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    Gabriel Montigny

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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 05/24/2019 in all areas

  1. 11 points
    La route filait droit dans la brume Sur le cd Pablo Casals jouait Une suite de Bach Et son jeu âpre et désuet Ardent comme un soleil catalan Embaumait mon matin Les arbres déchiraient la soie laiteuse Comme des figures de dragons Couronnés d’incertain Vieux, aussi vieux que danse le monde Menaçants des racines jusqu’aux cimes De manger le ciel Les mains crispées sur mon volant Je regarde. Pourquoi? Pourquoi faut-il incessamment Que je voie le réel Au prisme des mots Et que ces mots trahissent ? A-t-on jamais entendu une musique embaumer? Un jeu de toucher Un jeu de violoncelle Peut-il brûler? Quelles peurs m’inspire l’état des choses Sur cette route Ce matin Tous les matins Pour que m’ effraye la réalité? Ne puis-je voir dans cette route Rien d’autre Qu’une route? Un ruban d’asphalte? Au lieu du chemin d’un destin Les métaphores me mangent la tête Jusqu’à la folie Dès le matin, dès que je m’éveille Ma tasse de café Vide Est le cercle fermé de ma vie Où ne subsistent que les traces brunes L’écume Sur les parois Du breuvage englouti… Impossible de me raser Sans que le miroir Ne réfléchisse Impossible de regarder sans cadrer Impossible de parler sans construire Impossible de penser sans imaginer D’imaginer sans créer Les mots sont des images Les images, des mots Il faut composer Organiser le monde Emprisonner le réel dans une composition Pour quelle illusion? Qu’importe puisqu’elle est partagée Et naît d’un clavier Jusqu’ à toi Qui lis Et entre Dans ma tête Mais tu n’y percevras rien Que tu n’y apportes…
  2. 11 points
    Il se fait tard, la source enfante le ruisseau, Et l'étang, orphelin, prend ce tuteur sauvage Tel un embryon noir enlacé de roseaux. Noctambule, l'aulne parraine le présage Tandis que s'évase l'homélie du crapaud Dans le balbutiement des lugubres remous. Non loin, comme un écho, par des airs odorants, Bruissent les filous, les fifres forestiers, Incantations feuillues des mirlitons chantants; Le chantre rossignol, ménestrel inspiré, Rassure la menée d'un jeune cerf méfiant Pendant que les bois morts font du chantage aux loups. La troublante forêt réunit les sylvains Au pied d'un très vieux chêne enchâssé aux aïeux, Près d'un rond de sorcière ils vont main dans la main, Danser tout barbouillés de champignons gris-bleus, Fardant les ténèbres d'une moire d'étain Pour la farandole des rats et des hiboux. J'ai les sens ahuris, j'aime l'ivresse obscure, C'est un colin-maillard avec l'antre infini; La douce nuit m'étreint, d'un baiser me susurre, Sous l'aisselle d'Orion sa complainte enfouie, Son doute originel et son autre blessure Chantés par les poètes et les pauvres d'esprit. Alors que toi, tu dors. La nuit loue tes soupirs Comme une jolie fée en docile menine. La fenêtre ouverte pour les anges à venir, Tes longs cheveux de fièvre avec le vent peaufinent Les parfums dénoués qui s'en iront mourir Sur le toit des collines où la lune sourit. Le songe costumé te prendra par la taille Pour une nuit d'amour sans aucun candélabre, L'ombre caressera tes émois en écailles Qui sans fin brilleront comme l'éclat du sabre, Invitant tes fantômes à de tendres chamailles, J'en serai le témoin sur ta couche fleurie...
  3. 10 points
    J’ai déchaussé ton talon d’orchidée noire Le tropique solaire d’un plexus irrigué Ta jambe en élytre de soie dentellière Pleurait sa cambrure entre mes mains Cravache et nacre amoureusement mêlées M’ont promis les morsures du défi Mes mains sur tes mains araignées Ont tissé sur le fil du soir leur rasoir aiguisé L’émeraude a prié le ciel irisé D’un souffle j’ai tout emporté D’un cri j’ai tout déchiré Le camaïeu des alcools et tes reins fatigués Fallait il que la nuit soit inutile à murmurer Ma peau sur ta peau en guise de patience Ma bouche sur l’envie saline Câline à se vouloir demain C’est que le temps qui sonne Le temps qui vole, le temps qui tue Est assassin de nos rires perdus Et perle de sucre nos souvenirs d’automne Il en viendra des marbrures d’ocre et de sang A faire le rideau de nos entractes Des griffes d’apnées en cataractes Nous ruisseler en jouissant Je te dirai le mot labyrinthe, le mot dédale, le mot Icare Je déviderai de ta jupe le fil d’Ariane Moi le Minotaure percé au flanc par l’illusoire Au mufle agonisant dans l’étau de ta folie castillane Nous reviendrons pèlerins de misère Enchâssés sur le matelas Compostelle Qui nous fera renaître infiniment En balanciers piroguant les ventres Implorant l’escarcelle d’un levant Une tache de rouge et trois gouttes blanches Les mains jointes en arc roman Pour cercler d’or nos dimanches Je n’ai pas d’autre rivage que le récif de ta nuque Je n’ai pas d’autre envie que mourir en ton matin Je n’ai pas d’autre absolu que de faire toujours ton dessin Je n’ai pas d’autre choix que d’encrer tes yeux sur mon parchemin ***
  4. 10 points
    L'éphémère s'en va Tend les bras à qui veut Ne sait à qui il se donne Imagine guère à qui il manque. L'éphémère c'est un signe Imperceptible, un fil de lumière Une main tendue, un mot offert Une rencontre fortuite, un silence bruissant. L'éphémère c'est un instant Ordinaire qui crée de l'inattendu Une route qui s'égare quelque part Un train qui n'arrive pas à l'heure Un bateau en partance plus tôt. L'éphémère c'est une rencontre Absente qui joue les déferlantes C'est un visage que l'on ne peut oublier C'est un sourire anodin qui prend de la place C'est toi à qui j'ai dit oui pour la vie.
  5. 10 points
    Dans cette seconde qui s’éternise Passablement blessée Dans cet instant qui me chavire Soudain ravissement Il est une aile qui m’électrise Celle de l’oiseau lové Dans les branchages de notre vie Que nos mains tissent, souvent Puisqu’il m’est souvent insensé D’apaiser mes terreurs De t’offrir sereine un baiser De quitter ma torpeur Alors viens Aime moi encore répare les miroirs brisés arrose chaque jour les fleurs Ramasse ce grand fracas silencieux et fait de tout ce désordre Un abri
  6. 10 points
    J’élague la nuit à grandes brassées de mots. Rien n’est perdu, puisque le silence ne ronge pas la mémoire et le chant, gravé dans l’écorce, toujours résonne. Le vent porte des serments d’autrefois aux lisière de l’éternité. Une écharde étincelante, plantée aux pieds du rêve, réveille l’enivrante douleur de se sentir en vie.
  7. 9 points
    Afin que tu fusses la seule Afin que tu fusses la seule dans mes yeux, je voudrais oublier toute image, marcher en aveugle, les paupières closes, la canne blanche des souvenirs érigée dans la mémoire. Je voudrais masquer au monde mes phalanges aux tiennes pareilles, toi qui sais le tremblement des feuilles mortes sur tes paysages nus. La survivance de mes mains réveille les climats calmes sous l’hiver corporel. Toi dont les perce-neige en fourmilières traversent la chair, dont la mouvance prépare l’orage à l’outre horizon du silence... La grisaille douce du silence où les mots se libèrent de l’objet qu’ils désignent. La seule exigence est musicale, à l’heure où les mots meurent en syllabes sous l’inflexion de ta voix. L’âme en flammes nuance des ombres, quelque part, entre tes yeux de ciel, le galbe délicat de tes seins. Toi, toujours, dont les colombes chantent à peine, nidifiant dans le creux de mes mains. Femme de nacre à la source aurifère où je trouve cet hors du temps, soudain perçu. je tire les amarres, maudissant l’ancre qui nous tient encore à la muraille du monde. Femme naissante, tournée comme une aurore sur mes yeux en pluie, ta beauté ineffable colore de pourpre les ruches, encercle d’or mes abeilles bruissantes. Tu reviens, nageuse, à la surface des draps, fuyant le tourment du sommeil, accrochant tes gestes aux rives de mon île, ivre encore des fleurs d’alcool au jardin sans arbre, nue comme ta véracité !
  8. 9 points
    Le vent se ramène avec une odeur de foin, Il porte des onglets qui font froid dans le dos, Messager du tyran sous ses airs de vaurien, Il chamaille un feuillage étranglé au lasso. La forêt fait le guet, gueuse au vert capuchon, Les raclements de gorge, au loin, sont ses jurons; Là-haut on voit monter des gradins effrayants, La sentence noircit, on entend le géant. L'orage gronde. Le ciel met des broussailles et fronce les nuages, Il évoque un prétoire aux éclairs cruciformes, Un complot d'insoumis enrage dans leur cage, Ils seront tous jugés par le monarque énorme. Son immense vaisseau fait d'un œil-hublot noir, Furoncle le néant de rocs et de gravats, Le pont incandescent compresse toutes voix Et rien n'échappera au pilon des quasars. L'orage gronde. Les oiseaux des sous-bois en quidams réunis Tiennent le la moqueur pour qui s'aime affolé; Le livre des mousses n'alarme pas les nids Et prédit des chansons par la douce feuillée. La terreur est là-bas, tenaillant les montagnes, On éventre les cieux! Flamme au soc des charrues! Et des tiraillements vont à perte de vue Enchaîner les damnés dans le fracas des bagnes. L'orage gronde. Quelques éclats d'obus font trembler la prairie, Les insectes ont la foi à l'heure où tout se fâche, Ils brodent égrillards les haillons du temps gris, Chuchotent leur giron à l'abri sous des bâches. Le monstre fait son poids, le choc s'écrase et court... Ô forges furieuses où s'effondrent les foudres, Des armées sur le front vont pouvoir en découdre A coups de nuits trempées dans le sang d'Azincourt. L'orage gronde. Pourquoi ce tumulus dans ce noir firmament? Sangle-t-on un caveau qu'on tire à bout de nerf? La bouche du tombeau nous offre un toit souffrant Faisant de lourds débris, des chaos pour ampères. Et l'abîme ouvre en grand sa cuirasse de plomb, Et la voûte endiablée engrosse des canons, La terre ne dit rien selon le vœu des pierres, Elle appelle à l'écoute en se tenant les lierres. L'orage gronde. Par là, tout près, quoi d'autre?...Alerte au cauchemar! Les roses des charniers pâlissent au grisou, Le maître sur chenille arrive patrouillard En écrasant les crânes aux abords des cailloux. La lande s'engourdit, empaille le silence, Frisson d'abattement, sentinelle d'errance, Le ciel peut dévoiler le triptyque féroce : Le tonnerre et la pluie, le buste du colosse... L'orage gronde.
  9. 9 points
    je n'ai plus les mots pour te dire quel soleil s'est éteint il a suffit d’un courant d’air pour que file ma mémoire paumes ouvertes je suture mon pauvre ciel d’onguents de rêves, d’épingles de pin raconte moi encore le goût qu'avaient les mûres sauvages le ciel polisson, la tristesse des nuages j’ai perdu le refrain je n’ai plus les mots pour te dire je n’en ai pas besoin le vieux monsieur porte une casquette c’est l’époque des cerises mon visage a vu fleurir de multiples sourires malgré le rude hiver et les pousses de pluie raconte moi encore l’odeur du soleil quand il danse sur ta peau les orages déçus, la tendresse d’un mot j’en tricote un refrain
  10. 9 points
    Prendre un autre chemin habité d’infinis Se mouvoir dans ton souffle, s’enrouler dans tes voiles Un esprit, un toucher, et pourquoi pas une âme Recréer nos images, nos amphores du vivant Si denses, si lourdes, où ne glisse nul vent Il est l’heure, il est temps Le ciel fait le beau pommelé de sang Le sable blond s’écoule de la main des enfants
  11. 9 points
    Ton ventre tatoué de ses caresses vallée d'interdites amoures safrané comme une plage d'Indonésie se tait sous l'assaut curieux de deux doigts qui se posent là où tu ne sais pas Il a pris de ta chair les rêves endormis tes vêtements sur la chaise sont des chiffons de peur que tu as laissés là pour te montrer entière à celui qui te vois Et maintenant tu pleures, la chienne s'est tue pour lécher ses blessures il a caressé ta tête dans son dernier sursaut que fallait-il lui dire reste auprès de moi ?
  12. 8 points
    Pourquoi vouloir retenir ce reflet sur l'eau l'astre est déjà en train de mourir ; pourquoi toujours vouloir retenir l'instant ? dans le silence des roseaux il y a plus de je t'aime éphémères que d'étoiles tombées dans les seins de ces rivières. J'ai détourné les yeux trop tard j'ai vu la lune et son bâtard, noyé, qui s'enfuyaient aux rives de mes cils. Pleine lune ne dure qu'un instant comme les chagrins d'amour les roses, les blés, le vent et le chant des troubadours. (J.E. Carnet de voyages – Juin 2019) (photo personnelle de l'instant)
  13. 8 points
    Je m’en vais… Je m’en vais sous le phare égoïste du temps Car le songe s’est altéré, je ne pense plus, Je m’en vais avec mes sanglots en moi perdus Et à moi-même je dis, je t’ai aimé le temps ! Je vais où pleurent les fontaines, de tous leurs maux, Au crépuscule où se console le jour fini, À la nuit sereine dans son écrin d’infini, À ce printemps où le vent blesse les coquelicots. Je vais au front de l’enfant qui s’est endormi, Cette aube secrète dans son écharpe de brume Où des pluies étranges en moi s’exhument, Sur les trottoirs usés de ma mélancolie, Je vais sur tes lèvres mauves m’assouvir, Va, je serai docile sous ton baiser sans fin, À tes nuits où inlassablement je reviens, Dans ton regard où tu me verras mourir
  14. 8 points
    sous le saule alangui versait mon cœur en larmes et mon âme ployait sous la courbe du vent les branchages flétris décrivaient des ombrages au souvenir du temps où nos pas se croisaient mais l’empreinte s’est tue et ne reste que l’ombre de ton corps dilué à travers les feuillages que le saule en peine a terni de ses pleurs parsemant les rameaux de son voile funèbre assis sous le vieux saule et cette main qui n’ose sur ta main déposer la douceur d’une rose et que l’aube esseulée d’avoir trop attendue s’étiole lentement de son drap revêtu
  15. 8 points
    Il était nomade d’une enfance déracinée Il arpentait les sables de ses déserts fortuits Elle l’attendait depuis déjà dans les livres Qu’elle lisait depuis une jeunesse sage blessée Ils s’étaient croisés au bivouac des mots Ils avaient bu le café de l’aventure Elle avait aimé le sombre de ses yeux Il était tombé simplement amoureux Elle, femme étang aux roseaux de rêves Lui, homme torrent aux remous sans trêve Deux à chevaucher l’écume sur une grève Deux à se dévorer les sucs et les sèves Ils tissaient ensemble plus qu’il n’aurait voulu L’écheveau désordonné de leurs labyrinthes Ils cousaient leurs béances, l’aiguille dans les chairs A cicatriser les griffes que font les saisons à l’âme A mesure que son errance agonisait en ses bras Lui venait une colère immense qui la mettait à bas Prisonniers d’une folie qui dévorait jusqu’aux abîmes Ils s’aimaient à s’en déchirer les ventres ravis Il n’était plus nomade, mais grenade dégoupillée Il ne voyageait plus qu’en son tendre pays qu’il ravageait La langue en lame injuste il l’éventrait Sa langue en flamme abrupte elle le léchait Elle, femme enfant elle le rendait adulte Lui, Don Quichotte brisait ses moulins à vent Deux à se dévorer d’un feu éternel d’étincelles Sa colère en soufflet de forge, elle en payait le prix
  16. 8 points
    j’ai regardé la mer, entendu son long souffle se perdre dans l’immensité, comme un regard qui se plaint, qui n’appartient plus qu’au passé. des enfants joyeux sur le rivage, partaient à l’assaut du temps en fuite, l’air doux ravissait l’instant et la lumière embellissait l’image. le vent rabattait l’écume des vagues dans le couloir étroit d’un songe, je voyais la mort se pencher doucement là où il n’y a plus de saison. un vol de passereaux, au loin, cueillait l’horizon, ils avaient des silences d’où jaillissait l’adieu, et des soleils éphémères où se perdait le jour. j’ai regardé la mer, son infinie solitude s’accrocher au rivage, aux roches désunies qu’un ciel vide berçait.
  17. 7 points
    Je me souviens des champs de mille tournesols soldats soleils dressés autour de mon enfance et toutes ces couleurs parfumées des vacances pâles iris bleus et lavandes couvre-sols Je me souviens d’étés piqués de parasols du souffle du mistral sous nos jupons défiance sur le pont d’Avignon entrions dans la danse ronde en cerceaux de rires faisions girandole Je revois les paniers couchés dans la cuisine la descente toujours impromptue de tantine venant dénoyauter quelques roux abricots Tartes dorées ou d'amandines confitures elle n’avait-nul pareil pour gâter ses minots reste de nos têtes blondines l’écriture
  18. 7 points
    Avant de s'accoupler deux par deux face à face collés l'un vers l'autre le ventre en koala peau rose vanillée oeil vert et chocolat ils se respirent sur une même interface S'encollent tièdement deux suaves soucoupes sur un grand carré blanc dont se dégage alors embaumant très fort jusque dans le corridor une odeur acidulée sentant l'entourloupe Près de ces diaboliques succombant aussi duo si tentant à regarder sur un lit si parfumé qu'hier je me suis approchée Les formes arrondies tout au fond de ma bouche j'ai léché et sucé dans un doux abandon avalant goulûment deux exquis macarons
  19. 7 points
    Thierry Demercastel

    ...

    C’était une nuit lente, ton corps avait chaviré dans l’encre bleu des rêves, puis à l’entrebâillement d’un soupir de nous, se prolongeait tout ce qui s’était tu. Les ombres, aux charnières du temps, étaient bienfaisantes, elles dansaient sous les feuillages, bercées par le vent, nos âges s’étaient figés et ne faisaient que se mirer en une aube naissante. Le soupir des choses rythmait nos instants. Il y avait dans tes yeux des quais imaginaires où je t’attendais, je t’attendais; ce rêve si délicieux que nous aurions un enfant, il y avait tous ces lendemains ouvrant très grand leurs bras. Nous inventions à chaque instant notre joie de vivre au creux de nous deux. Nos lèvres s’effleuraient sous la blessure étrange du temps. C’était une nuit lente, nos corps avaient su basculer dans l’ivresse de nos soupirs mêlés de larmes, et sous la grande voile d’un ciel indécis j’entendais déjà pleurer les roses, j’entendais leur vague murmure comme un orage au loin s’évanouissant. Je te voyais marcher pieds nus sur le sable, et le vent racolait les vagues pour effacer tes pas. La mer, l’assourdissante mer, mère de mes angoisses, rythme tant de chose, et je n’entends plus que ses sanglots, ta voix qui m’était si familière n’est plus que dans le fracas de son écume. Maintenant je vais seul là où tu t’es penchée. Ô comme les fleurs se fanent vite, toujours et chaque jour, mon amour.
  20. 6 points
    Dans les blessures spatiales de mon âme, Je cherche des résidus de ton prénom. Mais dans ton triste alphabet en ruine, Que reste-t-il si ce n'est une mangrove ? Ma langue lèche tes poèmes en friche ; Sur le rebord de tes derniers vers brisés Elle vient trébucher puis saigner Sous la croûte des nuits de silex. Tu me l'avais susurré sous les ombres. Dans mon souffle subsisterait notre horizon. Mais alors que vibre le chant tribal des jours, Je marche seul sur des matins fossilisés.
  21. 6 points
    Chanson Je me souviens Sous les pins D'un été Va-nu-pied Le bord de mer Tes yeux clairs Si coquins Rien que nous deux Nos aveux Et pour bagage amoureux Un pull, une culotte, et trois amandes. Au soir tombant Sur un banc Nos baisers S'empressaient De se vêtir Au zéphyr Du couchant Grains de bohème Nos je t'aime Nés d'un rose erraient à même Un pull, une culotte, et trois amandes. Un pull en guise de baluchon, Une culotte osant sous la treille, Trois amandes de pleine saison, Pour les cueilleurs fripons Qui suivent le soleil. Rien dans les poches Loin du coche Des touristes Qui s'enkystent Les pieds dans l'eau Sans maillot Sur la roche On pouvait voir Sans savoir Par le liseré du soir Un pull, une culotte, et trois amandes. Pour aguicher Oiseler Tes beaux seins Baladins Je pris ton corps Tes trésors Ton acmé Après l'amour Le décours Nous retrouvions au retour Un pull, une culotte, et trois amandes. Un pull pour te protéger du froid, Une culotte entre iode et maquis, Trois amandes mais de premier choix Qui ravissent les rois Aux confins du Midi. Ces aventures je vous jure Pour poètes Pas si bêtes A fleur d'étoile Vous dévoilent Les cœurs purs Plus libertaire Que sa mère Ma fille a pris ses affaires Un pull, une culotte, et trois amandes...
  22. 6 points
    Je revis de l'inflexible étendue du mur sans imaginer sa fin lorsque sa masse touchera l'air je m'abandonne à ce clivage en battements de bataille du mouvant et de l'implacable à demi écoulant dans le mur je m'attends à m'envelopper des battements cubique de son cœur j'essaye de toucher la fin du mur, comme le toucher de la fin de l'air je sens approcher dans ma réceptivité murale la tiédeur modelée qui me réveille
  23. 6 points
    Sur les chemins nouveaux où tu poses tes pieds, L'aube accomplira -t-elle ses promesses ? A peine entrevue le long de la rivière ? Que déjà, elle s'éclipse doucement Et te laisse seul, face à tes doutes Avec le souvenir de son passage éclair. Il n'est pas d'instants plus doux que ceux de l'espérance, La vie se pare alors de mille rayons d'or, Les horloges comprennent le battement des cœurs, En deçà des ornières, la vie s'invente sans limites, Alternant tour à tour l'ombre et la lumière, Et toi, tu es l'image de ce passant avide, Qui voudrait jusqu'au bout façonner ton destin !.
  24. 6 points
    Ah! qu'il est bon d'entendre rire Les verts feuillages des grands chênes, Petit bonheur qu'un vent décerne Dans l'ombre mâle où tout respire. Sourdine arpégée de senteurs, Les herbes gloussent sous la brise, Une pie prend sa friandise, Mon vers parle aux rayons moqueurs. Nonchalance d'un rêve épié, L'air bourdonne de rimes folles, L'appel des nids court la girolle, Le chat s'endort sous le figuier. Ah! qu'il est bon un temps d'écrire, Goûter ce cœur plaintif, à peine, Petit bonheur et gorgée pleine De longs baisers, de frais sourires... La rose tout en révérence Frémit au jeune papillon, Les gazouillis perdent raison, L'araignée tisse avec aisance. Mais qui va là derrière moi? Mon vieil ami est arrivé Comme une douce mélopée Qui vient se signer dans les bois. Son épouse lui fait écho, Souriante sous la ramée Avec des fraises et du café, Un mot gentil d'esprit nouveau... Ah! qu'il est bon, homme du pire, De croire à cette amitié reine, Petit bonheur tu te ramènes Et ce poème ose le dire!...
  25. 6 points
    Une robe noire une robe blanche mêlant leurs corolles glissent enlacées tendre barcarolle de leurs quatre hanches Vient former trio un vif regard sombre front et corps mouillés pleurant de moiteur s’invite dans l'ombre dans la nuit d été Les mains sous les plis, sur la peau les bouches rôdent en sursis nageant de désirs trois ventres se touchent tendus de plaisir Appelant une suite par la porte entrouverte un lit de soie verte des chairs affolées accueille les transes brûlées par la danse Les sens se libèrent en vol de dentelles trois corps se chevauchent danseur écuyères triangle isocèle ne sont plus qu'ébauche Un râle, un soupir, un gémissement coulent des trois gorges simultanément la pieuvre est vampire de leur volupté Deux pieds escaladent les robes tombées sans la moindre aubade elle va ouvrir la baie embuée d'un silence odorant
  26. 6 points
    De ne m’être affranchi d’une violence souterraine D’avoir tant piétiné mes désirs assassins D’avoir toujours marché à l’ombre de la haine D’avoir fait comme si de toi je ne craignais rien L’heure est venue enfin de lever mes paupières Sur les matins paisibles de ne plus étouffer Les idées de vengeance qui prennent la poussière Coincées au fond du cœur d’être trop fantasmées Alors J’irai après midi fouler entre les arbres Le sol du cimetière sous lequel tu sommeilles J’irai dormi dessus, sur ton cœur de marbre Dans la glace de l’hiver, brûlante sera ma veille Lové comme un vieux chat qui n’a jamais trahi La nourriture du maître fût elle empoisonnée Je gratterai la terre de mes ongles noircis Mon regard sur ta honte saura ma consoler Je M’endors Sur ta tombe Triste fantôme
  27. 6 points
    Doucement avant que déposer Un baiser de promesses feintes Sur tes lèvres épanouies et chasseuses, je voudrais être ailleurs que toi même, Embrigadé mes envies heureuses Dans la doctrine jalouse de tes larmes. Notre à corps perdus serait chair payée Si tes rires n’étaient ces battements d’elle Plus sensuels que la jouissance essoufflée. Alors seulement, l’amorce du geste vaincu, L’affrontement de nos caresses rebelles Tamisera le sel de nos peaux conjuguées. Notre chambre deviendra ainsi ce champ Où s’ensemencera en bouquets de demain Nos jours fusionnés et nos nuits libérées.
  28. 5 points
    Je, j'ai tant souffert je sais écrire l'horreur la décadence, les yeux verts et l'océan vengeur les questions que l'on se pose en voyant faner les roses je ne sais pas compter les vers je ne sais pas écrire je fais semblant j'écris tout simplement quand ma plume vomit passe ton chemin lecteur, mon ami je dois jouir de mon grain de folie ! Sans cesse mon regard plonge dans ces horizons sans fin, et ce mal qui me ronge, aux arômes de lointains, s'efface soudain au parfum d'un chemin, à l'âme d'une rose et au creux de ma main je balance ma prose. (J.E. Carnet de voyages – juin 2019) (photo personnelle)
  29. 5 points
    Bruissements d'elle Les oiseaux bleus de la cité Chaque jour lui font une fête Et se rassemblent à ses pieds. Il sort de sa poche des miettes. Puis il s'approche d'un vieux banc Devant une statue antique, Sorte de rendez-vous galant Entre deux amants trop pudiques. Depuis des années, il admire Cette Diane au regard de pierre Qui l'envoûte par son sourire Et la douceur de sa lumière. Il est assis et la convoite. Elle, naïvement se tient Debout sur un socle d'albâtre La main repliée sur un sein. Les oiseaux bleus de la cité Chaque jour lui font une fête Et de leurs folles envolées Réveillent des mots dans sa tête. Il leur raconte ses chagrins Qui lentement se font moins lourds Et dans un murmure incertain Leur souffle un mot de son amour. Les pigeons sont ses messagers Et s'en vont confier à la belle Tous ses mots tendres et secrets Juste en la frôlant de leurs ailes.
  30. 5 points
    Pour ma Muse, avec attention, Je compose à en perdre haleine, Petits rayons de ma passion, Pour son amitié souveraine. Je lui envoie ces petits cris, Gentiment les mets sous son aile, Je ne sais à quelle heure les lit, Je l'imagine, elle est si belle. Lisant mes vers quand vient la nuit, A l'heure de ses vols solitaires, Elle voit le cœur du tendre ami, Brûlant pour elle et ses mystères, Voici, une larme a perlé, Je vois son doigt faire une boucle, A ses fins cheveux libérés, Larme salée atteint la bouche, Alors son maintient elle reprend, Langue salée au loin l'emmène, Et sa lecture intensément, Depuis le début du poème. C'est un sourire, maintenant, Qui éclaire son regard de reine, Tandis qu'apparaissent ses dents, Éclairs fugaces ô je les aime. Elle rit un peu, encore ses dents... Ah! que j'aime être lu par Elle, Elle sait me lire si tendrement, Vêtue de ses seules dentelles.
  31. 5 points
    Aujourd’hui en chœur le doute Subsiste : Mégarde ou rupture, La cause n’est pas entendue. L’affaire agite, échauffe, incendie ; Le débat brouhaha fait feu De tout bois restant tout vert. Chacun tire sur le bout du sac, S’arc-boute sur la partie prise, Affiche cents savoirs sans saveur. Moi qui n’y étais pas, Je m’en vais rétablir l’effet Et demeurerai reporter de guère. Ça s’est passé comme ça : Distrait, il rate la sortie De son habitude autoroutière. Égaré sur un chemin d’inattention, Il s’enfonce dans une campagne d’effacement Au profond d’un territoire d’absorption. Il l’âmerit sur un champ aquoiboniste, Se retrouve encoquelicoté de toute part, Engourdi par les effluves d’abandon. L’une des fleurs, à la tige vigie, Déploie les jupons incarnats De sa corolle friponne et vénéneuse. Il cueille ce pavot d’amnésie Qui s’offre à lui en sacrifice Et respire son parfum d’oubli, Devient vierge de lui-même, Esprit neuf logé sans caution Dans un corps d’occasions perdues. Il redécouvre, gille, de ses mains Le pouvoir d’écarter les doigts, La simplicité du soleil sur sa peau. Il oublie que le ciel s’appelle le ciel, Oublie le son et le silence ; Il n’est plus prisonnier de l’horizon. Étourdi de cette brutale innocence, Il se relève et se révèle, Et épouse à vif l’immensité. Il mesure les tendresses apocryphes Du Mouvement, usurier rapace, Et de la Vitesse, sa femelle hystérique. Il laisse son cœur empreinter L’absence, et sur son dos de mule, Lui tatouer à l’encre de vide, Le dessein solaire de la lenteur, Cendrillon qui sous l’allure souillasse Camoufle une nymphe féale. Il apprivoise enfin l’audace De ne jamais rien recomposer Qui ne forma une bulle à souffler …
  32. 5 points
    Un dialogue en duo piano violoncelle grave sa dentelle de notes crescendo Monte des profondeurs sacrée par un chœur la lente musique d'une ligne acoustique Un tourbillon de points d'exclamation éclate vif incongru dans le silence survenu Subtile conclusion d'une double partition sur la portée nacrée d'un pavé éclairé
  33. 5 points
    Aimer encore Dès les premiers instants j'ai eu vent de son aile Dès le second émoi, poète elle m'a sacré Dès la blandice tierce, chantaient les tourterelles Dès mon âme enivrée vint le songe nacré. L'orage à ruisselé sur mon cuir de rebelle L'orage à la fenêtre un peu m'a intrigué L'orage fut intègre il grondait pour la belle L'orage à fait rimer un émoi endigué. Passé présent futur, parfois en moi se hèlent Passé le coup de vent les maux sont effacés Passées à d'autres chants les plumes se démêlent Passons aux vers luisants, le jour s'est affaissé. Tout est dans la façon, j'aime les demoiselles, Tout jour les adorant sans jamais les blesser Tout au bout de ce lai, cru mais ne voyant qu'elle Tout rimera si bien que peut-être un baiser... Refleurit le printemps propice aux hirondelles Refleurit mon bonheur par son aile frôlé Refleurit en riant ma joie sempiternelle Refleurit triomphant, l'Amour tendre et salé.
  34. 5 points
    Sans doute faut-il poursuivre sa route ne plus se retourner, accepter même ce que l'on redoute, et ne plus hésiter exister sans doute faut-il souvent sur un fil faire de l'équilibre au bord d'une falaise les chutes peuvent aller par mille quand les oiseaux se taisent. Sans doute faut-il dénouer ses regrets les jeter dans l'océan une fois pour toutes et poursuivre sa route vers d'autres joutes, le cœur léger … Soudain, un doute m'assaille. Pourquoi avoir appelé ce poème « sans doute » ? Je range mon crayon et mon carnet. On verra s'il tient la route demain. Cent doutes sera peut-être plus approprié. Et je poursuis la route du sel marin. (J.E. Carnet de voyages – juin 2019 -) (photo personnelle : le passage du Gois à marée haute, un endroit absolument magique.)
  35. 5 points
    Le poète perdu, Éperdu de tendresse, De sa plume menue Brise les forteresses Mais son cœur-porcelaine Peut aussi se briser, Au souffle de la haine, Des cruels préjugés. La lune le voit écrire, Confier au blanc papier, Ses rêves et ses délires. Souvent elle vient épier Son enfant solitaire, Qui sanglote dans la nuit. Ses rayons éphémères L’encouragent sans bruit. Les pages se noircissent, Il peine et se démène. Sur son coeur il se hisse, Enfin, brise ses chaînes. Dans la nuit ouatinée, Il se penche et s’épanche Sur sa feuille encore blanche Et écrit...libéré. S’écoule au papier En des vers ciselés, L’encre bleue délavée De son âme endeuillée. Alors, Il confie à ses lignes Les amours envolées, La vieillesse qui fait signe, Les nuages enneigés. Se devinent sous les mots, Des histoires de trottoirs Et des plaies coqu’licots Qui suintent le soir. Souvent, Le poète dépose Le parfum de ses larmes Et dépose les armes, Au jardin de sa prose.
  36. 5 points
    J'ai le cœur à marée basse les coquillages se cassent sous mes pieds, les traces de pas passent, s'effacent je t'ai tant aimé avec un nom qui me fait mal certains jours à force de fouler, nue, le sable nu sans souvenir de ta peau seulement ton sourire je t'ai tant aimé chemins d'ouest battus par le vent plus fort que nous, plus fort que tout, dénoue les mains brûlantes de sel et nous emporte vers nos ailleurs d'amants je n'ai plus peur l'océan est trop puissant les larmes sont bretonnes que suis-je venue poser ces rideaux de cretonne sur les fous de Bassan ? Ah, je suis folle tant j'aime l'océan. Je m'étais promis cette nuit dans le phare seule, un soir de tempête souviens-t'en mes promesses sont toujours dans ma tête je t'aime tant j'ai le cœur à marée haute dans cet univers déchaîné il me semble être la plus forte mais j'ai beau hurler ton nom, mon bien aimé, je sais que tu n'entends plus les mouettes, aux crêtes des vagues sans pitié, les mots s'en vont, arrachés. Tant pis, je t'aime entendras-tu mon chuchotement ? Je crois l'avoir enfoui au fond d'un coquillage le trouveras-tu ? Je m'en retourne sur les chemins du sud aux galets douloureux le mistral n'est pas aussi rude même s'il se fâche. J'ai le cœur fou, amarré, sans port d'attache. je ne suis ni phare, ni bouée, mais je t'aime éperdument. (J.E. Carnet de voyage – juin 2019) (photo personnelle)
  37. 5 points
    En moi tu n'as vu que la mère dévouée et tu m'as perdue
  38. 5 points
    Ah ! Qu’ai-je donc bu à votre sein flatteur Quand mes songes gravissaient votre beauté, A ce temps qui s’enfuyait toujours moqueur, Où sous vos mains, de lui, je m’étais évadé. Vous vous attardiez languissante et belle, Maladroite mais délicieuse à la fois, Repoussant l’instant, ce murmure du ciel, Pour qu’ensemble nous franchissions le pas. Ah ! qu’ai-je donc pris de vos soupirs attardés Quand j’allais aux géométries mouvantes, Allant inspiré, englouti, mais aimé, Je venais mourir, vous vous faisiez mendiante. J’avais entrevu, notre couche, nos désirs, La pénombre s’était faite clandestine, D’aveugles fenêtres s’ennuyaient à mourir Inventant alors quelque ombre divine, Puis, aux délices, s’enchainaient vos plaintes, Je voyais les douleurs d’un désir pesant, Ce divin étrange, bâillonnant vos craintes, Celles de n’être plus un jour votre amant. Votre corps fut infiniment évanoui A l’ébauche d’un silence déchiré, Je ne voyais plus qu’un seul paradis, Celui du vertige de votre nudité.
  39. 5 points
    Je vous ai si longtemps attendus Je croyais vous avoir perdus Mais je guette, je scrute, ce matin, La foule indifférente dans le brouhaha citadin Elle qui va toujours de la même manière, Je veux y distinguer vos silhouettes familières. Voilà, je reconnais vos mouvements dansants, Souples, semblables et différents. Elle, menue, petite et toi si grand, Un peu plus près, des couleurs, vos vêtements, Plus proches encore, vos sourires, vos yeux rieurs, Vos voix aimantes qui dissipent mes peurs. Impatiente, je ne retiens plus mon élan. J’accours. Vos bras s’ouvrent. Ce geste doux et lent Forme une étreinte au parfum connu. Ici, nos cœurs sont à nu, Tout s’efface : le soleil, la pluie les passants et le bruit, Seule demeure la promesse du bonheur dans nos souffles unis.
  40. 5 points
    La porte embuée s'entrouvre en catimini sur la douceur de la cuisine Une odeur de pain d'épice deux carrés de chocolat posés sur la table Et l'enfance revient tendrement installée intacte dans notre mémoire Inoubliables "quatre heures"...
  41. 5 points
    Des heures stromboliennes ont lentement dévoré l’apathie diurne, ont glissé, paupières mi-closes, sur la pente interminable de l’horloge impassible. Le rouge, tout à l’heure flamboyant, s’avance sous les embruns chlorophylliens de la tonnelle où sourit l’instant de courtiser une menthe fraîche infusée dans le parfum des îles qui bourlingue sous une banquise solide. Jadis impérial et inquisiteur il se grise de vert en vert, s’ourle de taciturnes somnolences qui achèvent la mémoire sous une marée d’abord cuivrée puis maculée d’immenses plaques de nuit.
  42. 5 points
    Tango Un Musique virgule Musique bandonéon Ma main sur ton épaule posée Orpheline du vertige de ton dos Deux Deux regards en coups de fouet Ta gorge de lumière satinée Lèvres couleur assassinée Odeurs de musc de ton centre irradié Trois La vida es una milonga Pleure ton rimmel Pleure Carlos Gardel Pleure les amours chiennes Quatre Hanche et cambrure roseau Violoncelle corbeau Carré déboîté, ronces de surot Cuisses et dentelles de feu manchot Tango J’ai usé la cabeceo à brûler mes chances Elles ont toutes leurs têtes tourné Toi seule as soutenu mon regard Quand mon sourire t’a dénudée Uno Cage thoracique de papier Éventail d’espoirs gonflés Ta cuisse sur mon ventre frôlé L’orgie de mon envie comprimée Dos Ojos tristes adios marineros Ton souffle parfum de rose Sur mon cou veine gonflée d’Éros L’ortie d’une caresse de gringos Tres Tu danses comme tu fais l’amour Tu fais l’amour à contretemps La salida n’est pas un recours Quand ma bouche ta chair met à sang Cuatro Un doigt de résille, une larme de porto Un sourire limpide, une morsure inachevée Sur un solo de néon Ta robe sur mon ventre est tombée Tango Est un amour promesse qui se danse Un corps désiré qui se pense L’indécis de deux cœurs baroques Ganchos de réciproque
  43. 5 points
    Te souviens-tu quand ton père t’a appris à monter à bicyclette, ou à manœuvrer le levier de vitesse dans sa traction ? Te souviens-tu qu’il t’a appris à lire, à faire des nœuds, à peler un hérisson, à tirer au fusil, à changer des pneus ou du bout des doigts éteindre une bougie ? Te souviens-tu qu’il t’amenait toute l’année à la piscine au lieu d’aller à la cantine ? Qu’il te parlait des filles et jamais de ses soucis qu’il t’achetait des billes, des livres à moitié prix ? Et du jour où il mourut modestement dans son lit et du long bouche-à-bouche de la dernière chance, qui ne l’a jamais remis en vie, t’en souviens-tu ?
  44. 5 points
    Ego en décomposition Ephémère fusion Libération ! Tango avec la mort Valse avec la vie Des corps suspendus Dans un néant habité Des êtres entiers ! Dans les pages du vent Dans les parchemins de la terre Les vielles âmes dessinent Des chemins-veines Dans l’éternelle densité La solitude instille son inquiétude Timide lumière Sur un nouveau liquide Dans le vase de l’aurore Le temps se verse Etrange consistance De l’aérien liquide Guérison des blessures Accouchement d’âmes nouvelles
  45. 4 points
    Il y a parfois dans les ténèbres Des lueurs beaucoup plus claires Que dans tout un ciel azuré Et il faut alors y entrer Pour en comprendre les mystères. Pour te plaire j’étais résolue À traverser tous les enfers Pour cueillir les fleurs de ton âme J’aurais marché sur les flammes Pour trouver notre amour perdu. J’ai dû m’aventurer si loin En croyant trouver des douceurs Parmi des amours défendus Que j’ai souhaité mourir demain… Pour oublier les enchanteurs. C’est dans des fonds impénétrables Que j’ai plongé avidement Vaincu mes peurs et mes tourments Et contemplé la beauté nue Des sentiments durs, incroyables. Malgré les vents et les orages Ils étaient restés accrochés Comme des méduses à un rocher Et renvoyait une lumière douce Sur mon front et sur mon visage. J’ai cherché sur d’autres rivages Les raisons de mes tentations Mais alors au bord du naufrage Je m’entendis crier ton nom Et me réveillais près de Toi. Quand je n’attendais que le pire A bout de souffle et épuisée Comme dérivant dans un navire Le cœur meurtri et chaviré C’est toi qui m’offris le meilleur.
  46. 4 points
    Petit exercice de style avec ce poème hyper réaliste auquel je ne suis pas forcément habitué. Entre poème et chanson… Pour finir mon service, je suis resté là-bas ; Là-bas où il n’y a rien qu’une armée en déroute. Je m’suis dit : « Tu es fou, n’y va pas ce week-end, Ta mère se meurt tu sais, ils pourront bien attendre ! » J’y suis allé quand même car je n’y croyais pas, Là-bas où tout est mort, où mon cœur s’est éteint. J’ai couru le matin dans le froid et la neige ; Je m’suis dit : « Dans deux jours, j’irai revoir ma mère ! » Le matin est passé, nuageux et glacial, Dans la pluie et le vent je me suis préparé. Après m’être douché, je me suis rhabillé, Puis j’ai marché tout seul jusqu’à mon bâtiment. Les autres m’attendaient, alignés en silence, Evitant mon regard, mais je ne comprenais pas. L’adjudant est venu, le visage fermé, Vers moi s’est adressé, m’a dit : « Le Colonel… » J’ai aussitôt compris de quoi il s’agissait. Devant le Colonel j’ai pleuré corps et âme. Ca n’en finissait plus, le visage à deux mains, Déversant mes sanglots pendant une heure durant. J’ai dit au-revoir aux autres, en laissant quelque chose. Quelque chose derrière moi, que je ne puis nommer. Mon paquetage sur le dos, j’ai rebroussé chemin, En sachant qu’aujourd’hui, j’irai revoir ma mère. J’ai longtemps regretté d’être parti ainsi, Laissant mourir ma mère aux côtés de mon père, Sans être là pour elle, la serrer dans mes bras, J’en t’en supplie maman, surtout ne m’en veux pas.
  47. 4 points
    Cascade de verre, ailerons tranchants Scalaires languissants tombés dans ma tête Fracas silencieux qui tranche les chants Le destin jaloux me fit cette fête. Je cueille un à un ces bris miroitants Songeant au reflet, d'une fée, en miettes. Le temps à l'arrêt sent un cœur ardent Lui tordre le bras jusqu'aux oubliettes. Le miroir profond renaît frémissant En réfléchissant lobes et fossettes Je contemple l'être où vont mes serments. Encore éloignée Muse du poète Je me vois sourire près d'elle céans Ô cœur éperdu ! j'étais dans sa tête.
  48. 4 points
    Rien ne s’oublie – c’est incrusté sous la peau Les habitudes des mouvements Les pas craquent sous le poids lent de l’absence s’écoule le silence Il faut apprendre à dormir dans les courants d’air dans l’isolement – sans la bûche près du feu La main s’est échappée – c’est la voix dans le couloir de nuit sombre Les yeux ne se ferment plus le clocher sonne la fuite des odeurs - des heures aussi Il y a des nuits - c’est la natte du temps tissé S’instaure une relation étrange avec le vent que l’on attrape du bras On le blottit là où les reins craignent le vide On s’appuie dessus pour croire en la peau C’est une descente lente dans le corps le sucre des mots jamais entendus - jamais savouré Si tu n’ouvres pas les yeux tu peux y croire c’est chaud, c’est mou mort à la fois - un corps en sommeil Celui que l’on pose tout contre les reins époux de tes formes dans le lit il prend le cou – t’emporte
  49. 4 points
    Elle court sur les firmaments des contes d’un soir. Des patenôtres fanées glissent des lèvres gercées, silencieuses suppliques vers un Empyrée intangible. Sur une peau asséchée par des caresses faméliques, seules restent les cicatrices telles des fictions tatouées. Ses larmes suintent sur les arêtes d’un cœur fossilisé. Dans les langueurs mélancoliques dégoulinant sur la nuit, elle gratte longuement les strates de ses sentiments révélant les sombres crevasses trépassées des courtisans, les lentes érosions charnelles des amours fugitifs frelatés. Dans les arrière-cours des vieilles putains estropiées, les chairs nues croupissent dans des vertiges partagés. Des bouches en escapade s’égarent dans l’aphasie. Mais allongée sur un matelas miteux, elle ne sait plus. Juste courir sur les firmaments des contes d’un soir.
  50. 4 points
    Elle rêve d'un sourire qui flotte comme un drapeau le long des cordillères au sommet des collines, des montagnes dans le lit d'une rivière le bouillon furieux de l'Atlantique sur tes lèvres qu'elle a peinte d'un timide baiser et dans son cœur thébaïde où poussent pêle-mêle quelques plants de soucis des lianes et des fougères sur une plage de galets on la nomme Utopie quand elle ramasse par terre les débris d'un monde triste pour en faire une fresque de toutes les couleurs dans le corps des oiseaux petits bouts de plastique coton-tige et bouchons lestent leurs pauvres ailes pour leur dernier envol ils chient sur les passants c'est la dernière baleine ou peut-être la première elle chante dans le vide sa lente mélopée et elle sera l'unique sur ma peau tatouée.

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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