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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 07/20/2019 in Posts

  1. 11 points
    Il viendra chétif, au jour convenu, Comme un lourd fardeau que l’on délaisse Et sur son flanc écorché, mis à nu, L’ombre permise d’une immense tristesse Sur sa robe mauve chargée de deuil Flâneront sans cesse d’étranges parfums Et le reflet d’un dernier écueil Ou vont mourir d’impossibles chagrins Il me guidera, hélas, au tombeau Où germent d’inutiles langueurs Et son voile argenté cousu de mots Gardera le fruit d’anciennes lueurs Ainsi à l’heure des métamorphoses Sur son habit flânera l’éternité Où chantait sans trêve mon âme morose Sur le velours d’un songe libéré O cerveau inspiré toujours déchu Il te faudra vendanger de vieux ciels Et creuser sans cesse la déconvenue En un périlleux voyage éternel Mes mots ne seront plus qu’oiseaux Triomphant de mon obscurité Ils auront de beaux et fins rameaux Et le vent les entendra chanter
  2. 10 points
    Ils sont volcans de chair se déchirent le ventre en crachats de douleur de ce reste de vie qui s'entre-écoule d'eux mais si fort si fort que rougissent leurs flancs fracassés des blessures hurlantes de leur sang Un nuage bleui délicieusement vole en soupir auréole gémissement dernier craquelure de vair qui se refuse encore au plaisir de mourir avant la dernière éruption
  3. 10 points
    Son regard est parti dans le train de l’oubli. Une photo affichée sur un mur irréel Et mon cœur a aimé ces yeux d’amour remplis, Et mes sens ont vibré au noir de sa prunelle. J’ai cherché où vivait cette étrange amoureuse, En parcourant les rues et tous les boulevards, Ainsi que les chemins et les sentes boueuses, Qu’elle a dû emprunter en sa ville au hasard. J’ai vu la belle enfin aux détours d’un jardin, Où elle priait le vent d’apporter les accords De ses nombreux amants tristes d’un sein radin, Que lors je devinais en observant son corps. Ce fut la trahison de l’image rêvée, L’œil noir n’était point doux, l’œil noir était avide De la futilité comme de tours mauvais Que je percevais bien à son air impavide. Je jouai l’amical, la caresse câline, Pour habiller ma voix et masquer l’amertume Que j’éprouvais sitôt en approche féline De cet être double, cette beauté posthume. Je l’invitai un soir à venir à la gare Pour mon départ prochain par devoir établi. Une seule poussée sous les roues sans bagarre, Son regard est parti dans le train de l’oubli. (Pure fiction, bien entendu)
  4. 10 points
    Tu es mon printemps, tardif et rebelle Et mes dix sept ans de seconde main Ma verge dressée, ta bouche escarcelle S’efface le temps en un tournemain Et mes dix sept ans de seconde main Nouvelle jeunesse ou regret nomade S’efface le temps en un tournemain De durcir en toi le sang de chamade Nouvelle jeunesse ou regret nomade Mes rides creusant leur propre sillon De durcir en toi le sang de chamade Éclore tes chairs rose papillon Mes rides creusant leur propre sillon Je m’abreuverai dans cette jouvence Éclore tes chairs rose papillon Les gorger d’un suc pressé de patience Je m’abreuverai dans cette jouvence Oublieux du temps, oublieux des fruits Les gorger d’un suc pressé de patience S’écoulant sucré au gré des minuits Oublieux du temps, oublieux des fruits Je te promettrai un jus mirabelle S’écoulant sucré au gré des minuits Tu es mon printemps, tardif et rebelle
  5. 9 points
    Je t'emmène dans mon ailleurs Viens ! N'aie pas peur faufile-toi parmi les livres les feuilles à l'envers, les bateaux ivres les tableaux bleus les pinceaux noirs les ciels gris, les ombres dans le couloir les feuilles à l'endroit, les dormeurs du val avec des trous au côté gauche allez, viens … approche … les fleurs violettes, les flûtes de pan les histoires au gré des vents le plaisir de l'instant qui respire cette sensation de mourir tellement le cœur est en apesanteur qu'est-ce pour nous, mon cœur ? Je le sens derrière moi … il me suit, cette fois je continue mes litanies il sait qu'elles sont pour lui Voici mon nid sans adresse l'ailleurs de toutes mes détresses mes rêves dans tous ces miroirs Veux-tu quelque chose à boire ? Je n'ai que du thé qui se boit en silence arôme jasmin propice aux confidences. Il s'est endormi soudain ; la nuit tous les canapés sont gris on peut avoir un rapport consenti ce soir, il avait envie d'en finir avec sa déroute depuis que je lui parle, il était à l'écoute Les parfums ne font plus frissonner sa narine ; Il dort dans mon soleil, la patte sur ma poitrine Tranquille. Je l'appellerais Rienbô s'il me veut, il pourra me garder ! (J.E. Août 2019)
  6. 9 points
    Un Père Quand décline le jour mes pas fidèlement me conduisent au théâtre, des ultimes instants du soleil alangui aux ardeurs en partance. Sereine est ma lubie, paisible ma constance je capture les gloires et les nues embrasées à l'heure où les oiseaux ont leurs dernières plongées. Bruit des vagues J'avais dit route au Sud, jusqu'au large lointain allure au maximum, bien ! me dit le marin du navire loué très puissant et véloce. A l'ouest un incendie, flamboyant sacerdoce mon fils à mes côtés, grand jeune homme joyeux Voit fuir le liséré de la côte, sérieux. Montagnes et collines, sous l'horizon plongées la mer comme attendrie, en miroir s'est changée les machines stoppées, ont des bruits d'indolence Père et fils appliqués dans le vaste silence prennent au coffret bleu-nuit l'urne sacrée du deuil et deux générations rendent à la mer l’Aïeul. C'était Sa volonté, en céleste nuée les cendres assoiffées, aux flots se sont mêlées près des étoiles pures reflétées par la mer. La prière des marins fait les flots moins amers songeurs, l'âme embrumée, après un long silence une brise discrète, affable nous balance. Les machines s'éveillent et gargouillent d'envie de visser leurs hélices à l'eau calme endormie le vent fou nous délarme et l'horizon se pare de mille petits feux qui ne sont pas des phares en approche le vent, devient brise odorante à terre la vie bouillonne en fièvre trépidante. Cris d'oiseaux Les années ont passé, mon cœur n'a pas vieilli après quelques détours, sur le quai me voici Les yeux sur l'horizon, le soir viennent les songes je réponds aux sourires des ombres qui s'allongent Les oiseaux me connaissent et piètent près de moi des pensées me traversent, ils s'en gaussent parfois Ma mémoire fidèle à l'horizon s'appaire Là, vibrent mon enfance et l'amour de mon Père. 23 07 19
  7. 9 points
    Tu es mon fleuve qui cogneAux murailles des fjordsTu es ma terre chaudeAu ventre du désertMon ciel de jupons blancsTout froissés par le ventTu es mon vallon tendreEndormi de tiédeurTu es ma forêt d'ambreCouchée de tant de feuillesMa coiffe de canopéeAux balcons oiselésMes plus secrets cheminsD'herbes folles ou de sableMon air bleu plein d'écumeAux heures auroralesMon calme semé d'étoilesBaigné de pure grâceTu es mon haut amourTout un monde en offrande
  8. 8 points
    Soupçon Sur le chemin croulant des forces du soleil, Tu t’en vas disparaître, ô friable mémoire ! Et le temps qui travaille, oublié du sommeil Use la pierre en sable à ses gestes de moire Dans la chambre, la mort éclate sur les murs ; Quelque chose s’évade en l’ombre familière. Une bête se cogne aux vitres de l’obscur, Et cherche vainement la graine de lumière. Par la fenêtre ouverte, à grandes eaux, le jour Lave les morts, la salle où saigne la brisure. Puis, l’enfance méchante, aux cruelles amours, Casse l’image ultime à ses cris de ramures.
  9. 8 points
    Tes doigts sur le piano arpègent la résonance D’une cage d’ivoire glacée d’oiseaux Aux regards acérés du futile marié d’ennui Ils chantent fauves et rauques Les notes de toi Tes cheveux mangeurs de lumière auréolent le vent D’un mystère absolu rétif à l’entendement Ils sont nimbes, immanents au désir de te vivre Foison blonde d’herbes nées de la foi d’un peintre fou Qui ne peindrait que toi Le compas vertigineux de tes épaules éblouit ta stature Du marbre dont les rois font tombeaux et les reines chapelles J’y ai bu le miel de te prendre et la saumure de te perdre L’amertume du regret est vivante au ventre qui pleure Le vouloir de toi Sur mes reins j’épanche le fantôme de tes hanches A l’argile cilice impuissant de mémoire Je pleure et j’implore en déchirant ma peau La trace qui jamais ne se lasse De te dessiner toi Mais c’est ta voix le vent de mes jours Mais c’est ton rire l’angélus de mes nuits Mais c’est ton souffle vivant dans le toujours Mais c’est ton cri la virgule de ma vie En soie de toi Ton absence même je la chéris en orpailleur usé Je brûle mes yeux à te trouver dans chaque reflet Que le temps m’accorde à tamiser mes rivières Un parfum en reliquaire, musique eucharistique De la foi de toi Et toute l’ardeur de mes envies de toi me font un unisson La symphonie inachevée renaît au désespoir infini de ce bonheur Ce bonheur arraché au dépit, accouché dans l’écrit Jarretelle posée sur mes souvenirs de toi…
  10. 8 points
    La petite enfant n'entend pas le coeur de l'aïeul effrayé ses tendres pieds nus courent sur le chemin de rocaille au couchant il faudra panser les blessures
  11. 8 points
    Je marche, habité par le vide, Sur une route infiniment droite, Je ne dors plus, je suis absence Des nuits, des jours passant, Sombres, mes rêves vont En de secrets chemins. Je marche, habité par le vide, Sur une route infiniment droite, Je suis mort, et pourtant je marche Dans les allées d’ombres perdues Vers ta main si blanche, Qui m’est tendue, Vers l’insupportable, L’inaccessible. Je marche, habité par le vide, Sur une route infiniment droite, Tout soudain renaît, moribond, Et le ciel me semble creux, Le jour saigne de terribles aveux Et sa lumière m’aveugle. Je marche, habité par le vide, Sur une route infiniment droite, Née de nos cendres. Viendront des pluies Avec leur chant triste Sur les vieux carreaux Que mon regard transperce, Comme des larmes, Comme des larmes revenues.
  12. 8 points
    Nous n’avons pas peur d’entrer dans la nuit Car il y a longtemps que nous avons exilé le jour. Comme la nuit ne ment jamais, quand bien même ment-elle, Nous disséquerons nos vérités sur l’établi des lunes contraires. Combien d’arêtes saturent le silence conscrit des amusements lointains ? Peut-être la réponse dépassera-telle la catharsis géométrique. Comme une mandarine travestit en trèfle à quatre feuilles Mystifie l’esprit hérisson et l’invite à se paillassonner, Le songe fugueur boussole le marcheur somnambule Sans lequel il ne serait qu’un corps bouffon... déteint au jour pastel, Inquisiteur inflexible et roublard de l’ordinarité incomprise ; C’est le serment fait au sable contre lequel s’échoue l’horizon. Nous n’arriverons à rien, c’est là notre grandeur que d’avoir, Derrière cette ligne échouée, débusqué de son terrier de brume L’ailleurs, et par les griffures d’un trait de plume, démaquillé De sa virginité crasseuse cette nulle part encombrée de silence. Les poches pleines de tout ce que les autres n’ont pas voulu, Nous planterons un grain d’éternité dans un encrier d’enfance ; La caresse de la plume le fera se palmier dans nos chants funambules : Alors ses feuilles noircies, amazones ébrouées de nos rêves, Du tronc nourricier s’émancipant comme des apostrophes rebelles, Coloniseront et fertiliseront notre territoire de création, la virgule prêtre.
  13. 7 points
    Bien au delà de la voûte encensée Par toi Je bascule et bouscule doucement mes certitudes enfouies Mais d’où ai-je bien pu glisser Pour passer à côté du silence de la nuit? Il faisait frais Mais sous l’édredon de ta tendresse Je ne sentais plus rien Plus rien que la beauté de cette solitude leste Que la chair assoupie en cette prière céleste Bientôt j’ai aperçu la première, héroïque Traverser, funambule, l’écran de mes désirs Sous mon regard brillant d’une plainte amnésique Elle filait comme jamais sans pourtant advenir Trépignant d’impatience j’ai attendu la suite Plaquée au sol brûlé, l’herbe jaune de l’Ardèche Des dizaines ont fugué en danseuses éconduites Ces charmantes insoumises ont pris mon cœur revêche Regarde, disait la belle étoile Écoute le suffoquement de l’animal glapissant Entend ces sons qui ne t’appartiennent pas Laisse ta vanité choir sous le mistral hurlant Fais silence Et de tes mains dessine La constellation rêvée De ta bouche devine Le ressac profond de mes baisers
  14. 7 points
    Tous ces corps dénudés sur d'immenses draps de bain devant la grande bleue qui s'en fout bien, tartinés d'huile solaire, cuits comme des écrevisses serrés comme des sardines, me mettent au supplice j'ai le burn août marre des pâtés en croûte des moules frites, des grosses bittes où l'on amarre son yacht sans mérite j'ai le burn août des matins d' opprobre je n'en peux plus d'attendre octobre les corps dénudés seront allés se rhabiller la plage sera déserte, le sable nettoyé alors, viendra enfin l'automne dans les premiers orages qui tonnent sur la grande bleue reine fatiguée, burn août j'irai me baigner l'eau sera froide et la lune timidement m'emportera dans ses rayons affriolants. j'ai le burn août marre des pâtés en croûte des moules frites, des grosses bittes où l'on amarre son yacht sans mérite j'ai le burn août des matins d' opprobre je n'en peux plus d'attendre octobre (J.E. Août 2019)
  15. 7 points
    J’aurais voulu tes crires J’ai perdu ton adresse J’ai perdu mon adresse Je reste à la rue sans voie J’ai pavé à tension C’est trottoir maintenant Le cœur dans l’impasse Je serai mac à dames
  16. 7 points
    Le Frôlement du Bonheur( sonnet quinzain) Sur l’étendue dorée de ta peau popeline L’immense et l’orphéon chantent le temps salon Où trottine l’attente au joli marteau pilon Qui viendra doucement te griffer en féline Mes mains en oiseaux bleus ivres de mescaline Prendront tout leur envol à se croire Apollon Poseront leur licol sur l’ambre d’un vallon Picorer le festin de ta croupe orpheline Du moindre vêtement, du moindre codicille Tu seras nue ainsi qu’en Eden on te fit Je te dé-sculpterai d’un baiser indocile Te cambrerai ravi, membres en crucifix La Cène et la Passion nous feront domicile Nos chairs acrobates affranchies d’inutile Mouilleront de lucre nos deux fruits déconfits
  17. 7 points
    Lesbos Sur les grèves avides, à l’heure où la mer jette ses pierres, ses coquilles, ses pacotilles funèbres, notre marche nous porte aux bords faméliques de la terre. L’écume grésille sous l’affaissement de la vague. Se révèle l’accomplissement des mystères. Le sable, éponge tachetée en peau de panthère, s’étire au littoral, poussière de cendre brûlée. Le sable miroite des moires de violettes d’huître... La terre et la mer s’accouplent sous le ventre lunaire où crisse l’humus du pénil, comme l’herbe dans le vent de mer. L’aurore pubienne est suspendue dans sa blessure, une larme perle sa brûlure. Le sable, sous l’avancement transversal des crabes, roule sa fine semoule. Le sable mange, nécrophage, des buées de nuit. Comme flaque d’huile dans l’eau, le halo de lune hallucine des vomissures de lave sur la terre sans pudeur. La mer se retire vers un cycle nouveau. Loin, là-bas, loin des avancées portuaires, sans amers, à contre courant, à contre levant, dans les steppes de l’ouest, les louves, prises au ventre par les griffes du froid tenace, gémissent de longues suppliques vers le sang crépusculaire. Le jour vacille dans les roses du soir.
  18. 7 points
    bouts de seins mielleux et doux essaims parfum miel jumeaux sous voile caracolant sous caracos brûlants l'été (J.E.)
  19. 7 points
    Elle avait tressé ses cheveux en forme de couronne blonde parée de bijoux merveilleux telle une princesse Burgonde De sa silhouette diaphane émanait un violent désir d'un mâle sur sa pavane attiser regards et soupirs Dénouant ses cheveux d'un geste gracieux des bras elle fit crouler les épis de blé au creux de ses appas Les yeux de désir empressés l'élu darda le rond corsage où se balançaient deux seins dressés sous un voile d'habillage Avec l'envie de poser caresse il osa approcher sa beauté palpant ses bouts de tendresse il la couvrit de chauds baisers La belle en majesté le toisa mais se rajustant avec adresse avec la pire cruauté l'abandonna à sa détresse En auréole de déesse elle releva sa chevelure voleuse d'envie la traîtresse en riant s'enfuit à toute allure
  20. 7 points
    Passeront les hivers à nourrir le silence Comme si l’ombre de toi n’avait jamais été Maintenant que s’efface le portrait d’une vie Ne restent que les bribes, l’amertume et le froid
  21. 7 points
    Hommage à Rick Wright claviériste des PINK FLOYD. Quelques notes que tu oses... Sur ton clavier, je revois Chaque pétale de rose Qui semblait guider tes doigts. Sur la plage, l'écume Vient mourir doucement, Le couchant s'embrume, Tourne le Do au vent. Crépuscule si frêle Nappé d'anciens tourments, Ton piano prend des ailes Et tu joues lentement... Quelques notes que tu oses... Sur ton clavier, je revois Chaque pétale de rose Qui semblait guider tes doigts. Et tu chantes l'étoile, La voix tendre, en souci, Et nous suivons les voiles De tes longs cheveux gris. Que ton piano est triste, Ton phrasé sait des Mi, Vertiges intimistes, Le grand saut dans la nuit... Quelques notes que tu oses... Sur ton clavier, je revois Chaque pétale de rose Qui semblait guider tes doigts.
  22. 7 points
    Un soir de février, sur un quai de hasard, Dans un pays sans joie dépourvu d'espérance, J'avais fui le tripot où régnait le cafard, Respirant l'air marin, ma corne d'abondance. J'errais... Bien que vêtue de noir, elle me faisait de l’œil, La drôlesse montrait pour moi quelque appétence, J'ai osé lui sourire nonobstant son grand deuil, Elle éclata de rire devant ma déférence. Le vent faisait flotter tout autour ses surplis, Je voulais deviner la courbe de ses hanches, Ou le pointu d'un sein éloquent et précis, Ses robes se mouvaient occultant ses éclanches, Je l'ai considérée, puis mon pas j'ai repris, Même par temps plus chaud j'aurais passé ma chance, Car cette grande fille, des deuils en appétit, Je l'avais reconnue, sur les écueils elle danse. 22 07 19
  23. 6 points
    Les bastides ocres brûlantes de soleil dorment paisiblement aux seins d'une colline je regarde au loin les reflets vermeils de lacs aux yeux d'or clignant dans les ravines je bois le silence aux parfums de sirops mon bâton battant l'ortie pour ouvrir des chemins sursautant parfois aux cris des agneaux j'ai embrassé la terre au creux de mes reins. J'ai baladé ma mélancolie dans le maquis, là où elle niche dans un nid d'aigle j'ai gardé sur ma peau ce souffle exquis d'enfants heureux aux rires espiègles il doit en rester quelque chose, quelque part dans un lointain village, un poème écrit à l'encre d'une rose dans le maquis sauvage j'affronte encore le vent devant les Sanguinaires mon cœur ne revient pas je l'ai laissé partir, un soir d'hiver il n'est jamais revenu sur ses pas. (J.E. Août 2019)
  24. 6 points
    Il m’arrive parfois de sombrer, en un sanglot Venu de trop loin, avec ces douleurs traînant Sur le mauve des jours, agonisant sur mes mots, Ces ailes si grandes, mes soleils vont se voilant. Ah ! mes amis, pardonnez cette plume noire, Elle cherche ce vent malin des petits matins Qui, sur les rameaux fleuris, chante jusqu'au soir Les mélopées échafaudant des rêves anciens. J’entends un adagio de Ravel, et je tombe Dans l’éclaircie pauvre de tous mes orages, Des fiançailles pleurant, là, au pied des tombes, De mes larmes en allées qui n’ont plus d’âge. Je vois ce ventre inondé de vie, ce cri Solitaire submergé par de roux automnes, Faut-il qu’à la dernière saison j’en ai l’oubli. Ô tristesse ! tairas tu ce que tu fredonnes, Ma main, sous l’encre, jetant dans un ciel creux Des mots, leur nudité aux portes éphémères, Cette lumière indécise d’un serment trop vieux Où passent les ombres chargées de misère. Bientôt ma main, ma pauvre main, n’écrira plus, Les soleils noirs où flirte l’oiseau en partance, Vers ces pays bleus où il n’est point d’inconnu, Où le temps s’est arrêté avec l’absence.
  25. 6 points
    Vous passerez me voir après votre retour et nous accorderons ensemble le piano puis nos pas en longeant lentement les canaux qui quadrillent de bleu les champs des alentours. Ayant trouvé le temps de faire un court séjour vous ferez disparaître à vos doigts tout anneau et mon indécision lorsque sur un canot vous me promettrez tout, mais pour un autre jour. Je vous murmurerai alors cette remarque “Comme nous sommes bien, tout seuls sur cette barque” et, tendre, sourirai à votre air soulagé, puis du bout de ma botte, et sans trop m’émouvoir, vous ferai regretter de ne jamais avoir bien appris à mentir ni non plus à nager.
  26. 6 points
    Sous les perles de glycine mauve le banc gris s'est assoupi la pierre sera brûlante jusqu'au soir et la fontaine jouit en milliers de gouttes où transparaissent les doigts de milliers de mains qui se tendent, avides de fraîcheur, affamées de bonheur on croirait voir des pièces d'or et de cristal sonore jaillir et des vœux s'élever vers le ciel. (J.E. Aôut 2019)
  27. 6 points
    Je suis cet enfant explosé sur le bord d’une route. Son visage n’est plus que chairs déchiquetées. Il serre désespérément une photo de sa mère aimée. Son regard est levé vers un Dieu en déroute. Je suis cet adolescent se tailladant les veines. D’immondes cafards sortent de sa bouche. Le sang s’enfuit par le siphon de la douche. Son regard est levé vers un Dieu sans amen. Je suis ce citadin assassiné dans un train. La cervelle embrasse le souffle de la bombe. Les tympans crevés, s’ouvre la triste tombe. Son regard est levé vers un Dieu de dédain. Je suis cette catin découvrant sa séropositivité, La maigreur maladive de ses charmes reste à vendre. Dans une ruelle sombre, elle finira par se pendre. Son regard est levé vers un Dieu au nom usurpé. Je suis ce guerrier explosé sur le bord d’une route. Son visage n’est plus que chairs déchiquetées. Il serre désespérément une photo de sa bien-aimée. Son regard est levé vers un Dieu en déroute. Je suis cet enfant, cet adolescent, Je suis ce citadin, cette catin, Je suis ce guerrier, l’Humanité. (Poème rédigé il y une quinzaine d'années)
  28. 6 points
    Matin du premier jour de la lune d' automne L' étoile de papier arpente l' univers C'est une belle et lente courbe crépusculaire qui rythme les saisons; tranquille et monotone La barque ride à peine la surface du flot où dort voluptueuse, l' antique roselière Aérienne et fluette dans l' air lavé de pluie volette la mésange que le bleu éblouit, ondulation tremblante sur le miroir de l' eau Un ciel de traîne flâne, riche pour tout bagage de flocons d' eau de neige et de rues de nuages au jour du premier jour de la lune d' automne Des bourrasques d' oiseaux éparpillent les fleurs, couvrant de blancs pétales l' aube en apesanteur Lièvre et blaireau alors, écoutent recueillis, battre le cœur du monde Au soir du premier jour de la lune d' automne minuit sur le rivage allume des lanternes et la plume céleste, d' un tracé hyperbole calligraphie septembre d' images et de symboles Poème offert à @Diane
  29. 6 points
    Royaume de granit assailli de naufrages; sous des cieux tourmentés, 'la où finit la terre' ; de brises océanes est né un Finistère, quand le regard des hommes s'est tourné vers le large..... Sur la mer bousculée de vagues mugissantes en noirs déferlements d' écume et de fureur; de vieilles tragédies sans cesse renaissantes, ressuscitent le flot de leur sombre clameur. Des pans entiers de terre assiégés par la mer; étendues sablonneuses où la vue porte loin, puis se perd là où rien n'est tout-à-fait certain: D' infinies nudités sans marques ni repères. La raison s' exaspère ,mouvante et ensablée, quand même la mémoire a le gout de l'oubli; vaine illusion par où s' engouffre la folie, que le temps aquarelle de couleurs délavées. Cette flaque de ciel où se mire un nuage petit flocon de brume posé sur la lagune, est un miroir liquide bordé d' un paysage, horizon idéal où se perdent les dunes. La mer est possessive où le ciel est absent. Mais sa contemplation inspire l' écriture, quand les rêves marins qui iodent nos peintures s' abreuvent dans les larmes que pleure l' océan.
  30. 6 points
    Mon âme n’est plus enfant au règne du temps Elle a trébuché en de sombres pensées Aux lumières du jour venu je l’entends pleurer Comme aux nuits paresseuses au loin s’étirant Mon âme dans les printemps où vibrent les amours N’a plus la candeur où se cherchent les amants Ce vol léger où vont les cœurs innocents Déchirant leurs ombres à la pointe du jour Elle s’est noyée dans l’océan des pensées Cherchant dans les entrelacs du silence Ce pourquoi elle vit le jour aux rives de l’enfance Où semblait s’éterniser une aube insensée En mon île elle est pareille au vent d’hiver Où flirtent sur les allées perdues les feuilles mortes Son chant mélancolique ô mon âme t’emporte Aux phrases fragiles où vont se poser mes vers
  31. 6 points
    La peur du voyageur Dans l’inconnu de tes bras Est d’eau verte de torture exquise De silence enchanté Dans le mouvement recopié des vagues D’une vallée solitaire où conversent Les herbes-au-vent Les basaltes Les cris des milans Les ondes de l’Allier les mirages les risées Dans l’embrasement d’un soleil couchant
  32. 6 points
    Traverser le long boulevard aux regards mixtes, les chevilles blessées par les pavés moqueurs, les bousculades de zombies, je me demande si j'existe j'ai le torticolis, mal à la tête et mal au cœur traverser les rues grouillantes et les cris multilingues les musiques marteau-piqueur et les bastringues la survie en zig-zag sur les rails du tramway, j'ai perdu un sac, des lunettes, des papiers. No way ! Il m'est un chemin qui efface tout ça un chemin qui serpente entre les acacias, les arbousiers, avec leur nez de pitre, et des souches géantes comme des pupitres. C'est un chemin de rien qui mène à tout. A l'automne, les chênes y sont roux, au printemps, les parfums rendent fous et l'hiver, les veillées sont fraternité devant la cheminée ! A travers tous mes pores, je suis de ces gens-là qui décrochent les guitares et écoutent les murs. Alors, je redeviens moi, j'enlève mes chaussures et le masque grotesque de mes déconfitures. J'arrive, enfin, dans mon nid hors de vue il me reste tout et je suis toute nue. (J.E. )
  33. 6 points
    Il y a des soirs comme cela où rien ne bouge. Seuls les yeux bavent sur l'écran. Des masses de cortex agglutinées, Siphonnées par les mass-médias. La télé joue sa grande putain aguicheuse Sur les trottoirs de nos soirées. Des miss anxiogènes s'impriment, Fades décalcomanies sur l'écran, Des handicapés aux sébiles ébréchées Sont pendus sous le compteur des dons, Des lesbiennes avachies sur des sofas Sucent goulûment des temps de cerveaux, Des bimbos de supérette écartent leurs cuisses Pour se laisser féconder par les fantasmes. Il y a des soirs comme cela où rien ne bouge. Juste des coïts impuissants face caméra, Ornements dans le backroom du bon citoyen. Des hyènes cravatées haranguent la foule sculptée. Les sourires dégueulent au rythme des breaking news. Les bouches édentées s'émiettent sur les regards d'enfants. Non, rien ne bouge, Juste ces chiens affamés qui réclament leur pitance. Faméliques, ils se battent pour un débris d'image Dans le home sweet home de leurs niches
  34. 6 points
    Sous un soleil encalminé dans une orbite effondrée, Les porches sertis de coraux aux couleurs étiolées S'effondrent sur le portail de nos jardins intimes. Le temps déjà n'est plus que chevelure grise. Sur les places de nos conditions humaines, Des veilles poupées jaunies et gondolées Flottent dans l'eau saumâtre des caniveaux. Les rires des petites filles se sont éteints. Dans les ruelles abandonnées de la cité grise, Le vieux cuir craquelé des ballons éventrés Se décompose sur un bitume à l'agonie. Les jeux des petits garçons sont oubliés. Derrière les murs de nos jours stratifiés, Toute la rouille d'une modernité périmée S'accumule sous les semelles des orphelins. Les enfances s'abîment dans l'ancien temps.
  35. 6 points
    Il est des amours qu'on n'oubliera pas des chagrins ancrés sur des récifs de corail des parfums ressuscités d'on ne sait quels néants des rêves éveillés, d'autres qui bâillent et tout un tas de cicatrices dans un passé qui ment. Il est des souvenirs qu'on emportera, des pots de confiture avec nos empreintes digitales, des traversées du temps dans la main de papa des gifles de mer sur le pont ou à fond de cale. Et puis, peut-être, d'autres amours qu'on oubliera d'autres chagrins, d'autres spirales des jours de joie, des nuits de bérézina des étoiles filantes et des aurores boréales. Le ciel reflète peut-être les états d'âme il en est de si torturés qu'ils sont à pleurer comme l'océan couteau qui affûte ses lames un soir de tempête au flanc des rochers. Alors, dans les cajoleries du vent, les caprices du ciel, tout s'oublie, tout change de couleurs et naît l'instant présent aussi éphémère qu'un cristal de pleur. (J.E. Juillet 2019) (photo personnelle)
  36. 6 points
    La brume sur la mer comme un voile incertain Noie dans le gris du plomb les larmes océanes Et mon cœur chaviré grand vaisseau blanc perdu Dans ces larmes amères s’engloutit sans espoir Disparues les couleurs l’azur et le turquoise Et les blanches dentelles qui habillaient les vagues Ô ma belle épousée oubliée du soleil La lumière de tes yeux dans les brumes se meurt Dans ce voile trop gris dans ce linceul trop sombre fantômes surgissant du fond des eaux houleuses Emporterez mon âme Jusqu’aux noirs abysses où gisent à tout jamais Les lunes, abandonnées...
  37. 6 points
    Je prends le temps de mourir au coin du peu ; j’aurai tout l’espace de vivre après. Après tout, rien ne manque à ce que je rate Le coche des portes ouvertes. Poudre boiteuse pistil d’oubli, Épluchiure d’étoile, je pars en lent baume, En traînée d’heures hamacs falsifiant L’épopée de mes mensonges amnésiques. Je ne vais pas tenter d’encorner le vide A coup d’épées d’abois, tel un mate ta mort Prétend cieux, poux sieur de taon Qu’un éternuement fourmi balaiera ; Telle la clochette frivole d’un tambourin Cogné contre une cuisse de hasard, je vibre au grès des vains divers tissant Le sourire de mon masque mortuaire. En attendant de redevenir une dépouille Que dévoreront les légendes médiocres Des fables ouvrières, nonces des temps moqueurs, Je gouverne mes rires sur le dos du néant. Et quand viendra le dernier coup de marteau, Vainqueur malgré mes tours de vices, Et que le manche fatal remportera la manche, Faisant de moi un clou invisible dans la planche, Avant que d’assaisonner moi aussi l’éternité Je choisirai de me fondre dans les plis D’un écho hilare , restant intègre dans l’abîme. Je suis solvable : j’ai thésaurisé mes cicatrices.
  38. 6 points
    Tu sais, le poète est un vieux chien sans collier la truffe toujours prête à suivre un chemin le poète renifle, attend, espère même s'il ne dit rien ou veut faire croire le contraire, il a dit tu sais, le talent, c'est l'amour. Il offre son os sorti de ses entrailles à d'autres mâchoires. Le poète a du courage il renifle, attend, espère même s'il ne dit rien ou veut faire croire le contraire il a dit tu sais, le talent, c'est l'amour. le poète a ses gamelles, ses herbes du maquis, il y a de l'or dans ses prunelles et dans son cœur tant de vie ! Tu sais, le poète est un vieux chien sans collier sans niche sans rien. (J.E. Juillet 2019)
  39. 6 points
    Une deux trois roulottes fatiguées de bleu en demi cercle s'étaient fichées en milieu de la place ronde nue du marché sans fleurs Accouraient de partout des enfants sauterelles amateurs de magie et de sensationnel bondissant d'impatience au spectacle annoncé Le vent farandolait des lampions de bonheur reflets flous dans les yeux des futurs spectateurs une nuit magique une histoire d'un soir Je ne sais plus très bien à présent si j'ai vu ce vieux cirque ambulant lorsque jeune ingénue au sortir de l'école je faisais mon show Ou si dans les plis de ma mémoire endormie un vieux saltimbanque défile au ralenti quand plane l'ombre colorée d'Hector Malot
  40. 5 points
    Où iras-tu ? Comment savoir ce qui vient remplacer le soir, le matin, le jour et la nuit une fois que tu es parti ? J’attends. J’attends et tu t’en vas. C’est écrit. Tu ouvres tes bras, et la lumière dans tes yeux dessine une lettre d’adieu. C’est un chemin si solitaire, celui que tu es prêt à faire. Je ne peux pas tenir ta main, je ne peux pas. Je ne peux rien. J’essaie de préparer l’absence, confronter ton évanescence, mais les poèmes et les mots ne parviennent qu’à sonner faux. On pleure trop. Ou pas assez. Les émotions nous ont laissé échouer au bas d’une page que tourne un ultime naufrage. Mieux vaut peut-être le silence que des rimes sans importance. Soupir à deux. Je suis ici, tout près de toi. Je te souris. Repose-toi, ne bouge pas. Je vais simplement m’asseoir là et accorder mon souffle au tien, en vagues d’âme, en va-et-vient. Il restera de toi, tu dis, des écrits, des photographies, qu’un jour nul ne regardera plus. Où iras-tu ce jour-là ?
  41. 5 points
    La lande et la croix Le coeur d'Ellina est une lande aride : Une terre érodée par le remous des remords , Aux rêveries sans abri , Aux désirs sans essor . Un lieu d'existence sans opulence , Hanté de plaintes lancinantes . Ire lande est son nom ... Dans cet âpre pays sans relief , Se dresse , tel un phare salutaire , Une vieille croix de pierres rugueuses , au port altier : Impassible sentinelle veillant sur tous les possibles . Sous le firmament infini , un emblème éloquent , Un aimant pour l'âme nomade . Holy lande est son nom ... Sous la lune et les étoiles , se dévoile un lieu consolant : Le havre sans brume du coeur sans demeure . Le soleil , enflammé d'élans ardents , Allié au souffle ascendant , - Subtile offrande du vent - , Font onduler d'allègres cerfs-volants Sur la toile de ton ciel sans voile .
  42. 5 points
    J’avais un très bon ami qui connaissait mes secrets, mais j’ai appris vendredi qu’il avait tout répété. Depuis je ne dis plus rien, je ne veux pas de souci et lorsqu’il m’appelle et bien je ne réponds pas et puis je gambade, je gambade, trottent, trottent mes gambettes, quand mon cœur bat la chamade la paix se fait dans ma tête. J’avais un bien bel amant vigoureux, jeune et taquin, qui souvent au firmament m’emmenait avec entrain. Il s’en est allé dimanche sans son adresse laisser, mais nul besoin de revanche il y en a d’autres et je gambade, je gambade, trottent, trottent mes gambettes, quand mon cœur bat la chamade mon corps se croit à la fête. J’avais un gentil mari qui m’aimait malgré mes fautes, mais il m’a dit mercredi que je n’avais plus la cote. J’ai tout laissé sans un mot et depuis je vis dehors, on a tous bien des défauts, mais les miens sont grands alors je gambade, je gambade, trottent, trottent mes gambettes, quand mon cœur bat la chamade mon illusion est parfaite. J’avais un joli futur que j’ai vu virevolter et s’écraser contre un mur, mais un poids ça m’a ôté. L’avenir est important, on ne peut pas le nier, mais le plaisir tout autant alors je ne perds pas pied : je gambade, je gambade, trottent, trottent mes gambettes, quand mon cœur bat la chamade il n'est plus rien qui m'arrête.
  43. 5 points
    Vous qui éclairez mes nuées Et qui dissipez mes brouillards A vos missives parfumées J'aime à répondre sans retard. J'aime vous confier mes pensées Que vous lisez au chaud très tard Alors nos rimes sont rêvées Et se rêvent de doux regards. En prose et en vers, si douée Vous m'adressez vos œuvres d'art Près de moi soyez rassurée Je ne suis pas qu'un doux bavard. Quand sur ma joue vous les posez Ces tendres baisers, âme fière Un double bonheur me donnez Tendresse et braise épistolaires. Ailleurs je rêve de poser Mon tendre vœu de nuit princière Car je ne veux vous approcher Que de séraphique manière. Je te dis vous pour t'amuser Car je te sais primesautière De ton sourire je fais métier Tes soupirs me sont nécessaires. Sans eux le jour est sans clarté Et sans vos rires, l'ère est glacière Sur le dos de l'ours grimpez Envolons-nous, soyons stellaires. Tendre Phryné aux yeux rêvés A mon dos vous êtes légère Dans ma fourrure doigts enfoncés Au chaud vous contemplez la Terre. Tenez vous bien je vais monter Vers la Lune aux nombreux cratères Jouant sur le sable argenté Nous agitons la poudrière. Reprenons ce vol éthéré Enivrons nous de vent solaire Dans vos cheveux l'astre a posé Un peu d'or en fine poussière. Dans vos yeux un reflet moiré Vous fait ressembler à un rêve Par vous je me sens préféré Moi l'ours rêveur de vos grèves. L'anneau de Saturne a vibré Sous mon pied lourd d'ours polaire De là nous pouvons contempler Sa tache rouge millénaire. D'un doigt tendu vous désignez Neptune le bleu luminaire Dieu des océans assignés Où gisent d'inquiétants mystères. Faisons le tour de l'entité Dans l'azur de l'énorme sphère Voyez ces bleus dauphins ailés Charmés par vos reins d'écuyère Ils viennent pour vous courtiser Leurs yeux lumineux vous éclairent Je vous sens prête à chavirer Alors je gronde, ils désespèrent. Vénus, étoile du berger Vous attire elle brille, outrancière Première levée dernière couchée Son éclat lui sert de bannière Je ne veux pas trop m'approcher S'y brûlerait ma passagère Ma large patte en bouclier La protège de ses cautères. Songeuse vous m'avez montré Un point rouge, un feu solitaire Je connais ce monde assoiffé Mars a perdu son atmosphère. D' une larme vous l'abreuvez L'astre vous remercie, sincère Ce doux présent chaud et salé Lui rappelle ses eaux premières Souvenir d'océans passés Tempêtes ou calmes débonnaires, Dans mes yeux vous voyez passer La mélancolie similaire. Si tendrement me souriez Que mon âme en la vôtre espère, Je sens que vous me comprenez, Rien n'est plus beau que ce mystère.
  44. 5 points
    Au tronc de l'arbre serpentent les rides creuses d'un océan profond plus vaste chaque jour sous le soleil lointain d'un pays qui s'en va A l'écorce de l'arbre s'impriment des images s'émiettent des prénoms s'endorment des parfums bercés par le feuillage par la brise du soir qui soupire au couchant Aux pieds de l'arbre s'inscrivent des chemins s'évadent des saisons chavirent des printemps terminés de doigts gourds que le gel a figés dans l'étreinte d'hier Racines offrandes faites aux hommes nourritures profuses élixirs fascinants Racines dans le fond de mes poches suinte votre sève Aux veines de la pierre s'abreuve un long troupeau aux blessures terribles aux cicatrices blêmes béantes à l'horizon sur le marbre des bras sur la mémoire blanche Au ventre de la pierre s'alignent d'autres pierres dressées au souvenir du vent sur le désert des eaux contre la dune du soleil sur le feu des orages sur la peine Sur le grain de la pierre surgissent des bourgeons grandissent des velours scintillent des retours des noces endiablées des baptêmes bleutés des deuils ferroviaires Culture germination des cris communion des regards ancestrale figure Culture ta haine et ton amour sur ma langue se gonflent Aux branches de la haie s'accouplent des merles noirs s'agitent des vipères s'assoupissent des loirs aux mornes conseils de sages indécis et soumis corrompus à jamais A l'ombre de la haie la société sécrète des alliances verbales des complots de bois vert des appétits voraces tyranniques et pervers Au verbe de la haie se forment des armées au plumage sévère au bec dur et vengeur qui portent au sillon le sang noir du corbeau et du coucou menteur Frontière clôture exigüe nasse tentaculaire fil de fer barbelé Frontière à tes vaniteuses branches se dresse l'intolérance
  45. 5 points
    Te voilà presque nue saveur nommée Ondine Et les sylphes du soir affolent mes narines... Adret de sang mêlé comme un bois qu'on égorge, Je respire un enclos ôtant ton soutien-gorge Où un liseré frais de fraise et de myrtille, S'égaillant pour les faons m'envoûte les papilles. Toi, fruit calomnieux! La nuit la plus farouche, La plus volage aussi, se tromperait de couche, Car fardée de zéphyr, si elle a ton corsage, Ton musc impétueux, tes retouches d'orage, Elle n'ose défier tes intimes audaces: Tes seins que j'égrappe dans les vapeurs tenaces! Effluve brune, dis, la nuit sans ton essence Ne serait pas la nuit, rien qu'un zeste d'enfance Aux grands traits éperdus cherchant cet autre goût Sur l'esquif d'un été au cœur d'un doux frou-frou. La nuit s'est bien penchée sur ta poitrine -effraie, C'est elle qui grima ce poudroiement d’œufs frais, Et la halle aux oiseaux, les pépiements sucrés, Que je viens maintenant de mes mains dénicher, Et laper et sucer les tétons nectarines, Puis mordre pour goûter tout le jus grenadine. Je te lèche enivré d'un lait pour les chevreaux Qui conviendrait aussi aux ardeurs des lionceaux. Laitance ou élixir, le goût et le parfum S'unissent grâce à toi dans un élan commun. Et tu n'en finis plus mon odorante brune, Turbulence tu es, danseuse sous la lune. Quand ton chignon plus noir qu'un vieil hibou en chasse S'active et se débat, s'envole pour la valse, Se déversant soudain dans un halo sublime, Tes cheveux m'arrosent d'un parfum anonyme. Est-ce le vent marin qui du large aux récifs S'éprend d'un bleu lagon près d'un volcan actif? Est-ce dame jungle qui s'époumone en fleurs? L'agonie d'un cygne sur un lac enjôleur? Et si c'était juillet dans les prairies coquines? La sueur des faucheurs? Un jet de capeline? Si je sais les saisons, un printemps, un été, J'ignore le voyage où je suis emporté; Le nez dans un marais me perdrai-je ivre mort? Ou m'as-tu enlisé dans la saignée d'un port? Dans les nues, à tâtons, je confonds les reliefs Les endroits et les cieux de cet étrange fief. Je surprends des couleurs aux échardes de pulpe, Des râles souterrains dans le secret des bulbes; Un terroir, un couvent, m'infusant l'oraison D'une orangeraie prise entre cent tourbillons! Ô chimère et chouchou! Tes cheveux en écluse, Algues donatrices dans la baie des méduses, M'ouvrent un large seuil, un indicible exode, Vers l'horizon d'opium, les cracheurs d'antipodes! Tes cheveux consacrés, la nuit vient confiseuse Me coller ton baiser, tes lèvres liquoreuses... Je m'abandonne aux sucs toujours plus galopins. Un verger m'envahit, m'invite à son butin, La sarriette gémit sur un lit de cerises, Le raisin s'anoblit au bec des perdrix grises. Quelques pralines nues follement s'en reviennent D'un souk tumultueux, d'un couloir de Cayenne; Les plaies s'ouvrent soudain, se referment vanille, Une sève jaillit au grand dam des charmilles, La musique s'équeute aux notes plus confites Plongée dans l'indigo des morsures subites. Ô frise des bleuets! Flûte-moi ta saveur! La brise dans les blés n'aura pas ta douceur! Dans les coulées de mûres endigue- moi encore, Dans la fièvre des vins embrasse-moi plus fort! J'ai envie de racler ton palais jusqu'à sang Pour puiser ce nectar qui se veut plus troublant, Qui me dira enfin m'enflammant dans tes sens, Ce que j'étais pour toi bien avant ma naissance. Et je me gaufre à toi après mes baisers fous, Ton corps mouillé d'ondées se fige en aigre-doux. Je parcours titubant des pinèdes en feu, Des garrigues châtrées sur éboulis juteux... Une odeur de ragoût, une aubade d'épices, En mon âme garnie dénudent mes délices. Dans un coin pigeonnant, un muguet se dandine, Tiens, des grains de moka, la théière de Médine Sur ta peau s'inscrivant dans un désert aride. Ô steppes dorsales aux senteurs apatrides! Ça sort des bivouacs, des camps de réfugiés, D'un foutre de fennec, d'un lit de chamelier. Je m'arrête un instant, les mirages m'incisent... Loin des dunes, là-bas, chancèle une oasis... Cette touffe voilée imbibée de saint-Chrême Devient intimement chatière des harems. Je remonte à tes reins, apeuré mais conquis, Ton bas ventre se fend, l'ananas en furie Explose en un parfum insolent, odieux, Et dans l'air raréfié il m'empale d'un pieu Plus sucré que jamais aux clameurs exotiques, Le sang sur les sagaies n'a rien de plus épique! Et la nuit m'avertit de sa vieille rancune, Ton nombril si joli, ce chevet de Neptune Commence à se mouvoir, annonce un océan Peuplé d'arômes bleus...Elle en rêvait souvent, Qui faisait de son mieux, exhalant son langage, Un lexique de nuit ayant tous les suffrages, Qui fit la Voie Lactée pour des nez plus savants Perçant son balluchon de poudre et de safran. Ces niches de pollen dans le ciel le plus pur, Tombés aux quatre coins en panières d'azur, Ne suffiront jamais, ne satisferont pas, Mon itinéraire que je sens pas à pas, Tes jardins que j'arbore en chasseur de vertiges, Ton âme hors saison que je tiens par la tige. Voilà pourquoi la nuit, jalousement exquise, Te peaufine meurtrie de caresses soumises, Bonne élève d'ubac, te sachant sa maîtresse, Un arôme d'amour qui invente l'ivresse. Ivresse gracile quand j'aperçois ce voile. La moiteur défendue vient de mieller tes poils. Magie et mystère d'un silence captif! L'oasis se souvient des jardins du Calife... Un miracle, soudain! Un frisson de hulotte Rompt avec les harems, t'enlève la culotte! Des maillons de serpents se lovent à l'affût, Impassible engouement de te voir toute nue! Pâturages, sources, descente des troupeaux, Quel beau radeau d'airelles au départ des ruisseaux! Ce petit linge noir finit sa transhumance Lentement à tes pieds qui ont foulé immenses, Des prairies et des champs, des contrées sauvageonnes, Sans jamais piétiner les frelots qui bourdonnent! Qui n'a jamais rêvé randonnée plus suave? Dans un trèfle, couché, je deviens une épave Patiemment naufragé dans l'odeur du fraîchin; Je songe à l'océan qui m'absout d'un crachin. Ton sexe aux flots brisants enlacé d'un typhon, Remue dans tes fosses les filets des grands fonds. Des harengs, des homards, des merlans, des murènes, Lugubres tourbillons! Tes désirs fous te drainent! La tempête nous prend. Ô lames vaginales! Étreintes d'Atlantis! Ô noces des grands squales! Ainsi tu t'agites tandis que mon mât coule, Ainsi je m'enfonce dans l'hérésie des houles! Sur un banc de corail, j'ai fait fièvre à tribord, La mangrove s'émeut, des vaguelettes d'or, Me sauvent d'un parfum au goût imprononçable... Et voilà qu'orpailleur échoué sur ton sable, De verts palétuviers m'avouent d'autres arômes: Des fientes d'oiseaux bleus dans un mouchoir de rhum, Du cacao pilé au pilon des bambous, Du bon lait de coco pour les crèmes vaudous, Des fleurs de goémon dans des écrins d'eau douce, Une orchidée s'endort sur des restants de gousse... La force me manque pour capturer ces cris, Un coquillage s'ouvre à l'heure où tu jouis. La perle d'orgasme toute endeuillée de nacre De ta bouche est sortie me préparant au sacre. Ô bave de ressac! Chœur d'écume enragé! Oh! viens que j'éclabousse entre tes noirs rochers! Et la vague se meurt, et la mer se retire, Une plage, un linceul, je n'en peux plus d'écrire Sur le sable ton nom et celui de la mort, Le plus grand des parfums quand c'est toi qui l'honore!....
  46. 5 points
    Je t'ai vu Au tracé de mes rêves Aux frontières des nuits Aux confins des silences Presque touché du doigt tant tu semblais réel Et mes mains esseulées en restent parfumées Je t'ai vu Dans mes fuites incessantes où je tombe en poussière où tout passe et s'écroule Presqu' appris tes contours tant nous étions blottis Et mes yeux défroissés s'en souviennent, éblouis Je t'ai vu Dans mon coeur qui flamboie et se livre en sanglots à l'ivresse des mots Presque senti le tien tant l'heure était charnelle Et mes lèvres en deuil veulent leurs soeurs lointaines Dans chaque rêverie Toute mon âme succombe Mes ailes sont captives de tes bras impatients Et il me semble entendre au-delà de tous bruits ta voix qui m'ensorcelle de douces harmonies Ma langue parfois ne sait de quel nom te nommer tant le charme est magique et ta présence ardente es-tu l'ange précieux à bercer mes demains de lumineux vertiges ou le puissant mirage d'une terre inaccessible où mes pas me conduisent toujours obstinément
  47. 5 points
    Lorsque le thé est fait avec l’eau tirée des profondeurs de l’esprit dont le fond dépasse la mesure, nous avons vraiment ce que l’on appelle le chanoyu (Toyotomi Hideyoshi) La maison du thé a depuis longtemps Épousé le jardin L’ombre du cerisier en calligraphie le silence Ponctué de pétales blancs Au loin le dialogue Entre la montagne et la pluie J’attends l’appel du kimono Son murmure de soie La vapeur de deux pierres brûlantes Étuve mes souvenirs Ce que le vent écrit, ce que la bise pense Gravure dans le parfum du thé koicha C’est sur le seuil du tokonoma Que se meurent les attentes Dans le bassin de pierre Je me purifie Les lignes du tatami ignorantes Égarement de mon esprit
  48. 5 points
    Ta tendresse imprécatrice, Ta douceur inflexible, Le carnage de tes sourires, Ont cloué mes souliers volages Au parquet amanté de ton amour, Me lassant sur le carreau sol contre touche. Par tes fourberies d’escarpins, Je patine au rez de chaussons ; Mon bonnet d’ennui me fait tête de mule. Je me suis fait avoir de boots en boots : Je dois te reconnaître ce talon. Oh savate me coûter cher ! Mais il me faut être pas chiant ! Se pointera le temps où à semeller de tout Ses gros sabots saboteront sa beauté. Alors j’en aurai plus rien à cirer ! Et c’est moi qui emporterai le Derby ; En grande pompe, je te clouerai le Buck.
  49. 5 points
    Je marche bien plus sûre en instants de pénombre et c'est à bout de souffle que je suis ranimée J'ai toujours aimé l'autre en marge de ce monde l'autre-monde mi-clos aux rives un peu floutées De m'échapper du ventre je n'étais pas pressée Ma naissance éclata aux fenêtres tardives quand d'écrire, l'urgence se fit irrémédiable Depuis lors je les promène à bout de plume les mots qui bruissent, tous singuliers, ils m'ajustent et ils me soulèvent mon premier cri vint avec eux première inspir, poumons et coeur, ma cage d'os s'est ouverte l'ennui y avait fait son nid lente agonie, sotte endurance et l'amour mort en fond de nuit Un grand coup de clarté Une sauvage enivrance je me défais enfin de peurs barbeléennes j'écris ce que je suis et l'objet de ma foi
  50. 5 points
    Tant de mains timides frôlées en vain, Tant de cheveux caressés puis oubliés, Tant de lèvres timides goûtées sans fin, Tant de regards engloutis par l'Eternité. Langue sur une nuque en caresses humides, Lobes d'oreilles mordillés tendrement, Seins maternels, égéries des cœurs vides, Fleurs aux pétales de rosée translucide. Saisir une main, lui conter mille légendes, Y semer un baiser pour accoucher d'une perle, Égarer son doigt le long d'une bouche aimante, Enlacer un amour comme la vague qui déferle. Mais je reste cet amant solitaire en chemin. Derrière, tant de roses désormais fanées. Devant, tant de fleurs à éclore pour demain. Mais je demeure cet amant aux cœurs brisés...

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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