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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 10/22/2019 in Posts

  1. 10 points
    Dans un sac une clef une porte et derrière un appartement un immeuble une rue, qu'elle soit pignon ou arrière-boutique un quartier, qu'il soit de lune ou d'orange une ville, trois âmes ou métropole un département une région un pays, qu'il soit bleu, blanc, rouge ou sans couleur un continent une planète un océan une galaxie une autre galaxie "Et après les galaxies, je ne sais pas. Faut-il qu'il y ait toujours un après, après tout.
  2. 10 points
    J’ai voulu sortir la poubelle, mais elle était vide. À l’intérieur de la maison, pas un bruit ne résonnait. Les fenêtres ouvertes laissaient passer une brise qui s'enfuyait aussi tôt entrée, faisant frémir les rideaux. Dans la huche, un morceau de pain sec s’ennuyait, l’âtre de la cheminée était tapissé de déchets. Un oiseau, sans doute. Un son m’a interpellée. Des voix dans le jardin. Je me suis approchée de la porte. J’ai écouté. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elles disaient. Le rire des enfants, dans la rue, les couvrait d’un voile. Peut-être étaient-elles étouffées par les feuilles mortes jonchant le sol. Je me suis mise à chantonner. Les voix et les enfants se sont tus. Je me suis tue aussi. Dans le silence, j’ai respiré profondément, lentement, compté mes souffles. Des mots sont sortis, violemment de ma gorge, des mots oubliés, enfermés, enterrés. Ils se sont cognés au plâtre des murs, soulevant la poussière, rebondissant comme des balles de flipper, me heurtant en revenant à mes oreilles. Leur écho formait un nuage de chaos qui m'a couverte de bleus. Je n’ai pas crié. Je n’ai pas pleuré non plus. Je me suis éloignée de la porte, laissé le silence reprendre ses droits, fermé les volets. Et j’ai enfin compris que personne n’habitait chez moi.
  3. 9 points
    Je m'exclame à Paris Quand les feux d'artifice Mettent le cœur en liesse Dans un fol hourvari. J'interroge Paris Quand la misère gronde De trop vider la bonde Traquée à l'hallali. Point de jour à Paris Sans que la Tour Eiffel Ne se fasse la belle En une étrange hubris. Mais parfois à Paris On se vire la goule À s'emmêler les boules De Noël — s'il neige à Paris. Point de suspension à Paris Quand le métro se met en grève Sous l'ancienne place de grève Qui résonne d'autres tueries. Les deux-points de Paris, Des guillemets qui baillent, Parenthèse au travail, Du buffet, l'eurythmie ? Les crochets de Paris Permettent aux canailles De plumer la volaille Des bourgeois de Paris ; Se tiraient de Paris Avec pour accolades Le panier à salade Des poulets en folie. Quand Grevisse à Paris Y pointe sa virgule, Barre oblique bascule Les écrans de Paris ! Mais du Cotentin à Paris J'antislashe mes arobases Quand la ponctuation s'embrase À s'adjoindre l'accent du Titi de Paris.
  4. 9 points
    La nuit je marche à l'amertume. Rues au goût âcre de lune, Je vais et je viens où je hume, Odeur de mort sis à la brune. Le matin, sautant sur des flaques De désespoir crasseux, je troque Mes hauts d'avant contre la plaque Tectonique au bas qui me croque. En plein cagnard, coupe à pique, Traquant et briquant mon désir Abrité au creux d'une crique Bordée des pans de dinguerie. Rugit le vent de nos fous rires Du cimetière où tu pourris.
  5. 9 points
    Qu'il soit de Venise ou de Baccarat de Murano ou encore de Bohème un cristal est à lui seul un poème si pur si fragile à la fois ne souffrant la brisure pas même une fêlure qui viennent détruire et faire voler en éclats sa lumière J'aime ce verre aussi fin qu'une femme cristalle-moi car tu y bois mon âme * A votre santé et bon week-end à vous tous !
  6. 9 points
    sur tes lèvres d'iode j'ai cueilli un baiser de varech et d'algues sans serment et sans ruse juste un instant de luminescence dans les vagues de tes yeux ourlés de parasols bleus j'ai cueilli un coquillage de jaspe aux nuages de poivre aux arômes d'océan j'ai marché longtemps avec ma si belle solitude gardant sur mes lèvres la saveur des éternelles marées (J.E.novembre 2019)
  7. 7 points
    A la rose que j'ai cueillie Faut-il que je la dessèche Pour la rendre éternelle? Le sais-tu bien mon asphodèle ? Mon gardénia, mon gardénal, Au sommeil d’opale, mon opiacée Ma ganja courroucée, mon herbe à médecine, Mon ciel de pétale constellé d’étoiles Héroïnes sidérales galactées Le sais-tu bien ma giroflée ? Mon émoi de cajou que tes mains cajolent Ma goyave gorgée de jus, cosse fendue Mon cerneau creux, ma calebasse outrée Ma liane, diaphane serpent corail Lové autour d’un cercle ouroboré Le sais-tu bien mon hirondelle ? Ma ritournelle, mon épervier, Ma hulotte grise au mulot crevé Mon humus des montagnes mon rocher de forêts Ma gerçure d’automne, feuilles décomposées Sèvres de givre aux joues minéralisées Le sais-tu bien ma jarretelle ? Mon liseré de soie noire Ma dentelle de Calais, ma broderie anglaise Mon aiguille du midi mon crochet du soir Sur le ponant du zéphyr, je découds ton nadir Jusqu’aux sangs je mords tes coutures Le sais-tu bien mon hyménée ? Mon chant d’espoir, mon trou béant Ma lame-sauge, mon poignard-temps Mon meurtre en marbre De soleil levant Et je bois le lait blanc sur ta moire ondulée Le sais-tu bien ma Lachésis ? Autant que faire se peut Autant que les perles d’eau douce Autant que les songes des nos nuits d’été Quand meurent les astres et les désastres A l’aube renouvelée… ***
  8. 7 points
    La pluie ne s’arrêtait, singeant la lune blafarde Réfugiée dans un coin poussiéreux du grenier Je songeais en souriant qu’en la peau d’une vieillarde Je pourrais me glisser juste pour la beauté Je pense à celle des mots, la majesté du verbe Le talent quand en fleur se transforme une gerbe La joliesse d’un baiser qui soulage du malheur La promesse d’un poème pour conjurer la peur Dans ma vieille malle en bois j’ai déniché des sons Qui comme un baume devait calmer ma déraison C’était des mots-oiseaux qui chuchotent le beau La tristesse ou l’effroi quand on le prononce, haut Tirant sur une bretelle coincée sous la dentelle De robes en chiffon coincées sous le veston D’un fantôme disant ces syllabes dociles Rappelant à mon âme des écrits bien fragiles Une charmante araignée aux pattes délicates Tissant en acrobate de larges fils de soie A combattu mes maux en m’offrant une cravate Durant un déjeuner entièrement champenois À ma grande surprise j’ai furieusement aimé Cette cocasse bête résidant dans le bois D’une malle trop vieille, d’un temps déjà passé J’ai observé sans crainte son beau petit minois Après ce doux moment d’une infinie tendresse La dame arachnéenne a guéri mes phobies En m’habillant de mots d’une grande délicatesse L’implacable détresse a déserté ma vie
  9. 7 points
    Dans le coin d'une table, je m'endors froissée sous le pli noyé d'un vieux pull en poil à gratter. Il ratisse la conscience-girouette (poil à la tête) du hublot-glouton de ma machine à boulons (poil au menton). -Au musée de l'absurde- La vache se place sous les boutons, elle digère à ciel ouvert la voie lactée offerte en merveille aux yeux scientifiques ... et un peu dégueulasses des marchands de crevasses. Tandis que la nourrice mécanique lèche la plaie métallique, la panse des marchés de l'entraille baille impudique. Incrédule, la bite à Dudule est plus obscène que la vache à mécènes. Les âmes négociables (un peu lâches) se tournent (pathétiques) vers la ministre numérique scotchée au hasard sur le plasma d'un écran transdiffusé en orbite. Elle s'esclaffe d'une bouche empruntée à ses marionnettes psychotropes, puis déclare dare-dare que la bête philanthrope se dévoue tout entière à la cause financière, et que sa chair en affaire, ne souffre d'aucuns maux à se retrouver ventre à l'air. La coquine serait presque heureuse (selon la dame connaisseuse) d'être une star dans sa crasse, de baigner dans ses restes, d'exposer son raz le bol alimentaire à la main salutaire d'un "jusqu'au coude" aux gants blancs. En latex... [Warning] -Donc- Me voici rassurée... J'aime quand on me dit ce que j'ai besoin d'entendre pour surtout ne rien y faire. Le linge sale est lavé ! Je vais me rêveéiller pour toujours. Endormie la compassion ! La réalité tente un cri : La vache à hublot Horreur ! Douleur ! vous êtes des détraqués... Moi je bêle au musée de l'absurde, entre le mouton noir et le coq-ovin je ne dis rien. Le dahu broute sur le dos de l'ami croute l'hypocrâne juteux de la dinguotte qui radote, La blouse blanche à la tête chercheuse harponne le petit chien laborantin, jeté en pâture à la torture. On ne sait plus trés bien (Mémoire d'ovin) qui aboie, qui est humain ? Sur les épaules sans tête s'agite la masse immonde d'un autre monde. Les portes de l'enfer s'ouvre au bac plus douze qui va m'éblouir par une question : Elle demande donc au chiot apeuré, (Ami du bon sens ici commence ton calvaire.) "Saleté ! Pourquoi tu veux me mordre Pourquoi tu ne veux pas te laisser faire." Quelqu'un aurait il la réponse ?
  10. 7 points
    Dès potron-minet, le ciel nocturne s’éclaircit peu à peu. Le voile indigo se lacère. Les derniers lambeaux de nuit s’effilochent, flottent entre ciel et terre et se subliment à l’horizon, en vapeur rose-orangé. Au petit matin s’éteignent les dernières étoiles. Chant de coq qui fuse du haut des terrasses badigeonnées à la chaux vive. Braiment d’une ânesse qui tire sur une corde attachée à un anneau rouillé. Les premières lueurs du jour glissent sur le faîte des palmiers, sur le crépi des murs chaulés, sur les colonnes ceignant les patios, réveillant les oisillons prostrés au fond des nids. Les portes grincent, les huis s’ouvrent. Des silhouettes se meuvent dans les ruelles d’où s’échappe la nuit, par pans entiers, chassée par le jour. Enfin, le soleil vermeil noie tout dans un éclat de lumière d’argent. Lumière qui ruisselle. Ruisseau lumineux, qui bouillonne qui blanchit d’écume, qui déborde, qui clapote, qui murmure, qui chante, qui rugit et gronde, qui inonde la pierre, le sable, les murs, et les terrasses. On ne sait plus si la lumière dévale du ciel, ou si elle jaillit du sol tel un geyser, fusant vers les limbes de l’azur.
  11. 7 points
    Une p’tite chanson. Oh, Paradis ! Au Paradis j’m’emmerde un peu Ici le ciel est toujours bleu Et tous ces anges qui sourient Ça fini par m’filer l’tournis Oh, Paradis ! Au Paradis c’est pourtant chouette Partout y’a des water-closets Pas moyens d’pisser dans les haies En regardant le soir pleurer Oh, Paradis ! Au paradis t’as des nanas Qui t’chantent des Ave Maria Quand tu leur proposes pour un’ nuit De faire un tour au Paradis Oh, Paradis ! Au Paradis y’a pas d’hiver Y’a pas de givre sur les pierres Y’a pas de pierres sur les chemins Y’a pas de chemins pour demain Oh, Paradis ! Au Paradis y’a un vieux type Qui se prend pour un archétype Paraît qu’c’est lui qui a tout fait Il y a dix milliards d’années Oh, Paradis ! J’crois pas que j’vais renouveler Mon bail pour l’éternité J’dois avoir la tête à l’envers D’prendre le Paradis pour l’enfer Oh, Paradis ! Demain c’est sûr j’me casse en d’ssous De Lilou voir l’troisième dessous M’affoler entre ses guibolles Quand la musique devient folle Oooh, l’Paradis !
  12. 7 points
    Je guette sans relâchel'éclosion des fenêtres quand les aubes préfacent l'immense baie des jours quand les roses défleuries enlacées par la nuit se défroissent lentement en quête de nouvelle vie Et un rêve encore chaud m'ensoleille toute nue et m'étreint le désir de caresser le monde La ténèbre s'enfuit et je sais tout mon être traversé d'espérance j'ai le coeur déployé mendiant des heures douces C'est mon pays d'ailleurs c'est ma Terre Promise Je sais ne pas avoir ainsi veillé en vain et la graine d'amour va germer au matin dans la chaleur du pas de porte avant toute rumeur humaine avant l'ébriété du vivre ta main est dans la mienneô bonheur auroral
  13. 6 points
    Quand son patin s’accrocha, il la saisit au bras, Son gant au sol ramassa. On crut à son aplomb, à son à-propos, Mais sans voir l’air faux Qu’il montrait à son insu alors qu’il paraissait galant. L’amant dont on disait, du moins la lady dans son manoir, « So charming, so smart, what a man! » Apparaissait sous son vrai jour Quand, brutal, il la battait la laissant au sol Ainsi qu’un tas à l’abandon. Nous avions pour son sort du chagrin Mais impuissants nous n’y pouvions mais, Sinon accourir pour la sortir du mauvais pas où il la plaçait. Voilà la mini saga d’un salaud qui paraissait attachant Mais qui tous nous trompait.
  14. 6 points
    On court. On court partout et pour toutes raisons On court envers et rouge de courants traversés Continu d'un état d'où on tire le bond Et le pas de l'élan qui finit le marcher. Du report du repos, de l'arrêt différé On se pousse au-delà vers l'appas de soi-même On se tord, on exulte sans se voir bien fixer En ce lieu pétrifié que je nomme bohême. Frêle idylle jetée de la larve à la puce Du néant congédié qui se change en Soudain On verra de nos corps se lever l'angélus Insuffler un décor de statuts d'arlequins. O trêve plantée sur les dalles sonores Imprégnées de passages et de mille chemins Insère-toi dans nos vies et que tes lianes d'or Ravivent au couru tout l’effort de l’entrain.
  15. 6 points
    Le ciel claudique À l’aplomb du soir Entre une pluie Un pleur Un brouillard Un au revoir Quoi faire de ce silence De la brisure qui s’étend D’absences en absences Des proches aux confins ? Quoi faire du bleu Qui désormais Sur la palette Sèche en lèpre monotone ? J’en lèche d’un œil souvenant Les plus beaux reflets Les plus chantants Et c’est Ailleurs qui se dessine Sur le buvard chagrin du jour Et c’est Autrefois qui lancine Au mitan de mon cœur trop lourd
  16. 5 points
    Vie tout risque La goutte sur le front, sur la joue, Sur le dos de la main, La pluie fraîche de neige, L’air si frais dans le cou. L’hiver arrive, cela surprend ! L’hiver serait-il froid ? Cela devient étrange. Nos hivers enfermés, en otage Des chauffages qui chauffent, Isolation suprême, dénis des éléments, Du froid, de la pluie et des vents, Effrois par temps de neige Et du soleil ardent, Isolement des sens, de toutes les sensations. La chair s’est endormie, s’est mise au rebus De tout risque du risque. Le nez rouge écarlate, les cils ensorcelés Par la glace, le gel et toutes les buées, Au diable le sommeil de la peau, de la chair Qui ne craint rien du gel ! Au diable, le parapluie, la neige et la pluie ! C’est le corps qui tressaille, Le risque s’engourdit et la vie en sourit ! ________________________ MM / 2019
  17. 5 points
    Hu(mort)istiquement vôtre DCD je vous laisserai RIT d’AC de sous si… Mais aussi de beaucoup de CD Ecoutez-les parfois 13 MU en mémoire de moi ! A mes deux anges Pour toujours Tout mon amour…
  18. 5 points
    Tu te souviens de grand-père sa collection son musée des curiosités mais quel bonheur de courir entre les étagères et lui qui nous grondait toujours un peu il devait trembler à chaque fois que nous passions avec nos tracteurs en plastique remorques bien accrochées qui se pliaient dans les virages sans jamais rien casser sauf une fois ce drôle d’animal au bec de canard avec des doigts palmés une queue de castor des pattes de loutre et des griffes ! un nom à coucher dehors ornithorynque au début tu te souviens on a cru à une plaisanterie de grand-père il avait dû découper des morceaux de faux animaux on a pris le bâton de colle et le bec s’est remis en place il ne nous en a jamais parlé on n'a rien dit et les cornes de licornes tu te souviens il nous avait raconté avoir rencontré un homme qui descendait d’un bateau ancré dans le ciel j’ai longtemps scruté le ciel il nous arrivait d’en prendre chacune une et de jouer à Zorro et au capitaine Garcia ah oui je me souviens aussi il avait accroché un tableau au bout du long couloir un énorme pamplemousse il disait que c’était un soleil juteux et c’est vrai que l’ampoule lui donnait cette vie je prenais mon élan parfois en pédalant de toute mes forces j’avais l’impression que j’allais décoller et atterrir dedans le tracteur se transformait parfois les quatre roues devenaient fer à cheval je galopais à droite au fond il y avait une porte secrète c'était notre histoire nous y entrions parfois avec une lampe torche il y avait des milliers d’objets et tout brillait c’était son atelier il réparait il transformait il inventait comme ce vieux sèche-cheveux grand-mère l’avait jeté en criant haut et fort que l’électroménager d'aujourd’hui ne valait décidément rien ! grand-père l’avait démonté et l’on pouvait lire dans sa boutique « envol-oisillon » quand je lui ai demandé à quoi il servait ? il m’a répondu regarde cette balancelle juste de l’autre côté de l’étagère le petit sort de son nid vient jusqu' ici du bout des pattes encouragé par maman hirondelle je surveille j’appuie sur le bouton de l’appareil il souffle plus assez pour les cheveux mouillés de mamie et il vole pour la première fois ça sert à ça un « envol-oisillon » il nous émerveillait et nous étions deux aventurières dans son monde qu'il aimait tant partager grand-père était extraordinaire tu te souviens une dernière fois non, ne pleure pas il a gravé nos deux noms sur un morceau de palmier qu'il avait planté au milieu de sa vitrine préférée il disait que les îles lointaines qu'il appelait les trésors du tout proche l'avait déposé à ses pieds un matin de pêche et que nos initiales y étaient déjà écrites bien avant que nous ne prenions forme dans l'espace du ventre de maman grand-père je pourrais écrire des « Tu te souviens » toute la nuit et celles qui suivent tu te souviens toi aussi ?
  19. 4 points
    Des millions d'étoiles lumineuses sous le firmament lunaire. Pour toi, mon amour, de mes vers, je forme une échelle lunaire pour tendre vers l'infini cosmique et te décrocher une de ces fleurs glacées de l'espace. Chacun de mes mots est un échelon supplémentaire que je gravis nu-pied. Me saisissant d'une étoile, la paume de mes mains se couvre de crevasses gelées. La douleur s'endort sous un épais manteau de glace. Très haut dans les firmaments me surplombant éclate un soleil déchirant le voile de la nuit de ses longs rayons acérés de chaleur. Perché sur ma dérisoire échelle de syllabes, je me recroqueville, inutile armure contre la morsure du froid. Ô mon amour, toi, le tourment de mes sombres jours, ne vois-tu pas combien je souffre pour toi ?! Ô, ma sombre colombe, parfois je rêve de planter mes dents dans ta chair si tendre et de voir le sang s'écouler en longues et fines rigoles pourpres. Souvent, je crois entendre tes ailes si fragiles craquer sous la pression de ma mâchoire. L'étoile s'enfonce dans ma paume, me creuse les chairs, me taillade les veines. Ma main n'est plus qu'un trou béant à travers lequel se dessinent les myriades des galaxies. L'une d'entre elles déroule soudainement sa longue queue qui vient violemment me frapper. Ma tête explose et je tombe dans l'apesanteur. Mon amour, ma dernière pensée est pour toi ; Je rêve que je me ressource dans ton sang ; Je tends les mains pour effleurer ton sexe d'une ultime caresse ; J'ouvre la bouche pour mordiller une dernière fois tes tétons ; Mais dans ton sexe vorace, je viens perdre mes doigts. Mais sur la pointe de tes tétons durcis, je viens m'empaler
  20. 4 points
    Depuis des jours, de mon amie, J’ai bien grande mélancolie, Je n’ai reçu aucun mot d’elle Car notre flamme virtuelle Souffre de sévère anémie. Pourtant je l’aime à la folie Et sa silhouette jolie En mon esprit se renouvelle Depuis des jours. Mais, il semble qu’elle m’oublie Car selon la règle établie Sa douce lettre mensuelle A cessé d’être ponctuelle Ce qui accroît ma nostalgie, Depuis des jours.
  21. 4 points
    La présence incongrue du pichet accueillant Dans la bérésina des coupes hérétiques Pleines de gin au fond des bois de flamboyants Que vide un bataillon de hussards éthyliques L’industrie du chausson en peau de galuchat Qui tremble sous des lois au sens dénaturé Et se voit dénoncée par un grand magistrat Au nez fin révulsé par l’odeur de marée Voilà le cabinet de mes curiosités Où bombance je fais de tous les mistigris En renonçant à la cérémonie du thé Et si je confonds infusions et effusions Je me fiche pas mal de trouver solution Aux problèmes pourvu qu’il y ait du vin gris
  22. 4 points
    Je me suis vu à l’intérieur de moi-même, en une même solitude, les sons et les couleurs s’étaient dilués et nous étions là sans rien nous dire, nos regards étaient étranges, fixés sur nous-même. Nous tentions de nous prendre la main mais sans y parvenir, tant nous étions immobiles, et pourtant en moi l’autre n’en finissait pas de venir, il avait des sourires qui s’étaient perdus dans les soirs funambules, des filles tristes avec dans les yeux des amours qui se fissurent. Il avait dans sa main la main de celle qu’il n’a pas vu mourir, celle qui lui donna le jour. Il avait quelques désespoirs engloutis sur des mers étrangères, où les marins ne vont jamais, si ce n’est pour y mourir. Il avait dans ses bras des tas de fleurs qui n’entendaient plus ses pleurs, des jours éclatants dans la cendre des printemps. Il avait, je crois, là sur son cœur, une lettre jamais écrite, des mélancolies à en crever. Il avait des nuits d’infinie solitude, à creuser le silence pour ne plus l’entendre. Il avait des rues où s’évanouissent les cœurs et les corps, sur le quai d’un port. Il avait tant de soleils qui se sont tu, tant de lunes où souvent il s’était perdu. Il avait cet enfant, ce frère qui ne sut jamais le gout des oranges, sur son front le dernier baiser meurtri d’une mère. Il avait dans sa tête le cri de de la terre, des robes de mariée s’évanouissant dans les soirs funèbres, puis s’agenouillant, là tout près de moi, je le vis pleurer, je sentis sa main dans la mienne, tremblante et si fragile que tous les deux nous nous sommes, sous le règne du temps, entre l’ombre et la clarté, endormis.
  23. 4 points
    Alanguie ici bas sur la morne étendue de beige et de cendres C'est ta main qui vient jouer à m'écrire un souvenir, un soupir ou le vent Je te tends la joue et je m'envole avec pour seul ami le sable Je me mets devant toi, nue, comme une page vierge où tu peux dessiner ; La silhouette d'un enfant échevelé ou le récit fantasque d'un bateau de pirate Je laisse ta peau devenir mon radeau, mon mouroir ou mon île Et je m'envole encore, entre ailleurs et toujours, Je ne suis qu'un poème de travers et qui n'a jamais, jamais de fin.
  24. 4 points
    Retournement Coup de bèche d’automne dans le temps retourné L’âme reçoit la nuit Insatiable du jour délivre ses racines pour engranger demain en de simples atomes
  25. 3 points
    Pas tout à fait perdue. -Le Plateau ?- Entre un rock fort et un chèvre chaud, le Larzac insurrectionnel ? "Les coordonnées vous seront dévoilées aléatoirement dès l'instant où vous aurez loupé l'embranchement" Première Loi de Finagle : Si une expérience marche, quelque chose cloche. -Triangle et brumes- Lerab Ling, entre un roc redondant et Les Rives, gauches et droites, d'un néant géant, à ne plus voir le serpent. Ride the snake Plumes de brouillard, Ride the snake à couper au couteau (terreur !). To the lake Soudain, the ancient lake <Pause> Un message éphémère sur le smartphone de lutins ordinaires Latitude Longitude Une adresse c'est bien aussi, non ? Re-soudain ! Là ! Un arbre et.. Un autre... Un sentier ? (Tiens, il y a ça ici ?) Incroyaux ! (Oui ça existe ! On en rêvait, ils l'ont fait.) Bienvenue à Taxi Zombie, il n'y a plus qu'à... Dîtes-moi, dis-je moi, à ceux qui sont dans le truc, que fêtons-nous là dans ce trou ? Silence narquois, s'ensuit Que suis-je bonne, pensé-je abasourdie, tendant la sourde oreille J'ois mes suspensions qui couinent sur les racines, dégommage, enfumage, virage, cailloux, et Pierre, me dit qu'ils sont nombreux derrière. Procession dans les bois, cherche Cicerone. Feux follets et phares luciolent le ventre de la forêt, son oesophage cabossé avale mon reste d'illusion. Ça va encore être long... Ils suivent, ne voyant aucune autre raison à ma présence dans l'antre de l'ogresse over fuller, qu'une teuf boeuf. Au temps des raves, planquer un cadavre se complique. -Sherwood- Une heure du matin. Un jeune bonnet blanc sort de l'ombre (bonnet noir), un chapeau lui sert de guichet. Il sollicite pour l'organisation, un don peu importe. -Rencontre du troisième type- Étoiles et lumières. Pas qu'un peu ! Une musique puissante, un boucan d'enfer, la grande verte couve notre belle jeunesse, plus libre que ivre. Éphémère la cité farouche se fonde en quelques heures. Helitreuillage ? Soucoupe volante ? Ils jonglent, dansent, chantent, tous évadés, hors de portée. Il me faut partir, Taxi Zombie fait tourner le compteur. Une heure trente de route pour rentrer, <Lecture> Ride the snake si ma radio vient à m'lâcher, C'est sur je vais flipper. Riiiiide t.e .na.e...... Ufologue confirmé Presque égarée.
  26. 3 points
    Le soir descend je monte dans la plus haute tour je dégage un morceau de colline défigurée avec mes doigts enchevêtrés il reste des arbres qui giflent les fenêtres des maisons, des araignées aux plafonds un ou deux rats et un chat noir aux immenses yeux jaunes lumières blafardes et trompeuses le soir descend je suis montée dans la plus haute tour fermer le soupirail la brume était déjà épaisse ces volets bleus qui me font de l’œil toujours fermés la vie n’est plus tout n'est que cendres comme le soir qui n'en finit pas de descendre dans la grisaille de novembre. Ici a vécu Landru. Les souvenirs ont des écailles ils sont froids ici on se caille il reste un vieux panier d’osier avec des pommes carrées des oranges bleues et amères et des raisins rectangulaires le soir descend je termine ma ronde les escaliers deviennent glissants ce manoir est hanté et c’est tant mieux chaque soir je fais ma ronde, les revenants ne sont pas embêtants ils ne viennent pas souvent ils glissent dans le noir dans des reflets agonisants avec des chaînes et tout le bazar quand j’étais ado j’étais gothique comme eux j’ai purgé mon cœur amoureux en buvant de la menthe en jouant au diabolo maintenant je suis peinard j’suis le gardien du manoir de temps en temps j’étends mes draps blancs ils claquent dans le vent ce qui fait fuir les villageois alors j'ai la soirée pour moi j'ai encore du travail Ce qui me donne le plus de mal, c’est d’entretenir mes chaînes avec de l'huile que je garde toujours sous le coude ; heureusement elles ont un traitement anti-rouille elles m'auraient filé la trouille on a déjà assez de citrouilles, juste après octobre c'est une horreur. Ici a vécu Jack l'éventreur. Quand, avec André et Aline, on regarde de vieux films d'horreur dans le sous-sol on invente toutes sortes d'histoires et après on s'amuse à se faire peur. Ici a vécu un écrivain. (J.E. Horribles petites histoires – novembre 2019)
  27. 2 points
    Pourquoi écrire ? Écrire, sentir sa main et la glisser sur son petit carnet, sur la feuille. Assurément, son œil et ses oreilles, peut-être son nez et son palais aux aguets, rien de plus et la peau sur le crayon ou le clavier. Rien, presque rien, sans exigence matérielle, dans le dépouillement de l’encre et du papier, encore moins, l’immatériel des octets sur … des octets, des particules, un souffle d'ondes et d’énergie, une rencontre de deux chemins. Une table, pour s’accorder un tout petit confort. Se poser sur un plan, déjà un artifice, une construction abstraite, un plan horizontal posé sur la sphère ronde. Une sphère ronde ? La Terre ! Une tangente à angle très, très aigu, un angle immesurable, un écart mathématique. Une tangente douce invisible et la prendre le regard biaisé. Une fuite maitrisée, l’air de rien. Une audace. Un élan. Pfft !! Filer. Presque rien ! Non, un enclos qui enveloppe doucement, vous abrite dans une sphère. Encore, une position géométrique. Pas de bruit ou seulement celui que l’on reçoit, que l’on accepte, peut-être un son, plusieurs sons, une mélodie, un rythme que l’on choisit, des vibrations en sinusoïde qui montent et puis descendent, à forte ou faible amplitude. Tiens, une notion d’algèbre ! Presque rien ! De préférence du vert, un vert serein, calme et un beau ciel en transparence. Pourquoi pas un ciel très bleu, lumineux ? Trop dur, les ombres sont trop noires. Très chaud ou très froid ? Une douce fraîcheur sur la peau, un ciel ni bas, ni gris, ni bleu en jolie lumière et des contrastes nuageux qui obligent à se rouler en cocon en un long fil de soie et laisser la chrysalide devenir papillon. Un certain temps sans horloge pour la métamorphose. Quelques branches qui bougent pour signaler la brise ou le vent, que tout vit autour de soi. Écrire, un geste physique, une histoire de corps, la tête droite sur le cou et le cou sur le tronc, le corps bien droit et les vertèbres d’aplomb, assise sur le bord de la chaise et les jambes croisées. Très mauvais va dire le redresseur des muscles et des os mal placés. Décroisez-moi tout ça! Laissez circuler votre sang de haut en bas et de bas en haut en passant par l’estomac, le plexus, le centre de votre calme, la chaudière de la sérénité. La sérénité, le grand départ pour l’éclosion. Bientôt, un mot. La main est prête, la main court. Mais pourquoi donc m’être assise pour tracer des signes sur la feuille, au propre et en octets, en ordre, en colonne alors que les légumes sont tout propres et prêts à être cuisinés ? J’écris le matin tout en faisant la cuisine ! Les couleurs des légumes qui réduisent doucement en exhalant leurs parfums, le sang qui s’écoule d’un jarret, le vin qui mijote une daube, le frissonnement grésillée d’une friture, la volute des parfums de la pomme, non des pommes, une de chaque variété pour enrichir la saveur, la couleur jaune ocre de girolles cueillies dès le frais petit matin par mon cueilleur de vie, le vert des aromates ! De bonnes conditions pour transformer les odeurs en sources, appâter les images, les couleurs, les reliefs, les ombres et les lumières, les mastiquer, les mâcher, les avaler, les régurgiter en mots et en phrases, les faire saliver, les rendre gourmands en rimes encore maladroites, en vers, en pieds, en alexandrins, en strophes, en poèmes. Fini, on mange ! A table ! Au fait, qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? Sur quel sujet ? Sous quelle forme ? Avec quel gibier ? Il faut un bon produit, de la viande, des légumes, des légumineuses, des herbes, des fruits, des graines, des arômes. Sur quel terrain de chasse ? Du léger, du en plumes, du gros, du à poil ? Chasseresse, mes doigts s’agitent doucement, se tendent pour appuyer sur la gâchette, celle des mots, de leurs sons. Les mots veulent écrire, sortir des signes, évacuer un flux. Pan ! La cuisson est lancée. Les watts sont au travail, chauffent la poêle ou le faitout ou la sauteuse ou le bain-marie. Vaut mieux un bon ragout qui s’exhale qu’un soufflet insipide qui s’écrase. Cela mijote mieux et lentement comme les mots d’un texte qui s’annonce sur la feuille. Le ragout sait attendre, il a toujours le temps pour anoblir ses saveurs. Comme la sauce, les mots se mêlent en sons, comme la sauce au plat. Sa saveur doit être en accord avec celui-ci et c'est toute la difficulté. Qu'elle soit onctueuse, légère, consistante, douce ou épicée, elle doit sublimer le plat sans jamais en masquer le goût, la source, l’origine qui nourrit. Jamais de recette, j’ai horreur des livres de cuisine. Je cuisine en écoutant la radio. Quelle corvée d’écouter des émissions sur la cuisine devenue seulement mise en scène et spectacle alors que le supermarché du coin a quadruplé ses rayons de plats préparés au glyphosate et aux renforçateurs de goût dans des vitrines réfrigérées. Je préfère les émissions qui parlent de rencontres, de chemins d’émotions. Ma main et la cuillère en bois touillent le ragout. Inspiration, l’air retient les odeurs de tous les sucs. Encore une histoire de sens, l’odeur d’oignon ou d’échalote ou quand ceux qui ne sont pas effrayés de se poser à ma table, un bel ail frais, gouleyant. L’inspiration fait attendre gourmande la saveur, l’odeur sous le couvercle. Il faut attendre, laisser doucement le temps passer au tamis le bouillon, retenir les grumeaux, les brins d’os, ne laisser que le nectar. Essayer et goûter, renifler, non ! Pas trop fort, humer. Laisser les odeurs envahir en quelques millisecondes l’encéphale. Expiration, les mots viennent. Je quitte le piano. Pourquoi manger ? Pourquoi écrire ? C’est servir le plat dans une belle assiette. Quelle audace ! Prétention ou plaisir ou gourmandise. Je me pose. La plume tremble un peu, la page se remplit. Je mets le papier sur la table, un beau plan sur la Terre, la sphère ronde. Angle aigüe de tangente. Pfft ! Je me sauve dans les mots, je me grise la mine qui glisse sur le papier, je me graphite. Le signes viennent comme ils peuvent, comme ils veulent, libres, ils rissolent, ils brunissent ou ils dorent, ils palissent en vapeur, ils fondent, ils exhalent, ils attachent, ils collent au fond de ma pensée. Une odeur âcre me dresse, le mets noircit, tout brûlé. Poubelle pour défaut d’attention et de concentration. A table, ce sera pour la prochaine fois ! On ne peut pas être au four et au moulin….des mots. _______________________ MM / 2019
  28. 2 points
    Métro blindé, Wagon bondé, Monde enserré, Corps resserrés, But immoral, Sens animal, Main proximale : L'effleur du mâle.
  29. 2 points
    Les feuilles tombent doucement En lente vrille dans les sentes Où nos âmes érubescentes Se firent leur premier serment. C’était au doux temps des amants Quand la nature renaissante Sort de sa torpeur oppressante Et vêt ses premiers parements. Mon corps, maintenant à l’automne De son âge, se pelotonne Près de toi, son précieux soutien Le retenant à l’existence, Comme la feuille se maintient À la branche pour sa portance.
  30. 2 points
    Se peut-il que vous ne pondissiez plus demanda le coq entre ses dents, sentant venir le vent, à sa poule sur la paille Ne vous inquiétez point, répondit cette insolente je pondrai bientôt lors que vous chanterez à nouveau l'heure d'été. (J.E. Novembre 2019)
  31. 2 points
    La rose s'est éclose À la nuit d'obsidienne Dans chaque éclat encore C'est ta main qui se dispute Les faveurs du soleil Moi je compose entre les fils de pluie Je te tisse un sourire Pour quand tu ne peux plus Aux récifs j'escalade vers une aube hasardeuse Elle est d'opale et de givre Je suis de glace et de suie Et ton corps dans ma paume est un morceau d'argile
  32. 2 points
    Près de mon lit où j'aimais vivre, grand-mère chantait ; c'est mon plus beau souvenir. Les maladies infantiles ne m'ont apporté que du bonheur : angine, rougeole, varicelle et autres jours bénis où je devenais si importante que grand-mère venait chanter à mon chevet et qu'elle faisait monter ma fièvre. Je ne voulais pas guérir, de toutes façons, elle me faisait mourir. Elle avait des yeux pervenche, un parfum de poudre de riz et des robes dépouillées, je la trouvais si belle, elle chantait comme Fréhel.* Près de mon lit où j'aime vivre, grand-mère chante encore, elle est toujours assise à mes côtés dans sa splendeur , c'est elle qui a fait battre mon cœur. Je n'ai plus ces maladies infantiles ; les autres, elle n'a pu les soigner ; elle est montée au ciel entre deux de mes guerres. Elle n'avait plus la force mais elle est restée. Dans ma chambre tapissée de langueurs, de cicatrices et de vieux navires engloutis, elle chante encore pour moi et ne me demande pas mon âge. J'entends sa voix, mais ne vois plus son visage. De l'entre-deux guerres, elle agite ses pervenches, ses yeux reflètent le désespoir et je me revois, si petite dans mon grand lit, pleine de fièvre suspendue à ses lèvres. Et ses chansons me reviennent … (J.E. Octobre 2019) Fréhel : une chanteuse, dite Pervenche, du Paris de la Belle Epoque qui chantait, entre autres, « la java bleue ».
  33. 2 points
    Au beau pays d’Aquitaine Je courtisais autrefois Sa très belle Châtelaine. Et puis, un beau capitaine Se pointa souventes fois Au beau pays d’Aquitaine. Avec allure certaine Il séduisit aux sous-bois Sa très belle châtelaine. Depuis, l’âme en quarantaine, Je demeure tout pantois Au beau pays d’Aquitaine. J’y pleure comme fontaine Car chaque jour je n'y vois Sa très belle châtelaine. Je pars en terre lointaine Y trouver un contrepoids Au beau pays d’Aquitaine. Sa très belle châtelaine.
  34. 2 points
    Quand il était enfant sa mère lui avait appris qu'il fallait être poli et qu'un sourire ne coûtait rien. Il l'avait écoutée. Parce qu'il l'aimait et qu'elle était sa mère. Et parce qu'elle avait raison, un sourire ne coûte rien. Lorsqu’il rencontrait des gens dans les magasins, dans la rue, ou dans sa cage d’escalier, il essayait de se souvenir de ses mots et de sourire. Il le fit d’abord par discipline, ensuite par habitude. Puis peu à peu il découvrit les conséquences de son sourire. Le voisin triste du deuxième semblait moins morose. Il arrivait même parfois qu'il n'eût plus l'air triste du tout. Le petit garçon du rez-de-chaussée s'agitait en spasmes de délice. Derrière le fauteuil roulant sa mère regardait avec bonheur celui qui avait provoqué cette allégresse. À l'âge de dix ans, fort de cette découverte, il décida de sourire avec intention. Il se mit à sourire tout le temps, à tout le monde. Dès que son regard en croisait un autre, une onde le traversait. Elle prenait naissance dans son estomac, montait le long de sa poitrine, grimpait sa gorge, puis relevait le coin de ses lèvres avant d'envahir son regard. Il souriait jusque dans les yeux. Il se sentait super héros. Il avait un pouvoir, celui de donner de la joie par son sourire. Et la joie qu'il donnait lui donnait de la joie. *** Il avait douze ans quand il réalisa un matin qu'il n'avait pas vu le voisin du deuxième depuis quelques jours. Il demanda à sa mère si elle l'avait aperçu. Elle le fit asseoir à la table de la cuisine pour une discussion. Il apprit devant une tartine beurre cacao que l'homme s'était donné la mort. Son sourire n'avait pas suffi, la tristesse l'avait emporté. Il fut bouleversé. Bouleversé par la mort de l'homme, bien sûr, mais aussi par sa propre défaite. Il n'était plus un super héros. Il ne l'avait jamais été. Il se demanda s'il aurait dû faire plus, s'il aurait pu faire plus. Il passa des heures à considérer la chose avant d'aboutir à sa conclusion. Sourire ne suffisait pas. Il fallait aussi écouter. Il se mit alors à écouter tout le monde, avec attention. Rien ne lui échappait. Il fut si bon dans son écoute qu'il devint bientôt le récipient de toutes les confidences. Celles de ses copains et celles de ses amis. Celles des copains de ses amis. Celles des amis de ses copains. *** Avant son quatorzième anniversaire il avait accumulé des milliers de secrets. Il était en possession d'une collection imposante de douleurs, souffrances, frustrations, ressentiments, trahisons, incompréhensions. Il avait aussi appris que les gens n'écoutent pas. Et qu'ils partagent rarement leur bonheur. Le goût de cette injustice commença à se mélanger dans sa bouche aux goûts déplaisants de tous les secrets dont il était le gardien. Il fut de plus en plus souvent pris d'un intense besoin de tout recracher. La colère s'installa. Il arrêta de sourire. Il arrêta d'écouter. Peu à peu il perdit ses copains et ses amis. Ou peut-être est-il plus juste de dire que ses copains et ses amis le perdirent. Peu importe en fin de compte, il les avait perdus et il était perdu. Il avait appris que ce qui semble vrai n'est bien souvent qu'une illusion. Que ce fil qui le liait aux autres n'existait que dans son imagination. Que les mots mentent. Il était à présent seul, seul avec tous les secrets. Il n’alla plus en cours et sa chambre devint une chambre d'écho dont il ne sortit plus. De temps en temps la pensée l’effleurait qu’un jour peut-être il rencontrerait quelqu'un qui lui sourirait et qui l'écouterait. Bientôt. Il fallait que ce soit bientôt. Mais bientôt ne vint pas. *** À l'âge de quinze ans il décida de se débarrasser des secrets une fois pour toutes. De se débarrasser du mauvais goût qui envahissait maintenant complètement sa bouche. De s'alléger. Il trouva dans la table de nuit de sa mère un petit flacon de délivrance. Il avala les cachets d'apesanteur un à un, il s'allongea et il attendit. Il se dit qu'il n'avait que quinze ans mais qu'il savait déjà. Il savait que l'espoir est une sale chose. Il savait que rien n'est vrai que ce qui dure. Il savait que rien ne dure. *** Il se reposait dans la chambre d'hôpital quand elle tapa à la porte. Elle entra doucement, s'approcha du lit et s'assit en silence sur une chaise. Les mains croisées, les yeux baissés, elle attendit qu'il lui adresse la parole. Il l’observa attentivement. En la détaillant sans mot dire il se rendit compte qu’en dépit des heures passées en classe avec elle il la voyait aujourd'hui pour la première fois. Il n'avait jamais croisé son regard. Elle n'avait jamais partagé avec lui ses secrets. Il réalisa que personne ne la regardait jamais. Après quelques minutes de silence il la remercia d'être venue le voir. Elle lui répondit qu'elle regrettait de ne pas être venue plus tôt, chez lui, avant tout ça. Il essaya de la rassurer en lui disant qu'elle n'aurait pas pu savoir, qu'elle ne le connaissait pas. Elle lui répondit qu'elle savait. Qu'elle le connaissait. Qu'elle avait vu. Qu'elle voyait tout. Puis elle lui sourit, d'un sourire qui sembla jaillir de son estomac comme une onde et illumina ses yeux. Et il se mit à tout lui raconter. *** Quand il se retrouva à nouveau seul dans la chambre après son départ il ne put cesser de repenser à sa visite. Son image lui semblait comme gravée sur ses rétines. Ses mains croisées. Son regard baissé. Puis son sourire. Son sourire. Son sourire. Il se dit qu'il avait quinze ans mais qu'il ne savait rien. Que l'espoir n'était pas vain. Qu'un moment pouvait être vérité. Que peu importait sa durée. Il avait quinze ans et il la voyait. Elle avait quinze ans et elle l'entendait. Ils pouvaient avoir quinze ans ensemble. Il n'était plus seul.
  35. 2 points
    Mon île cernée d’une mer indolente Aux terres brûlantes et insoumises Aux crépuscules irradiés Mon île aux parfums des étoiles Mon île parsemée des ailleurs égarés Aux multiples visages enroulés dans les vagues A la poitrine gonflée par l’attrait de l’azur Mon île aux cheveux ondulant sur la grève Aux sentiers déflorés par les pas du silence Aux rochers dessinés par les lueurs de l’aurore Mon île au large des nuits blanches et des souvenirs perdus Aux yeux gobant le ciel pour un rêve absolu Mon île au carrefour des lumières Aux promesses des siècles dérivant à jamais
  36. 2 points
    Marée noire Témoignez de l'effondrement des couleurs, Les unes dans les autres, Juste au creux du monde, Dans le crépuscule de soi. L'extinction d'un feu, Assistez à l'embrasement du râle, Peu probable que le réel y survive, Cela n'était pas souhaité. Le ciel croupit sous les prières, Et il reste un désir, Hurlant plus haut que les foules, L'espoir que cet instant n'existe pas. Parce qu'il ne s'agit que d'une heure, Une heure aux reflets de milliards de secondes, Une heure où le temps dévore, Une heure où il reprend sa place, Et démembre les soupirs. Et s'estompant à la faveur de ses reflux, Cet instant a la saveur des marées noires.
  37. 2 points
    Je comprends votre dilemme. Mais vous avez fait le bon choix : taper aurait pu être mal pris, alors que "se la faire" est beaucoup plus poétique !
  38. 2 points
    Un vent violent dévêt les arbres de leurs feuilles. L'hiver, d'un noir linceul recouvre mes espoirs. Ma vie emprunte au ciel ses vêtements de deuil Et pleure comme la pluie ruisselant des trottoirs. Dans la sombre prison de décembre enfermé, Mes rêves de l'été par le vent balayé. Hier dans la lumière, tout me semblait possible, Aujourd'hui dans la nuit, tout devient inutile. Au bout du noir tunnel quand l'été sera là, Avec la lumière mon espoir renaîtra. Par ce piège implacable me laisserai happer, Puis l'hiver reviendra pour tout recommencer.
  39. 2 points
    Petit clin d'oeil @Thierry Demercastel ! " Chi va pianu va sanu E chi va sanu va luntanu. "
  40. 2 points
    Laisse tes tics tranquilles et rime elle avec luit.
  41. 2 points
    Quand le sang dit tout le prix de l’amour Quand l’incendie vous conduit à la mort Quand le non-dit est l’ami du remords Quand samedi me suis remis à jour Quand tout est dit sont omis les détours Quand je maudis l’ennemi en mon corps Quand me dédie à mes amis d’abord Quand je mendie à demi-troubadour Alors le temps fuit je deviens instable Alors c’est la nuit des matins aimables Alors je m’ennuie et retiens mon souffle Mais tu me suis et tu viens à ma table Et je m’enfuis et un rien me camoufle Le paradis est le terrain du diable
  42. 2 points
    J'en ai marre d'être fauché Alors ce soir j'ai décidé De la revendre au plus offrant D'en tirer maximum d'argent. Je vais vendre mon âme au diable Pour des revenus appréciables, Mais d'abord je dois le trouver Pour pouvoir bien la négocier. Pour pratiquer la messe noire Sur le corps nu d'une sorcière Il me faut chercher la commère Et par ces temps c'est sans espoir. Donc, il me reste à invoquer Les démons et leurs associés. J'implore gentiment Satan Mais celui-ci n'a pas le temps Il reste muet tout le temps, C'est contraire à ce qu'on prétend. Je réclame alors Lucifer, Il serait perdu en enfer Car aussi ne sait que se taire Lui non plus ne manque pas d'air ! Alors c'est avec Belzébuth Que je ferai cette culbute. Peut-être que je le rebute Il n'est pas là pour qu'on discute. Je vois son avocat affable Qui me dit qu'il n'est pas solvable. Priant incubes et succubes, Je m'aperçois que l'on m'entube. Mais où sont donc passés ces diables? En fait, il sont tous introuvables Me répond un brave exorciste Redevenu bon athéiste: Voyez-vous je suis sur la paille Car plus personne ne déraille Et votre âme ne vaut plus rien Au marché des dévots et saints.
  43. 1 point
    La mort rôde dans cet étrange paysage. L'association avec les lupins est curieuse et l'ensemble est beau et prenant. Merci
  44. 1 point
    Poésie musardière qui suit le petit poucet.
  45. 1 point
    Un cœur à facettes, dont il convient d'apprécier chacune d'entre elles à sa juste mesure, ce que vous faites fort bien dans ce poème tendre et délicat. Bel emploi de l'anaphore, qui n'alourdit pas le propos, mais au contraire donne à ce cœur son battement.
  46. 1 point
    Un seul instant, "au terme de l'amour", suffit à chambouler...
  47. 1 point
    Des vers réussis qui se lisent avec plaisir.
  48. 1 point
    Je vois les fonds vautours survoler notre vie — Et comme la vérole en des temps plus anciens Sur notre bas clergé s'abattait à l'envi — Fondre pour s'emparer de notre commun bien. Quant au siècle dernier, un des plus meurtriers, J'y assistai à l'effondrement d'un empire Qui nous promit les fleurs et du mal fut rongé, Engendrant dans le rouge une mafia vampire. Alors de son enfer l'hydre à l'heure prochaine D'un ersatz de social, mais vrai nationalisme, Obombrera l'esprit du nimbus de la haine. La poésie résiste au nom d'un idéal Dont elle est souvent seule à percevoir le prisme Des couleurs de la vie et des espoirs le Graal.
  49. 1 point
    Lagune Une froide conscience, M'éclaire sur son état, Pleine comme le bruit, C'est une porte s'abattant sur le fantasme, Insolente comme les foules, Elle a cette même complaisance, Que peut avoir la Lune, En dévisageant le jour. Nous n'avons rien trouvé, Rien de suffisamment réel, Pour être traîné jusqu'ici, Et rien ne semble vouloir nous accompagner. Lui comme une ombre, Nous sommes une meute, Nous sommes seuls, C'est ainsi, C'est idéal. Il y a ce décor, Nous y sommes sobres, Dangereusement lucides. C'est un plongeon, En plein cœur de nos tripes, Aigries et remuées de vagues tourments, Ceux dont on perd la trace, Venant ainsi de toutes parts, Ils sont les requins sous la barque. Pour ce voyage, Je suis le parfait complice. Tout cela tient plus de la traque, Nous sommes nos propres prédateurs, Nous le sommes pour toujours. C'est lui contre moi, Et lui, Sous mes lanternes, Aux lueurs de l'ennui, Se balance, Laissant l'aléa nous guider. Comment ne pas s’y perdre ? Pourquoi ne pas céder à la déroute ? D’un pas lent, Terne, Errons en lui, Sous le ciel luisant, Sous ces feux qui jamais ne faiblissent. Que cet égarement soit sans égal, Qu’il envahisse toutes choses. Les escales sont nombreuses, La traversée est agitée, Et sobre, C'est encore plus brut, Plus évident, La douceur des rêves est loin d’ici. L'un en l'autre, Nous voyons, Tout ce que la nature, A su faire de plus sauvage, L'instinct, La pulsion, L'autodestruction. L'un en l'autre nous savons, Qu'il n'y a pas d'humanité, Que des lambeaux, Qu’il n’y aura jamais de corps, Mais bien que des hommes, S'effondrant pour toujours. C'est le réveil, Le retour au port. Des pas et des pas, Froissent le sol dans les graviers, Tout autour de mes sens. Il s'est enfuit, M'a échappé, Nous ne sommes plus seuls, Il n'y a plus que moi. Lui évaporé me guette, Quelque part, Comme une proie, Je le sais. Devant moi apparaissent à nouveau, Tous ces diamants, Suintant d'incomplétude, Dans leur brouillard opaque, Ils se consument dans le plaisir, Jouissant de ce que leurs reflets, Leurs offrent de l'immonde. Cet immonde crié par tous les vents, Chuchoté dans chaque souffles. Tant de diamants, Que tant d'étoiles, S'échinent à faire briller, S'entrechoquent aveuglement, Sans cesse les uns, Contre les autres, Et les autres, Contre les ruines.
  50. 1 point
    Faut emmerder les messieurs très sérieux, c'est un réflexe de salubrité poétique et publique.

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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