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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 06/22/2019 in all areas

  1. 12 points
    Afin que tu fusses la seule Afin que tu fusses la seule dans mes yeux, je voudrais oublier toute image, marcher en aveugle, les paupières closes, la canne blanche des souvenirs érigée dans la mémoire. Je voudrais masquer au monde mes phalanges aux tiennes pareilles, toi qui sais le tremblement des feuilles mortes sur tes paysages nus. La survivance de mes mains réveille les climats calmes sous l’hiver corporel. Toi dont les perce-neige en fourmilières traversent la chair, dont la mouvance prépare l’orage à l’outre horizon du silence... La grisaille douce du silence où les mots se libèrent de l’objet qu’ils désignent. La seule exigence est musicale, à l’heure où les mots meurent en syllabes sous l’inflexion de ta voix. L’âme en flammes nuance des ombres, quelque part, entre tes yeux de ciel, le galbe délicat de tes seins. Toi, toujours, dont les colombes chantent à peine, nidifiant dans le creux de mes mains. Femme de nacre à la source aurifère où je trouve cet hors du temps, soudain perçu. je tire les amarres, maudissant l’ancre qui nous tient encore à la muraille du monde. Femme naissante, tournée comme une aurore sur mes yeux en pluie, ta beauté ineffable colore de pourpre les ruches, encercle d’or mes abeilles bruissantes. Tu reviens, nageuse, à la surface des draps, fuyant le tourment du sommeil, accrochant tes gestes aux rives de mon île, ivre encore des fleurs d’alcool au jardin sans arbre, nue comme ta véracité !
  2. 9 points
    Je n’ai pas aimé ma solitude chienne Quand elle est venue lécher mes plaies Avec sa langue froide de métal . Je n’ai pas aimé ce que je suis A courir l’entre-deux Comme un cheval qui saigne . Je n’ai pas aimé ma vie Et ses derniers feux D’un oiseau phénix qui ne renaît plus . Je n’ai aimé que toi Phosphore radieux Oiseau paradis . Je n’ai aimé que ça Ta chair en ma chair Luciole arrachée à la nuit . Je n’ai aimé que là Où tu as posé tes caresses Papillon dévorant . Je n’aimerai plus rien Que le temps que tu m’as donné Tortue d’émeraude écaillée . Je n’aimerai pas d’autres Serments que les tiens Sirène et lamantin . Je n’aimerai pas que Mes cendres se dispersent ailleurs Que dans la conque de tes reins
  3. 9 points
    Dans les campagnes anonymes, Les vieux trains avachis roulent. Des paysages nomades en transit, Comme des horizons en gestation. Les souvenirs édentés se superposent, S’effondrent en cassure sur les âmes. À trop embrasser des bouches sans lèvres, Les amours amorphes se desquament. Déchirer le ticket du tout dernier voyage, Errer dans l’étendue des bris nocturnes, S’égarer dans les limbes du souffle diurne, Cette respiration sur les ruines du quotidien. À chaque nouveau passage de ces trains, Une plume plonge dans l’encre formolée. Dans la sève évaporée des mots oubliés, Elle achève ses chroniques apocryphes.
  4. 8 points
    Je me souviens encore d'hier. Ce jeune garçon aux cheveux bruns, Les yeux pétillants et verts, La peau douce au toucher si fin. Chaque jour, un livre dans les mains Pour s'isoler dans son monde de rêves. Un garçon qui ne voulait plus songer à demain, Une âme frêle courant sur la grève. C'était hier, déjà enseveli profondément. Le sable du Temps a tout recouvert. Agenouillé sur le sable, comme un dément, De mes mains, je griffe le désert. Mes yeux sont toujours aussi verts. Des lagons de tristesse les cernent à présent. Ma peau est toujours aussi douce, mais amère Et dur est son goût maintenant. Le soleil est toujours le même. La lune guide toujours mes nuits. J'élève mes rêves dans un harem. Dans l'obscurité, je leur souris. Entre mes mains s'écoule sans fin le temps. Il s'enfuit, avalé par une terre vorace. Accroupi, je lèche ces flaques comme un amant. Mais déjà, il ne reste qu'une humide trace. Je continue à creuser avec désespoir. Mon corps se flétrit, vidé de son essence. L'odeur de cette terre humide et noire M'enivre. Je me noie, deviens absence. Les hommes crient et hurlent leur néant. Les femmes gémissent, fouettées par leurs rides. Les enfants boivent des gorgées de Présent Tandis que j'erre dans un désert aride. (Poème rédigé il y a une quinzaine d'années)
  5. 7 points
    Ciel de lit Dans l'étroitesse de l'écorce l'arbre brûle bombe le torse il crie sa force emprisonnée La sève craquelle le bois rugueux et veiné en carquois béantes marbrures nouées Quelques feuilles fanées en pleurs trop éclaboussées de langueurs tombent en ruisselant leurs larmes A l'ombre de l'été splendide et sur cette litière humide s'accouplent deux chats sauvages
  6. 7 points
    Dans les silences résident toujours des mots éparpillés en douloureuses corolles. Nous les savons. Ils traversent nos réalités, Météores vagabonds s'échouant sur des instants lunaires. Dans les aubes s'invitent sans cesse les sombres scarabées en songes fiévreux. Nous les connaissons. Ils sculptent nos univers, Coléoptères sinistres se nichant dans les déchirures des insomnies. Dans les flottements se nichent ces visages égarés dans les stèles de l'enfance. Nous les craignons. Ils regardent nos passés, Cailloux abandonnés jalonnant le rebord des amours étiolés. Dans les oraisons poussiéreuses s'efface l'encre séchée d'anciennes idylles. Nous les pleurons. Elles aspirent nos nuits, Tatouages indélébiles sur la peau sans grain des apparences.
  7. 7 points
    Ce solstice d' été est beau comme une femme; le merle et la fauvette y répètent leurs gammes. Dans l' air vibrant du soir qu' exalte le Poète, en courbes et glissades,volette une alouette. La lune était propice aux essors migratoires. Passereau innocent qu' aveuglent les miroirs. le Ciel qui te fit don d' une jolie houppette esquisse en clair-obscur ta frêle silhouette. Lullulullu Duliduli Lullulullu Duliduli. Mélodieuses spirales de trilles obsédantes, qui vrillaient ma mémoire de notes ascendantes. Mon esprit musicien que ton chant amusait, syllabes et silences,méthodiques et phrasés; se régalait d' un air de flûte traversière, quand le sort décréta la salve meurtrière. Et Juillet finissant se concluait en drame, cylindre de métal d' où surgirait la flamme. --------------------------------------- L' aube est levée sur les halliers; Fusils de chasse et carabines. Et l' oiseau gît écarquillé, plombé d' éclats de chevrotine. Une âme ailée s' en est allée; La vie était - La vie n' est plus. - Adieu Alou- ette Lulu.
  8. 7 points
    Écrire en symboles en runes inventées taire la douleur en un cercle infini faire de Toi mon frère mon œil ouvert c'est le voile qui se lève, la brume qui apaise les angoisses des falaises la nuée d'or que laisse le soleil dans sa course à la lune la main qui se tend pour saisir la tienne, celle qui s'applique le baume et caresse ta joue lorsque la nuit tu pleures, seul(e) dans un lit bien trop grand comme un livre aux milles pages vides de tous mots tu t'obstines à chercher l'encre un signe un mot une crotte de mouche un moustique écrasé pourvu que tu comprennes alors que tout est écrit dans le blanc comme dans le noir et partout ailleurs.
  9. 6 points
    Là-haut, un peu plus haut, en l’air secret, En un vaste ciel aux voies inconnues, Quel songe, mon regard, as-tu retenu Dans le flot immense où vont les regrets. Là-haut, fait de points et de virgules, De lettres sages où vont les phrases, Loin d’un horizon où le ciel s’embrase, Mes nuits se taisent et se désarticulent. Sur l’ombre captive va la lumière, Puis en elle, je vis sans vivre vraiment, Le songe revient et enlace les vents Où parle tout bas un ange en prière, Mon frère, mon père, où êtes-vous, Le soleil se cache, il est bien tard, Quelques larmes font des taches ce soir, Il est venu le temps un peu trop fou.
  10. 6 points
    Malaise La nuit pleure sur le pavé où la fontaine, éteinte, ne chante plus depuis des lustres Sous le balcon, le joueur de guitare a mis son chapeau. Il se protège des coups de lune, se cache le visage où transpire son cœur. Ses doigts s’enfoncent dans les cordes musiciennes et perfide, la lune descend, déshabille la blonde espagnole, porte des rumeurs, des ondes et l’essence de fleurs violées par le vent. La lune court sur les murs, lave le pavé de la place, passe sous le chapeau et s’insinue dans les idées... Phœbé la verte qui joue avec les marées, pose des pas de loup sur le ventre des femmes.
  11. 6 points
    J’ai trouvé un machin bizarre, Un truc, article de bazar Ou tout comme, au teint vert de gris, Moite, difforme et rabougri. Qu’est-ce que je pourrai en faire ? J’entrevois une bonne affaire : Eh, qui sait ! Ce drôle de gus Doit être coté à l’argus. Je décide alors de me rendre Sur un site web pour le vendre. Je le poste, écrit l’argument Adéquat à l’émolument ; Je vante, éloge : Je séduis En proposant un prix réduit, Glisse dans ma petite annonce « C’est à regret que j’y renonce » A défaut de faire fortune, Je glanerai un peu de thunes ; Quelques pépètes dans les fouilles, Dis-je enregistrant ma bafouille. C’est là que Sur l’écran s’affiche « Terminé, rideau, out, finish! Error system: page encombrée. Les restes d’histoires sombrées, Nous ne prenons plus : ça pullule ! C’est invendable ces bidules. » L’amour perdu est sans valeur Pour votre plus heureux malheur. Bande de ! c’est quoi cette arnaque ! Je suis refait : c’est moi qui raque, Le porte-fouille lacrymal. Me voilà bien, étant bien mal ! J’ai rien gagné, j’ai rien vendu Je vais passer pour un glandu Flanqué de cet énergumène, Mon asthénique spécimen. Hop, illico, presto, sitôt, En loucedé, incognito, Je le remise dans ma poche. Le voilà qu’à moi il s’accroche ! Qui donc veut de mon cœur meurtri ? Il hiberne mon dormeur tri- Card, ronfleur recroquevillé Comme une bille déquillée. Mais il a en corps du ressort, Ne me résout pas à mon sort, Ne renonce pas au combat : Approchez-vous il bat, il bat !
  12. 6 points
    Dans le creux d’un cou Le silence d’un mot Le frisson d’un rire Le souffle d’un je t’aime Les larmes non pleurées sont le chant des poètes
  13. 6 points
    Tu me hélais au fort de ta solitude Je te retrouvais sur ton mur Les sentiers d’avril les merisiers en fleurs la grêle les blés cachaient à tous les vents nos voyages nos fugues Je purifiais mon sang au bleu de tes lèvres A la brise cerise j'écrivais ton nom Je creusais mes collines d’enfant cueillais le flux de ton océan J’étais plus effrontée que toi Tu parlais avec assurance Je t’offrais le silence des glaces Tu mimais le chant des escales Aujourd'hui J’ai beau siffler fort Tes yeux sont d’opale
  14. 6 points
    De ma grand-mère, un jour, j’ai vidé la maison. Du terme si banal à l’acte tant cruel, Des flots de souvenirs, de remords éternels S’infiltrant jusqu’au cœur. Amer et lent poison ! Tic-tac, j’entends les larmes de la vieille horloge. Elles tombent au sol, éclaboussent le silence, résonnent, Résonnent dans ce nid qui n’abrite plus personne.... Juste le parfum du fantôme que je déloge. J’ai vidé la maison, le grenier, les armoires. J’ai donné tous les meubles et encore mille choses. J’ai trié, j’ai jeté. J’ai pleuré avec les roses Diffusant au jardin, un parfum d’Au Revoir, Mais j’ai gardé ta collection de rubans bleus, Tes carnets jaunis où dorment de vieux poèmes Qui chuchotent la nuit ce mot-velours : « je t’aime », Et sur ta tombe très blanche, j’ai déposé Mon coeur trop rouge et une gerbe de lourds regrets : - J’ai vidé ton nid, violé tes doux secrets -
  15. 6 points
    D’un geste, elle s’étire D’un mot il agrippe en elle ce qu’il reste de douceur possible tend sa main au désir de tendresse et accueille l’amour qui cavalcade avec Près de la lampe de chevet Éteinte Elle abaisse lentement les lumières du présent et prolonge l’agonie primitive tant éprouvée Elle convoque la volière et les cahiers de vacances Sous le tilleul Elle appelle de ses vœux la force tranquille d’un père Esquisse d’un mouvement neuf une incroyable destinée Merveille! « Sublime, forcément sublime » C’est Duras qui sauvera ce qu’il reste de ses efforts de rêveries D’une possible traversée de la folie Dun geste, il soigne Sans demander grand chose Il cultive douloureusement la plante au nom inélégant Il fait son travail impossible Il construit doucement les contours d’une bulle fine et irisée, soyeuse toile d’araignée dans la rosée du matin Elle se tend comme un élastique Protège et contient en même temps Soyeuse toile d’araignée Protège sans Piège « Détruire dit-elle » Encore Duras D’une pensée elle dévaste D’un geste il résiste En y regardant bien, à l’abri du vacarme J’aperçois mes mains qui s’animent mes chevilles nues qui dansent mes épaules qui se dressent et mon corps qui s’allège En y regardant bien, au cœur de ma musique Il semble que me traversent le désir et la folie dans la douce lueur d’une aurore intangible
  16. 5 points
    Au cœur du cœur de Troyes Près des quais Jai flâné à l’écoute des bruits Au fond de ma poitrine En songe tes mains tièdes ont enlacé mes doigts J'ai posé sur ton buste mon visage fatigué J’ai foulé le pavé de mes pieds maladroits J’ai feins l’équilibriste arpentant la cité L’ombre des lampadaires m’a étreint toute entière Perchés sur les lucarnes les chats ont observé Une minute de bruit, miaulant sur l’éphémère Et merveilleux instant m’offrant sérénité Sur les toits endormis j’ai deviné l’histoire Qu’on dit en chuchotant blotti sous l’édredon J’ai senti dans mon sang l’atmosphère des soirs Qui se rejoue sans cesse dans l’âme des maisons Accroupi sur l’eau noire tel un solide bâillon Un pont cadenassé m’a servi de repère Pour enfin contempler la danseuse en haillon Sculptée élégamment dans son manteau de pierre Près de la cathédrale j’ai enfin disserté Avec maintes gargouilles me faisant la grimace Elles m’ont fait le récit d’un homme abandonné Que les siens ont trahi, que toute la ville pourchasse Je les ai imploré de bien vouloir se taire Prolongeant le vacarme sifflant à mes oreilles Car en luttant contre elles il apparut très clair Que c’est à l’intérieur que bien tapies elles veillent Au cœur du cœur de Troyes Loin des quais J’ai fais silence Au fond de mes secrets Les lueurs de la ville viennent enchanter la Seine Le halo de la lune caresse les vieux murs Sous le porche du musée les feuilles rousses du chêne Sont désormais si belles, dans l’automne qui murmure
  17. 5 points
    Mon crayon s'appelle Ludovic je l'aime depuis toujours, bien avant les pointes bic il écrivait des poèmes d'amour. Il a ceci de magique qu'il efface d'un coup de gomme les mots chimériques qui pourrissent comme les pommes. Il caresse griffe,, coche, fend la feuille, magnifique sous un soleil de plomb, se cache parfois sous le fauteuil et brille de toute sa mine de crayon. (J.E. Juillet 2019)
  18. 5 points
    Sur l’enclume du sang, vibre ta voix de santal Tambour resplendissant, vibre ta voix de santal Blessé d’ailes coupées, en cage d’os prisonnier En mon sang jaillissant, vibre ta voix de santal Tes seins de conjecture ô les baise en langue-larme Dans un râle puissant, vibre ta voix de santal Ta chevelure en pagne et mon bassin s’est cambré Sexe cyanescent, vibre ta voix de santal Mon bois dressé, veineux, se donne à tes lèvres rouges Sur mon torse pâlissant, vibre ta voix de santal J’ai mordu, pudique, le vœu de ton entrecuisse Dans un pleur d’ Ouessant, vibre ta voix de santal Où se meurt le plaisir, s’abandonne le gésir Cœur d’oiseau vieillissant, vibre ta voix de santal Je crie mes alarmes, dans l’encre des soirs perdus Où se meurt l’innocent, vibre ta voix de santal Ne suis pas archange, du haut du ciel je suis tombé Dans ton jardin bruissant, vibre ta voix de santal
  19. 5 points
    Une aurore fluette à la pulpe sanguine Souligne deux nageurs aux hanches d'aquilon Dont les limbes cambrés, archets de l'horizon, Esquissent sur le jour des ailes levantines. Ces sveltes profilés, éphèbes de lustrine, Longent languissamment l'abîme des galions, Et leur sillage absout rivage et alcyons, Naufragés d'un soleil aux lueurs corallines. Les rouges flamboyants peaufinant les contours D'une île aux émaux blancs et son lagon d'amour, Reposent sur les bords, en écumes de braise, Pétillance d'un rose arrivée au mouillage, Filoselles de soie, colifichets de fraise, Tes lèvres convoitées par une anse sauvage.
  20. 5 points
    J'aime te savoir là près de moi silencieux attentif à mon mouvement J'aime la gourmandise de tes yeux espérant un froissement de jambes J'aime l'odeur du café que tu me tends pendant que craquent les pommes de pin J'aime ton désir à cet instant tellement précieux de bonheur immédiat
  21. 5 points
    C'est la mère attendrie par les pleurs d'un enfant, Les caprices du sable ouvrent son doux maillage, En tenue, légère, fée d'écume et de chant, Elle vient réveiller les petits coquillages. Des serpenteaux bleutés de mousses accourues Ravivent les viviers et les algues gluantes, Tout un monde alité pianote les pieds nus Accueillant impatient les caresses montantes. Une vasque endormie libère en toussotant De vertes vaselines et des nacres rêveuses, Des valves revenues s'accordent cœurs ardents, Cajolées de soupirs et de bulles laiteuses. La plage s'émoustille et invite les flots Sur les galets vernis à se tenir les hanches, Spongieux cha-cha-cha! Chaconne et Balajo! Patchwork d'auges jades pataugeant toge blanche! Une étoile de mer, dans le creux d'un rocher, Reprend ses cours du soir avec de lents sourires, Un oursin vaguemestre arrime les levées Et le courrier se perd en poudre de porphyre. Quelques poissons d'argent houspillent le soleil, Un crabe noir parade avec des airs coupables; Brandissant une canne au pommeau arc-en-ciel, Troque un sablier d'or contre un camée des sables. L'embellie embrasse le rivage glamour, Le vent court le duvet des petits flamants roses, Les vagues suspendront leurs partitions d'amour Sur les vieux rocs meurtris par l'oubli et l'arthrose. Et la lune taira le nom des naufragés, Mais l'espoir renaîtra au fin fond de leurs mailles, L'eau de mer se souvient de ces choses bercées Quand le monde acclamait le chant des relevailles...
  22. 5 points
    Le temps venait d'agripper l'existence Et la tirait par sa tête et son essence Vers sa grande cage, l'horloge ; Cette boîte où tous les oiseaux veulent sortir Mais où seuls les corbeaux volent pour dire "Mourir" En me suivant, moi, me promenant sur l'Orge. Ils poussent la chansonnette comme on le ferait Devant ses parents, dans un cercueil, Immortalisé dans un instant paisible coupé Entre les feuilles d'acacia et des tissus de linceuil. Je sentais, peu à peu, lentement, sonner Les hurlements du berceau sur le seuil. C'était là. Un enfant qui devait exister Et qu'on sortait de son sommeil, seul.
  23. 5 points
    Les venelles sont une raison Bien suffisante Quand l’été, l’ombre y suffoque Sous les regards cossus, édentés De craies et de plâtres. Les marronniers aux troncs relapses Un peu pliés Font l’auguste révérence des gens assoiffés Sous les pas camaïeux Leurs feuilles jouissent du passage. Les chemins de bitume Se dessèchent en triangles Rousses sections Vivant dessin d’enfance Innervé. Tous ces pignons d’orfèvres Dressés en crayons Dessinent l’échancrure D’une dentition De fleuve céleste. Le muscle d’une allée Bienvenue Exhale un horizon coupé Aux regards Qui ont cessé leur interrogation. Si les trottoirs s’indignent C’est bien trop tard C’est vrai que le jazz n’est plus noir Que la musique des pavés S’est enfouie. Les maisons sans charpente Ni toiture Sans fondation ni empire S’amusent des yeux qui mesurent L’inextricable. Les fruits se portent en conques Arborés par des vénus byzantines Le « S » de leur bouche Est bien plus gourd Que ce que l’on croit. Et si l’on met ses chaussures Comme on se met en retard On enfile des robes Comme on s’enfonce en tragédie Aux sentiers de ritournelle. On emprunte alors les venelles Sans les rendre jamais Escarcelles d’un trousseau Couturé par l’ennui Qui nous fait vagabonds.
  24. 5 points
    Faire le tour de la pièce En épouser les recoins avec le coeur avec les mains Soeur des dangers des chemins de traverse des maux qui m'écrivent à frôler le ciel La vie humaine ? Furtif éclair de conscience
  25. 5 points
    je traverse les rayures de ton cœur accompagné de plissures que forment ta tendresse. je te fais résistance au creux d'un coup de vent d'œil soulagé guidé par les rebonds de ton renouveau je m'aperçois que je t'oublie à chaque demi-tour de mon errance. je reviens interminablement d'entre les ombres des entailles qui sculptent ta lassitude depuis les éraflures sans fond et les puits je t'adoucis à chaque marée du passage que je caresse les griffures s'érodent et lissent le galet que j'étire . . je me repose dans le rayon frais de ta paix.
  26. 5 points
    Pas trop envie de me fatiguer ce matin...il fait chaud déjà un petit gogyohka ( poème japonais en cinq lignes ) fera l'affaire... Prisonnière volontaire d'une parenthèse ouverte j'avance sur une ligne de points de suspension Je ne sais pas la refermer
  27. 5 points
    « L’inconstance brise les certitudes » I Le monde s’étire de folie il court après la mer laquelle ne cesse de refluer et noie dans des lamentos des parcelles inachevées de mondes schizophrènes et fantastiques dans une cavalcade démoniaque, engloutissant au passage d’un flux sauvage des prières incomplètes, des psaumes d’un temps décharné, autant d’humour que d’amour, adressés à qui le veut bien, se fracassant avec langueur contre les esquifs, rocs ciseleurs d’expiations expirant bruyamment sur les grèves étendues aux falaises figées, à l’abri des hommes devenus sourds. Et la chapelle du haut de plat de terre s’endort paisiblement aux bruissants, symphonie d’écumes ondoyantes légère comme une brise instable, ténue comme un souffle d’amour … Tourbillon ascendant cherchant Dieu. La tête dans un ailleurs imprécis des bras tentaculaires montent tenant une chrysalide imparfaite enclose dans un tournis irréel. Ecoutez l’océan gronder de sagesse à nouveau, ostensiblement revenir, voyageur inconstant cherchant la clarté toujours, au cœur des yeux des hommes devenus momentanément aveugles. Repérez les anfractuosités d’albâtre en contre bas, je serais là quelque part fœtus à la silhouette d’ajoncs courbé dans le sens du vent. Je suis où personne n’est ! au cœur du silence … II Où êtes-vous donc, vous qui m’écoutez, vers quelle terre aller, sur quelle glèbe s’installer ? Je vous en prie, volez à ma rencontre donnez-moi un signe de vie, faites que vos yeux grandissent que vos sourires s’étirent que vos corps se lovent, faites que la vie revienne ! Soyez ce papillon que j’attends. Dites un mot, juste un, s’il vous plait pour faire mentir les malintentionnés les mauvais esprits et les diables cachés dans les interstices des vieilles pierres... Les poupées abandonnées, assassinées, au cœur tragique et mystique suffocant aux maux des autres dans des greniers, suspendues ! Volez vers mon antre, venez sans peur venez me rassurer, dites quelque chose quelque chose pour vaincre l’opprobre, toujours si prompte à se propager comme une traînée de poudre. III Il est mon amant. Il est mon frère, il est ma sœur. Il est ce que je suis. Indépendant(e) en somme. Espaces de liberté sans horizon ! Masculinité au féminin et féminité virile les hommes cherchent l’âme sœur introuvable et les dames échappent aux prétendants. Les unes se fanent en pantalons écossais ou en glose entre thé-amies tandis que les uns s’alanguissent en rouge cerise ou deviennent prétorien du mâle . Et les femmes brillent au monde effiloché de strass spectacles rayons mode, parfumerie et gloss miroirs déformants et grotesques aux bulles éphémères de Champagne qui à l’instar du temps qui passe, se perdent. Surtout loin de la ville en rase campagne non loin des clochers abandonnés. Ah ! la ville cette bêcheuse impénitente surprise d’extravagances anonymes, malgré tout, fuyez-la ! Le sexe n’est plus beau, n’est plus fort il est faible de trop de banalité de racolage médiatique ! Il est victime d’impudeur. Il y a ceux, il y a celles que l’amour a délaissés un instant, pour l’avoir vécu si fort si grand si loin, suffisamment longtemps pour l’avoir étreint jusqu’à l’ivresse, ressuscitant le Verbe d’un Zola ou d’Hugo, quelque chose de si profondément humain qu’il en devient saisissant de Poésie. Vous que je veux choyer de tendresse possédés que vous êtes de cet essentiel et près desquels assurément, tous, modestement nous pourrions nous asseoir, l’un à côté de l’autre, le regard clair comme des enfants d’un autre âge, et blaguer à la vie jusqu’aux larmes! IV Et ce silence, glacial comme une lame d’éclat ravageur, cinglant et mortel, tranchant la vie au scalpel des idées reçues, comment le faire taire, ce silence-là ? M’est avis qu’il réveille les âmes tristes comme le bruit de l’orage rapproche l’étrange étranger, cet inconnu, Autre, Tellement différent, si peu comme nous, L’un à l’autre sceller par la crainte, ils ressemblent aux chevaux d’Apollon. Et je les aime dans leur fragilité touchante dans leur force naissante et maladroite. Comment le dire et surtout mieux le dire ? Et plus encore, comment s’y prendre ? Qui sait ce que cela veut dire ? Et qui sait ce que cela peut faire ? Il y a tant et tant de choses imprévisibles par nature, parfois dérangeantes, qu’il nous faut de temps à autre nous consoler sur une épaule, un cœur, un corps factice, exutoire croupissant au fond d’une prison invisible - mur de verre inesthétique - trônant au milieu de nulle part si loin des vivants à la lisière de l’exclusion. Et dans cet infini qui ne dit pas son nom dans ce court laps de temps désertique où l’homme attend un encouragement se glisse trop souvent la condescendance des puissants du moment, bardés de certitude et de bienveillance outrancière, empaquetée et si déchirante d’indignité. Mon Dieu, il faudrait leur enlever les mots de la bouche… …et je songe à l’enfant que je n’aurais pas !
  28. 5 points
    Et pourtant les bougies aux dentelles de cire draguaient le désir d'un regard sauvage, -Pour l'occasion- Tout était en place, à la place de tout il restait cet espace nickel d'autre chose. Mon amour ne vivait pas en dehors de moi, -C'est sur- Pas un placard hagard, pas un cadavre sous le canapé ni dans la cage d'escalier, pas un seul squelette oublié, une photo fantôme d'un passé désobligeant, une alliance lapsusée prouvant la farce. La dinde au frigo y prendra congé. Je me prenais à redouter que la lumière fut et que nous nous rêvions noyés dans un décor Ikéa où rien ne dépasse à moins que nous nous mettions à trembler, frémir, voir pour les plus audacieux rugir. Et c'est bien là le problème. Pourrai-je rugir, en aurai-je même le désir, alors que mon envie de désordre hormonal avait fantasmé l'idée de balancer sa torride nature sur les draps froissés de l'inattendu, de la redoutable et incontrolable folie amoureuse ? Mais de folie il n'y avait point. Seulement les préparatifs conditionnés à résultat d'un artificiel ciel, -Chienne de vie- Conviée entre les coussins deux et trois, -Tout au plus- assistant le sabrage d'un champagne cliché, piratage Chic angle de vue à peine surfait, deux cents grammes à vue de nez de fraises défuntes reposaient en paix R. I .P (a voté (parenthèse subliminale)) sur une table vitrée, tchipées qu'elles furent en dernière volonté, -Pour ainsi dire- J'ai compris trop tard sous les projecteurs de son regard, que je serai actrice en polar Sur la bobine où j'me défile On m'assassine. -Navrant- Un fruit rouge sang esthétique et macabre et des bulles glaçées Dans mes pupilles terminent d'éclater un glas designer, -La lumière fut- Dramatique.
  29. 4 points
    Arachné Un miroir liquide, une flaque, une ouverture circulaire dans une épaisse plaque métallique. Là, au fond, l’œil morne, pâte fluide sans couleur, sans regard, sans âme, où se reflète solitaire une angoisse inconnue. Un visage terne se regarde, les yeux cavés d’où s’échappe un sentiment de vide, de rien. Peu à peu, puis dans un éclair, dans les moires d’une huile souillée, une forme, une ébauche de femme se dessine, comme doit apparaître un contour inquiétant, après des macérations de nécromant. Une femme blonde à la peau blanche avec des verdeurs cadavériques, une femme nue, dans un ciré noir, poursuit en silence ( l’on redoute d’entendre sa voix ) un enfant, depuis peut-être des temps utérins. Elle le pourchasse, l’obsède, le tourmente dans une salle des pas perdus, où les pendules ne sont plus à l’heure. Ses talons aiguilles, aiguilles de machine à coudre piétinent un cœur frais d’adolescent, ( car l’enfant ne cesse de grandir ) ses talons aiguilles résonnent sur les dalles, pénètrent la chair tendrement torturée. Le cœur du jeune homme, son pauvre cœur si lourd, qu’il a peine à le tenir au creux de ses mains, un genou à terre. - alors il se retourne soudain, avec une impuissante rage. Il fait un geste, il jette sa main en crochet au bout de son bras. Elle recule, son corps se plie en deux, la tête droite, porte ses mains vers son bas ventre : « Ne me touche pas ! » - dit-elle, dans un cri déchiré d’oiseau. Lui, il la regarde, la bouche tordue par la colère, la voix brisée par les larmes : « Vas-tu me foutre la paix ! - Vas-tu me laisser dormir, dormir et rêver enfin à autre chose ! Je ne veux plus te voir, jamais ! Entends-tu ? » - Elle rit, comme une folle, disparaissant, fondue dans la nuit. Il se réveille dans l’odeur du plâtre, parmi les poutres du grenier. Lieu vide et bizarre où il se retrouve seul, sur un lit de fer. Il voit, dans un angle, au-dessus de lui, le jeu cruel d’une araignée dans sa toile : elle humecte sa proie et la dévore lentement, vivante, avec délice.
  30. 4 points
    Par une nuit sans lune Sous un ciel sans étoile Cette nuit où la brune Déployait tous ses voiles Nous marchions à pas lents Côte à côte, intimidés Nous allions, errants. (Mais le jour a chassé Ce délicieux moment). Ses longs cheveux flottaient Sur ses rondes épaules Tendre, elle me souriait. Un moment sa tête frôle Mes cheveux ébouriffés Emmêlés par le vent. Et dans le noir, doucement Elle fredonne un chantant Un doux chant de l’amour Sa voix s’élève grêle Murmurant pêle-mêle « Et puis il y a l’amour Avec au creux de l’âme Cette boule indécise Sous la brume flottante Du tendre souvenir, L’étoile imprécise attire Hors de son orbite Le cœur météorite Et le vent rend tremblantes Des notes suaves et douces Où l’âme va se poser Comme sur une mousse. » Et doucement sa main, Venue prendre la mienne Sur la mousse un moment Lentement nous entraîne A regarder le ciel et Dans le firmament rechercher Lointaine et incertaine Filante et indécise L’étoile imprécise.
  31. 4 points
    La fourmi écrit des poèmes à l'ombre des cils le lézard la contemple, les pattes en éventail, et là-bas, sous les décombres au parfum de grésil, les couleuvres glissent au fond de leur sérail. Un ours suce des brins d'herbe en se grattant le nez sous son chapeau de paille les mouches bourdonnent il fait brûlant sous les pins où s'étire juillet. La cigale alanguie réunit voyelles et consonnes pour tout dire avant la fin de son contrat. La rivière gicle ses éclats de diamant des fleurs géantes naissent dans les gardénias et quelques squelettes blancs d'amants tintent à la brise suave des étés leur suaire fripé aux aurores de sang. On l'appelle grand désert des cœurs oubliés nul ne s'y hasarde plus depuis longtemps . Les cactus sont en fleurs, dépouillés de regards ils s'épilent entre eux, tendres comme des rocs. Surgis du néant, silencieux et hagards, reviennent des fantômes poursuivre leur soliloque. D'un doigt gauche, ils tracent sur le sable les initiales de leur bien-aimée et la lune moqueuse dans sa lumière admirable jette sur le tout ses griffes d'araignée. (J.E. Juillet 2019)
  32. 4 points
    Que chantent encore les cigales qu'embaument, l'été, les lavandes verticales et ces arbres géants qui font des parasols que nos pas foulent encore du sol ! qu'on entende encore le cri des bergers qui partent sereins, leurs troupeaux aux pieds, sur ces hautes montagnes, à l'estive avec une miche de pain, quelques olives, que hurle encore le coq, ébouriffé quand son maître ne l'a pas réveillé et que toutes les poules caquettent, en attendant leur mâle, coquettes ! Que chantonne encore la rivière, que se ride encore la grand-mère au bout de la table, ses souvenirs en miroirs, son chignon impeccable et ses yeux de perle noire, que se gardent ces parts d'enfance dans les clafoutis les fous-rires, les feux de camp et puis les nuits qu'on n'oublie pas le chant du coucou quand la pluie est proche ni ces frères, ces amis, ces cousins qui étaient si proches ! J'arrive sur le boulevard avec mes souvenirs on me bouscule, je crains le pire les immeubles sont trop hauts j'ai le vertige les fleurs n'ont pas de tige je me perds, je suffoque, mes vêtements sont en loques j'arrive enfin avec trois quarts d'heure de retard au cent-dix millième numéro du boulevard par politesse, au cinquantième étage j'ai décliné mon nom, mon âge j'ai signé un formulaire, j'avais mal au cœur et j'ai repris sans joie l’ascenseur Cinquante étages plus bas toujours pas d'air je pensais à la cuisine fraîche de grand-mère la bastide étalée au milieu de nulle part avec la rivière et tous ses nénuphars j'ai marché longtemps entre bitume et dalles … je n'entendais plus le chant des cigales j'ai couru … dans la cour, la silhouette de grand-père le chant du coucou et tous mes repères … mes pieds étaient en sang, mes yeux aveugles, mais quand j'ai vu le champ où les vaches meuglent, et que la soupe fut servie dans les bols, à grands coups de louche, j'ai chassé d'un seul geste toutes les mouches. il ne s'est rien passé, pas de questions, je suis retournée à mes moutons. Je les ai comptés et me suis endormie. Veux plus connaître l'autre vie. (J.E. Juillet 2019)
  33. 4 points
    Une main tendue pend sur le rebord d'une fenêtre se tend pourquoi tant de laine demandent les moutons Tantine Hélène se meurt sur son balcon envahi de rhododendrons rouges ses mains sont coupées elle doit se pencher pour que ses larmes abreuvent bien ses fleurs qui se meurent une main tendue pendue sur le rebord d'une fenêtre et un châle parfumé d'âtre qui ne bat plus. En bas, sur le quai, une petite fille passe elle regarde toujours ce balcon envahi de rhododendrons noirs elle habite deux rues plus loin au foyer des mains tendues. (J.E. Juillet 2019)
  34. 4 points
    A l 'ombre fraîche de nos peaux nous avons effacé nos rides d'amertume en écoutant le rire de l'eau et les cornes de brume sous nos cils aux ombres secrètes nous avons bu nos larmes sans pudeur et tout au fond de nos cachettes nous avons écouté battre nos cœurs sur nos corps, ancrés à jamais, les odeurs âcres de l'amour, comme des tatouages des matins bleus aux rêves sucrés indélébiles, comme l'éclair un soir d'orage. Ton escale prend fin je le sais cette dernière nuit chaude et glacée mes caresses tu vas les noyer je garde ton dernier baiser. Je ne suis pas venue au seuil de la porte agiter un mouchoir je l'avais promis avant que d'exister notre amour était morte et c'est très bien ainsi. (J.E. Juillet 2019)
  35. 4 points
    La page du calendrier mange silencieusement les épines . Dans la rue le dessin blanc va et vient. Il reviendra aux orages de l'été. La barbe fraîchement recoupée caresse les rives de la solitude. Au bord s'est refermé un nénuphar.
  36. 4 points
    C'est une place où la société s'éveillait Sur les faces pendues de ceux qui sommeillaient. Avant l'aube, six heures du matin : "réveille-toi !" Pour partir, sur le quai, et dire "Bonjour toi !" Quand le quai se bondait dès l'aube du matin, Et qu'il sortait, de mains, du poivre m'embaumant, Au loin, le temps fuitait sur les lignes du train. Le soleil inondait, du ciel de bleu satin, L'air devenu humide dans ce long instant Où la chaleur, liquide au corps, collait mes mains. Leurs mines étaient grises et leurs tons s'enflammaient Quand, sur les fraîches peau, leurs teints se postérisaient. Et le temps, les quittant, faisait durer pour soi Cet instant où, priant, ils demandaient un toit.
  37. 4 points
    Tu tisses habilement De tes mains La toile sur l’étagère de tes souvenirs Tu tisses finement la broderie de tes fantasmes Sur le divan Tu penses que Raskolnikov bien souvent s’allonge aussi Sur le divan Grignoté par ses songes, ravagé par l’angoisse Expiant bileusement la faute Tu songes Que ton divan à toi est fait aussi de sang Qu’un fardeau en vaut un autre Le mal s’insinue en toi souligne la sale besogne souille tes lèvres et fait suinter l’aurore Il faut sans cesse creuser l’absence souffler encore sur la buée froide de l’oubli tomber dans la trappe et survivre à la terre meuble Il faut sans cesse lever les armes laver les soupçons illuminer la putain et léser le monde entier en lui faisant croire que c’est toi, Oh douce Sonia Qui a pêché…
  38. 4 points
    Absente et désirée sur les dunes brûlantes Du pays assoiffé où la terre est poussière, Où les feuilles jaunies font une danse lente Avant de s’en aller dans la chaude lumière. Attendue patiemment par les graines endormies, Par les galets luisants du fleuve desséché, Par les bêtes, par les hommes, qui respirent à demi, Unis dans l’espérance autour du puits séché. Enfin, à l’horizon, naît une ligne sombre : La nature se blottit dans un silence épais, Le vent mène sa troupe de nuages en nombre, L’écho de leur galop vient rompre cette paix. Premières gouttes éparses aux milieux des éclairs Piquent le sol durci sous la clameur du ciel. Tumulte de l’orage, grondements du tonnerre Apportent la foison d’une pluie torrentielle C’est une renaissance. L’eau coule en mille rus La danse de la vie reprend son pas de deux. Éclosion de bourgeons, de fleurs apparues, Fourmillement de vie, apaisement heureux.
  39. 4 points
    Un manteau blanc a recouvert la campagne Et le vent du nord vient égayer nos carreaux De ses sculptures de givre. Sous nos rideaux, Vois, ses arabesques voilent la campagne. Elle me répond : « Moi, je pense aux gens en pagne Qui n’ont ni froid, ni bise, ni le givre aux carreaux Et qui sous leur soleil ignorent comme c’est beau Lorsque la neige recouvre la campagne De courir et glisser dans le vent et le froid, De pouvoir en rentrant se réchauffer les doigts À la flamme d’un feu de cheminée ; Puis, quand vient le soir, dans une ombre naissante, Blottis l’un contre l’autre, face à la flambée D’admirer le ballet de ses flammes ardentes. »
  40. 4 points
    Qu’est-ce qui fait rêver un enfant du désert ? Les forêts, les bosquets, les étangs, les rivières, La brume, le brouillard, les neiges et les pluies. Tout cela, il le voit dans ses rêves, la nuit. Mais d’où lui viennent donc ces images d’ailleurs ? Mais des livres parbleu ! Pendant de longues heures, Sans jamais se lasser, il baigne dans la mer Des mots suaves ou plane, insoucieux, dans les airs Où des verbes exquis déploient leurs grandes ailes. En fait, tout se confond dans sa tête où se mêle Le Désert flavescent au Nord évanescent Dont les paysages d’hiver ou de printemps Font tous écho au sable et aussi à l’air chaud De cette région où est si rare l’eau.
  41. 4 points
    Toi mon secret de solitude, Enclos où passent tous les vents, Bariolé de béatitudes Dans un coffret d'or et d'argent. Sur la paume de la montagne Ouverte aux ballets verdoyants, Le chant des criquets t'accompagne Depuis la source au bonnet blanc. Cerné de fleurs sans commérage, Impassible geôlier du temps, Tu laisses les jolis nuages Patiner sur tes bleus gisants. Ô mon beau lac, sage ou poète? Rêveur perdu et cachotier, Autour de toi tout n'est que fête, Les marmottes jouent du sifflet. Quelques chamois se désaltèrent, Tous les oiseaux sont fous alliés, Mais toi tu enfles de mystères, Tacite aux lointaines pensées. Gardien du temple des eaux douces, Gorge sans fond des insomnies, J'ai vu des silhouettes rousses Revenir des peurs englouties. Ton grand dortoir toujours alerte Pour l'ascète et l'introverti, Surveille les ténèbres vertes Et l'encre des nécromancies. De ton antique tabernacle Où des saisons se sont chéries, Le vent sillonne les oracles, Souvent nos aveux endormis. Ô mon beau lac, que caches-tu? Tes mourons viennent pour parler, Sont-ce nos voix qui se sont tues Aux flots doucement ramenés? Calme des larmes alanguies Sur les bords des amours blessées, En souvenir du temps jadis, En souvenir de nos reflets. Ô mon beau lac, j'y vois encore, Le soleil et ses doigts léchés Feuilleter le livre des morts, L'album-photo des trépassés. Miroir des défunts de naguère, J'y vois des cierges et des chevets, Des lits veillés par des grands-mères, Des mains serrant des chapelets. Le lac Sainte Anne se situe à 2415 m d'altitude sur la commune de Ceillac dans les Hautes-Alpes. C'est sans doute le plus beau lac d'origine glacière du Queyras.
  42. 4 points
    A François Villon… Dites moi où, en quel pays vivons nous, et en quelle époque quand la chair se fait rabougrie silhouettes étiques de toc à la maigreur, bonheur on troque à la minceur vont les serments sous ma dent, plus rien je ne croque mais où sont les fesses d’antan?(bis) Ô Rubens, rondeurs infinies mes mains emplies, viens je t’estoque ô Boucher jolie boucherie les culs ronds durcissent mon roc tels les seins, les ventres ad hoc plaisir des yeux, commencement de cette jouissance baroque mais où sont les fesses d’antan?(bis) Sous les robes enfin rebondies oscillent les deux pendeloques dont le mouvement me ravit et m’en fait rêver la défroque briser mes œufs à ces deux coques les honorer absolument callipyges sans équivoque mais où sont les fesses d’antan?(bis) Mais ma divine comédie en enfer brûle sacrément Diététique tue mes envies mais où sont les fesses d’antan?...(ad libitum) ***
  43. 4 points
    Cette enfance couleur d'été de nacre et d'iris violets que tu as posée, parfois, sur les rives des fleuves, comme un fardeau entre le ciel et l'eau cette enfance dont tu voulais t'enfuir sur les chemins des grandes personnes trop vite, trop tôt, écrasée d'objets lourds et inutiles elle reste en petits morceaux au fond de ton baluchon l'odeur d'un laiteux chausson quand elle s'éveille, un matin d'été quand tu secoues tes rêves éberlués les pots de confitures sont vides les pommes sont acides il reste sur les tiges des ailes d'anges il reste sur tes cils des larmes étranges … d'une enfance couleur d'été de nacre et d'iris violets que tu poses encore, parfois sur les rives des fleuves au fil du temps, au fil de l'eau tu t'en abreuves et ton enfance remonte à flots elle est légère et n'est plus un fardeau. (J.E. Carnet de voyages – juin 2019)
  44. 3 points
    Pour séduire sa belle Il fit des gestes fous Car il n'y avait qu'elle Envers et contre tout Parmi le mimosa Alors le mime osa
  45. 3 points
    Alcyon, oiseau mythologique Mal armé pour survivre en ces temps de misère Que l'Idéal enfin, d'un ailleurs nous enseigne Où nous serions heureux pour peu qu'amour repeigne Et boute ce cloaque hors son désir amer. Je veux un autre monde, une étrange utopie Qui arase sur Terre la vie administrée Par des algorithmes sans âme et sans pitié Spoliant l'humanité d'un coin de paradis. Alors, je me rebelle pour qu'imagination Innerve ton réel, symbolique alcyon Nidifiant sur la mer de mes rêves éveillés. Jamais désespéré que le vent et les vagues Détruisent tous ses nids par l'écume et les algues, De sa plume l'oiseau distille l'hyménée !
  46. 3 points
    Au loin l’horizon rougit délicatement, La nuit pâlit torturée d’une sombre haine, Elle sait à présent que sa fin est prochaine, Le chaud soleil se lève inexorablement. Très lentement, déjà une lueur sereine Fait disparaître comme par enchantement Etoiles, planètes de notre firmament. La nuit pleure, déprimée de n’être plus reine. Le ciel rose s’illumine paisiblement Tandis que la nuit blêmit au pied des collines Songe et renonce à résister, se dissémine. Soudain le soleil luit d’un feu resplendissant A l’apparition de l'astre éblouissant En quelques secondes, la nuit, il l'assassine Et dans la splendeur de ses rayons éclatants Vient un matin calme ou la terre se dessine.
  47. 3 points
    Par mes quatrains, encore j'aspire, A vous toucher, là, en plein cœur, Vous faire pleurer, voilà ma mire, Tirer vos larmes est mon bonheur. Jamais vous ne pleurez peut-être, Car jamais ne m'avez fait part, De moindre goutte à la fenêtre, De votre étourdissant regard. Tant sont mes rimes affûtées, Qu'elles me percent de part en part, Sur vous elles semblent émoussées, L' indifférence fait rempart. De si puissantes métaphores, Fébrilement vous avais fait, Que ma plume en sanglote encore, Fuyant la prose et ses loquets. Meubles aux soupirs de mammifères, Secoués de puissants hoquets, Aux fenêtres des serpillières, Toute la maison se défait, L' eau envahit la promenade, Ruisselle emportant le buffet, Les chats en pleurs en sont malades, Des armoires griffant le sommet. De mes deux yeux une eau amère, S' écoule, je me sens couler. Me plongent dans cette misère. Mes efforts à vous étonner, Vous osez rire, voilà mon drame, A ces humides étrangetés. Enfin, je vois poindre vos larmes, Car vous riez à en pleurer !
  48. 3 points
    Enfant blessée, fée douloureuse, La vie la heurte à tout instant. Sous le bateau la mer se creuse, Jamais pour lui de vent portant. La vie la heurte à tout instant, Son âme se voudrait joyeuse. Jamais pour lui de vent portant, Mais toujours vagues furieuses. Son âme se voudrait joyeuse, Le cœur serré, serre les dents. Mais toujours vagues furieuses, De Neptune ont les durs tridents. Le cœur serré, serre les dents, Sous les sourires, armes de fée. De Neptune ont les durs tridents, Chaque vague en est hérissée. Sous les sourires, armes de fée, Sous les rires larmes d'enfant. Chaque vague en est hérissée, Le déchirant à chaque instant. Sous les rires larmes d'enfant, Cris silencieux plainte voilée. Le déchirant à chaque instant, Sous l'œil de la nuit étoilée. Cris silencieux plainte voilée, Enfin le bateau attendu. Sous l'œil de la nuit étoilée, C' est pour toi que je suis venu. Enfin le bateau attendu, S' incline devant l'âme houleuse. C' est pour toi que je suis venu, Enfant blessée, fée douloureuse.
  49. 3 points
    Un bédouin, vers le Nord, Mit le cap un matin. À la bouche un refrain, Il marchait sans remords. Il rêvait de la mer, Des vagues écumeuses, Des profondeurs rieuses. Fi de l’ardent désert ! Il avait traversé Sables, monts et vallées. Il voulait tant fouler Le continent bercé Par l’aquilon, de jour Comme de nuit, été Comme hiver. Majesté Des lumineuses tours ! L’homme du Sahara, Dans son très long voyage, Sans grand bruit ni tapage, Allait cahin-caha Son train avec sa bête, Un vieux dromadaire. Lorsque parut la mer Moutonnant, il eut cette Sensation délicieuse Qui s’empare du corps Et fait frémir encore Les cordes si soyeuses De la harpe du cœur. Bien loin sa vie de pâtre Dans le désert jaunâtre Où rares sont les fleurs ! Il s’arrêta au port, Fit embarquer sa bête, Marquée par la disette. Le vent soufflait très fort. Du ciel bleu des rapaces Dévalaient vers les flots. Des longs mâts des vaisseaux Était strié l’espace. Sur le pont du bateau L’animal à la bosse, Qui n’était point féroce, Fixait sans piper mot L’horizon bleu azur, Piqueté de points noirs. De l’eau bleue le miroir Reflétait le ciel pur. La bête du bédouin, Ce vieux dromadaire, Avait peur de la mer Qui s’étendait au loin. Il se mit à hurler, De rage trépignait. Le bédouin essayait Alors de l’amadouer. La foule sur le pont, Médusée, regardait La bête qui criait, En proie à ses démons. Le désert lui manquait, Les dunes, le soleil Aux doux rayons vermeils, L’ombre des palmeraies. L’animal du désert Blatère de plus belle, Veut se faire la belle ! Ceint par l’immense mer, Sur sa prison flottante, Il ne sait pas quoi faire, Le pauvre dromadaire ! Mais une idée le hante : Se jeter dans l’abîme, Sauver ainsi son âme, De son maître au grand dam. Une énième victime Des furieuses houles ! Échappant à son maître, L’animal alla paître Dans la mer qui déroule Son champ d’onde assassine. La bête disparut Dans l’herbe bleue touffue Où poussent des épines. L’homme, perdant la tête, Plongea, tout habillé, Dans la mer agitée, Pour secourir la bête. Les eaux se refermèrent Sur lui. Il rejoignit, Au fond des bleues prairies, L’animal téméraire. Colporté par le vent, Le beau chant des sirènes Pousse vers la géhenne De malheureux migrants. Très loin de leurs demeures, Terrassés par le glaive De l’ailleurs dont ils rêvent, Combien de jeunes meurent ! L’ailleurs reste couvert De tant d’incertitudes, Porteuses d’inquiétudes Que l’on prédit l’enfer À celui qui s’exile Au Pays des Mirages. Il faut se montrer sage Et rester dans son île. Il n’y a rien de pire Que de quitter le lieu Où l’on est si heureux, De grandir, de vieillir Au milieu des siens, Avec qui on partage La soupe et le potage, Et presque tous les biens. La mort ou la mer Bleue ? Je préfère la vie Dans mon mas en torchis, Où le noir est radieux.
  50. 3 points
    Une bergeronnette grise, Par l'hiver affamée, Toqua du bec contre la frise Ornant ma fenêtre fermée... ...Moi, qu'un granite attend au beau milieu des ifs Quand j'aurai épuisé tous mes soins palliatifs ! Faisant basculer le châssis vitré, Mes amis, venus me visiter, Disposèrent un peu de beurre sur le rebord Pour que le passereau picorât sans effort. Au fait, de quoi tu meurs ? M'interrogea Roland, sans ménager ma peur. Bernadette le corrigea : C'est intime, ces choses-là. Un peu plus de tact, s'il te plaît. Alors je les rassurai. Je me fiche des couronnes et des fleurs, Et d'ailleurs, je vous le demande : Sait-on vraiment de quoi l'on meurt ? La bergeronnette, ayant dévoré l'offrande, Regardait mes deux amis, Interdits, au hasard de leur vie. L'oiselle, se plaçant de travers, Risqua des sautillements qui la transportèrent De l'intérieur de la fenêtre entrebâillée Pour se risquer à voleter Jusqu'au coin de la table de lit Où mon corps s'était amolli. La bergeronnette but l'eau Qu'on lui tendit dans une coupe. Afin d'évaluer l'éventuelle entourloupe, Elle entama une sorte de danse, À moins qu'il ne s'agît des prémices d'une transe. Si ma mort se rebelle, Pourquoi ne pas en rêver de plus belle ? D'un flot se brisant sur l'écueil, — À l'éclat dérisoire de nos rires — Il ne faut pas en faire son deuil De ces mots qu'on s'invente et aident à partir. Fuyant ces mécréants, l'oiselle s'envola. Une autre tasse de café ? La dernière, car m'a-t-on dit là-bas, La faux me moissonna, m'empêchant d'y goûter !

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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