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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 07/11/2018 in all areas

  1. 18 points
    Dans le craquement d’un silence, des cris sur le marbre glacé. Dans les larmes gelées, des lendemains sans bagage. Derrière les masques de carnaval, du sable plein la bouche Tandis qu’au fond de nos poches traînent de vieux arcs-en-ciel oubliés
  2. 14 points
    Mon rêve bleu mon rêve d'il j'aimerais que la terre soit une île où nous serions deux elle et il lui et moi nous aimer sans autre choix un pour l'autre un et un sans les autres sans personne et puis soudain le serpent vient le serpent sonne le serpent jaune je m'abandonne je me réfugie dans tes bras nous sommes trois impair le manque passe mon rêve bleu mon rêve d'il est en exil la terre n'est pas une île je rêve d'il et toi d'ailes … File ton rêve la vie est brève. Et s'il est bleu, envoie-moi un morceau de ton île pour faire battre encore une fois mes ailes … (J.E. Août 2019)
  3. 13 points
    Douleurs Dans une cage sale Un singe dort Et s'il ne tremblait pas, Je dirais qu'il est mort. Un enfant tend sa main À travers les barreaux. Le singe est dans un coin, Il réprime un sursaut. Le singe ne dort pas Mais on dirait qu'il pense. La tête sous son bras, Il regarde en silence. L'enfant essaie encore De toucher son pelage Mais le singe le mord Et grimpe dans sa cage. Muet et immobile Pendant que l'enfant crie, Il voit la foule hostile Se rapprocher de lui. Un homme vient d'entrer Un fouet à la main. Il frappe à la volée Sur l'animal qui geint. Il gît sur le plancher, Pourtant il n'est pas mort. Le corps ensanglanté, Je crois qu'il pense encore.
  4. 12 points
    Afin que tu fusses la seule Afin que tu fusses la seule dans mes yeux, je voudrais oublier toute image, marcher en aveugle, les paupières closes, la canne blanche des souvenirs érigée dans la mémoire. Je voudrais masquer au monde mes phalanges aux tiennes pareilles, toi qui sais le tremblement des feuilles mortes sur tes paysages nus. La survivance de mes mains réveille les climats calmes sous l’hiver corporel. Toi dont les perce-neige en fourmilières traversent la chair, dont la mouvance prépare l’orage à l’outre horizon du silence... La grisaille douce du silence où les mots se libèrent de l’objet qu’ils désignent. La seule exigence est musicale, à l’heure où les mots meurent en syllabes sous l’inflexion de ta voix. L’âme en flammes nuance des ombres, quelque part, entre tes yeux de ciel, le galbe délicat de tes seins. Toi, toujours, dont les colombes chantent à peine, nidifiant dans le creux de mes mains. Femme de nacre à la source aurifère où je trouve cet hors du temps, soudain perçu. je tire les amarres, maudissant l’ancre qui nous tient encore à la muraille du monde. Femme naissante, tournée comme une aurore sur mes yeux en pluie, ta beauté ineffable colore de pourpre les ruches, encercle d’or mes abeilles bruissantes. Tu reviens, nageuse, à la surface des draps, fuyant le tourment du sommeil, accrochant tes gestes aux rives de mon île, ivre encore des fleurs d’alcool au jardin sans arbre, nue comme ta véracité !
  5. 11 points
    M'enrôlant à jamais ivre de noir profil, Je forerai la nuit comme un phallus céleste, Aux poitrines sans fond, je me ruerai yeux lestes, La croupe lunaire se changeant en pistil, Mon âme fleurira dans le minerai chaud. J'échangerai les mots contre un état des lieux En signant ma vision sur les premiers asiles, Le soleil sortira ses membres érectiles, Et nos voix, fécondées, la grammaire des cieux, Diffuseront l'index la langue dans l'écho. Entre, vois, dans l'air pur, la spirale des vents, Prends ta place au forum des effluves en transes, Et laisse-toi lécher par le divin silence, Au delà des fibres qui constituent le temps, Tu pourras respirer le glossaire nouveau. Ici, c'est l'an nausée, là-haut, bleu harmonie, On tend toujours la main et l'heure est digitale, Tous les cœurs sont ouverts pour nourrir l'encéphale, Ô triangle brûlant d’éternité enfouie Où les hommes et l'amour font des jeux musicaux. Creuse en toi un départ sur les quais du pardon, Invite charognards, loups et mauvaises plantes A ton prieuré noir, l'océan qui te hante; Fuis ces bords falsifiés, redeviens le plancton, Retourne au placenta pour choyer tes bourreaux. Nous jouissons déjà captant d'autres couleurs, Sertie de lumignons, Lucie devient luciole, Qu'importe leur vaccin si je suis la variole, Nous pouvons vivre en paix dans ce souffle d'ailleurs Et voir planer les muses au dessus des tombeaux.
  6. 11 points
    Vers le lieu-dit "Les Génestiers"*, Sur le chemin des amandiers Quand se trémousse le mois d'août, Entre la ronce et la vipère Il est un pêcher solitaire Dont les fruits gémissent tout doux. Suivre la guêpe sirupeuse, Exaucera la plus heureuse Des cueillettes sur la colline, Le soleil guidera vos mains Et les mantilles en fleur de thym S'écarteront pour les voisines. Pardi! Si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. C'est à la cour du Roi Soleil, Jeunes corsets gorgés de miel, Qu'on admet qu'elles ont le "pour"*, Pêches d'amour des villanelles, Parfums à gigogne, à flanelle, En aparté des plus beaux jours. Piquées de cédilles de nuit, Mordues par le givre à la lie, Le teint grimé au vent trouvère, Sur leurs joues rose-safranée, Enfantez-y des voluptés, Mille saveurs en bandoulière. Pardi! si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. Un goût qui roucoule pour l'âme, Qui sait nous griser sous le charme D'une jolie petite fille; Elle découvre les mystères, Les coins secrets de son grand-père, L'art vénéré de la grappille. Sur sa divine bouche en cœur Qui n'a connu d'autres douceurs Que le baiser, qu'une aile d'ange, La pêche blanche entremetteuse Exige en pose d'amoureuse La plénitude des louanges. Pardi! si l'été perd courage A force de se tirer les traits, Les petites pêches sauvages Ne viendront plus l'année d'après. *"Les Génestiers": lieu-dit situé dans les collines de Lettret petit village des Hautes-Alpes. *Avoir le "pour": sous l'Ancien Régime avoir le "pour"signifiait aux très jolies jeunes femmes qu'elles pussent bénéficier un temps des faveurs du roi.
  7. 11 points
    Dans une poignée de lendemains, à la renverse peut-être dans les journées qui se baissent les unes après les autres, le dos plat, ta bouche jusqu'à la mienne. Comme l'éclipse, celle qu'on attend aux solstices, celle qui allume la lumière dans l'abysse de ta pupille, faîte d'ombres et d'incendies ; je te tiendrai dans ma main. Givre à bout de lèvres, vapeur, comme une fumée de cigarette peuplée d'incandescences, nos étincelles comme nos langues dessineront des contrées inconnues. Au bout de l'hiver, une porte qui s'ouvre ; et sur la voie qui nous y emmène je sens ton regard planté dans mon dos - j'aime le goût du métal de ton couteau.
  8. 11 points
    Voué à la noirceur d'un poison indolore, Il me vient des envies sous ta lune effeuillée... Ô rhésus de la nuit toutes griffes dehors! Sais-tu que tout mon sang prend ton goût de damnée?.. Ivresse de ton ombre à l'affût des coulures! Ta foulée en canon entre rut et tanière, Te transforme en un croc pour l'ultime morsure, Un baiser des ténèbres au parfum de panthère. Viens, extase ou sentence à la pulpe fatale! Croque-moi en douceur pour l'amour d'une étoile, Oeuvre pour mon sexe témoin de l'hydre blanche, De ta bouche à tes seins que je meure à tes hanches!...
  9. 10 points
    Je m'exclame à Paris Quand les feux d'artifice Mettent le cœur en liesse Dans un fol hourvari. J'interroge Paris Quand la misère gronde De trop vider la bonde Traquée à l'hallali. Point de jour à Paris Sans que la Tour Eiffel Ne se fasse la belle En une étrange hubris. Mais parfois à Paris On se vire la goule À s'emmêler les boules De Noël — s'il neige à Paris. Point de suspension à Paris Quand le métro se met en grève Sous l'ancienne place de grève Qui résonne d'autres tueries. Les deux-points de Paris, Des guillemets qui baillent, Parenthèse au travail, Du buffet, l'eurythmie ? Les crochets de Paris Permettent aux canailles De plumer la volaille Des bourgeois de Paris ; Se tiraient de Paris Avec pour accolades Le panier à salade Des poulets en folie. Quand Grevisse à Paris Y pointe sa virgule, Barre oblique bascule Les écrans de Paris ! Mais du Cotentin à Paris J'antislashe mes arobases Quand la ponctuation s'embrase À s'adjoindre l'accent du Titi de Paris.
  10. 10 points
    Dans un sac une clef une porte et derrière un appartement un immeuble une rue, qu'elle soit pignon ou arrière-boutique un quartier, qu'il soit de lune ou d'orange une ville, trois âmes ou métropole un département une région un pays, qu'il soit bleu, blanc, rouge ou sans couleur un continent une planète un océan une galaxie une autre galaxie "Et après les galaxies, je ne sais pas. Faut-il qu'il y ait toujours un après, après tout.
  11. 10 points
    Mets tes mains dans ton manchon poupée de laine enfile tes plus chauds chaussons et ton manteau de porcelaine, il fait idéal et je t'emmène comme j'aurais aimé, cueillir le safran voir le givre sur les hélianthèmes le sucre glace scintiller sur les champs et ces anges qui passent en silence au bout des ciels torturés qui te rendent un peu d'innocence et le sourire des plus belles années. Tu as aimé les couleurs de l'hiver celles des aubes claires aux paupières encore closes ; tu fus l'unique cadeau de ma mère comme une demande de pardon pour des choses je ne saurais pas dire je t'aime mais bien mieux que ça, plus chaud la porcelaine est froide et blême j'aurais voulu la chaleur d'une peau, la chaleur d'une laine tu n'y es pour rien, poupée de carême ta beauté est vaine tu ne m'as jamais dit je t'aime. Il fait idéal pour t'offrir des roses cadeau d'adieu, ma poupée de porcelaine l'amour dispose dans des apothéoses le vent souffle très fort dans la peine. Je t'ai remis ton manchon, tes chaussons et ton manteau de laine et t'ai abandonnée en demandant pardon ma jolie poupée de porcelaine. (J.E. Novembre 2019)
  12. 10 points
    J’ai voulu sortir la poubelle, mais elle était vide. À l’intérieur de la maison, pas un bruit ne résonnait. Les fenêtres ouvertes laissaient passer une brise qui s'enfuyait aussi tôt entrée, faisant frémir les rideaux. Dans la huche, un morceau de pain sec s’ennuyait, l’âtre de la cheminée était tapissé de déchets. Un oiseau, sans doute. Un son m’a interpellée. Des voix dans le jardin. Je me suis approchée de la porte. J’ai écouté. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elles disaient. Le rire des enfants, dans la rue, les couvrait d’un voile. Peut-être étaient-elles étouffées par les feuilles mortes jonchant le sol. Je me suis mise à chantonner. Les voix et les enfants se sont tus. Je me suis tue aussi. Dans le silence, j’ai respiré profondément, lentement, compté mes souffles. Des mots sont sortis, violemment de ma gorge, des mots oubliés, enfermés, enterrés. Ils se sont cognés au plâtre des murs, soulevant la poussière, rebondissant comme des balles de flipper, me heurtant en revenant à mes oreilles. Leur écho formait un nuage de chaos qui m'a couverte de bleus. Je n’ai pas crié. Je n’ai pas pleuré non plus. Je me suis éloignée de la porte, laissé le silence reprendre ses droits, fermé les volets. Et j’ai enfin compris que personne n’habitait chez moi.
  13. 10 points
    L'eau nue bleutée me grise m'enveloppe lèche ma peau mon corps glisse et se laisse couler au fil de tes mots les algues frémissent ondulent s'étirent lascives et légères cheveux de sirènes qui m'accrochent sous la caresse de l'eau qui brasse embrasse baiser mortel Eclaboussés d'écume ensemble enlacés nous dansons inexorablement vers le fond
  14. 10 points
    Un jour il murmura « Je m’en irai demain. Aujourd’hui c’est trop tôt, je ne suis pas certain de tenir sur mes pieds, de pouvoir avancer, la route est escarpée, je ne veux pas glisser. » « Ma tendre, pars devant, lui dit-il, je ne peux, te faire attendre ainsi ; tu es jeune et moi vieux. Commence donc sans moi et je te rejoindrai ; bientôt je le promets, je te rattraperai. » Puis il mit doucement, dans le creux de ses mains leurs plus beaux souvenirs, leurs espoirs, leurs refrains, les rêves que pour elle il avait pu forger, sûr que ses doigts pliés sauraient les protéger. Alors elle partit, confuse, en éclaireur, explorer d’autres lieux, les yeux teintés de peur. Pour qu'il puisse la suivre, elle se retourna fréquemment en chemin, timidement flâna. Puis enfin, un matin, presque distraitement, éblouie par la force du soleil levant, par les fleurs dans les champs, ou le chant des oiseaux, ou le rire du vent, ou le vert des roseaux, son rythme accéléra. En longeant les buissons, elle entama un air, celui d’une chanson qu’il lui avait apprise, et ses poings desserra, involontairement, lorsqu’elle ouvrit ses bras. Des paumes de ses mains, de ses doigts étendus rien ne put s’échapper, rien ne sembla perdu, et la chaleur du jour qui vint les caresser illumina les mots qu’il lui avait laissés. Les ressentant ainsi imprimés sur sa peau, elle comprit enfin le sens de son cadeau, et jusqu’à son sourire une larme coula. Demain serait sans lui, pourtant il serait là.
  15. 10 points
    A Gabriel Montigny. O poète, quand tes yeux ont soif de mer, Contemple au bord des flots amers La berceuse de l'océan. Quand s’essouffle l’âme Du gonflement de l’onde, Le ventre d’eau noire ronfle Et creuse le ressac Qui gronde. Sur les vagues se fendent Les miettes d’étoiles. Sur les vagues gisent Le reflet mort des rayons. Sur les vagues enflées par la bise, La houle se brise Et le mistral dort Puis s’éternise… Poète, tes paupières Se taisent à l’exil, Quand tu contemples l’horizon Embrasser les eaux invisibles. Observe au large Ce grand navire Qui a jadis quitté la terre, Car le vent des rêves a tendu ses voiles… Puis la mer, ouvrant béante sa gueule, Dévore et bois, Par bouchées, par gorgées Le calcaire des falaises, Le sable dormant Ou les vieux rochers. O poète, bois donc de tes yeux La mer, Laisse en dérive ton regard Sur les bribes de l’onde. Fais de ton nez ceux des flots ; Inhale et respire L’air que souffle l’océan. Et fais de ta gorge celle de la mer, Qu’inonde et fait pleuvoir Le breuvage A la soif De ton regard.
  16. 10 points
    J’ai déchaussé ton talon d’orchidée noire Le tropique solaire d’un plexus irrigué Ta jambe en élytre de soie dentellière Pleurait sa cambrure entre mes mains Cravache et nacre amoureusement mêlées M’ont promis les morsures du défi Mes mains sur tes mains araignées Ont tissé sur le fil du soir leur rasoir aiguisé L’émeraude a prié le ciel irisé D’un souffle j’ai tout emporté D’un cri j’ai tout déchiré Le camaïeu des alcools et tes reins fatigués Fallait il que la nuit soit inutile à murmurer Ma peau sur ta peau en guise de patience Ma bouche sur l’envie saline Câline à se vouloir demain C’est que le temps qui sonne Le temps qui vole, le temps qui tue Est assassin de nos rires perdus Et perle de sucre nos souvenirs d’automne Il en viendra des marbrures d’ocre et de sang A faire le rideau de nos entractes Des griffes d’apnées en cataractes Nous ruisseler en jouissant Je te dirai le mot labyrinthe, le mot dédale, le mot Icare Je déviderai de ta jupe le fil d’Ariane Moi le Minotaure percé au flanc par l’illusoire Au mufle agonisant dans l’étau de ta folie castillane Nous reviendrons pèlerins de misère Enchâssés sur le matelas Compostelle Qui nous fera renaître infiniment En balanciers piroguant les ventres Implorant l’escarcelle d’un levant Une tache de rouge et trois gouttes blanches Les mains jointes en arc roman Pour cercler d’or nos dimanches Je n’ai pas d’autre rivage que le récif de ta nuque Je n’ai pas d’autre envie que mourir en ton matin Je n’ai pas d’autre absolu que de faire toujours ton dessin Je n’ai pas d’autre choix que d’encrer tes yeux sur mon parchemin ***
  17. 9 points
    La nuit je marche à l'amertume. Rues au goût âcre de lune, Je vais et je viens où je hume, Odeur de mort sis à la brune. Le matin, sautant sur des flaques De désespoir crasseux, je troque Mes hauts d'avant contre la plaque Tectonique au bas qui me croque. En plein cagnard, coupe à pique, Traquant et briquant mon désir Abrité au creux d'une crique Bordée des pans de dinguerie. Rugit le vent de nos fous rires Du cimetière où tu pourris.
  18. 9 points
    Qu'il soit de Venise ou de Baccarat de Murano ou encore de Bohème un cristal est à lui seul un poème si pur si fragile à la fois ne souffrant la brisure pas même une fêlure qui viennent détruire et faire voler en éclats sa lumière J'aime ce verre aussi fin qu'une femme cristalle-moi car tu y bois mon âme * A votre santé et bon week-end à vous tous !
  19. 9 points
    _ Elena Volovna voulez-vous m' épouser ? ( l' éthylisme amoureux aujourd'hui me rend ivre ) mais un triste détail vous interdit de vivre : sur votre jolie bouche une mouche posée La femme du portrait dés que le jour se lève promène son fantôme au milieu de mes rêves et une apparition nébuleuse et liquide vient compliquer ma vie d' un songe extralucide Peu à peu me gagnait cette absurde vision qui plongeait mon esprit dans un grand désarroi; son souvenir glaçant menaçait ma raison tant son étrangeté m' avait saisi d'effroi Dans les rues du vieux Prague nous étions égarés Des nuages flottaient sur les toits de la ville et au bleu succédait une nuit empourprée, qui constellait d' éclats les rives fluviatiles Des miroirs scintillaient, façades lumineuses Leurs œillades terribles étonnaient nos prunelles, ravies de ces chimères aux clartés prodigieuses mais la nuit nous happait, possessive et charnelle * Cette nuit liquoreuse arrachée à l' ivresse découpe au clair de lune des îlots de toitures qui tournant vers le ciel leurs sombres écorchures baignent mon cœur de leur insondable tristesse. Poème offert à @Charles Boveaud
  20. 9 points
    Le soleil a germé Dans ma voix un matin J'ai grignoté les ombres Seule, un couteau à la main Humant l'air du soir ; j'ai compris Le silence et la lune La perte et l'oubli Éperdue de moi-même Quand l'amour s'est enfui
  21. 9 points
    Traces La nuit s’infinitise ouvre les lampes les berges tanguent ivres mortes d’insomnie avant l’aube endormie la tâche lasse ________________ MM / oct 2019
  22. 9 points
    Une larme est là sur la vitre en train de rire aux éclats collée aux gouttes de pluie on dirait qu'elle pleure le vent s'est levé, indolent, il a sauvé tant de feuilles mortes dans les corbeilles à papiers les poètes damnés ont fait l'escorte écrivent-ils encore tout en haut de leur phare ? dans la forêt aux quatre vents, enveloppée de ses cheveux roux, mélancolie brasse les ancolies et là, sur la vitre, la pluie en gouttes fines pleure, comme un chagrin qui s'estompe on dirait que les larmes rient. C'est un soir de septembre où se mélange l'infini sur les vitres. (J.E. Sept,2019)
  23. 9 points
    Dès qu’il fait beau, je sais que tu viendras me voir. Au bord de notre lac, nous irons nous asseoir tous les deux, sur un banc, et nous regarderons miroiter les reflets, en mangeant des bonbons. Nous suivrons le sentier que nous n'avions jamais pris, celui le long duquel le liseron fleurit, jusqu’au bout de la terre. Les joncs frappant nos dos ne pourront faire taire l’illusion que nous ne sommes pas fragiles. Un épervier planera sur notre île, en cercles réguliers, au-dessus de nos têtes. Puis en me regardant, tu diras un truc bête, un tendre n’importe quoi, rien que pour moi. Nous en rirons si fort que nos voix effraieront les poissons et les pêcheurs nous maudiront. Alors nous prendrons le chemin du retour, en faisant des milliers de détours afin de pouvoir traverser les flaques de pluie que l’orage a laissées. Nous les affronterons et des éclaboussures viendront parsemer nos chaussures, illuminant d’un sourire le paysage de nos deux semblables visages. Puis le jour faiblira, il se fera tard, et tout en contemplant le lac et ses canards nous aimerons, ensemble, le silence, et j’aimerai, enfin, mon enfance. Même si j’ai grandi, même si je vieillis, même si tu es mort et moi je suis en vie, dès qu’il fait beau j’ai peur, quand s’annonce le soir, que si mes yeux se ferment tu viennes me voir.
  24. 9 points
    Dans un cachot de profonde solitude et d'étoiles de verre condamnés à perpétuité à un amour sans fin on ne s'est pas quittés jamais - on se l'était juré - tu reposes sous la terre condamné à l'éternité toujours et moi je suis dessus je vois encore des fleurs des roses ensanglantées par leurs propres épines, tu n' as que les racines arrosées de mes pleurs. C'est ici que les saisons sont cruelles condamnées aux ténèbres le soleil brille ailleurs mais plus dans tes yeux il n'y a que l'hiver où la terre nous ressemble dépouillés et glacés les ombres tremblent sur la montagne qu'on n'a pas eu le temps de gravir ensemble. Je n'ai plus de pourquoi, seulement entre mes doigts la poudre de marbre calciné qui coule entre deux bulles de verre illusion du temps qui s'écoule. C'est ici mes fleurs frêles et pourtant si tenaces du jardin secret, un Everest perdu dans la glace. Il reste des sourires en moi-même que tu avais semés pour moi et soudain, ils surgissent en poèmes. Tu aurais aimé, bien plus que mes larmes, alors je continue. Il reste des ciels blancs, des ciels qui crament vois-tu les mêmes, toi ? Je suis au sommet de l'Everest. Et, doucement, je redescends vers toi. C'est ainsi, c'est tout. (J.E. Septembre 2019)
  25. 9 points
    Soupçon Sur le chemin croulant des forces du soleil, Tu t’en vas disparaître, ô friable mémoire ! Et le temps qui travaille, oublié du sommeil Use la pierre en sable à ses gestes de moire Dans la chambre, la mort éclate sur les murs ; Quelque chose s’évade en l’ombre familière. Une bête se cogne aux vitres de l’obscur, Et cherche vainement la graine de lumière. Par la fenêtre ouverte, à grandes eaux, le jour Lave les morts, la salle où saigne la brisure. Puis, l’enfance méchante, aux cruelles amours, Casse l’image ultime à ses cris de ramures.
  26. 9 points
    Des amoureux austères et des savants fervents, altiers, aiment également, à la saison des mûres, vaguer le long des haies où sanguinolent les arbousiers cherchant probablement quelque aventure amis de la science et des fruits sauvages ils aiment les longs étés qui n'en finissent pas ; on peut voir, souvent, surgir dans leur sillage certains chats alanguis débouchant leurs chakras alors soudain, dans le frisson, surgit Baudelaire en silence, dans les ténèbres et l'horreur les fleurs du mal sont tombées par terre un sortilège s'élève entre les saules en pleurs. (J.E. Août 2019)
  27. 9 points
    Je m’en vais… Je m’en vais sous le phare égoïste du temps Car le songe s’est altéré, je ne pense plus, Je m’en vais avec mes sanglots en moi perdus Et à moi-même je dis, je t’ai aimé le temps ! Je vais où pleurent les fontaines, de tous leurs maux, Au crépuscule où se console le jour fini, À la nuit sereine dans son écrin d’infini, À ce printemps où le vent blesse les coquelicots. Je vais au front de l’enfant qui s’est endormi, Cette aube secrète dans son écharpe de brume Où des pluies étranges en moi s’exhument, Sur les trottoirs usés de ma mélancolie, Je vais sur tes lèvres mauves m’assouvir, Va, je serai docile sous ton baiser sans fin, À tes nuits où inlassablement je reviens, Dans ton regard où tu me verras mourir
  28. 9 points
    Dans les jardins exsangues de nos lendemains, Les larmes d'ivoire jonchent les sols craquelés. Sur le bitume épais d'un quotidien poisseux, Les rires des enfants oubliés se fracassent. Sous la lumière falote d'un réverbère éventré, Un homme caresse le pelage d'un chien mort. Ses doigts s'enroulent autour des poils ternes, Et l'univers semble dormir dans sa bouche. Chacun quête l'obole d'un visage abandonné Dans les rues fangeuses des atomes urbains. Mais dans l'apnée de nos insomnies décapitées, Rien si ce n'est le crachat d'un Dieu en voyage.
  29. 8 points
    on y jette d'une pichenette toutes ces choses pas roses des débris de roses aux paupières closes aux parfums éventés ongles cassés des nuits d'agate d'acrobate tombé de haut cœur en lambeaux des départs, des arrivées, des ballons crevés des habitudes mornes quelques brins de salicorne ... des poèmes inachevés des mots d'amour condamnés le temps perdu, des gifles reçues des bulles crevées au bout du nez Toutes ces choses pas roses comme d'étranges proses vivent encore, la nuit au fond de la boîte à oubli. (J.E. novembre 2019)
  30. 8 points
    sur tes lèvres d'iode j'ai cueilli un baiser de varech et d'algues sans serment et sans ruse juste un instant de luminescence dans les vagues de tes yeux ourlés de parasols bleus j'ai cueilli un coquillage de jaspe aux nuages de poivre aux arômes d'océan j'ai marché longtemps avec ma si belle solitude gardant sur mes lèvres la saveur des éternelles marées (J.E.novembre 2019)
  31. 8 points
    Je Te Cherche *** Dans le hiéroglyphe d’un paysage Dans la divine énigme de l’Architecte Dans le triangle d’obédience Dans le Destin cornu d’une immense vague Dans l’inconnaissable rectifié Dans l’énigme qui se pose et dans le Sphinx qui se repose Dans les ruines de l’avenir et les fondations du passé Dans l’étrange et le rite Dans la lune qui s’étoile Dans les astres qui s’étiolent Dans l’imperfection des chef d’œuvres Dans l’emphase d’un souvenir Et le silence conquis *** Je Te Cherche *** Au milieu des oiseaux qui font saigner le ciel Au détour d’une prison dont le voile s’écarte Au chevet des tisons dont l’ocre s’habille Au zénith des horizons de bitume Aux flamberges des oripeaux capturés Aux bouquets de fleurs décapitées Aux rivières de sève que le malheur répand Aux souffles nocturnes des tiédeurs de mirage Aux virages révoltants des consciences amères Aux tangos salis de nostalgies bancales Aux berges des mensonges qui ne trompent que soi Quand Dieu lui même s’enfuit pour pleurer son dépit Et que le Diable s’émeut des regrets de lumière *** Je Te Cherche *** Dans chaque femme qui s’ouvre aux quatre-vents indociles Dans chaque été blanc comme une religion Dans le lin, dans l’écru, dans la jute et le cardan Dans les ciels fauves qui brûlent le regard des chevaux fatigués Dans les fontaines des princesses qui espèrent en se mirant Que le Temps s’endort sans la trêve d’un rêve éconduit Dans la pureté des intentions de la vieillesse Dans l’absolu qui n’existe pas et que l’on feint d’aimer Dans la fatigue d’un espoir battu en brèche Dans le sourire d’une putain honnête et le cri d’un agonisant Dans la course éperdue d’un désir que rien n’arrête Pas même le remords Et qui s’affranchit de la mort fiancée *** Je T’Ai Trouvée
  32. 8 points
    Juste un papier Juste un papier Là, échappé de ta main Où tu n’as jamais écrit Là, juste là sur le trottoir Juste un papier qui s’en va Et qui ne dira jamais rien Le vent l’emporte Au travers des passants Au travers de leurs regards De rue en rue et il a plu Juste un papier là nu Sous un ciel qui s’est perdu Un papier froissé de ta main Va seul sans lendemain Et il a plu tant plu Papier froissé papier perdu Les passants ne sont plus là Le ciel s’en est allé ailleurs Il ne pleut plus Il ne pleut plus Un papier ailleurs
  33. 8 points
    Finitude distillant sa clarté le long Du grand chemin menant à la fin, au début, Lumière infime, inaccomplie, puits sans fond, Je nage vers elles et je me mets à nu. Affrontant le sentier qui doucement y mène, Je tergiverse, ignorant si je dois m’y rendre, Là-bas m’attend l’antique, l’ancestral hymen, Si ce n’est pas la mort qui avant va me prendre. J’aborde alors les douces côtes de l’espoir Sachant qu’au bout demeure péril ou bonheur, Je choisis de vivre dans l’attente, de croire, Que la félicité vienne, que soit son heure. Bercée par les lents remous de l’eau que l’on n’ose Traverser de peur de se noyer, s’enivrer, Je me laisse enfin porter par la vague, osmose, Qui emplit tout mon être de sérénité. Approchant le précieux et éperdu rivage, Me laissant dériver vers cet eldorado, Je ne puis que m’ouvrir à sa flamme sans âge Et m’épanouir sous son aura, sous son halo. Choyée dans les bras de la destinée promise, Oubliée du tourment pour un incertain temps, Je me promène dans les couloirs, à ma guise, Aboutissant tous au même lieu, sûrement. L’endroit où je me perds est attirant, tentant, Ses tentacules se déploient et m’y attirent, Ses dédales m’accueillent en leur sein puissant, Inutile de tenter de fuir cet empire. Rendue esclave de ce paradis furieux, Je m’y compromets, au loin sont mes retenues, Ces amers verrous aux obscènes et vils yeux, Partis dans le vent, ne sont jamais revenus.
  34. 8 points
    Quand j'étais loque humaine, exilé du parnasse, Sous une pluie battante où bêtifiait mon cœur, Je la vis trottiner, toute pleine de grâce À raviver un mort sortant de sa torpeur ! Filant aux toilettes en gare Saint-Lazare Je me douche et me rase et me brosse les dents Afin qu'il fût écrit que du spleen j'en eus marre. Voilà l'effet que fit cette femme en passant. Salle des pas perdus où trônait un piano Je la sens qui s'en vient et je joue l'adagio Cherchant à l'émouvoir et plus si elle veut. Fini le pain amer des jours sans lendemain. Je serai de ma mie l'horizon de ses mains Pour peu que de l'amour, elle embrasse mes vœux.
  35. 8 points
    Pourquoi vouloir retenir ce reflet sur l'eau l'astre est déjà en train de mourir ; pourquoi toujours vouloir retenir l'instant ? dans le silence des roseaux il y a plus de je t'aime éphémères que d'étoiles tombées dans les seins de ces rivières. J'ai détourné les yeux trop tard j'ai vu la lune et son bâtard, noyé, qui s'enfuyaient aux rives de mes cils. Pleine lune ne dure qu'un instant comme les chagrins d'amour les roses, les blés, le vent et le chant des troubadours. (J.E. Carnet de voyages – Juin 2019) (photo personnelle de l'instant)
  36. 8 points
    sous le saule alangui versait mon cœur en larmes et mon âme ployait sous la courbe du vent les branchages flétris décrivaient des ombrages au souvenir du temps où nos pas se croisaient mais l’empreinte s’est tue et ne reste que l’ombre de ton corps dilué à travers les feuillages que le saule en peine a terni de ses pleurs parsemant les rameaux de son voile funèbre assis sous le vieux saule et cette main qui n’ose sur ta main déposer la douceur d’une rose et que l’aube esseulée d’avoir trop attendue s’étiole lentement de son drap revêtu
  37. 8 points
    Qu'as-tu envie d'écrire, ce soir, demande la plume du comique, du gai, du triste, du désespoir du blanc, du noir ? Au risque de vous décevoir, je n'écrirai rien, ce soir quoique … ce serait trop bête après tout, puisque je suis là voyons voir où en sont mes palettes nécrose sur les roses, chancres sécheresse des encres les écorces sont ulcérées cette année on n'aura pas de pommes ni même de pommiers en face, un voisin est mort depuis dix ans son chien est toujours là, il l'attend le sol s'écroule sous les tapis en trompe l’œil reste-t-il un peu de tendre, des mies dans les croûtes de pain ? il gèle à pierre fendre et on ne sait plus d'où vient le va, le vient du vent qu'as-tu envie de peindre, ce soir, demande le pinceau et soudain perce une rose venue d'un doux berceau il pleut de l'or sur tout, partout cette année les cactus vivront toujours en explosant de fleurs incroyables viennent-elles de Dieu ou bien du diable en face, un voisin a tendu la main aux enfants de dix ans qui promenaient leurs chiens le sol n'est plus que clé sur la portée sol solution solitaire soleil il fait très chaud, il y a des palmiers décoiffés de vents bons ou mauvais et puis, au quatre vingt dixième étage de la tour Machin chose un incendie s'est déclaré huit morts mais c'est normal terminée l'encre rose la noire ne sèche jamais demain, dès la première heure j'irai chez le marchand de couleurs encore un fond d'encre rouge je l'écoule … sur un balcon, entre deux étages, une dame entre deux âges en dessous rouges légers comme des coquelicots on dirait Betty Boop la cuisse alerte et un joli plumeau entre deux bavardages, deux lavages d'étages elle rend le sourire aux godelureaux un fond d'encre bleue reflète le ciel et l'eau pas le temps d'écrire un mot ça y est mes chandelles sont mortes il faut que j'ouvre grand les portes ces filigranes d'encre verte qui jaillissent de tubes desséchés J'ai tout mélangé les encres, les peintures et les toiles d'araignées je termine une toile commencée au mois d'août avec cette pointe de jaune au bout du pinceau le soleil caresse jusqu'aux touches du piano Ô finir ainsi, un soir de février au crépuscule incolore le blanc blesse, le noir devient indolore et l'espérance de demain chez le marchand de couleurs. (J.E. Février 2019)
  38. 8 points
    Durant ma première nuit seul au bout du monde, la pluie est venue jouer une turlutaine, sur le toit de mon abri, céleste fontaine qui me souhaitait mille bonheurs par seconde. Les gouttes vaporisaient les parfums du sol pour me séduire et me dire de rester. Elles se multipliaient, se gonflaient, éclataient en frappant la terre pour m’offrir leur obole. Cette odeur de glèbe humide était pour moi l’histoire de la vie, celle de mes émois d’enfant de paysans jouant avec la glaise. Une impression de plénitude des sens, que j’avais cru perdue dans les vapeurs d’essence de ma vie passée, m’amenait presque au malaise. Suite de Ma cabane Cinquième épisode du feuilleton de sonnet en sonnet
  39. 7 points
    De rares nappes de brouillard Planent diaphanes dans les phares Et les éoliennes sans vent Restent droites les bras ballants. Sur l'autoroute pour un soir Pas de débauche migratoire. Et les lumières d'Orléans Colorent les nuées d'argent. D'un coup je traverse la Loire Sans même m'en apercevoir. D'asphalte sombre défilant, Devant moi s'étend le ruban. Riche de rêves et d'espoir, Je m'engouffre dans la nuit noire.
  40. 7 points
    A la rose que j'ai cueillie Faut-il que je la dessèche Pour la rendre éternelle? Le sais-tu bien mon asphodèle ? Mon gardénia, mon gardénal, Au sommeil d’opale, mon opiacée Ma ganja courroucée, mon herbe à médecine, Mon ciel de pétale constellé d’étoiles Héroïnes sidérales galactées Le sais-tu bien ma giroflée ? Mon émoi de cajou que tes mains cajolent Ma goyave gorgée de jus, cosse fendue Mon cerneau creux, ma calebasse outrée Ma liane, diaphane serpent corail Lové autour d’un cercle ouroboré Le sais-tu bien mon hirondelle ? Ma ritournelle, mon épervier, Ma hulotte grise au mulot crevé Mon humus des montagnes mon rocher de forêts Ma gerçure d’automne, feuilles décomposées Sèvres de givre aux joues minéralisées Le sais-tu bien ma jarretelle ? Mon liseré de soie noire Ma dentelle de Calais, ma broderie anglaise Mon aiguille du midi mon crochet du soir Sur le ponant du zéphyr, je découds ton nadir Jusqu’aux sangs je mords tes coutures Le sais-tu bien mon hyménée ? Mon chant d’espoir, mon trou béant Ma lame-sauge, mon poignard-temps Mon meurtre en marbre De soleil levant Et je bois le lait blanc sur ta moire ondulée Le sais-tu bien ma Lachésis ? Autant que faire se peut Autant que les perles d’eau douce Autant que les songes des nos nuits d’été Quand meurent les astres et les désastres A l’aube renouvelée… ***
  41. 7 points
    La pluie ne s’arrêtait, singeant la lune blafarde Réfugiée dans un coin poussiéreux du grenier Je songeais en souriant qu’en la peau d’une vieillarde Je pourrais me glisser juste pour la beauté Je pense à celle des mots, la majesté du verbe Le talent quand en fleur se transforme une gerbe La joliesse d’un baiser qui soulage du malheur La promesse d’un poème pour conjurer la peur Dans ma vieille malle en bois j’ai déniché des sons Qui comme un baume devait calmer ma déraison C’était des mots-oiseaux qui chuchotent le beau La tristesse ou l’effroi quand on le prononce, haut Tirant sur une bretelle coincée sous la dentelle De robes en chiffon coincées sous le veston D’un fantôme disant ces syllabes dociles Rappelant à mon âme des écrits bien fragiles Une charmante araignée aux pattes délicates Tissant en acrobate de larges fils de soie A combattu mes maux en m’offrant une cravate Durant un déjeuner entièrement champenois À ma grande surprise j’ai furieusement aimé Cette cocasse bête résidant dans le bois D’une malle trop vieille, d’un temps déjà passé J’ai observé sans crainte son beau petit minois Après ce doux moment d’une infinie tendresse La dame arachnéenne a guéri mes phobies En m’habillant de mots d’une grande délicatesse L’implacable détresse a déserté ma vie
  42. 7 points
    Dans le coin d'une table, je m'endors froissée sous le pli noyé d'un vieux pull en poil à gratter. Il ratisse la conscience-girouette (poil à la tête) du hublot-glouton de ma machine à boulons (poil au menton). -Au musée de l'absurde- La vache se place sous les boutons, elle digère à ciel ouvert la voie lactée offerte en merveille aux yeux scientifiques ... et un peu dégueulasses des marchands de crevasses. Tandis que la nourrice mécanique lèche la plaie métallique, la panse des marchés de l'entraille baille impudique. Incrédule, la bite à Dudule est plus obscène que la vache à mécènes. Les âmes négociables (un peu lâches) se tournent (pathétiques) vers la ministre numérique scotchée au hasard sur le plasma d'un écran transdiffusé en orbite. Elle s'esclaffe d'une bouche empruntée à ses marionnettes psychotropes, puis déclare dare-dare que la bête philanthrope se dévoue tout entière à la cause financière, et que sa chair en affaire, ne souffre d'aucuns maux à se retrouver ventre à l'air. La coquine serait presque heureuse (selon la dame connaisseuse) d'être une star dans sa crasse, de baigner dans ses restes, d'exposer son raz le bol alimentaire à la main salutaire d'un "jusqu'au coude" aux gants blancs. En latex... [Warning] -Donc- Me voici rassurée... J'aime quand on me dit ce que j'ai besoin d'entendre pour surtout ne rien y faire. Le linge sale est lavé ! Je vais me rêveéiller pour toujours. Endormie la compassion ! La réalité tente un cri : La vache à hublot Horreur ! Douleur ! vous êtes des détraqués... Moi je bêle au musée de l'absurde, entre le mouton noir et le coq-ovin je ne dis rien. Le dahu broute sur le dos de l'ami croute l'hypocrâne juteux de la dinguotte qui radote, La blouse blanche à la tête chercheuse harponne le petit chien laborantin, jeté en pâture à la torture. On ne sait plus trés bien (Mémoire d'ovin) qui aboie, qui est humain ? Sur les épaules sans tête s'agite la masse immonde d'un autre monde. Les portes de l'enfer s'ouvre au bac plus douze qui va m'éblouir par une question : Elle demande donc au chiot apeuré, (Ami du bon sens ici commence ton calvaire.) "Saleté ! Pourquoi tu veux me mordre Pourquoi tu ne veux pas te laisser faire." Quelqu'un aurait il la réponse ?
  43. 7 points
    Dès potron-minet, le ciel nocturne s’éclaircit peu à peu. Le voile indigo se lacère. Les derniers lambeaux de nuit s’effilochent, flottent entre ciel et terre et se subliment à l’horizon, en vapeur rose-orangé. Au petit matin s’éteignent les dernières étoiles. Chant de coq qui fuse du haut des terrasses badigeonnées à la chaux vive. Braiment d’une ânesse qui tire sur une corde attachée à un anneau rouillé. Les premières lueurs du jour glissent sur le faîte des palmiers, sur le crépi des murs chaulés, sur les colonnes ceignant les patios, réveillant les oisillons prostrés au fond des nids. Les portes grincent, les huis s’ouvrent. Des silhouettes se meuvent dans les ruelles d’où s’échappe la nuit, par pans entiers, chassée par le jour. Enfin, le soleil vermeil noie tout dans un éclat de lumière d’argent. Lumière qui ruisselle. Ruisseau lumineux, qui bouillonne qui blanchit d’écume, qui déborde, qui clapote, qui murmure, qui chante, qui rugit et gronde, qui inonde la pierre, le sable, les murs, et les terrasses. On ne sait plus si la lumière dévale du ciel, ou si elle jaillit du sol tel un geyser, fusant vers les limbes de l’azur.
  44. 7 points
    Une p’tite chanson. Oh, Paradis ! Au Paradis j’m’emmerde un peu Ici le ciel est toujours bleu Et tous ces anges qui sourient Ça fini par m’filer l’tournis Oh, Paradis ! Au Paradis c’est pourtant chouette Partout y’a des water-closets Pas moyens d’pisser dans les haies En regardant le soir pleurer Oh, Paradis ! Au paradis t’as des nanas Qui t’chantent des Ave Maria Quand tu leur proposes pour un’ nuit De faire un tour au Paradis Oh, Paradis ! Au Paradis y’a pas d’hiver Y’a pas de givre sur les pierres Y’a pas de pierres sur les chemins Y’a pas de chemins pour demain Oh, Paradis ! Au Paradis y’a un vieux type Qui se prend pour un archétype Paraît qu’c’est lui qui a tout fait Il y a dix milliards d’années Oh, Paradis ! J’crois pas que j’vais renouveler Mon bail pour l’éternité J’dois avoir la tête à l’envers D’prendre le Paradis pour l’enfer Oh, Paradis ! Demain c’est sûr j’me casse en d’ssous De Lilou voir l’troisième dessous M’affoler entre ses guibolles Quand la musique devient folle Oooh, l’Paradis !
  45. 7 points
    Je guette sans relâchel'éclosion des fenêtres quand les aubes préfacent l'immense baie des jours quand les roses défleuries enlacées par la nuit se défroissent lentement en quête de nouvelle vie Et un rêve encore chaud m'ensoleille toute nue et m'étreint le désir de caresser le monde La ténèbre s'enfuit et je sais tout mon être traversé d'espérance j'ai le coeur déployé mendiant des heures douces C'est mon pays d'ailleurs c'est ma Terre Promise Je sais ne pas avoir ainsi veillé en vain et la graine d'amour va germer au matin dans la chaleur du pas de porte avant toute rumeur humaine avant l'ébriété du vivre ta main est dans la mienneô bonheur auroral
  46. 7 points
    L’attente Que le soleil calcine les jours étirés, Que les étoiles laminent les nuits, Les derniers orphelins attendent. Ils tressent d’anciens songes défaits. Les heures expirées se décomposent Éventrées sur le fil ténu de l’incertitude. Derrière les fissures inavouées des mots, Dans les fractures béantes des écrits, Les espoirs déçus se ramassent à la pelle.
  47. 7 points
    Je me tais me barre la bouche la colère cercle mes dents ampute ma parole chaque jour est un tour de vis Une toile d'araignée croît d’une peau intérieure chassant de mes lèvres pacotille et éphémères Les chaises pendent les corps se cambrent le sexe sous le bras est dans son fauteuil roulant Dans le rétroviseur je ne supporte plus l'or et la rouille où surfe l'handicap des faux bourgeois dans la cage on ne me pêche pas Géante au dessus de la terre jusqu’aux Tuileries je glisse écartant les jambes entre deux rives il me faut boire
  48. 7 points
    J'abandonne en l'ailleurs D'un être qui m'oublie Et mon chagrin se meurt De manquer à la nuit. Quand l'ombre du néant Prolonge d'un silence Et souffle comme au temps De ma désespérance, Alors un spleen morbide Fuite de ce fantôme Où je suis en les rides D'un Saint Jean Chrysostome. Moi, Saint Jean Bouche d'or, Mon éloquence errant, Que mes mots de pécore, Sombre dans l'océan De mes pleurs asséchés Par la présence inquiète Des vies désenchantées S'il en reste une miette ! S'échappant du tombeau Il arrive parfois Qu'elle rompe un repos Et sur son palefroi, De croiser mon regard Qui me toise en chemin Des tombes de hasard À l'aplomb du regain D'un amour d'outre-vie Qui revit de l'amour. Enfin elle sourit Et solde mon encours. Elle étreint mon cadavre Et de mon âme en paix, Du tréfonds de son havre Me love en ses secrets. Ne crains pas de pourrir Et de ta mort espère Que l'Autre peut surgir Des fleurs d'un cimetière !
  49. 7 points
    Des Lyres au-delà d’Aranjuez A la mémoire de Joachim Rodrigo Sous le ciel ivre de chaleur brumeuse l’horizon vague titube. Le regard brûle au sel de la sueur acide, cligne des paupières, épuisé du feu. Les images cuivrées de l’aube nous parlent de la dorure des heures en marche vers midi. Telles une huile répandue, les images se déforment, se révèlent palimpseste, dévoilant d’autres écritures sur la mémoire muette... Voici les rues où s’avancent les pénitents, cagoules fantomatiques sur les îlots des pavés, autour desquels, semble ruisseler le sang du Christ ! - La rumeur pieuse rallume l’orgueil des gens du sud : mélange de respect, de crainte, de révolte sourde. L’essence des femmes-fleurs surnage autour des flacons de chair. En touffes étouffées, des poussières de parfums cassent la colère sous-jacente des hommes... Des fleurs noires et roses effleurent les doigts du Poète : prêtre païen devinant les lois de l’ombre où se trame, calme, le secret des métamorphoses... Le Poète ouvre la rosace du chant, creuse en délire la Lyre qui se délie ! Le chant se lève, libre de toutes lois humaines, chromatisme de la fable de la ruche, où les abeilles sont des clous d’or tombés sur la peau tendues des timbales, où les élytres battent l’air pur des gorges fines des cuivres ! - Apiculture céleste, la sueur de Dieu, couleur de miel, colore les ailes des violons qui violentent l’air immobile ! Hélas ! fervente la fureur de la joie suspend ses jardins si haut, que des générations entières n’auront que la grâce du fleurissement des fruits à venir ! Générations faibles du pollen, des lourdes pierres tombales de pétales fanés, pourrissants, faisant l’automne lent du siècle des hommes perdus ! L’avenir masqué de silence mesure ses chances, prépare ses tabliers de cueillettes à l’ombre des limbes, ses paniers de ramassages féconds des lendemains... lointains ! Les penseurs profonds épars d’aujourd’hui, les saints méditants laborieux ouvrent, en grands secrets, tant de chemins poudreux de lumière... Vers la Parousie d’un âge d’or oublié !
  50. 7 points
    Trouvaille Écorchure Bois flotté Bois de brume vivant contre la paume Esquille ensanglantée asséchée de mémoire Esquisse Ébréchure étêtée de soleil Figurine balafrée Oubliée sur la lande salée Secret de pain d’épices Alliant la fleur de sel et l’entaille rouillée Sur la courbure des lèvres Objet déniché au cœur de l’hiver Je garde ton empreinte

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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