Classement


Contenu populaire

Affichage du contenu avec la meilleure réputation depuis le 26/08/2018 dans toutes les zones

  1. 11 points
    Flot d'humains charrié sans discontinuer Sang métissé coulant dans les avenues Globules masculins et féminins à nu Orgasme du néant jusqu'à en hurler Les artères grises expulsent un air vicié Sur le macadam résonnent les envies Les passants avancent en pas d'agonie Danse macabre des foules condamnées Les débris de l'enfance jonchent les trottoirs Dans les caniveaux flottent les âmes perdues Elles s'accumulent dans les égouts en crues Un vagabond s'en saisira comme mouchoir.
  2. 9 points
    Il pleut dans le vieux cimetière, Une aube noire agenouillée Tombe l'étoffe de prière Sur le silence des allées. Des pardessus gris de nuages, Des statues velues de moisi, La veuve aux funèbres voilages Froisse les larmes de l'oubli. Ici, un reste de couronne, Des visages qui ne sont plus, L'ovale usé d'une personne Mouillée de pluie au vent perdu. Un soldat, tombé dans la Somme, Là, des brodeuses de chagrin, Oui, vous serez ce que nous sommes... Dit la plaque rouille-gredin. Un angelot ouvrant ses ailes, Corolle éphémère du jour, Aux langes à jamais éternelles, Parti dans son rêve d'amour. Ah, le regard des vierges sombres... Fixant la boue et les hivers Dont la douleur sait interrompre Le frêle gloussement de l'air. Lambeaux de souvenirs profanes, Les pense-regrets prennent froids, Un vase embrume sa tisane Et les fleurs crissent sous les croix. Et l'odeur du deuil se sous-boise En un doux duvet de perdreau Léchant des noms sur les ardoises, Collant des feuilles aux tombeaux. J'aime au plus profond de l'errance, Étreindre en moi tout doucement, Ces parfums, cette succulence, Le long des marbres inquiétants. Comme un trouble-appel qui s'approche, L'écoulement de l'au-delà, Devancer la pelle et la pioche, Rire en secret de ce convoi. Il pleut dans le vieux cimetière, Une aube noire agenouillée Tombe l'étoffe de prière Sur le silence des allées. Il pleut dans le vieux cimetière, Fantômes aux foulards givrés, La mort garde sa jarretière Mais j'ai cueilli sa rose thé...
  3. 8 points
    L’Argile des mots Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire Cette ombre-soie qui fait lumière Lorsqu’elle effleure ton regard Il y a l’ocre où tremble le chagrin Tels ces jardins après la pluie Quand chaque larme est un pendant d’oreille Dans l’éclaboussement du soleil Il y a le bruissement des livres Le froissement, le murmure Ces fragrances d’épices des pages que tu tournes Dont tu dévoiles à voix haute le secret, le sacré Il y a le chant de ta bouche A peindre, à embraser, photo volée Ses rocailles et ses velours Son rire de geai, sa danse fauve Il y a la brûlure des écrits Leur bouquet de joie Leur fleuve tendre Leurs arabesques Et cette encre de sang Profonde, impérieuse, messagère ! Et puis Toi, le passeur de paroles…
  4. 8 points
    Tout tremble Sans trembler vraiment Le soir descend Avec son trop plein d’ombres Et je danse dans les bras Amoureux du vent Et je glisse sous le jour Vers ces nuits lumineuses Où des lunes s’abandonnent Sur de vieux abat-jours Au loin l’absence s’en est retournée Au plus profond de ma mémoire Et la rivière de son long souffle Caresse l’écueil des jours Ô que les nuits sont douces A t’attendre toi ce vieux nuage Qui embrasse toutes mes lunes tristes
  5. 7 points
    C’est un tout, ce n’est rien, Une ombre claire qui va, Un sourire en déclin, Le bruit morne de nos pas. C’est un tout, presque rien, Ton front, tes lèvres sans mot, Un jour pâle qui s’en vient En un dernier sursaut, Et je regarde sans cesse Aux portes des levants, Comme on cherche une adresse, En son mystérieux chant. Ainsi tournoie l’absence, Un rêve encore enfant, Des brumes avec aisance Aimantées au néant. C’est un tout mais c’est toi, Douce, qui creuse ma douleur A cet endroit qui bat Où vibre si fort ton cœur
  6. 6 points
    Autumn'Blues Qu'est-ce qui retient à chaque fois Le verre de se briser Le fil épuisé de se rompre ? Qu’est-ce qui vient au ventre Et caresse la plaie vive Insuffle le souffle bleu Murmure aux corolles du désir Et fait chanter la source ? Je suis une terre aux mille labours Où la vie creuse ses sillons profonds Mille fois lavés de mer Je recueille dans mes mains les rousseurs de l’automne Ce feu subtil et tendre pour caresser vos bouches Cette saison d’or et de miel qui m’émeut tant Et signe à chaque fois pour moi une renaissance Une danse du feu, une rage de vivre Une nouvelle page
  7. 6 points
    Me voilà A parler de jonquilles De myosotis Les chrysanthèmes que je garde Au fond de ma mémoire Ne vous regardent pas. Me voilà A chanter l'alouette Le rossignol et le serin Quand des cris perçants De rapaces me déchirent Mais vous ne les entendrez pas Et si d'aventure Vous me trouvez la mine Grise C'est que la photo a été prise En noir et blanc En noir et blanc
  8. 5 points
    Venez voir, au village, ce beau four qui fume, Sa haute cheminée crève l’épaisse brume, L’immense perron du bâtiment disparaît. Le brouillard dévale les flancs de la colline. En même temps que le jour pâlit et décline, Les arbres secouent le monde de la forêt. Dans la bouche rougie du four, on va voir naître, Comme un diable qui surgit à la fenêtre, Un verre de lumignon pour le corridor Ou une statuette de forme inouïe. Souvent apparaît, dans la flamme épanouie, Un vase dodu soufflé d’une boule d'or ! Les artisans verriers sont de vrais génies, Ils éclairent de joie les humeurs rembrunies, Par quelque ciselure ou un petit reflet. Dans la chaleur des atmosphères étouffées, Ils transforment, c’est sûr avec l’aide des fées, Le sable gris en bol transparent violet ! Texte réalisé en utilisant les fins de vers du poème "Rêverie" de Victor Hugo
  9. 5 points
    J’aime les soirs qui s’attardent aux fenaisons, Au pourpre solitaire d’un soleil languissant, Et cherchent dans un ciel perdant la raison Leur berceau où l’ombre se brise en un néant. L’air du soir soudain s’emplit d’odeurs, Il y traîne comme un parfum ancien, Tout s’endort aux mélancoliques rumeurs D’un vieux clocher aux rêves enfantins. La rosée étale son chandail de brume, Le ruisseau chante bercé d’insomnie, D’étranges nuages glissent sous la lune Et l’on dirait qu’ils dansent en harmonie. Quelques cantiques s’émancipent, rêveurs, Dans les longues allées buissonnières Tout s’emplit de charme, de douces clameurs, De l’oiseau farouche à ces longs conifères. Au-delà des pierres qui se rappellent A l’enclos pâlissant des saisons mortes, Quand se lèvent les poussières charnelles, Alors ils s’agenouillent à nos portes. J’aime quand ils descendent anxieux D’un ciel aux couleurs éphémères, Et le charme de leurs voiles oublieux Quand la lune se fait dentellière.
  10. 5 points
    Un fragile filet porte mes rêves Aux paupières blêmes sous la neige J’ai bradé les faiblesses de l’envie Pour des cailloux sur un chemin. Les fleurs fuguent sous la pluie Elles finissent la tête à l’envers La corolle et le calice en terre D’intacts origamis enfouis. Les pierres compriment le ventre Alors à la manière des tournesols Les aurores rouge-cerise s’inclinent Cueille mes désirs par la tige. Enlace cent fois ma main Mains volubiles et mains complices Ainsi qu’une liane à la lumière Un fil de vide aux yeux pleins. Beaucoup de couleurs sont inconnues Les nuances remplissent les nuages Sans les entacher ni les déconstruire Je prends note de ne rien dire.
  11. 5 points
    C'est le temps de l'été qui se paie une glace, Le corso du bonheur vient fleurir cette place, Les filles sont jolies, les fontaines rieuses, On oublie au soleil nos épreuves sérieuses. Pourtant, à cet endroit, tout près du snack fumant, Ici même un beau soir, Ils n'avaient que vingt ans, Sept jeunes périssaient pour la France éternelle, C'est ce que dit la plaque au dessus des poubelles. Mourir à vingt ans au coeur de l'été, Comment aujourd'hui peut-on oublier? Ces gaillards, ces héros, Mais encore des enfants Attachés au poteau À genou et en sang... À l'heure des cafés, des SMS jetables, Quand la vie dernier cri n'est qu'un jeu du portable, Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour un meilleur profil, Des seins un peu plus gros, un scooter, des longs cils. Romantiques, émouvants, touchés en plein poumon, Les balles épargnèrent la poche du veston. Que de lettres d'amour scellées à leur vingt ans, Ils gardèrent au coeur jusqu'au pied du mur blanc. Mourir à vingt ans, le rêve semé, Pour le bourg, la place, un coin du quartier, Ils avaient le sang chaud, Déjà de vrais amants, Ça fait froid dans le dos De se plaindre à présent. Des stèles par milliers gémissent pour nos droits, Au bord d'une route, à la lisière d'un bois, Alors stoppons le pas, nous qui passons sans voir Les noms des fusillés au moins pour la mémoire. Ils s'appelaient Louis, Anselme et Antonin, Marius, Barthélémy, Jacques et Sébastien, Membre du FFI, Ils n'avaient que vingt ans En 44 sous le feu allemand. Mourir à vingt ans au coeur de l'été, Comment aujourd'hui peut-on oublier? La fin de tous nos maux, Ce qui fut juste et grand, L'idéal au flambeau Laissé par des enfants.
  12. 5 points
    Il marche, pèlerin sans équipage, sa sagesse brodée sur les cils aux rayons du midi. Les mots se sont envolés, oiseaux de transhumance aux ailes déployées dans le vent. Ses pieds nus ont la douleur du caillou, des chemins d'exode aux ronces inégales qu'il ne raconte pas ; ses lèvres ont la couleur du sable, de lointaines escales où ses larmes ont séché aux vents du souvenir. Juste son bourdon, sa branche de buis. Il a trouvé l’âme, l’esprit du bâton, cachés à l’intérieur du bois brut, pour écarter le buisson du désespoir. Il marche et son bagage est au fond de son regard.
  13. 5 points
    Les grenades saignent à vif sous les saules qui pleurent ; les lianes malhabiles ont envahi la cour, paradis des sauterelles et des grillons moqueurs. Le ru ne chante plus depuis longtemps les pierres bleues roulent sur le passage liquide du temps. Cachée dans cet écrin il est une chaumière aux rideaux défraîchis. Hier encore elle résonnait de rires dont les cristaux se sont tus ; abandonnée aux quatre vents des saisons inutiles. Au soir, nulle lumière on dirait qu'elle gît, factice dans le silence glauque, à peine troublé par le bal des fantômes dans les bras décharnés des cyprès brûlés. Par les soirs de pleine lune On entend ses sanglots.
  14. 4 points
    Tu leur diras A l’heure rousse Ces brassées d’ « ensoleil » Écarlates, au bois d’ébène Que sont les flamboyants Tu leur diras Juste au bord de l’orage La crue argentée des rivières Et celle de nos cœurs Quand vibrait la tempête Tu leur diras En plein Sahel Que nul n’est plus fécond Qu’après avoir connu la soif Le manque et la brûlure de vivre Tu leur diras Aux heures fragiles Combien nous sommes funambules Pétris d’amour et d’insolence Sous nos masques de peur Tu leur diras Paupières mi-closes Et cachant ton émoi Combien il nous fut doux Profond, exaltant et si tendre De nous aimer en poésie Tu leur diras A l’heure bleue Et dans le secret des cœurs Que vivre sans tendresse Nous ne l’aurions pas su…
  15. 4 points
    Serpent métallique à la peau rouillée, À travers les canaux oxydés urbains Toujours il serpente, jamais rassasié. Les routes voraces s’ouvrent sans fin. De tristes âmes errent dans ses organes. Elles respirent dans le froid de l'acier. De leurs souffles, aucune buée n'émane. Devant leurs yeux, des visions brouillées. Des noms sans signification défilent. Travelling latéral sur peintures mortes. Lumière en roche sédimentaire d'argile. Les anonymes défilent en cohortes. Le reptile parfois imprime une pause. Il s'étire lentement avec indolence. Avec fracas, il régurgite son overdose. Mais inlassablement, il reprend sa danse. Dans les nervures bétonnées des complexes, Le voyage du dévoreur d'âmes se poursuit. Il tourne sur lui-même dans ses annexes. Le serpent citadin qui sans cesse s'enfuit.
  16. 4 points
    J’attends la pluie, le bruit sourd contre les carreaux j’attends ses larmes l'arme contre la peau le long des murs chauds de la journée je l’attends, je la supplie Le tonnerre gronde dans ma tête dans l’air que nous respirons déjà la terre est sombre enfouie dans nos visages petites bêtes suspendues elle avance dans la lumière Je la laisse venir ça claque regarde l'eau comme elle file je devine son manège, sa douceur maligne j’attends sa lame traînant les orages Dans la fenêtre ouverte le vent s'est arrêté elle marche dans le paysage quand ton corps s’en va perdu proche de l'évanouissement Dans la fenêtre ouverte se cognent les avions perdus et les bateaux échoués les combats lourds de pluie étrange lumière, l'eau immobile Les nuits dangereuses égrainent la fin du jour contre la vitre l’insomnie de l’oiseau prie dans la main, libre libre de ne plus vivre libre d'être La terre est sombre le ciel au crépuscule
  17. 4 points
    Si un jour ton être n'a vraiment plus envie D'écrire le verso de ta page de vie, Ne perds jamais de vue qu'il y a quelque part, Un cœur qui bât pour toi, qu'il n'est jamais trop tard. Ne meurs pas, attends-moi ! Ne meurs pas, viens à moi. Si demain ton souhait est de rendre les armes, Pour partir loin d'ici dans ces contrées sans charme, Où le temps des désirs s'effacent loin de toi, N'oublie pas de me dire une dernière fois. C'était bien, tu m'aimais ! J'étais bien, je t'aimais ! Si ton corps veut quitter tes chemins de bataille, Pour trouver le repos, l'envers de la médaille, Confie-moi tout d'abord ton bien le plus précieux, En offrant à mon cœur le reflet de tes yeux. Ne meurs pas, attends-moi ! Ne meurs pas, cherche moi. Et si de loin en loin le destin nous appelle Rallumant tout à coup la petite étincelle Qui brillait dans les yeux de nos êtres conquis Nous irons nous aimer au vivant paradis. Je t'en prie, ne pars pas ! Reste là, ne meurs pas...
  18. 4 points
    Ce n’est pas pour m'vanter, mais depuis quelque temps je ne puis plus mâcher sans souffrir de mes dents. J’irais jusqu’à parler de rage. Nul besoin de mourir, je vis l’enfer sur terre, j’implore Belzébuth, j’insulte Jupiter. Puissent-ils déclencher l’orage ! Un soir de lune bleue, je grimpe sur les toits, clamer mon désespoir avec des cris d’putois dans un’ fureur blasphématrice et lorsqu’à l’orient, enfin le soleil luit, de l’arracheus’ de dents, je vais frapper à l’huis pour quémander ses bons offices. La tronche en œuf de Paqu’s, j’implore sa pitié, « Docteur, je porte aux nues ce merveilleux métier qu’est celui d’odontologiste, révérence parler je vous prie à genoux de bien vouloir me prendre entre deux rendez-vous, bien que je n’ sois pas sur la liste . » « Je suis navrée, m’répond l’impitoyable enfant, cette pratiqu’ n’est pas conforme au règlement. Mais sur mon agenda j’vous note, Vous avez de la chanc’, j’ai un trou dans six mois. Un mercredi matin à onze heur’s, le vingt-trois, nous verrons vos pauvres quenotes. »
  19. 4 points
    À treize pieds, survolant le bitume, un grand voilier lévite à quatre noeuds. Sans nostalgie des flots et de l’écume, à l’artimon flotte un pavillon bleu. Dans les prairies qui bordent la grand’route, les bovidés écarquillent surpris leurs beaux yeux noirs envahis par le doute : sont-ils déjà passionnément épris ? Ringardisant leurs amours ferroviaires, le fier navire aux prétentions aviaires sans un bémol cingle vers le couchant. Ne moquons pas la vache admirative qui, sans trahir l’âpre locomotive, vient de craquer pour le beau voilier blanc.
  20. 4 points
    Sur l'écritoire... « l'attente, cette idole de solitude » Sur l'écritoire patiné tes mains pianotent à la volée des mots empoussiérés de lumières diaphanes ruisselant de lettres cathédrales aux maux spirituels aux plats silencieux aux gras amincis aux joues rosies mots lascifs évanescents le ventre se durcit les cédilles s’amollissent les pages se tournent manèges de convenance Tu refais ton rouge à lèvres retrousses ton nez spasmodique tes ongles vernissés s'allongent femme fatale éphémère miroir de celle que tu n'es pas I miss you dis-tu par sms un rendez-vous une pause rien un rêve une envie la solitude ton bas se déchire tu laisses choir ton escarpin un sms perdu sur la toile un sos frénétique improbable... Des larmes perles le Rimmel fout le camp noir comme les infos du JT personne n'attend personne ! Tu quittes la pièce lumières aveuglantes des boulevards tes yeux brillent de diamants suspendus aux paupières Un doigt délicat les fait chuter trottoir empuanti de parfums passés au tamis des rencontres décroisées aux carrefours des solos aux feux impatients sur le chemin du job désargenté Crise de bourse temporalité enlaidie entourloupe mercantile chacun pour soi le roi referme la porte derrière lui et tu griffonnes des chiffres volatiles comme le gaz carbonique tu prends ton sandwich slow food écoutes les sixties Oldies et baises le soir venu avec ton sex toys en silicone velouté doux comme une absence !
  21. 4 points
    J'aime ce creux du lit Où le rêve est sonore, Garenne aux petits plis, Jardin de poudre d'or. Un pétale a ouï Ta joue à peine au bord Posée comme un louis Tiède à sème-l'aurore. Guet de douceur rosie Clignant sur le dehors, C'est un coin de la nuit À mi-souffle d'un sort. J'aime ce creux du lit, Il exhale un trésor D'ange niché depuis Que tu sommeilles encore.
  22. 4 points
    J'aime les hublots ouverts aux sels d'hiver Les rideaux bleus cliquetant aux vitres Emportant avec eux les larmes amères. Les arbres, au loin, dansent et font les pitres. J'aime le vent hagard et un peu fou, Cavalier en nos cheveux dénoués, Qui siffle à nos oreilles et joue Comme un enfant aux chagrins consolés. Il emmène avec lui les parfums de la terre Des genêts éperdus ivres de sommeil Des lavandes muettes comme des prières, Et des petits brins d'herbe volés aux abeilles. Il danse ainsi, léger, virevoltant, Jusqu'à ce qu'il rencontre des tunnels d'ombre, Où il hurle et se fait envoûtant, Lugubre, il semble pleurer dans la pénombre. Je sanglote avec lui pour ces derniers instants Je me souviens du phare où il vivait en roi ; Il n'y va plus jamais, à présent, Le marin s'est noyé dans son orfroi. Enfin, éperdu dans sa course folle, Il emmène avec lui quelques vieux souvenirs, Il fait baisser la tête aux vieux tournesols Et s'évade dans la nuit comme un profond soupir … Il m'a vêtue d'embruns, m'a mise sous son charme Je l'aime pour tout cela, sachant qu'à son coucher, Nous lâcherons nos sabliers et fermerons nos lucarnes Pour lui laisser l'espace de l'éternité. ... Avec lui ... Tout s'envole ...
  23. 4 points
    Gréem’hante Je me demande Si les bateaux échoués ont des larmes Si le sable durcit sous leur ventre meurtri Ou bien s’il les caresse Si le chant lointain de la mer En lames étincelantes fait craquer leurs haubans Je questionne leur mémoire et leurs voiles de tempête Leur bois tissé d’embruns comme échardes éclatées Je ne sais Si leur plainte s’étire vers ces coques légères Qui tremblent au fil de l’eau Si le feu prend leurs flancs de bâbord à tribord Lorsque nos pas s’éloignent du cimetière des bateaux Mais je sais Que toutes larmes dehors certaines nuits de mai Le flot de leur douleur leur fait un lit de vagues Une dernière fois
  24. 4 points
    De la poussière s'accroche aux neurones périoxydés. Un horizon brumeux s'évapore en pleurs dans le regard. Dans le miroir déteint, une vieille carcasse usagée. Réalité transpirante de deux mondes déjà hagards. L'impossible transhumance agonise, goût d'inachevé. Les pieds à jamais figés dans le noir goudron de l'IRL. S'étirer jusqu'à la dislocation mais rire à en crever. Onanisme et frustration enlacés dans le virtuel. Errance de toute éternité dans des pays déjà oubliés. Sur la cartographie des déments, la réalité est vierge. La pointe élimée du crayon ne saurait la déflorer. Comme toute frontière, un hymen telle une alberge.
  25. 4 points
    Elle est là si présente Je l’avais laissée sous la glace engloutie A la cime des arbres suspendue Ecrasée au sol dans la foulée ardente Je m’étais déshabillée d’elle Paupières baissées comme le vêtement choit Le héron enroulé dans son cou tant il faisait froid Se souvenait d’images plus heureuses Chevelure d’ombres le long des arbres Silence, tout est silence, la terre glisse Autour de l’œil Sous la peau les bruits du cœur Dans un monde où je marche tête nue La voix n’est plus Comme mes pensées au bord du sommeil Dans l'espace elle s'est envolée Rebondissant la nuit le long du dos