence ici est celle de ses sentiments. J'aime beaucoup Jeep
  37. 1 point
    Bonjour @ouintenabdel, si je le pouvais je déposerais 2 cœurs pour ce poème où vous abordez un sujet tellement grave, avec tant de délicatesse. Et si le rêve le permettait aussi, je verserais un flot de larmes pour remplir cet étang vide. Vide aujourd’hui...mais demain ? La roue tourne ! Merci pour ce délicieux poème qui dévoile si bien la sensibilité du poète.
  38. 1 point
    Une déclaration d'amour aux mots, au français et un constat sans appel qui refroidit le cœur. Je me demande combien d'enfants aujourd'hui cherchent encore un mot dans un dictionnaire, puis de mot en mot, de définition en définition, de page en page, connaissent la joie de la chasse au trésor linguistique...
  39. 1 point
    La relation sort de la couleur chimique L'évidence diversifie le roseau Exercice toujours plus aride Sombre et gouverné pêle-mêle Par l'inspiration opaque de l'écriture Tentative de l'image Fragilité parallèle du vertige Echange fondamentale de la matière Accueillir sans chercher l'abandon L'hermétique ne peut changer l'attitude Le fragment englobe l'obscure Nier suggère le tissage de l'extrême L'extase travaille à métamorphoser Le tarissement discontinue de l'aurore Le désir s'oppose Fertilité apprivoisée Dans la faille négative du formel Cohérence médiane L'antique superpose le tunnel du partage Savant désir entrelacé de clarté Et de géométrie variable Choisir s'accorde la différence Le désordre trace la contradiction Injustifiable itinéraire Qui s'empare de la distance Exil théorique de l'incohérence.
  40. 1 point
    Bonsoir @Joailes, Je partage sans réserve ce constat de délabrement de la pratique de notre belle langue, malheureusement, l'exemple vient de haut, d'en bas aussi... Les joueurs de Scrabble ont un dictionnaire spécial en ''français'' où l'on trouve des mots chinois, russes, anglais, etc. , alors que des mots présents dans le Littré sont exclus, c'est un peu la Novlangue de George Orwell dans son célèbre roman '' 1984 ''. Bravo pour ce beau plaidoyer !
  41. 1 point
    Les violences infligées aux femmes sont légion. Merci de nous le rappeler en vers s’il vous plaît. Cette infamie doit être dénoncée haut et fort. Bravo.
  42. 1 point
    Graine noire tombée dans l’aube tiède de ma paume, insouciante amante d’un soleil en devenir le parfum de la cité jasmin dans ta chevelure دمشق
  43. 1 point
    @Joailes Moi, je te causais du célèbre cabaret de Montmartre, l'ancien cabaret des assassins ! Ah ! la boulette.
  44. 1 point
    @Frédéric Cogno, Un poème qui, sur la durée, dégage un parfum énigmatique n'appartenant qu'à la poésie. Man, c'est du lourd ce que tu nous as pondu à c't'heure ! Un bon moment de lecture et de méditation... Et hop ! Un coeur.
  45. 1 point
    Très beau poème symboliste on ne peut plus énigmatique. Rick tuss, ce pantomime au large rictus que le lecteur prend en pitié grâce à votre superbe plume, ne représente-t-il pas un peu l’Homme avec un grand H, livré aux affres de la vie, une vie bête à pleurer ? Bravo !
  46. 1 point
    Poignant et douloureux, hélas d'actualité ...
  47. 1 point
    Du pur Frédéric ! Chapeau bas ...
  48. 1 point
    Le réel permanent pointé au bout de la plume. "Déclaration des droits de l'homme "
  49. 1 point
    il n'est jamais trop tard pour combattre l'indifférence. Bravo pour cet émouvant plaidoyer pour que cesse de telles horreurs.
  50. 0 points
    La terre ne tourne plus rond le compas a perdu son crayon ne reste que la pointe de l'épée les mots se dispersent les lèvres gercent où est le cercle l'ortographe fout l'camp on la flagelle, on la textote, c'est vrai qu'on gagne du temps pour parler avec ses potes mais c'est dommage ses lettres de noblesse disparaissent et la ponctuation s'évapore moi, j'aimais bien « je viens te chercher, Princesse » plutôt que tumeplé en SMS ils font des remaniements de drôles de raccourcis et dans la pâtée de Fido j'ai trouvé des mots en copeaux ils se sont mis à aboyer j'ai perdu le tempo ils ont trafiqué le dico bientôt la vilaine fotedortograf n'en sera plus une les règles de grand-mère sont loin derrière avec la conjugaison dans leurs combinaisons de nylon pour les rombières de soie pour les banquières, elles m'emmenaient dans leurs jupons avec leurs papis russes et leurs histoires d'un autre ton J'étais la boutiquière du coin d'la rue Apollinaire j'vendais des poèmes, des tas de souvenirs et l'almanach Vermot mes vieux dictionnaires avaient vécu et les érotiques ne plaisaient plus J'ai mis la clé sous la porte-plume bouquiniste c'est désuet comme l'odeur des encriers ; ma tête sur l'enclume j'ai regardé mes bourreaux ils s'envoyaient des signaux en bougeant tous leurs doigts sur des cadrans électroniques après le dernier mot, en abrégé comme il se doit, sur un clavier psychédélique ils parlaient une langue que je ne connaissais pas. Je fus graciée, grâce à cela. Ma boutique est morte je vends des chocolats pour m'acheter un pas-de-porte ma chandelle, n'en parlons pas, la plume du sergent major est chez ma tante cette année les clous ont rouillé sur ta tombe il y a un hortensia le temps continue son œuvre il n'y a nul endroit dans le monde où la paix me pénètre autant, la terre redevient ronde et je retrouve mon crayon Demain, j'irai faire mon marché, comme si de rien n'était comme si les mots étaient restés ici, à cet endroit, où, au fond, peu importe l'orthographe puisque on se parle encore, comme autrefois dans les patois et puis j'arrêterai d'écrire parce que je ne saurai plus tous les mots pour le dire auront disparu. Ce soir, moi, la boutiquière du coin d'la rue Apollinaire qui vendais des poèmes, et l'almanach Vermot je suis rentrée chez moi avec un spleen gros comme ça je n'ai pas su que faire je n'avais plus de mots je pleurais mes dictionnaires et mes almanachs Vermot alors est arrivé Apollinaire avec une bande de rigolos on a passé la soirée sur la mer sur un joli paquebot je n'ai plus jamais rien écrit après ça je n'aurais su le dire en abrégé. (J.E sept 2019)

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