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Affichage du contenu avec la meilleure réputation depuis le 16/11/2018 dans toutes les zones

  1. 12 points
    Ôte tes souliers. Que tes pieds de mie s’enfouissent à demi, dans l’humus caressant, Accablée par le poison des âmes bannies d’amour, Épuisée de te contorsionner, Enrobe-toi. La lumière flamboyante de chaque feuille agonisante est la traîne de tes noces. Désabusée de n’être pas, enfant damnée, Tu te pares. Que le lierre immortel soit la couronne éternelle de ton union. Cloue la porte de cette bâtisse surannée, petite pâte à te modeler, Parfume-toi de sa légèreté ineffable. C’est la forêt. Pars. Toi, Ce soir, tu te maries avec le hêtre et tes racines transcendent la voûte, Là. Tu es une.
  2. 9 points
    Au bazar j'ai cherché le soleil dans tous les rayons j'ai mis longtemps à le trouver il s'était éparpillé en flaques jaunes entre de gros nuages noirs des éclairs vanille et du tonnerre mauve c'est pour offrir demande la vendeuse voulez-vous un paquet cadeau non c'est pour moi pour qu'il me tienne chaud éclaire mon vestibule mon poisson rouge mes bleus et sèche mes pluies je regarde le prix c'est pas donné ne vous emballez pas au rayon des soldes vous avez la lune ou ce petit nuage rose si vous voulez. Non, décidément, je vais prendre le soleil tant pis pour mes économies le soleil a partout le même prix,au bazar,à Barbès,à Babarzèsou à Bazarbès. (J.E.Nov.2018))
  3. 8 points
    j’écris sur le bord d'un rêve fragile sans immunité poétique juste une ombre brûlée crie lorsqu'un homme passe à travers ma main étrangère. j'ai encore sur l’épaule un poème avec l'ascendant en homme quelqu'un m'ouvre une porte au milieu et je vois notre hôtel où on faisait trafic de printemps en divisant des morceaux d’âme.
  4. 8 points
    Entrevoir « Dit le vrai qui dit l’ombre » Paul Celan Le dicible emboîte des cubes de murs Gigognes hautes aux formes élancées Pavoisant de ses flèches l’azur, Invitant les laudes à éveiller Ce qui dort encore, arrimé au corps Depuis la nuit des temps, et bien avant Que tu naisses et que je renaisse, or Les ténèbres enveloppent toujours le mourant. L’indicible est-il pour autant moins visible Est-il seulement le pendant inexpliqué De l’inexplicable ou est-il l’alter ego sensible Cet autre toi qui pourrait être moi, ce henné Parfumé d’inavouables et teinté d’évidences Ce manteau qui dissimulerait l’infécond Mais qui cependant, aiderait à décrypter le silence Halo ténu, transept figé, à la croisée des sons. Le dicible - stèle céruléenne immatérielle - Manque d’ailes et se lit dans des pages absentes Aux froissements inaudibles, à l’écho de dentelle, Les plus heureuses jamais écrites à l’argile des sentes, Lapis-lazuli de la mémoire, bijou d’humanité Fleurs de tamaris, insignifiants soleils rose Osant dire et redire à nos yeux dessillés, Que le cœur est l’ombre de nos ecchymoses !
  5. 8 points
    La rage sans couleur Le cou coupé Marche encore Dans le noir Sous la lumière des découpes franches Pas de quartiers Tous ennemis ! Quelle tranche avance sans les mains Bascule la barricade Force à briser l'espoir ? Transporte ton nom dans la flamme Pour qu'advienne Enfin Une explosion C'est donc cela que tu cherchais Frère ? D'où vient cette source amère Dont le nom est introuvable ? Si l'écorce gît à tes pieds tremblants Tu as manqué ta cible La Terre mérite un combat Et ce n'est pas le tien Sous tes coupures ronge l'aventure L'annonce faite aux braves l'entendras-tu ? La raison vit dans l'ombre des cercueils disparus L'orage monte en acier les portes d'un ennui existentiel Car tu aspires à ressembler à ceux qui te punissent Incroyable ironie bourgeoise Ne calme pas ta colère Donne-la en pâture à la vie Où la haine te tueras
  6. 7 points
    Je m’en retournerai à la source de l’absence A cette horloge remontant aux premières heures A ces regards au terme de ma douce errance Ou s’inventaient d’étranges matins de pales lueurs Je m’en retournerai à ces choses sans nom A cet hiver revenu et tant rajeuni Qu’il me bercera doucement plein d’abandon Sous ces ciels si douloureux et si désunis Je m’en retournerai à cette fenêtre Où dans la clarté du jour respirer suffit Et en moi-même enfin un peu renaître De mes cendres qu’un ciel revenu me confie Sous de doux accords aux musiques étranges J’ouvrirai mes yeux las de trop de pénombre Et je chercherai ton baiser sous la fange À l’envol léger de nos dernières ombres
  7. 7 points
    Je réintègre mon nid, à grands coups d'ailes. Regard immédiat sur mes poètes j'ai toujours peur qu'ils soient partis en mon absence. La guitare, pas rancunière, sourit, malgré son ankylose, la fenêtre entrouverte, les murs dépouillés les toiles éparpillées, les tubes de peinture fatigués d'attendre se sont disputés avec les pinceaux. J'aime ces désordres. Et ce chat qui m'a adoptée qui dort sur le sofa joue du vibrato aussitôt je pose mon cœur entre ses pelotes il ne le griffera pas. Je fais le tour de mon sept pièces de quelques mètres carrés pour me retrouver. Tout va. Tout vit. … instruments divers … exutoires … L'heure bénie est arrivée je me débranche. J'entre dans le silence. Et sous le pont Mirabeau, je vois passer le bateau ivre, avec Apollinaire et Rimbaud, et mon rêve familier, celui de Baudelaire, ces fleurs du mal, si chauds pour l'hiver,Verlaine. La légende des siècles et puis des rayons et des ombres du lourd, du léger, de l'oriental, de belles envolées du seul qui fut vieillard. Et ce chat, qui a gardé mon cœur au chaud dort d'un œil son ronron fait le même bruit que la plume sur le papier par moments, je sais qu'il me lit et me fait un clin d’œil il aime bien ce que j'écris et demain, à l'heure des croquettes, tandis que lui aura dormi et moi … écrit … il sera mon réveil. (J.E. Nov.2018)
  8. 7 points
    Non les portes ne seront plus ouvertes La folie traversera les rues dans son habit de vieille Les cœurs oublieront l'unisson des marées Le pavé sous la pluie ne servira plus jamais Dans les jeux du poète Au poing au poing il saignera sans fin On cachera l'enfant au fond de nos entrailles Pour une vague impatiente qui secouera ses mains Blessés Âmes mortes Métal nu Feuilles égarées Roues libérées du temps Montée imaginaire vers quel argent Allumeront les parquets divins D'un Olympe déserté On avancera en cohortes bancales Jusqu'au fond des précipices L'alcool jouera ses derniers accords blêmes Dans l'esprit des violons L'espoir ne sera plus jamais vendu Aux commerces des croyants L'allumeur de cigares se passera de tout De l'amour même Puisqu'il le faudra bien Défaire les nœuds pourquoi ? Le froid qui suit n'encaisse pas les coups Plus aucun animal n'ira vers nos caresses Les montagnes tomberont en pluie Sans l'escorte des marcheurs Et à l'ombre de quoi sauverons-nous Dernières peaux humaines Que la Terre éjecte de ses fibres ? La lune coulée lente Fendra l'espace d'un dernier cri éteint L'avion rêveur planera en longs tourbillons fins Au-dessus des cascades Puisqu'il est lancé ! Il faut bien qu'il finisse comme pierre au soldat Qu'avons-nous dit ? Qu'avons-nous fait ? N'avons-nous jamais levé cette pierre Qui assomme notre vue ? Dernière prière
  9. 7 points
    Une jolie fillette au regard malicieux Adorait un nounours qui la couvait des yeux. Elle le dorlotait comme un petit enfant, Lui, la réconfortait quand venait le couchant. Ils s'aimaient. Tous les jours, c'était touchant à voir Deux êtres pelucheux se serrant dans le noir. Ils se parlaient gaiement, chuchotaient des secrets, La maîtresse expliquait, parfois même grondait Lorsque son élève faisait la sourde oreille... -"Bon, tu seras privé de gelée de groseilles!... Disait-elle. Ils formaient un duo si charmant! Nous étions fascinés, nous les autres, les grands. Ce familier théâtre expulsait nos soucis, Transformait la maison en un kiosque à grigri. Devant ce doux manège au milieu du salon, Nous nous interdisions l'âcre télévision, L'ogre écran monstrueux dévoreur de comptines Qui dit toujours des "chut" lorsque saute une mine... Quel bonheur! Ils s'embrassaient sous chaque nuage, Si le ciel était bleu, ils partaient en voyage, Pas un frisson d'amour ne manquait à l'appel, Ils ne se quittaient plus et partageaient leur miel. Ainsi passaient les jours loin des graves tourments Et cette poésie comblait les grands-parents. Même monsieur Hugo cognait à notre vitre, Le coeur en mercredi voulant faire le pitre. On riait. Les corps fatigués prenaient des ailes, Oubliaient un instant les symptômes cruels, Le verdict du grand âge et son cortège odieux Quand les médicaments sont à la queue-leu-leu. Papy souffrait d'un mal plus taiseux qu'un mystère. Plus proche de l'enfant qui nimbait la grand-mère, Elle était son rayon, son jardin, sa fontaine, Sa simple apparition guérissait ses migraines, Effaçait la douleur sur son ardoise noire. Du coup, la maladie se cachait dans l'armoire, Demeurait quelque temps parmi les lourds dossiers Mais tout en conservant précieusement la clef. Il partit. Ce fut un drame pour la fillette. Celui qui faisait rire avec une allumette, Ce conteur magicien, ce savant jardinier, Là-haut au Paradis taillait déjà les haies. Vivre sans le grand-père ancrait l'inconcevable. Elle avait son nounours toujours aussi aimable. Témoin de la tristesse et des pleurs de mamie, Émue par le chagrin et l'amour d'une vie, Le deuil, la solitude et les vêtements noirs, L'enfant eût cette idée pour vaincre un désespoir: -Mamie, ne t'en fais pas, à partir d'aujourd'hui, Je te donne nounours pour remplacer papy!..."
  10. 6 points
    Mes mots Papiers de soie discrets A peine déposés sur le temps qui s’efface Modèlent Malgré le vieux manteau Que la peur de l’hiver tricote chaque soir Mes aubes d’aventure Que le vent d’avenir transporte à bout de souffle Leurs mots Enveloppes sordides Doctement cachetées par l’occulte savoir Mutilent D’un cri du vocable A l’échafaud du ton qui se gonfle et s’abat Les racines d’espoir Que l’écorce linguale emprisonne et torture Mes phrases Echeveaux solitaires Au rouet chimérique de mon utopie Séparent Malgré le quotidien Les sourires médiatiques et le carcan moral Les fibres d’anarchie Que l’amour retrouvé tissera de son chant Leurs phrases Absurdes carapaces Au séculaire dessein des avenirs abscons Enserrent De guillemets d’acier Parenthèses rigides aux discours des notables Les mailles du pouvoir Que le profit fielleux enrobe de mépris Mes pages Vertigineuses plaintes Lâchement chuchotées aux oreilles du clan Pâlissent Malgré le bleu du ciel Le rouge dans tes mots et le vert dans tes yeux Au monde qui rugit Dans la haine et la peur l’horreur et la folie
  11. 6 points
    La Nuit noire de l’âme La mer est d'encre et de béances Ma bouche s'ensanglante Et le cœur lacéré Je tiens la barre de toutes mes forces Pour traverser la nuit Le désespoir en guise de boussole On peut hurler de peur et de chagrin Tant que la nuit nous tient Personne ne saura la blessure La brûlure, le poignard souverain La honte et la terreur Mon amour est venu à la petite lucarne La nuit était si noire Je n'ai pas reconnu son pas Ni sa voix, sa tendresse de loup Les fantômes ricanent dans la ruelle Nous arrachent le cœur
  12. 6 points
    Nous avons voyagé dans tous les lits du monde, Avec la nonchalance des éternels amants, Nous avons sans regret arrêté les horloges Vivant au jour le jour des instants sans retour Et la barque profonde où nous étions rivés, A essuyé aussi d'effroyables tempêtes, Dans la chaleur des nuits où l'esprit de bohême Parfume l'air ambiant, Nous avons soupiré sur les heures envolées, Puis la barque a plongé dans des eaux déchaînées, Les yeux remplis d'écume, les mains vides, le cœur lourd, Nous avons écourté ce voyage insensé Et des années plus tard, l'aube s'est enfin levée.
  13. 6 points
    Le goût des cerises s'est perdu dans des effluves de brume au portail de lumières. Il carillonne sur l'air du temps. Il a plu des chimères accrochées aux ronciers aux crépuscules de tes yeux. J'ai dénoué les rubans d'un cadeau d'opale et de cheveux emmêlés. La musique résonne au fond du puits mais garde prisonnière la vérité. Images de synthèse, à force d'hypothèses, nous nous sommes perdus dans le dédale des couloirs livides où l'hiver s'est engouffré sans un mot. Enfin, le dictame de la nuit balaye tes angoisses et ranime un sourire timide sur ta bouche violette qui n'ose plus hurler. La montagne s'effondre, le ciel dégouline le long de ton cou. Ouverts ou fermés, ces yeux-là voyagent au-delà des marées. La femme est morte, la fillette si fluette n'est plus qu'un squelette et comment répondre à l'immense détresse qui plane soudain … peut-être seulement par un grand silence ? Tandis que tu t'endors, la main crispée sur le duvet-doudou-placebo de ton enfance bafouée, je cherche éperdument les mots pour t'accueillir demain au réveil. Il me faut retrouver ce goût de cerises et le mettre sur tes lèvres. J'ai une nuit pour ça. (J.E. Nov.2018)
  14. 6 points
    Le soleil se couche l'étourneau rejoint ses semblables pour rentrer au dortoir. Ils sont des milliers leur vol est gigantesque ils dansent un ballet homogène de bâbord à tribord et chaque oiseau est indépendant. Je voudrais mourir sur une de leurs ailes, n'importe laquelle, sans bruit, au beau milieu du ciel pourvu qu'on ne m'enterre pas et laisser retomber en un dernier battement d'ailes tous mes poèmes sur la terre L'étourneau n'est jamais seul. (J.E. Nov.2018) * Il faut absolument avoir vu un vol d'étourneaux pour comprendre au mieux ! *
  15. 6 points
    Renverser la table ne sert à rien le ciel n'en est pas proche pour autant et je repars me mordre les doigts en leur lieu de naissance les lumières rouges vertes et jaunes les volets clos de l'espérance je marche, je marche les sonnettes luisent tel un navire dans une flaque d'eau pour ne jamais se poser sur terre au loin le sifflement de l'autoroute j'entends qu'il pleut pleure la pluie au bout de mes pieds C'est déjà mort le nom sur les plaques d'égouts et lacent mes chevilles par trop de jours je n'aime pas le vent et les roseaux j'aime la nuit les banderoles qui me suivent le silence de la rue de l'Hermitage de la rue Berthier qui l'embrasse les vélos attachés aux panneaux interdits les selles encore chaudes c'est le ballet des béquilles le long du parc elles s'arriment la nuit reines le long des trottoirs Voilà quelques images murmurées lors de mon périple au travers des fenêtres nous sommes dans la solitude je voulais être animal dans la nuit sans lune promenant mon silence, évitant la voie ferrée juchée sur des talons aiguilles ce fut mon erreur les arbres me regardent un chien promène son maître ou l'inverse qui renifle dans mon dos et la mouche se hâte au cul d'un camion ce soir j'ai regardé le temps qui palpite il y a trop de monde quand je lève les yeux
  16. 5 points
    écoute le chant dépoli de la pierre gisant au creux d'un tourbillon dans l'or du cyclone l’œil du paon tournoie le sang du désordre embrase les futaies écoute la langue du cerf saturant le fouillis minéral écoute les mots d'un souffle infime effleurer la grâce
  17. 5 points
    Je vous laisse le bruit Des moteurs endiablés, Le stress et la furie Des piétons du quartier. Je vous laisse les cris Des supporters zélés, L'affreuse sonnerie Du portable à côté. Je vous laisse l'ennui Des marteaux du chantier, L'alarme de l'Audi Que je viens d'effleurer. Moi j'écoute les cloches, Les cloches au vent léger, Je rêve de bamboche, Le soir avec les bergers; Moi j'écoute les cloches, Les yeux perdus dans le ciel, Je n'entends plus Folcoche Mais les anges de Noël. Je vous laisse l'enfer, Le tumulte angoissant, Le vacarme et le fer Des usines à cran. Je vous laisse vos nerfs, Vos freins abrutissants, Les insultes dans l'air, Les ragots dégoûtants. Je vous laisse l'envers De ce tapage ambiant, Les LOL, les MDR, Les tubes du moment. Moi j'écoute les cloches, Les cloches au vent léger, La fête qui approche, L'arrivée d'un nouveau-né; Moi j'écoute les cloches, C'est l'heure où dans la forêt, La nuit vide ses poches Au voyageur égaré. Moi j'écoute les cloches, Et si j'entends le tocsin, Le glas des doubles croches, Je me ferai sacristain.
  18. 5 points
    Sur la courbe brumeuse d’un horizon sans fin Je te reverrai venir quand tombent les hivers, De mélancoliques ciels avec de vils refrains Cherchant asile en de frileuses lumières, Et l’ombre courbée au manteau de givre, Les lueurs angoissantes d’un jour qui finit Dans un cœur triste qui n’est plus ivre, N’auront plus le visage glacé de la nuit. Nous en reviendrons de ces années mortes Quand juillet faisait tinter ses cuivres Et qu’un printemps déjà entrouvrait la porte Aux mains ridées d’un amour qui voulait vivre. Nous en reviendrons de ces soirs indécis Qui chancelaient dans nos yeux de bohème, Ces fleurs écorchées dont les larmes n’ont rien dit Et qui dessinaient des mots comme des je t’aime. Vois les sanglots qu’égrènent les saisons mortes, Entends chanter la pluie dans nos gris horizons, Vois ce feuillage qu’un vent pressé emporte Comme nos regards, là-bas, vers nos guérisons. Nous en reviendrons de nos silence profonds, De nos souffles éteints sous l’horrible fange Ce cloître infernal qu’enchaînent nos haillons, Nous en reviendrons de nos nuits étranges.
  19. 5 points
    En ballade de nuit près du chemin de fer, A la gare, j'ai vu une pie sotte hier. Il est des pies loties à meilleures enseignes Que celle dont on parle dans cette rengaine. Car la pie est à terre, dehors la pie quête, Elle n'a pas de logis, est sans argent c'est bête. Il se fait que la pie sans lit parle à Racine Dans les chants qu'elle écrit, chante d'une voix fine. Un jour, je luis dis : Hé ! Tu sais, la pie faut mettre Tous tes vers dans un sac, tu vas être vedette. A cet instant je vis la pie hocher la tête. Enfin, la pie t'y es se dit la pauvre bête. Le pie est repérée et l'hippie pie pourra, Après quelques leçons monter au Nirvana. Alors la pie s'y colle et puis la pie étonne, Au top de la chanson, toujours elle cartonne. Quelques bides parfois, c'est normal, c'est la vie Mais elle le prend bien car la pie rate, rit. Fugueuse la pie est montée en Italie, Elle s'y fit un nom, y est la pie Lorie...
  20. 5 points
    Je suis à toi gitan Offerte à tes rasoirs, Ce danger est si grand Qu'il me pénètre à froid, Et de tout mon fourreau, Je languis dans le noir, L'envol des longs couteaux, Les joutes de l'effroi. Les mains liées aux fièvres, Elle est chaude ta cible... Je mordille mes lèvres, Un projo sur les cuisses, Quand troublante, excitée, En un jet indicible, Ta lame vient frôler Mes sens et mes délices... Mes délices... Viens jouer la foudre, plante-moi du tonnerre! Tes couteaux par à-coup acculés à ma couche, Ta lame est bien trempée et je mouille aux enfers, Vas-y, vise-moi bien et que la mort me touche. J'aime sentir l'éclat Assassin et salace D'une lame qui passe À mon souffle torride. L'éclair d'un dieu Incas Me foudroie et m'empale, M'accueillant plus fatale, Orgasme et homicide. La peur prend une odeur, Mes seins damnent des pieux, Le public joue son coeur À la roulette russe, Aiguisant le silence, Toi tu bandes tes yeux, J'attends avec démence Tes poignards sans prépuce. Tel est notre dessein À lécher la torture, Crible-moi dans les reins, Continue tes sévices, Voici ton coutelas Et bientôt l'éraflure, Tu me dis: "goûte-la "!... Affûtons nos délices... Nos délices... Toi mon bourreau charmant, tu fais gémir les pointes, Tes lames envoûtées n'obéissent qu'aux rêves, Elles évitent mon corps, se plantent dans mes plaintes, Mon plaisir en est là, c'est lui seul qui m'achève. Ce numéro d'amour Fait fureur dans les salles, Des gens étaient tout pâles Entre passion et blâme. D'autres suivent le tour Aux saignées de mes fleurs Pour voir ce qui m'effleure, Si mon diable a de l'âme... À me trancher le cou, À m'aimer coup sur coup !....
  21. 5 points
    Cherche sextant ! « Des jours entiers passaient, et plus tard leurs années, alors que je ne pensais qu’à son obscurité, à la dérive comme un pont contre le ciel. » Franck O’Hara Elle marche d’une allure insignifiante Il avance de manière plutôt lasse Il tangue comme un navire désamarré Pour elle le port n’a plus de quai Ni de bastingage au bateau qui part Sa vie ressemble à l’opacité brumeuse D’un horizon qui se confond avec le large Les mouettes ne chantent plus Elles errent anonymes quelque part. Ils songent à faire « the buckest list *», Mascara et gloss aux sentiments dessoudés Eux les désaccouplés de désamour Elle au nord, lui à l’ouest Leurs lignes de vie cabossées s’éloignent Ils recherchent la nuit une étoile Qui les conduira, qui sait, vers une lueur Rafraîchissante à l’aube des matins clairs Au parfum de jasmin enluminé d’or Visages ensoleillés au firmament nocturne Regards apparents tamisés de regrets Iris colorés aux accents d’espoirs Les mains s’agitent s’affolent se taisent Le cœur ne sait comment faire Trouver une sortie une porte entrebâillée Une main courante invisible Un fil d’Ariane solide Une bouée, que sais-je, mais faire renaître l’amour ! Repartir vers des nords improbables Vers l’ouest des reconquêtes Mais partir tous les deux comme avant Comme avant que cela ne cesse Comme avant de se connaître De se reconnaître même, ta peau ton parfum Sentir ta présence m’enfiévrer à nouveau Ton ventre soupirer ta bouche s’offrir Mes mains ne savoir où aller… Finalement, oui finalement, en attendant Je batifole et chante ton prénom, comme un viatique Et je respire intensément tes silences de vie ! * On évoque parfois, entre amis, la liste des choses que l’on aimerait faire avant de quitter ce monde. Cette liste est communément appelée «The Bucket List», en référence au film du même nom qui met en scène deux hommes (joués par Jack Nicholson et Morgan Freeman) qui se retrouvent à partager une même chambre d’hôpital. Ils n’ont plus que six mois à vivre. L’un d’eux établit une liste de ce qu’il aimerait faire avant de mourir et l’autre, richissime, décide d’exaucer ses rêves.
  22. 5 points
    Rocs noirs Vous les charbonniers Issus du monde sous-marin Stalagmites géantes Déchirant le lin de mer Aux fils d’écumes capricieux Vous tentez vainement de les renouer. Blocs noirs zébrés de morsures Aux branchies inutiles Mollusques pétrifiés Aux caractères bien trempés Opiniâtres jusqu’à la témérité Isolément, vous faites face Et ne reculez pas d’un pouce Au bas de la pointe du Meinga. Les ajoncs et les bruyères Les fougères nichées ici et là Autour de la chapelle du Verger - Ex-voto pour bisquines fatiguées - Assurent le guet jusqu’à bon port ! Et des larmes de roc aux larmes de corps S’écoule le sel de la vie. Et des brumes d’été aux vents contrariés File le temps aux reflets d’or. Et de tes yeux tout ennuagés D’une fine pluie, harpe insaisissable Se lit une symphonie arc-en-ciel. Voussure aux larmes généreuses Ligne de partage des eaux Où ton sexe larmoie de transpiration Vers l’océan, ta mère d’adoption. Et je ferme tes yeux Et je ferme les miens Pour mieux te rencontrer Pour enfin mieux de voir. Tes cheveux fous s’encordent Et moi je m’y amarre De toutes mes forces Fille du vent aux lignes lactescentes Je suis ton souffle Tu es ma respiration. Et ainsi nous cabotons Vers un horizon instable Fort et faible de nous Au lit des différences Je crie ton nom Sur l’immuable roc.
  23. 5 points
    Ecrire quand la nuit se fait passerelle, jusqu’au fond des yeux que la clarté délaisse, rimer avec le temps, des soupirs en détresse, écrire sur les pensées qu’effeuillent les heures, écrire sans savoir pourquoi, ici où ailleurs, des mots se mêlant aux mots jusqu'à dire les maux. Ecrire les choses, leur univers, en prose où en vers, et ranimer sans cesse ce qui fut, ce qui sombre, puis un jour, poser sa plume lasse sur le chant dévoisé des illusions, se remplir d’un silence comme ultime raison, ne plus chercher, juste s’abandonner à soi-même, ne plus être celui qui enchaîne les mots sur une page, dont les regards se détourneront. S’avouer à soi-même qu’il n’en restera rien, juste un livre froissé, un lit de poussière penché sur l’ourlé du temps en fuite. Ne plus écrire quand la douleur se fait plus sage, regarder au plus loin, au-delà de l’impossible, non, ne plus écrire ces mots bientôt orphelins, puis rester là à écouter le langage du vent, le laisser m’emmener où dérive l’existence, au cadrant désabusé de l’horloge, le voir murmurer en toutes choses, la vie. Ne plus écrire, ne plus rien attendre, juste écouter tout ce qui vibre, ce qui est, ensevelir les mots posés jadis, ne pas en chercher la raison.
  24. 5 points
    Elles dansent dans le décor qui s'ouvre à moi L'accord enfin trouvé entre l'oubli Et l'ancien manège déplacé A l'appui de ta main qui tremble On affiche les membres voûtés Aux caresses des veuves du cœur Enfant tu as perdu le ballon qui te reliait Aux souvenirs du néant Alors pourquoi n'écoutes-tu pas la voix Qui tombe sur tes jours creux ? Est-ce dans l'oubli que tu accapares La tristesse qui assiège ton cœur ? En montée nocturne la paix s'en vient Si tu ne mâches pas les mots Enveloppes à la cire cachetées Lumières d'automne tombées au fond d'un sac Qu'une main remue sans passion Poison violent au cœur de l'arbre Pourquoi as-tu coupé le fil qui nous reliait ? Ça mange tout et ça déborde tant Qu'il n'y a plus de place pour en parler D'un bloc ça saute au cou comme un collier De perles qui éclate Les griffes n'ont plus de miettes à remuer Encouragez-nous à ne pas nous éteindre Si c'est une vague nous la chevaucherons Et si c'est la lune nous la regarderons Découvrir ses dents pour qu'elle nous guide De ses rayons bleus Les feuilles roulées au pied de l'arbre Ne sauveront pas l'oiseau blessé Ton sourire triste ne sauvera pas l'orchestre C'est un chant trahi qu'on accorde au mourant Quand sa dette coule au fond du lit avec sa douleur L'ignorance des visions apporte à l'idiot Son lot de consolation A l'extrémité de l'envol la pierre tombe toujours Baisse la tête ce n'est pas indigne d'être une proie La boisson n'a jamais tué le cœur Elle le fait sortir de sa boîte Et il bat sans remords Dans le froid Le brouillard On arrivera demain aux rivages tant de fois évités Et les mots qu'on apporte couleront dans le sable Vers quels nerfs ? Vers quelle cathédrale ensevelie ?
  25. 4 points
    Plus de jardin secret, de chants venus d'ailleurs, La page est restée blanche et les mots en sommeil, Les mots qui s'habillaient de sentiments divers, Ont perdu leur ivresse et leur refrain joyeux Voilà que je suis seul devant l'ancien miroir Qui jadis reflétait mes pensées de l'instant, mes utopies fougueuses Le miroir s'est terni, les images sont troubles Et la page se tait décidément boudeuse, Peut-on parler ainsi du vide et de l'absence, Les mots n'ont pas de rênes pour freiner le galop Des rêveurs lunatiques, des poètes un peu fous, Mais moi, je vous le dis malgré tous ces silences Je sens frémir parfois mon âme adolescente Et surgir du néant des forces insoupçonnées Même si la page est blanche, les mots vont s'éveiller.