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  1. Joailes

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Contenu populaire

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  1. 15 points
    Les poèmes composant ce triptyque effroi | douleur | espoir ce matin c’est le froid qui l’emporte pourrai-je un jour rouvrir les yeux le ciel a plombé les nuages et les cernes ont fleuri la chambre est grise dehors il pleut la nuit frappe contre les vitres derrière la porte c’est le calme la bouche béante du couloir s’étire vers quelque horizon perdu je ne sais pas si je pourrai marcher un jour
  2. 13 points
    Derrière la fenêtre « Il faut aimer debout et se donner au vent tant qu’un oiseau viendra » Philippe Jones Un gros grain tangue la mouette Écharpée de bourrasques Tache foudroyante sur gris brumeux Oxydée de vent, tresse ses plumes Au demi carreau à l’ajour. J’écoute Vangélis Conquest Of Paradise et Hymn Déguste tongue feel un whisky d’Islay Nez marin aux embruns tourbés Je nous ressens, je nous entends. Tu appelles de ta voix la houle Mon éphémère incertaine Drapée dans le verbe amour Toi l’absente si vivante des jours fanés Pourrais-tu encore m’envelopper ? L’oiseau orbe à grands traits mouillés Volutes de solfège, amples notes Chœurs puissants et voix cristallines Battements d’ailes orgasmiques, la matière s’épaissit. Mezzo voce, l’oiseau s’alourdit. Entoilez l’art ! Image fossilisée de la lumière Diaphane, immense grâce sans calcul sans coach Instinctive, juste étonnamment libre, rémiges folles Ma muse, je t’offre le temps emblavé au plat de terre, Et te rêve émerillonnée ici-bas, sans mésaise !
  3. 13 points
    Flot d'humains charrié sans discontinuer Sang métissé coulant dans les avenues Globules masculins et féminins à nu Orgasme du néant jusqu'à en hurler Les artères grises expulsent un air vicié Sur le macadam résonnent les envies Les passants avancent en pas d'agonie Danse macabre des foules condamnées Les débris de l'enfance jonchent les trottoirs Dans les caniveaux flottent les âmes perdues Elles s'accumulent dans les égouts en crues Un vagabond s'en saisira comme mouchoir.
  4. 12 points
    Reste encore un peu à cette heure du soir que ton ombre ne s'égare dans le vide de la nuit Ouvre-moi tes mains que j'y puise ton odeur que rien ne soit perdu que menace l'oubli Reste , si tu peux dans le souffle de ma vie avant le feu qui s'éteint ayant brûlé l'inaccompli Prête-moi tes yeux j'ai envie de rêver le ciel est déjà gris mais ta lumière me suffit Si tu n'es qu'un murmure le sourire d'un instant au seuil de chaque jour je m'assieds et je t'attends
  5. 12 points
    Equilibre 48° 03' 03" N / 04° 59' 55" W Coordonnées du phare d’Ar-Men « Le raz de Sein / Sordide séducteur / Absorbe les marins / Ressasse les erreurs » Papy Adgio J’aime cet instant à nul autre pareil ce moment si particulier parce que singulier où l’immensité océane est étale fausse mer d’huile au ciel baignant l’horizon miroir dépoli d’une marée de mortes-eaux où les navires reposent comme des ex-voto. Sorte d’entre-deux au temps figé qui joue la discrétion et ne dit mot à peine un bruissement, peu de clapotis tout se passe ailleurs, là où un trésor d’ingéniosité se déploie, en dessous de la ligne de flottaison. Car les forces en présence s’épient, se jaugent ne bougent plus, avant que de se tester l’une l’autre efforts invisibles mais sans relâchement aucun où rien ne transparaît à la surface des flots. La bataille est-ouest se fait en catimini des notes de blues fécondent des rythmes rock’n’roll c’est une salsa sous-marine aux reflets aquatiques que grands et petits téléostéens apprécient « comme un poisson dans l’eau ! ». Je songe aux joueurs de cartes je songe au long corps noir du submersible je songe encore aux périodes des amours les combats sont partout où les sentiments existent qu’ils soient faits d’amour ou de haine… Je concède ce pas, mais tu m’assures celui-ci je cède sur ce point mais j’obtiens celui-là je passe ma route mais tu ne me demandes rien et ainsi de suite, nous sommes des mendiants de tranquillité et moi je recherche l’intranquillité de la bagarre de celles des grandes marées, des marnages hauts des estrans submergés d’écumes nerveuses blanchies de colère aux mouvements irascibles ! Je songe à la carte gagnante, de celle qui m’assure un proche avenir dans le différend qui m’oppose à l’autre voire une ouverture auprès de cette fille du Nord…Ouais Je songe, mais le temps s’est remis en marche les aiguilles à nouveau dictent leur loi et l’est tire l’ouest et les écueils disparaissent la terre diminue, le paysage rétrécit, le ressac frappe l’Enfer des Enfers est au rendez-vous comme toujours. Un nouveau cycle se fait jour. La lune pointe son nez. Un vis-à-vis lointain avec le feu de la chaussée de Sein qui lorgne les espaces sombres des creux froids et des lames lunaires trompeuses et instables. Une sterne me suit, elle semble me dire « Garde les pieds sur terre… » et j’en souris.
  6. 12 points
    Ôte tes souliers. Que tes pieds de mie s’enfouissent à demi, dans l’humus caressant, Accablée par le poison des âmes bannies d’amour, Épuisée de te contorsionner, Enrobe-toi. La lumière flamboyante de chaque feuille agonisante est la traîne de tes noces. Désabusée de n’être pas, enfant damnée, Tu te pares. Que le lierre immortel soit la couronne éternelle de ton union. Cloue la porte de cette bâtisse surannée, petite pâte à te modeler, Parfume-toi de sa légèreté ineffable. C’est la forêt. Pars. Toi, Ce soir, tu te maries avec le hêtre et tes racines transcendent la voûte, Là. Tu es une.
  7. 11 points
    La terre s’effrite…lentement (TV Tower Hill, Kabul) Poussières de poussières au cœur de la terre humaine d’hommes poussiéreux fantômes de sables terrestres de terre Habillés de sépia à la terre chargée de tout de rien le temps s’étale entre hier et demain Inaccessible aux yeux voilés pluie asséchée ne voulant pas mourir s’accrochant aux linges blancs aux linges bleus Hommes et femmes femmes et hommes effacés en mouvement cicatrisés de lumière nidifiant l’ombre instable La terre rencontre la terre d’où les mains émergent d’où les yeux s’éveillent Leurs pas progressent et la terre les suit jusqu’à les coucher lorsque leurs âmes fatiguées prient d’arrêter leur errance improbable De venir les délivrer les emporter doucement vers un rêve bleu qui écrirait demain comme le ferait le murmure d’un enfant ouvrant les yeux. Les enfants de terre… (Zanabad, Kabul) Les enfants de terre sortent de terre coulée de lave Maisons cubiques façonnées par la main de terre de l’homme terreux Les enfants de terre naissent en terre Fourmilière vomissant l’humain grouillant dans la poussière de terre Les enfants de terre ont les yeux noirs du charbon qu’ils n’ont pas les mains sales de l’eau qu’ils n’ont pas les tissus usés de la pauvreté dont ils héritent Les enfants de terre sont des petits guerriers de vie Ils portent des fardeaux plus gros que leurs petits corps Ils ont le visage des adultes sourient si peu sont préoccupés Ils faut ouvrir les yeux demain ! Les enfants de terre n’ont pas l’âge de leur jeunesse les enfants de terre ont les yeux tristes de ceux qui se savent damnés Les enfants de terre sont le sel de la vie ils se battent silencieusement loin des bonnes intentions des beaux messieurs au langage policé encanapés dans les salons d’Occident ou d’ailleurs. Les enfants de terre ont faim ; ils ne crient plus ! Les enfants de terre ne communiquent pas avec des téléphones Ils parlent avec leurs yeux aux yeux de leurs semblables déterrant les doutes qui font venir les larmes Les enfants de terre sont des soldats d’Espérance Et les adultes les voient comme des enfants déjà devenus grands eux qui sont hauts comme trois pommes Les enfants de terre sont des filles des garçons Leurs maisons n’ont ni porte ni fenêtre Elles sont ouvertes sur d’autres maisons ouvertes Entre la terre de la maison et la maison de terre il y a les enfants que l’on enterre et les adultes qui retournent si jeunes à la poussière Les enfants de terre n’ont plus de larmes La terre a tout absorbé !
  8. 11 points
    il me faudrait un brin de folie que les mots s'enchevêtrent dans ma paume poussent sous mes ongles s'ancrent dans mes rhizomes que mes images se télescopent en une calligraphie réplique de mes illusions
  9. 11 points
    La trentaine, des cheveux noirs coupés en frange, une mèche rebelle tombant devant ses yeux, des mains pour caresser, gantées d’une peau d’albâtre sous laquelle se dessinent des veines en arabesques… Belle étrangère, vous étiez la princesse de ce wagon rempli de singes savants costumés. Face à vous, je demeurais avec mon cœur mis à nu tandis que vous vous drapiez dans le rêve. Des pages se tournaient dans un froissement de silence écorché par le bruit de l’acier sur les rails ; des regards se cherchaient en prenant soin de s’éviter ; des effluves d’existence se frôlaient en veillant à ne pas s’étreindre. Un sourire était venu habiller vos lèvres. Je me suis fracassé dessus, me perdant dans le décor des lignes de ma lecture. Les phrases du roman tombaient l’une après l’autre à terre devant vos pieds. Je n’osais me pencher par peur de fissurer ce rêve que vous teniez et qui vous habitait à la perfection. Dans les noirs tunnels parisiens, j’ai goûté silencieusement à votre reflet. Un goût doux et sucré, un parfum aux éclats d’enfance parsemé de pépites de nostalgie coulait dans le gosier asséché de mes songes. Capturant votre reflet sur la vitre, je l’ai soigneusement déposé sur mon cœur mis à nu. Les pages du livre étaient blanches. Il me fallait de nouveau écrire l’histoire. Les notes suaves de vos doigts effleurant amoureusement les pages de votre rêve pour les coucher sur un lit de tendresse amorçaient une danse sensuelle sur le bord de mes tympans avant de s’embrasser, le tapissant de la plus sublime des mélodies. Mon oreille si imparfaite était absolue. Chaque page tournée écrivait la partition de votre image. Quand vous avez quitté ce wagon, belle étrangère, vos pas ont foulé ces mots qui gisaient à l’agonie. Sans doute ne le saurez-vous jamais, mais si vous avez senti votre cœur frémir ce jour, votre trouble ne fut que l’écho d’un homme dessinant l’esquisse de votre souvenir à l’encre frémissante d’un reflet capturé tout en murmurant les contours de votre présence au passé.
  10. 11 points
    Voué à la noirceur d'un poison indolore, Il me vient des envies sous ta lune effeuillée... Ô rhésus de la nuit toutes griffes dehors! Sais-tu que tout mon sang prend ton goût de damnée?.. Ivresse de ton ombre à l'affût des coulures! Ta foulée en canon entre rut et tanière, Te transforme en un croc pour l'ultime morsure, Un baiser des ténèbres au parfum de panthère. Viens, extase ou sentence à la pulpe fatale! Croque-moi en douceur pour l'amour d'une étoile, Oeuvre pour mon sexe témoin de l'hydre blanche, De ta bouche à tes seins que je meure à tes hanches!...
  11. 11 points
    Comment trouverais-je les mots quand je voudrais l'oubli ? Alors pour l'indicible des mots d'emprunts, mots qui hantent mes maudits non-dits. Sûrement pas demain sûrement pas dès l'aube, mais oui, un jour sur le chemin qui va par la montagne et la forêt. Six années et je n'y suis jamais retourné, j'espère que tu reposes en paix. J'aime la terre et ses pierres brutes pleines d'aspérités, mais du marbre lisse et froid sourd la tristesse d'un monde glacé. Là, à l'affleurement, mes sentiments sont comme une roche qui s'effrite, au coeur de la strate brille encore un peu le mica dedans. Avant l'alluvion déposée, avant les coups de vent, avant le coût du temps, on s'était murmuré des je t'aime, je te lisais mes poèmes, tes cheveux roux sur ton corps, c'était de l'or, tu sais, j'en étais fou. Sûrement pas demain sûrement pas dès l'aube, mais oui, un jour de faiblesse sur le chemin qui va par la montagne et la forêt. J'irai un peu à l'écart du cimetière, tomber à genoux sur la terre les mains dans l'humus qui recouvre les roches. J'écouterai le vent se glisser dans les branches, seul dans le silence retombé et dans l'espoir du pardon, je te dirai...
  12. 11 points
    Les biens et les maux sont similaires Macérés dans l'éthanol. La fillette chante les chants d'hiver Pour raviver le cœur des hommes. Des âmes se meurent de solitude, Leurs corps las se joignent à la danse. Les pavés d'or de Paris s'usent, Se voudraient piétinés d'argent. Roi de Belfort, L’avez-vous vue Dans ce désordre D’enfants déçus ? Roi de Belfort, Elle, a tout vu ! : Malices du sort, Grands gens déchus. Et les saules qui miment les louvoyants Au gré des coups, au gré des vents. Et les chaudes larmes coulant du ciel Sur les fleuves aux traits superficiels, Sur le givre figé par-dessus les plaines, Sur les peaux plâtrées, dans les veines. Trop loin des plaines, trop près des fêtes La petite sèche ses allumettes. Roi de Belfort, L’avez-vous vue Griffée au corps, Enfant déçue ? Roi de Belfort, Elle, a tout vu ! : Les mises à mort, Les anges perdus. Au coin d’un feu, au coin d’une fête Rue de l'enfer, rue Rochereau. Boui-boui terni, couleur de l’eau, Et ses rythmes ignés qui m’entêtent. J’y hume le pain d'épices ou l'éther, Nourris les gueux de rêves mourants. Un vieux père vagabond me sert, La fille se noie dans son absence.
  13. 10 points
    Le monde est noir profond, l’avenir semble éteint La vie s’est retirée ne laissant que des ombres La lune s’est drapée d’un immense manteau sombre Les couleurs sont parties jusqu'au petit matin. Je suis enveloppée par la nuit de satin, Je vais de pièce en pièce dans la froide pénombre Mon cerveau s’est défait de tout ce qui l’encombre Je regarde sans voir, dans un miroir sans tain. Quand le sommeil me fuit, je plonge en moi, je fouille, Et soudain par hasard dans les éclats de rouille Je trouve comme une pépite, une perle qui luit. C’est une fleur délicate aux étamines dorées, Une couronne de mots dont je me suis parée Pour qu’enfin reste en moi l’espérance qui fuit.
  14. 10 points
    Je me souviens de cette aurore Qui guettait le ciel endormi Entre le silence céleste et le chant humain. Les espaces floraux des nuits passagères Recueillaient les voix confuses d’immensité. Les notes musicales à l’affût de partitions Devenaient des chansons d’amour Des trilles suaves sous l’archet d’Aphrodite. Je me souviens de ces heures de feu Qui parfument les nuits blanches du solstice Au brasier ardent des passions. Lorsque les rayons lumineux des âmes Dardent leurs sarments criblés d’étoiles filantes. En enfantant le jour sacré du printemps Sous une pluie de météores transparents Je pouvais croire au miracle d’aimer. Je me souviens de ces retours aux sources Dans l’antre de l’univers primitif Qui sait taire les chagrins frissonnants. Sous la froidure d’un passé insatisfait J’attendais le bonheur la fleur à la boutonnière. Dans l’augure de folles étreintes Les bras accrochés aux ailes du plaisir Je m’enivrais alors de la folie des sens. Palpitant sous les alvéoles du cœur Le tendre corps à corps accueillait Les soupirs déferlant sous l'humus. Dans le sillage d'un parfum de soleil J'étais délivrée par l'écume du jour. Je me souviens de sensations balsamiques Perçues dans l'opalescence des clairs-obscurs Je dégustais alors le miel enrubanné de rêves.
  15. 10 points
    étanche est le silence qui nous sépare aucune fissure aucune faille même pas un sourire pour le bouger. on a muré l'espace avec des silences concassés et on parle par signes en palpant l'amour en oubliant que l’âme introvertie d'Icare s’approche de plus en plus du soleil.
  16. 10 points
    À l'abri du bosquet qui coiffait la colline, Sur le chant d'un oiseau tu te couchas plus belle, C'était la fin du jour sur la portée câline, Ton dos couvrît le sol quand se tut la sittelle. Le doux silence vint nous scellant un langage De baisers inconnus à cent feux à la ronde, Je te faisais l'amour, nous étions seuls au monde, Rien que le vent curieux derrière le feuillage. Pour nous ficeler d'or et dans ce merveilleux, Une brise au long fil passa tout doucement Sur les plus jolies fleurs, dans l'entrebâillement, Faisant sur nos poignets un lien des plus précieux. Emporté dans l'élan, je te levai au ciel, Je te fis tournoyer à portée de la buse, La grâce de tes yeux renversant l'Éternel, Ce n'était plus deux proies mais une valse-ruse; Et dans leur folle chute avant l'ultime à-coup, Retrouver le soleil adoubait le mois d'août, Quand un nuage chut, victime d'une crampe, Il hissa ton regard sous les feux de la rampe. Fine éclipse de larme éprouvée par sa course, Cet émoi recueillit l'enlacement des sources, Et derrière l'orgasme, crique aux rinceaux de mer, Une étoile dormait sur un édredon vert...
  17. 10 points
    L’Argile des mots Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire Cette ombre-soie qui fait lumière Lorsqu’elle effleure ton regard Il y a l’ocre où tremble le chagrin Tels ces jardins après la pluie Quand chaque larme est un pendant d’oreille Dans l’éclaboussement du soleil Il y a le bruissement des livres Le froissement, le murmure Ces fragrances d’épices des pages que tu tournes Dont tu dévoiles à voix haute le secret, le sacré Il y a le chant de ta bouche A peindre, à embraser, photo volée Ses rocailles et ses velours Son rire de geai, sa danse fauve Il y a la brûlure des écrits Leur bouquet de joie Leur fleuve tendre Leurs arabesques Et cette encre de sang Profonde, impérieuse, messagère ! Et puis Toi, le passeur de paroles…
  18. 10 points
    Ses cheveux sont aussi noirs que son regard Ce regard de femme-enfant aussi enjôleur que terrifiant. Pour parfaire son image, elle accorde sa bouche et ses cils A sa couleur dominante. Elle n'est apparemment qu'obscurité Et pourtant... Elle se pose là. Comme un joli point noir en bout de phrase. Elle s'impose, Point à la ligne. J'aurais voulu être la majuscule qui la suit Ou plutôt, La minus-lettre qui la précède. Lui donner tout doucement la main Et lui laisser dicter le rythme. Car au bout de ses doigts, Je ne me pose plus d'interrogations! Elle est le point qui me met en suspension. Je balbutie, aussi proche de la dyslexie que de l'apoplexie. Ouvrez les guillemets, vite, vite: il faut que je respire! ... ... Fermez-les, je suis guilleret: Elle me tient toujours la main. Elle a mis les points sur tous les i: Ses yeux charbon m'invitent à la suivre. Point de tergiversations. Entre parenthèses, j'avoue: J'aime bien quand, entre elle et moi, ça se termine par Trois petits points. NB: Ce texte est issu de mon recueil "B-rêves", je l'ai brodé en vue d'une exposition qui aura lieu à l'automne prochain.
  19. 10 points
    Rocs noirs Vous les charbonniers Issus du monde sous-marin Stalagmites géantes Déchirant le lin de mer Aux fils d’écumes capricieux Vous tentez vainement de les renouer. Blocs noirs zébrés de morsures Aux branchies inutiles Mollusques pétrifiés Aux caractères bien trempés Opiniâtres jusqu’à la témérité Isolément, vous faites face Et ne reculez pas d’un pouce Au bas de la pointe du Meinga. Les ajoncs et les bruyères Les fougères nichées ici et là Autour de la chapelle du Verger - Ex-voto pour bisquines fatiguées - Assurent le guet jusqu’à bon port ! Et des larmes de roc aux larmes de corps S’écoule le sel de la vie. Et des brumes d’été aux vents contrariés File le temps aux reflets d’or. Et de tes yeux tout ennuagés D’une fine pluie, harpe insaisissable Se lit une symphonie arc-en-ciel. Voussure aux larmes généreuses Ligne de partage des eaux Où ton sexe larmoie de transpiration Vers l’océan, ta mère d’adoption. Et je ferme tes yeux Et je ferme les miens Pour mieux te rencontrer Pour enfin mieux de voir. Tes cheveux fous s’encordent Et moi je m’y amarre De toutes mes forces Fille du vent aux lignes lactescentes Je suis ton souffle Tu es ma respiration. Et ainsi nous cabotons Vers un horizon instable Fort et faible de nous Au lit des différences Je crie ton nom Sur l’immuable roc.
  20. 9 points
    dehors il pleut avec des instants - en moi avec des années. et l'air est sombre et larmoie des oiseaux. mon sang a la couleur du marronnier et les pleurs m'embrassent comme un torrent - sans motif. le temps est plus triste qu'hier et la rouille tombe sur moi - leitmotiv.
  21. 9 points
    pour la version musicale, je n'ai pas trouvé le moyen d'encoder le mp3 dans un format de fichier requis. @Eathanor, une solution ? Cependant, si un musicien de cette belle contrée poétique est inspiré par ce texte, je serais heureux d'entendre une version chantée ! LE FOU ET SA REINE (texte - Pierre Brandao ; musique et interprétation : Yug Cougar) Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi Le tour des mots fait que ma peine A meurtri le pion de mon désarroi Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi. J’épouse à l’orée des silences Le châtiment d’un poète maudit Toi sur les blanches tu t’élances Oubliant la passion et l’interdit Reste le souvenir, Reste le souvenir… Si ma défaite se déchaîne Au risque de provoquer ton effroi Supplie qu’un soleil de phalènes Adoucisse le feu de mes pourquoi Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi. Je me bats sur un territoire Mais je sais le combat déjà perdu Il reste cette belle histoire Sur l’échiquier le fou est descendu Je suis échec et mat, Je suis échec et mat… Au jeu d’ouvertures tu mènes, Stratège remarquable au regard froid Tu abats les pions dans tes chaînes Pour le plaisir de terminer par moi Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi. Rangeons le plateau dans l’ armoire Afin que les regrets soient moins amers Ton fou à l’haubert dérisoire N’écoutera pas l’appel de la mer… La folie c’est aimer, La folie c’est aimer… Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi Le tour des mots fait que ma peine A meurtri le pion de mon désarroi Je suis ton fou, tu es ma reine, Me ferai plus cavalier que ton roi. Pierre Brandao
  22. 9 points
    Qu'as-tu envie d'écrire, ce soir, demande la plume du comique, du gai, du triste, du désespoir du blanc, du noir ? Au risque de vous décevoir, je n'écrirai rien, ce soir quoique … ce serait trop bête après tout, puisque je suis là voyons voir où en sont mes palettes nécrose sur les roses, chancres sécheresse des encres les écorces sont ulcérées cette année on n'aura pas de pommes ni même de pommiers en face, un voisin est mort depuis dix ans son chien est toujours là, il l'attend le sol s'écroule sous les tapis en trompe l’œil reste-t-il un peu de tendre, des mies dans les croûtes de pain ? il gèle à pierre fendre et on ne sait plus d'où vient le va, le vient du vent qu'as-tu envie de peindre, ce soir, demande le pinceau et soudain perce une rose venue d'un doux berceau il pleut de l'or sur tout, partout cette année les cactus vivront toujours en explosant de fleurs incroyables viennent-elles de Dieu ou bien du diable en face, un voisin a tendu la main aux enfants de dix ans qui promenaient leurs chiens le sol n'est plus que clé sur la portée sol solution solitaire soleil il fait très chaud, il y a des palmiers décoiffés de vents bons ou mauvais et puis, au quatre vingt dixième étage de la tour Machin chose un incendie s'est déclaré huit morts mais c'est normal terminée l'encre rose la noire ne sèche jamais demain, dès la première heure j'irai chez le marchand de couleurs encore un fond d'encre rouge je l'écoule … sur un balcon, entre deux étages, une dame entre deux âges en dessous rouges légers comme des coquelicots on dirait Betty Boop la cuisse alerte et un joli plumeau entre deux bavardages, deux lavages d'étages elle rend le sourire aux godelureaux un fond d'encre bleue reflète le ciel et l'eau pas le temps d'écrire un mot ça y est mes chandelles sont mortes il faut que j'ouvre grand les portes ces filigranes d'encre verte qui jaillissent de tubes desséchés J'ai tout mélangé les encres, les peintures et les toiles d'araignées je termine une toile commencée au mois d'août avec cette pointe de jaune au bout du pinceau le soleil caresse jusqu'aux touches du piano Ô finir ainsi, un soir de février au crépuscule incolore le blanc blesse, le noir devient indolore et l'espérance de demain chez le marchand de couleurs. (J.E. Février 2019)
  23. 9 points
    aujourd'hui j'ai dépoussiéré mon cœur j'ai nettoyé mes vers d'encre j'ai caché les sabres les boucliers j'ai allumé la lumière dans ma chambre et je t'ai attendu. tu es rentré comme dans une forteresse vétuste puis assis dans mon coin tu as commencé à me parler d'ailes je n’entendais pas ta voix seulement un frémissement.
  24. 9 points
    Hélas soudain j’ai vieilli quelle bizarrerie Et inlassablement je cherche au fond de moi Cet enfant blond au front rêveur qui m’a trahi Celui dont la chair était peut-être ce moi Ici je ne vois plus cette main indécise Ce regard émerveillé dans la lumière Quant au soir sous juillet tombaient les cerises Mêlant au vent le murmure des roselières Quelle vague quel soleil dans l’écume des heures Retient les rires penchés aux fenêtres du temps Quel nuage en de secrets vents sait mes pleurs Quel pétale se souvient en un froissement Etait-ce moi dans l’hasardeux dédale des chemins Sous le regard clair du jour au pas si pressé Ma mère silencieusement nous ne faisions qu’un En nos nuits vermeilles que le temps a délaissé
  25. 9 points
    Dans le château de nos promenades improvisées, Aucune herse ne pouvait éventrer nos pas, Ces pas qui embrassèrent tant de pièces. Souviens-toi de cette cellule toute de lichen, De ces algues pourpres caressant ta peau De ces oraisons marines dorénavant stagnantes. Rappelle-toi ce petit salon tapissé d'aubes. Tu voulais y peindre la mer et ses exils infinis, Mais ni tes mains ni ton regard ne savaient dire. As-tu oublié cette salle aux arches voûtées ? Entre tes lèvres mortes, les mots bâillaient ; Tu mâchais et recrachais des heures rancies. Enfin, as-tu souvenir de ce donjon perdu ? Nous y tisonnions nos chairs encore vivantes. Il ne reste plus que des squames mémorielles.
  26. 9 points
    Elle est née d'un regard, d'un baiser sur les crêtes, Épiée par un berger revenu d'Italie, A vous dire on ne sait quelle chanson secrète Elle a pris dans ses flots depuis ce jour béni, La Durance. Petite Eve goulue tombée de Montgenèvre*, Besacière d'estive en robe de baptême, Parfumée aux framboises et au bon lait de chèvre, Elle sourit au vent sur ses plages bohèmes, La Durance. Elle descend les monts avec quelques nuages Dans sa folle échappée d'éclats de reliquaire, Se plaisant à jouer les conteuses sauvages Qui vont chercher du bois sur les berges calcaires, La Durance. Barigoule de neige aux accents de mélèze, Suivant les vallons verts et les ruches moniales, Depuis le vieux Vauban* jusqu'aux noires falaises, Elle a ce linge bleu de ses lunes nuptiales, La Durance. Le château de Tallard* lui confie ses misères, Les argousiers rêveurs se subliment manouches, Toute belle parée d'ondulantes prières, Elle exauce en chantant les idylles farouches, La Durance. Maraîchère au grand cœur sur les rives sereines, Bâillant sous les feuillages aux brises miroitantes, Pelucheuse alanguie couchée le long des plaines, Elle s'offre aux jardins, se caresse patiente, La Durance. Les Pénitents des Mées* la supplient de se rendre, La Provence l'accueille au colvert des étoiles, Ses cailloux sont brûlants et ses herbes moins tendres, Elle arrive au pays des foraines cigales, La Durance. De Manosque* à Saint-Paul* jusqu'au bras du grand Rhône, Des couloirs assoupis aux crues des sept trompettes, Dans sa halte dernière avant qu'elle se donne, Elle laisse un soupir mourant sur les violettes, La Durance. La Durance est une célèbre rivière du Sud Est. Montgenèvre* est une commune des Hautes-Alpes proche de la frontière Italienne. Le vieux Vauban* fait référence aux remparts fortifiés de la vieille ville de Briançon dans les Hautes-Alpes. Tallard* est une commune du sud des Hautes-Alpes, située dans une vallée, et dominée par un imposant château fort parfaitement restauré datant du XIVème.C'est le village de mon enfance. Les Mées*est une commune des Alpes- de- Hautes-Provence blottie sur d'étranges formations géologiques appelées Pénitents. Une très vieille légende raconte le passage en carrosse d'une jolie princesse en ces lieux, et que des moines, subjugués par sa beauté, et délaissant leur prière, furent punis pour cela et figés éternellement dans la pierre en forme de menhir. Manosque* est une ville des Alpes-de-Hautes-Provence qui a vu naître Jean Giono. Saint-Paul-lés-Durance* est une commune des Bouches-du-Rhône.
  27. 9 points
    Comment dire toutes ces navigations, Ces nébuleux voyages au long cours, Perdus dans l’anorexie des ombres ? Je me souviens de l’étrave d’un rafiot Sur la surface d’errances fragmentées, Brise-larmes sur des horizons tronqués. Vagabond lunaire sur des routes chavirées, J’ai arraché des caillasses de désirs délavés, Détricoté les mailles des songes ravaudés. Mais il reste encore ces pièces manquantes, Toutes ces blessures aux multiples mamelles, Ces dernières braises frangées de limbes. Sur le sable encalminé de mes humeurs, J’ai jeté une vieille valise brûlée par le sel. Des latitudes dérobées gisent dans le fond. Les vigies s’étirent en longitudes solitaires Enroulées dans le lacis des brumes éprises. Un rêve finit de raconter la rouille des nuits.
  28. 9 points
    ciel cendré à la lisière de l'hésitation nouée de nuées de neiges de néons à métalliser la lumière des liserons électriques des ampoules de lierre là où le bleu se confond en excuses de sel de fer quand on cède au cèdre cette envie de cesser Berlin, le 28 octobre 2017 “Les cendres du cèdre bleu“ (recueil en cours d'écriture)
  29. 9 points
    Il pleut dans le vieux cimetière, Une aube noire agenouillée Tombe l'étoffe de prière Sur le silence des allées. Des pardessus gris de nuages, Des statues velues de moisi, La veuve aux funèbres voilages Froisse les larmes de l'oubli. Ici, un reste de couronne, Des visages qui ne sont plus, L'ovale usé d'une personne Mouillée de pluie au vent perdu. Un soldat, tombé dans la Somme, Là, des brodeuses de chagrin, Oui, vous serez ce que nous sommes... Dit la plaque rouille-gredin. Un angelot ouvrant ses ailes, Corolle éphémère du jour, Aux langes à jamais éternelles, Parti dans son rêve d'amour. Ah, le regard des vierges sombres... Fixant la boue et les hivers Dont la douleur sait interrompre Le frêle gloussement de l'air. Lambeaux de souvenirs profanes, Les pense-regrets prennent froids, Un vase embrume sa tisane Et les fleurs crissent sous les croix. Et l'odeur du deuil se sous-boise En un doux duvet de perdreau Léchant des noms sur les ardoises, Collant des feuilles aux tombeaux. J'aime au plus profond de l'errance, Étreindre en moi tout doucement, Ces parfums, cette succulence, Le long des marbres inquiétants. Comme un trouble-appel qui s'approche, L'écoulement de l'au-delà, Devancer la pelle et la pioche, Rire en secret de ce convoi. Il pleut dans le vieux cimetière, Une aube noire agenouillée Tombe l'étoffe de prière Sur le silence des allées. Il pleut dans le vieux cimetière, Fantômes aux foulards givrés, La mort garde sa jarretière Mais j'ai cueilli sa rose thé...
  30. 9 points
    Cette nuit, je t’ai vue. Tu pleurais mon ange. Cette nuit, je t’ai entendue. Tu hurlais ton silence. Dans une coupe argentée sertie des pierres précieuses les plus fines de l’Orient, j’ai recueilli chacune de tes larmes. Le calice sacré se remplissait de tes souffrances. Je me suis miré en son sein. Voyant tes perles d’infinie douleur, j’ai versé mon obole. Communiant à tes angoisses, mes pleurs sont venus épouser les tiens dans une étreinte d’amants. Cette nuit, je t’ai rêvée. Tu riais mon cœur. Cette nuit, je t’ai dessinée. Tu chuchotais douceur. Je suis monté sur les monts les plus hauts du globe. Ils n’étaient point assez élevés. J’ai gravi les marches de l’Olympe. Ils me semblaient toujours trop bas. Élevant les bras vers les cieux, j’ai invoqué les dieux. La voûte céleste s’est déchirée. Les étoiles m’ont habillé de leurs habits de lumière et d’Éternité. Cette nuit, je t’ai sublimée. Tu épousais mon cœur. Cette nuit, je t’ai transcendée. Tu te drapais de ma douceur. J’ai enfourché la comète du grand Songe. Sur le miroir parcheminé de nos illusions nocturnes, mon amour est venu commander aux astres. L’étoile du berger s’est fendue. La Grande Ourse a explosé en myriades de lucioles. Prenant le calice sacré, j’ai répandu tes perles d’émotion, les semant au gré des vents cosmiques. Cette nuit, j’ai gravé ton image dans les cieux. Trésor rutilant de mille feux. Cette nuit, une constellation brille pour toi. Œuvre d’Art d’un cœur en émoi.
  31. 9 points
    Il y avait un matin de neige, une enfance une ombre disloquée sur les murets des sentes... Elle se conviait aux terres sanguines englouties par le blanc aux croix de soleil révélées par les branches —Elles ont fait ce que je suis— Ignorer le flux des sources: il ressasse la fuite perlée du temps pour se retrouver une, avant et maintenant
  32. 9 points
    Terre d’Angélus « Au centre de la poésie, un contradicteur t’attend. C’est ton souverain. Lutte loyalement avec lui » René Char A l'Orient éclot un diamant serti d'organdi, rosé d’aurore, Enveloppé de longs lacis d'or, qui s'étirent très loin à l'infini, Se déchirent et voilent d'une fine pelure de dorure la flore, Du sillon des champs aux marais, au matin d'avant midi. A l'heure des silences où rien ne bouge, la lumière céleste S'étire élégante, puis lestement irradie la voûte d'ambre et de feu, Embrasant d'une pluie d’étincelles un coin de l'univers sans fête, Pour qu'enfin, se taisent au-dessus de nos têtes, tous les boutefeux. A regarder tes yeux pleins de dolence sangloter tout bas, Une larme d'opaline rencontre ton cœur qui hoquette de joie, Cueille la douce sérénité qui t'habite et s'étonne de tout cela, Si bien qu'il m'arrive, certains jours de doute, de songer à toi. A te chercher les soirs d'orages quand se trouble ma vision Malmenée par la vacuité ou par quelques maladresses, Je marche vers toi ignorant qu'il s'agit des pas de la floraison, Qui résonnent à l'angélus, comme un hymne à la sagesse. A écouter mille voix chanter la vie sur le ton de la confidence, Mes mains s'entrouvrent d'envies, pour que demeure encore Au bout de mes doigts, quelques notes d'harmonie sans importance, Où avec l'autre - peut-être toi - cesseront bien des désaccords !
  33. 9 points
    Dans les jardins exsangues de nos lendemains, Les larmes d'ivoire jonchent les sols craquelés. Sur le bitume épais d'un quotidien poisseux, Les rires des enfants oubliés se fracassent. Sous la lumière falote d'un réverbère éventré, Un homme caresse le pelage d'un chien mort. Ses doigts s'enroulent autour des poils ternes, Et l'univers semble dormir dans sa bouche. Chacun quête l'obole d'un visage abandonné Dans les rues fangeuses des atomes urbains. Mais dans l'apnée de nos insomnies décapitées, Rien si ce n'est le crachat d'un Dieu en voyage.
  34. 9 points
    Au bazar j'ai cherché le soleil dans tous les rayons j'ai mis longtemps à le trouver il s'était éparpillé en flaques jaunes entre de gros nuages noirs des éclairs vanille et du tonnerre mauve c'est pour offrir demande la vendeuse voulez-vous un paquet cadeau non c'est pour moi pour qu'il me tienne chaud éclaire mon vestibule mon poisson rouge mes bleus et sèche mes pluies je regarde le prix c'est pas donné ne vous emballez pas au rayon des soldes vous avez la lune ou ce petit nuage rose si vous voulez. Non, décidément, je vais prendre le soleil tant pis pour mes économies le soleil a partout le même prix,au bazar,à Barbès,à Babarzèsou à Bazarbès. (J.E.Nov.2018))
  35. 9 points
    J'étais perdue sur l'océan les bras en croix Comme un enfant désespéré porte sa peine, Je tanguais de çà de là, cherchant un radeau Pour contenir le poids de ce chagrin unique, J'étais perdue au fond de moi et mes pensées Voguaient sans cesse , ressac interminable, Va et viens infini ! Où était la lueur, la flamme de jadis ! En regardant mes mains qui dansaient dans le vide, J'ai senti quelques gouttes d'une pluie intérieure Tomber sur le piano recouvert de poussière, Mes doigts agrippés aux touches silencieuses, J'ai versé peu à peu des notes de cristal, Et mon chagrin de plomb s'est transformé en songe.
  36. 9 points
    Brassées… De longues mains noueuses Entre elles enchevêtrées clapotent Le long de bras ininterrompus Frémissant à la brise océane. Ils s’agitent au gré des heures Au côté des corps endormis et cyanosés Tout parsemés d’émeraudes Où seuls les doigts respirent Où seules les phalanges bruissent ! Vagues anamorphoses où repose l’étrave Déchirant la dentelle de nappe bleue. Passages d’œillades, éclats furtifs Crépitements d’étoiles ensoleillées, Du sillage émerge des légendes oubliées… Inattendus, les échassiers, les courlis et les sternes Spectateurs inlassables, s’égayent et s’égosillent. Déchirures stridentes apprivoisées par la vastitude, Horizon à portée de main et cependant lointain ! Et l’homme dans tout ça, cet animal si petit Ici, en son royaume sans cesse renouvelé. Et l’homme dans tout ça, ce penseur inégalé Ici, en son temple, saisi de tournis, Ne voit-il pas poindre la déraison ? Et ses frères et tant d’autres Hommes allongés, couchés en mer N’engendrent-ils pas la beauté de l’âme ? Ne sécrètent-ils pas le sel de la vie Celui-là même qui retient l’eau du corps Lorsque nos cœurs affrontent le désert ? Sel offrant à tes lèvres ce goût inimitable Que je reviens déguster, empaqueté de tendresse Et que trop souvent nous taisons, Allant les quérir ailleurs, dans d’autres bras Dieu sait pourquoi, des temps durant. Alors, veux-tu bien prendre ce livre, Me lire l’amour et fermer les yeux ! Et le silence vois-tu s’endormira, Oublieux de nos prénoms… Mais le silence n’est pas la mort… Viens ! N’aies pas peur !
  37. 9 points
    Cet enfant immense suspendu aux feuilles de la pensée sans nom et sans parole juste son odeur de poudre de riz tout en silence ne gonfle pas mon ventre Esquisse de coton ton visage séparé en deux qui es-tu ? à l'usage des mains qui se tendent criant l'espérance et ma voix jusqu'à toi Impalpable, je suis là à te chercher yeux fermés, fenêtres closes dans mon tout dernier rôle hier mon corps a changé de place sur papier de soie la bouche ouverte en offrande Ma main ramenée en gouttes de lait se fait blessure heureuse ne finit pas de compter les mois et les jours du temps qui se dévide infinie solitude chargée d'attente
  38. 9 points
    J'ai pris le train comme courir quand il est midi empilée dans des vêtements d'Atlantique j'ai filé mon rêve le long des rails une nuit de voyage où l'on perd ses repères une traversée blanche presque une musique le sifflement de la vitesse les vibrations un plaisir annonciateur Il fallait voir la mer et ses ponts il fallait aimer les jambes et la couleur les chaussures et le cadencement la langue autrement le mouvement des lèvres tout autour le menton volontaire la main que l'on souhaite animale et subtile comme un chien cherche son maître Il fallait remplir le corps planté dans l'air marin je pensais les mots élémentaires je prétextais le froid de mes bras inarticulés pourchassant le baiser je marchais droit devant la mémoire murmurante
  39. 9 points
    C’est un tout, ce n’est rien, Une ombre claire qui va, Un sourire en déclin, Le bruit morne de nos pas. C’est un tout, presque rien, Ton front, tes lèvres sans mot, Un jour pâle qui s’en vient En un dernier sursaut.Et je regarde sans cesse Aux portes des levants, Comme on cherche une adresseEn son mystérieux chant. Ainsi tournoie l’absence, Un rêve encore enfant, Des brumes avec aisance Aimantées au néant. C’est un tout mais c’est toi, Douce, qui creuse ma douleur À cet endroit qui bat Où vibre si fort ton cœur.
  40. 9 points
    Tout tremble Sans trembler vraiment Le soir descend Avec son trop plein d’ombres Et je danse dans les bras Amoureux du vent Et je glisse sous le jour Vers ces nuits lumineuses Où des lunes s’abandonnent Sur de vieux abat-jours Au loin l’absence s’en est retournée Au plus profond de ma mémoire Et la rivière de son long souffle Caresse l’écueil des jours Ô que les nuits sont douces A t’attendre toi ce vieux nuage Qui embrasse toutes mes lunes tristes
  41. 8 points
    Il est fatigué de faire le clown, de dessiner sur sa bouche des lèvres factices aux commissures rieuses . Le crayon dévie parfois et dessine une larme sous l’œil de l'ami Pierrot sur un nuage de mots parme. Il ne peut s'empêcher de faire pleurer les petits enfants quand son cœur n'est pas gai il ne peut les tromper le clown fond le maquillage coule sur toutes ses armures de peintures il s'inscrit au chômage aux sans domicile fixe sans ce sourire démesuré qu'il ne sait plus dessiner, il est perdu il pleure sans rouge à lèvres et n'a plus besoin de crayon pour dessiner sa larme la maladie de clown qui manque d'amour n'est pas reconnue dans le fichier des longues maladies elle est incurable Les clowns meurent de chagrin un joli chagrin caché dans leurs pirouettes et quand ils sont trop fatigués ils balaient leurs larmes d'un geste de la main pour offrir leur coffret d'étoiles ils envoient avant de partir leurs paillettes leurs tours de magie, leurs beaux sourires rouges à lèvres et tous ces rires d'enfants qu'ils ont gardés au pavillon de leurs oreilles pour les lancer de très haut. Et la terre résonne de ces rires là … Plus tard, beaucoup plus tard, ce sera la journée internationale du clown On se souviendra de lui une fois par an, un jour précis, ça le fera sourire un beau sourire sans maquillage et ça le fera rire sans crayon, sans rouge à lèvres. (J.E. Mars 2019)
  42. 8 points
    Là où la lune boit la colline, les lilas bleus, les murs de pierres sèches Près du saule pleureur sur le puits de granit Un simple caillou fait vibrer des cercles de joie L’instant a un goût d’éternité Elle sait les mains ne se frôlent qu’à travers des barreaux Mais elles sculptent les arbres morts, insufflent la vie
  43. 8 points
    L’ombre traînait sur la ridule Bercée par le courant naissant D’une étoile de mer Exhibant ses contours Sous les yeux attristés De notre belle Dame Sur les berges transies Des arbres squelettiques Aux branches dénudées Abritaient à la cime Quelques pigeons épars Tandis que sur le quai Affleurait à la crête L’écume grossissante D’une masse oblongue Et les flots accablés Invoquaient le pardon La Seine sans allant glissait sur le rebord De sa langue lapait Jusqu’aux pieds les hauts bancs Et la nuit s’émaillait de blanc Le corps versait sur la chaussée Que la Seine avait charrié Sous l’envol des pigeons Et de branchages moribonds
  44. 8 points
    Durant ma première nuit seul au bout du monde, la pluie est venue jouer une turlutaine, sur le toit de mon abri, céleste fontaine qui me souhaitait mille bonheurs par seconde. Les gouttes vaporisaient les parfums du sol pour me séduire et me dire de rester. Elles se multipliaient, se gonflaient, éclataient en frappant la terre pour m’offrir leur obole. Cette odeur de glèbe humide était pour moi l’histoire de la vie, celle de mes émois d’enfant de paysans jouant avec la glaise. Une impression de plénitude des sens, que j’avais cru perdue dans les vapeurs d’essence de ma vie passée, m’amenait presque au malaise. Suite de Ma cabane Cinquième épisode du feuilleton de sonnet en sonnet
  45. 8 points
    La rage sans couleur Le cou coupé Marche encore Dans le noir Sous la lumière des découpes franches Pas de quartiers Tous ennemis ! Quelle tranche avance sans les mains Bascule la barricade Force à briser l'espoir ? Transporte ton nom dans la flamme Pour qu'advienne Enfin Une explosion C'est donc cela que tu cherchais Frère ? D'où vient cette source amère Dont le nom est introuvable ? Si l'écorce gît à tes pieds tremblants Tu as manqué ta cible La Terre mérite un combat Et ce n'est pas le tien Sous tes coupures ronge l'aventure L'annonce faite aux braves l'entendras-tu ? La raison vit dans l'ombre des cercueils disparus L'orage monte en acier les portes d'un ennui existentiel Car tu aspires à ressembler à ceux qui te punissent Incroyable ironie bourgeoise Ne calme pas ta colère Donne-la en pâture à la vie Où la haine te tueras
  46. 8 points
    Renverser la table ne sert à rien le ciel n'en est pas proche pour autant et je repars me mordre les doigts en leur lieu de naissance les lumières rouges vertes et jaunes les volets clos de l'espérance je marche, je marche les sonnettes luisent tel un navire dans une flaque d'eau pour ne jamais se poser sur terre au loin le sifflement de l'autoroute j'entends qu'il pleut pleure la pluie au bout de mes pieds C'est déjà mort le nom sur les plaques d'égouts et lacent mes chevilles par trop de jours je n'aime pas le vent et les roseaux j'aime la nuit les banderoles qui me suivent le silence de la rue de l'Hermitage de la rue Berthier qui l'embrasse les vélos attachés aux panneaux interdits les selles encore chaudes c'est le ballet des béquilles le long du parc elles s'arriment la nuit reines le long des trottoirs Voilà quelques images murmurées lors de mon périple au travers des fenêtres nous sommes dans la solitude je voulais être animal dans la nuit sans lune promenant mon silence, évitant la voie ferrée juchée sur des talons aiguilles ce fut mon erreur les arbres me regardent un chien promène son maître ou l'inverse qui renifle dans mon dos et la mouche se hâte au cul d'un camion ce soir j'ai regardé le temps qui palpite il y a trop de monde quand je lève les yeux
  47. 8 points
    Mort,je ne franchirai pas ta colline j'aime trop les nuages à ma fenêtre qu'importent leurs pluies sauvages l'éclair passera sa colère le vent emportera mes regrets Et demain,peut-être ce soir une voix de jade me parlera pour me conter la vraie histoire des espaces renversés de l'autre côté de la terre Entre l'attente du jour et l'obscure nostalgie il y a toujours une fissure une lumière que tissent les oiseaux en quittant leur nid un sursaut de folie cette inconnue au coin de la rue Et demain,peut-être ce soir un enfant prendra ma main pour dessiner sur la pierre le sourire qui te défie
  48. 8 points
    Les fleurs ont rejoint les feuilles mortes, les noix l'eau a séché dans le vase des enfants tu t'es assise sur le muret de pierres près des frayères perdues plus loin que la transparence de l'eau Dans leur deuil de paille les blés regrettent la fin de l'été
  49. 8 points
    J'ai descendu la rivière ramassé les rêves échoués sur les rives sur un nénuphar fringant qui jouait du vent dans son pipeau miroirs glacés des ailes de libellules
  50. 8 points
    Il y a tant de mystères qu'emporte le vent Dans ses tombeaux de poussières Tant de cerfs-volants en détresse Et de ballons éparpillés Comme des bulles dans l'eau du ciel. Souffle-moi tes secrets, souffle donc tes histoires Vente les promesses envolées, les paroles à l'emporte-pièce Et le pollen léger que tu traînes à mes pieds Comme un poème chargé de particules en liesse. Ouvre le bal de ta danse enfiévrée Fais virevolter les feuilles en tornades Que valsent leurs robes de princesses défuntes Aux silhouettes peintes de majesté. Je ne rapporterai rien, je tairai ta musique Sifflant dans mes ouïes attentives, Et je me baignerai dans tes effluves marines Le long d'une mer vaguement essoufflée. T.G

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