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Popular Content

Showing content with the highest reputation since 02/28/2020 in all areas

  1. 18 points
    J'entends le chant les sons sucrés les couleurs projetées les parfums en volutes les odeurs de musique les goûts dans la bouche Tous les sens en fleurs de bijoux kaléidoscope d'images de lumière éclatent en morceaux d'arc en ciel Je vois ton âme si secrète s'ouvrir comme un jardin La pluie de pétales et de feuilles ne laissera aucune autre trace que le souvenir d'une sensation bienfaisante sur nos peaux rafraîchies de leur feu Prends ma main et dansons il fait si doux sous les arbres
  2. 17 points
    Sainte-Croix de Verdon « Où quand le naturel habille les yeux » Fleurissant aux pointes des lavandes des missounaires restent suspendus, immobiles entre ciel et terre à l’entrelacs auroral. Chapelets de boutons nacrés, sorte de méduses enkystées, qui attendent de vibrer à l’Angélus. De longs et grands cierges noirs, cyprès enroulés de lumière naissante, lémuriens aux accents d’oliviers, s’étirent là, au cœur de vagues de pins, enrubannés d’or, filant le lac de Sainte-Croix. Miroir d’opaline posé entre monts et vaux laissant s’échapper le silence des hommes. Fragrances du Sud à l’aube de l’astre rouge, perle sanguine au clair de peau embrunie ! Les choses vues s’installent au balcon de mes jeunes souvenirs et rient au sommet de l’éperon rocheux, sous le campanile couleur brun-rouge ! La lumière brûle la vie bourgeonnante. Je pousse le caillou du temps empoussiéré avec le pied du chemin, dans l’air de rien. Et je bois à la fontaine de mes rêves, le nectar à la robe saumon, que l’eau efface. Là-bas, des hommes se penchent vers la terre friable, prennent en leurs mains rêches et ridées, la glèbe asséchée, irisée et incandescente. Et les yeux rivés au ciel, ils implorent Dieu, de leur apporter quelques larmes d’au-delà, sans trop tarder ! Dans le mas d’ombres aux jambes nues, des cigales aux poitrines bronzées, papotent des délices de l’amour. Leurs longs doigts tricotent des cheveux clairs puis larguent les amarres sur un pointu blanc. Un friselis léger, en arrière du bateau, offre un turban ocré imbibé de moires veloutées. Le silence ronronne. Le panorama extatique à l’infinitude inexistante, coule dans une torpeur contagieuse, à l’unisson de la nature. Un vol d’aigle laisse bruisser ses rémiges. Et je m’endors dans cet écrin, loin des bruits de la ville, hors des métropoles. Le soleil caresse mon visage, comme une femme amoureuse. Voussure céleste d’un bleu mistral. Absence d’interlope !
  3. 17 points
    Il te suffit d'écrire un mot, une phrase ou une page Pour qu'il fasse soleil dans mes minuits, qu'il fasse sommeil dans mes midis Il te suffit d'écrire un souffle, une envie ou un désir Pour qu'il fasse dehors comme il fait dedans, qu'il fasse enfin, qu'il fasse toujours Il te suffit d'écrire un coup de fouet, un coup de sangle ou un pamphlet Pour qu'il fasse l'amour, qu'il fasse jours d'éternels retours Car Te lire c'est entendre ton souffle murmurer ta voix C'est entendre ton rythme comme si c'était toi C'est crever les ciels de septembre à l'orage décimant C'est voler l'or de l'automne pour en habiller l'ocre de ma vie C'est voler la pièce sur l’œil des morts et refuser le passage C'est défier l'anachorète stylobate et déchirer la bure C'est deviner le paradoxe des sagesses quand ton esprit épouse et reste fidèle à la vie qui rejaillit de ta source C'est le divin du récit le cocher du voyage la sirène mourante à l'aube des départs C'est l'éternité qui se construit au feu de la syntaxe le présent alangui sur la dépouille de naguère Quand je te lis je sens ton odeur déclinée au mordoré d'une peau que rien n'efface Quand je te lis je sens la torpeur celle des conquêtes que le futur a largué Quand je te lis je pleure à la cursive la plume d'enfant tachée de violet Je pleure à la coursive la voile et le clin-foc le beaupré de ma vergue Je pleure le rivage quand il se saborde au silence d'étambot Écris moi toujours écris moi encore écris moi tes cris écris moi tes pores écris moi l'aurore écris moi tes peurs écris moi d'ailleurs Écris moi « je vis » écris moi « d'accord » écris moi ta vie écris moi à mort ***
  4. 16 points
    *** J’ai tant joué à la marelle j’ai tant joué l’enfant soldat J’ai tant rêvé d’une asphodèle Sur tous les prés de l’au-delà Toujours l’errance me guida De pas de danse en ritournelle Sous l’orage que Dieu donna J’ai tant joué à la marelle Elle est venue la toute belle Prendre le soin de mon état Quand bien même si d’avec elle J’ai tant joué l’enfant soldat Le temps burine son dégât Le chagrin creuse sa ridelle Là, sur le marbre qui luira J’ai tant rêvé d’une asphodèle le temps est court, déjà il scelle Le soir s’en vient, le renégat J’écrirai, mort dans ta dentelle Sur tous les prés de l’au-delà: J’ai tant joué… ***
  5. 16 points
    J’avance cousu à une terre ocre méditante calé à une rambarde d’aubes tremblantes l’haleine tissée de mots nouveaux les premiers pas sont des paniers de perspectives qui clignent à mes yeux comme une poignée de grains de sable tous ces éclats soudain dans un livre que j’écris d’une plume nomade je suis né sous un voile de silence d’un point en sang sur la robe du désert.
  6. 15 points
    Au carrefour des saisons j'ai repeint le vent j'ai inventé un alphabet pour traduire ses couleurs qu'il accorde à mon regard l'étincelle d'une évasion j'ai pitié de la terre son crépuscule se meurt un souffle suffira pour endormir sa mémoire un frisson de lumière pour dépouiller ses épaves je raconterai au ciel l'histoire de son naufrage je tracerai un sourire sur les lèvres de sa mort
  7. 15 points
    Son pied nu caressait les herbes Ses chevilles au vent chaud frissonnaient Ses genoux qui luisaient, superbes Entrouverts vers le feu fredonnaient La chanson des silex si dure La scansion que le sang innocent Pulse et bat campagne et cambrure Indécent compagnon renaissant Tissant en esprit de ses doigts Le tissu retroussé de sa robe Métissant des envies ses lois Déballant le cadeau que dérobe L’impudeur au labeur serpent Et son cri qui se tait de crier Circonscrit au triangle arpent Le passe partout serrurier Ses deux mains de la solitude En sujets déloyaux enivrés Explorant implorant l’ étude Du rythme et des efforts délivrés Aux rayons dorés d’yeux fermés Le soleil la blesse d’une larme Des spasmes salés enflammés Qui viennent démordre son alarme Meurent en monotone vague Elle pleure son plaisir secret Au métal absent de la bague Qui s’enfouit au creux de son discret Les roseaux courbés sur sa peine L’érosion de la paix la fait jouir De son ventre étreignant l’étrenne Déjà libre et seule à en mourir Qui sait de quoi elle a rêvé Qu’importe le flacon de l’ ivresse Comme un oiseau dès lors crevé Elle est la fleur coupée qui se blesse… ***
  8. 15 points
    Lèvres purpurines enveloppées d’ailleurs Mèches rebelles raillant l’imaginaire Destins brisés, cœurs bateleurs En une valse lente épousant la mer, En une adoration extatique, Brise les chaînes d’une éternelle vigueur Beauté au parfum exotique, Envoûte-moi d’un voile vengeur Enivre-moi de tes éclats rieurs, Subjugue-moi de ton regard tueur, Je suis ta glaise, à ta guise façonnée, Je suis ta glaise, je me suis oublié.
  9. 15 points
    Je vais coudre une aile A ton corps poids mort Redorer les arrières saisons Sous tes paupières lacérées de rides Tu seras beau malgré toi Je te chanterai le monde Lavé de ses souillures Tu verras Je sais trouver des phrases neuves Quand ta lucidité se morcelle Et que tu t’enclos dans ta vérité Ne te laisse pas prendre A ce vague égarement Dans la chair noircie Où s’accomplit l’irrecevable Viens te coucher Il neige depuis longtemps Sur l’écran devenu ton unique fenêtre Où tu te disperses en sombres solitudes Ta voix est inchangée Et ton cœur rempli d’Elle Et ce gris tourterelle Aux confins de tes yeux Ne pars pas maintenant Ça n’est pas encore l’heure
  10. 14 points
    Que ce printemps est émouvant quand il tâtonne en effeuillant une anémone J'ai l'espérance morose vêtue de mots d'hiver juste avant que n'éclosent les fleurs de primevères Sous les ombelles jaunes je fermerai les yeux me feras-tu l'aumône d'un sourire dans mon envie de ciel bleu
  11. 14 points
    Frissonnent les bourgeons Dans le froid du brouillard Buissonnent les ajoncs Jeu de colin-maillard Naissance de la mort La nature reprend Et ses feux et ses ors Au chemin qui surprend Le faux triomphateur A la décrépitude Fruits à la puanteur Lassée de turpitude Printemps est un mensonge Une métempsychose La vie n’est qu’ un songe Placé entre deux pauses Beauté, illusion Habillant le néant Trompant la vision Et cachant le béant Que serait une rose Sans pinceau qui la peint Rien qu’un rose morose Dans le silence éteint Le vent n’est pas musique Le vert n’a pas d’espoir Les fleuves sont tragiques Il y a rien à voir... Depuis ces belvédères Que l’agonie des soirs Aux ombres délétères D’une montre en sautoir… Gabriel Montigny ( 1961 - 20?? )
  12. 14 points
    Je suis la petite flamme bleue lovée dans une vague déferlante je compte les vents les étoiles les navires qui naviguent vers des pays ravissants à chaque fois je coche une case dans ma soif je n’en finis pas de compter de penser qu’à l’autre bout de la mer il y a un signe qui me désaltère une rivière dont j’interroge le torrent initial.
  13. 14 points
    La princesse aux yeux pâles Sur la plage assoupie une barque échouée. Des langues d'océan s'étalaient sur la grève sous le ruissellement d'une averse d'été et la clameur de l'eau s'étendait à mon rêve: Des cirrus aiguisés entaillaient le ciel bleu l'ange dardait sur nous un œil triangulaire et ses longs doigts griffus me lacéraient les yeux. _ Qui confond dieu et diable renonce à la lumière car l'âme est éblouie de son propre reflet fantôme prisonnier d'un verre translucide; dans l'ombre épaisse un vide l'absorbe tout entier gorgé d'obscurité, hostile et déicide. _La princesse aux yeux pâles vénère un ciel nocturne, cultivant dans son cœur des floraisons toxiques lugubre poésie, mosaïques de lune escaliers en spirale et plantes métalliques; Sur les ruines des temples s'enracine le mal mon regard perdu est celui d'un animal, et les gouttes d'eau tombent au milieu des gravats… façades ténébreuses que dévore le temps sous la houle légère et le fracas des bombes ou le clair gazouillis des oiseaux s'abreuvant aux larmes qui scintillent sur le marbre des tombes.
  14. 13 points
    Arc en terre Je voudrais être arc-en-ciel me détacher en plusieurs cercles de même diamètre apparent me contraster sur champ d’ardoises terre cueillie sur fond de cendres myriade essaimée de soleil Pourquoi pas arc en lumière entre chaque effroi d’orages serrer mes peurs dans un arceau où chaque foudre veut l’outrage ne pas me rompre verticale être courbure face aux maux Je saisirais l’arc en pluie toutes les gouttes suspendues pour traverser les sept couleurs et m’ébrouer de leurs lumières du rouge sang au violet pourpre dans mes gambades obscurcies Je pourrais être en demi-teinte surtout ne pas être invisible infra-rouge ou ultra-violet dorer la peau sans la rougir bien iriser chaque tendance entre éclairs et doux reflets Je voudrais être couleur primaire en retenant la secondaire pour pouvoir oublier le manque de l’astre vif à l’horizon et même être surnuméraire des rayons de la lueur blanche Avoir le don d’être couleur simple la teinte qui serait absolue être la nuance qui étreint l’éclat sur lequel rien ne grince aucune tristesse, aucun sanglot des eaux de mes larmes indigo Je serai chaque jour arc-en–terre entre mes doigts bien éthéré enfant de pluie et de rosée de chutes d’eau couleurs nacrées toi goutte d’eau qui fait le prisme de toutes mes couleurs mêlées. _________________________ MM / 26 03 2020
  15. 13 points
    Nous sommes vivants... Et humains aussi... "Le jour d'aprés", cher Monsieur le Président, les coiffeurs vont avoir du taf. Des franges en décolos, des colos en coupes impros, sur mon smartmonde les têtes s'essaient, avec plutôt moins que plus de réussites, à un passe-temps capillaire, ludique et responsable. Les huluberlus du cheveu confiné, les farfadets du ciseau cache-douleur, les amuse-gueules de la coupe est pleine. Bravo ! Retrouvons nous, frères et soeurs au lendemain du jour sauveur, le style "Fashion-confine et discipline". Le tif héroique, la tignasse à peu prés à mille poils prés, le poil à gratter hirsute, l'ébouriffé auto-rasé la touffe à toon, le scalp totemique et la gueule sympathique. La tempe grisonnante où la rouflaquette se dandine l'accroche-coeur sur le palier du prophéte au carré symétrique et à la teinte crédible, du retour à la norme. -couac- Une tête à toque pour le chef, un couvre chef toqué en HP. Une tête d'ouvrier enchantier, Un infirmier auréolé. Et une tête de liste, posée entre les tours d'une urne sans attente. Un oreiller sur deux oreilles à aimer. Partout sur les visages Scratchés, des yeux incrédules, un sourire sur une lèvre à baiser, et une main offerte, à celui qui aura souffert plus que les autres.
  16. 13 points
    Violette jolie nue dans le sous bois affolé elle éclot juste vêtue du vert de la mousse le vent pleurera les pétales envolés à l'envers de ses feuilles qu'avidement tu trousses Si le vol saccadé d'un étrange oiseau bleu vient se heurter à l'ombre de mes volets mi clos c'est qu'il a vu si souvent trop de larmes de feu perler dans l'iris pers et embrumé de mes yeux Il ira demain je le sais au crépuscule se poser et rêver sous les voilages flous et légers de diva d'une balancelle bariolée qui reste inviolée cachée derrière la haie des grands hévéas
  17. 13 points
    Soyons clairs, j'ai un bidule, un machin, un truc au fond du jardin, une ombre au tableau qui flotte en s'grattant la faux. Soyons précis, J'ai une chose, une silhouette, âme à dos tendance squelette, un cheveu dans la soupe grimaçante qui s'balade la toge hurlante. Soyons concis, elle me dit que c'est pour bientôt, le sourire maladif, l'air palliatif, elle me glisse un oeil placebo dans mes plaies de presque vif Ça craint, J'avais tout remis à demain, même les urgences du lendemain reportant à la saint-glinglin mon pouvoir mourir enfin. Et encore, et en chair, je traîne des pieds, je négocie. J'invoque, l'ange, le prophète, le messie même mon cousin germain Bébert Archiprêtre à Cucugnan. À bout de souffle et d'arguments, je me confesse et je consens comme tout un chacun parti trop tôt vivre en défunt à vivre ma mort sous monument. Il y a un bidule un machin, un truc au fond du jardin, une épitaphe décharnée, qui recueille quelques oeillets en requiem bucolique qu'elle espère déposer "illico presto", sur ma tombe de marbre "al dente", scellée à l'humeur d'un "pas trop chaud". -Pour ce départ un tantinet mélodramato... Et "tutti quanti", ciao- "Rosso di sera bel tempo si spera" Au pif.
  18. 13 points
    Les longues tiges d'agapanthes, le ruban noir de la route s'exile dans la brume errante sur un ciel clair il y a des dahlias sans couleur je cherche la cachette des songes loin dans un pays sans mensonge où ne vivent que des fleurs. Le murmure s'amplifie à l'échine des roches grises comme un chant d'espoir dans le vacarme de l'eau là où l'on devient sourd il est temps d'ouvrir les yeux sur les attrape-papillons qui explosent leurs roses comme un feu d'artifice dans le silence. Et là, derrière la cascade, les empreintes digitales des angéliques sous leurs ombelles vert tendre distribuent des ombrelles en chuchotant à l'oreille n'aie pas peur de l'ombre je t'envoie le soleil. (J.E. Mars 2020)
  19. 13 points
    C’est sur d’étranges reliefs d’écume inachevés Que le vent sculpte les vagues et les reflets Au bout des doigts une image ronde S’essouffle dans les nuages Plonger sa main dans l’eau noire Pour faire jaillir la bioluminescence S’abreuver d’imprévisible Lorsque le tocsin vous réveille Pour vous rappeler Que le temps suspendu s’échappe Comme un fruit trop mûr Ne jouer que le souvenir Dans la profondeur de l’océan Comme un sourire triste de lumière Que les yeux traduisent Mon cœur carnassier Roule cette curieuse couleur Entre l’encre et la craie.
  20. 13 points
    Tu m’as raccompagnée sur ton 103 rouillé. On en est descendus bien avant d’arriver pour ne pas déranger la paix de la cité, et puis on s’est assis au beau milieu du gris. On a refait le monde pendant quelques secondes. Je crois qu’on chuchotait et les mites tournaient autour de la veilleuse en bas de l’escalier, et puis notre regard s’est habitué au soir. Alors on n’a rien dit, pour mieux les observer. On est resté ainsi une minute ou mille, un balcon au ballet, la campagne à la ville, et puis on a parlé, de vie et de beauté. Je revois la lumière, je revois la pénombre, les places de parking avec leurs lignes sombres déjà toutes tracées et le noir au milieu, et puis toi qui rêvais des rêves étrangers. Je revois les rangées de volets en plastiques quadrillant la cité, les rangées identiques, et je revois tes yeux y croire un petit peu, et puis je ne vois rien qui serait un refrain. La nuit a dû finir, une porte claquer, il t’a fallu partir, il me fallait rentrer avant qu’on s’aperçoive que je m’étais sauvée, et puis... je ne sais plus, faut dire qu'on avait bu. *** Les mites, toujours là, depuis bien trop longtemps, une lueur vacille entre les bâtiments, je sais que ton 103 jamais ne reviendra, mais je guette pourtant l'et puis de tes quinze ans.
  21. 13 points
    Il y a ces étranges rues anémiques, Ces ombres cisaillant les trottoirs, Ces flaques suintant la sueur du jour, Ces bourrelets de chair adipeuse, Ces sombres gibets cravatés. Viens mon aimée. Tamisons ces espaces saturés de vide. Ne gardons que les silences oubliés. Sentir la pulsation des grandes villes, Ces esthétiques inachevées, Toutes ces voix dissonantes avalées, Tous ces non-dits sous les pavés Et ces gazons à l’échine courbée. Viens mon aimée. Brûlons ces friches contemporaines. Nourrissons la forge des mélancolies.
  22. 13 points
    quand j'aurai huit ans tu me diras la boucle d'or à mon oreille les iris noirs d'un feu pourquoi la nuit réveille l'ombre des roseaux bleus l'absence insolite de soleil sur l'herbe brune fanée le manque de sommeil la plainte dans les cyprès quand j'aurai huit ans je comprendrai sans doute le silence feutré de tes pas dans le couloir obscur pourquoi le portrait ne tombe pas sans clou dans le mur les fleurs ont un nom oublié sur la pente des collines leurs tiges piétinées jetées au fond des ravines quand j'aurai huit ans je vivrai les grappes de ton ventre et le raisin vert de ton œil blessures à l'épicentre silhouette sur le seuil les guêpes insolentes à l'ourlet de ma robe piqué de tant d'attente au miel des euphorbes les ceps noirs et tordus ne me feront plus peur ni les visages barbus penchés sur le ru berceur quand j'aurai huit ans le rouge sang de ta bouche laisse-moi au moins la morsure je renonce à ton baiser tu me diras la chevelure d'un noir de jais les algues odorantes les papillons épinglés sur les rideaux d'attentes aux esquifs abandonnés. (J.E. Mars 2020)
  23. 13 points
    tache d’encre à la poitrine pensées recluses dans la chemise la cartouche fait mouche sur la bouche mots silencieux pour enterrer celles et ceux qui l’ont laissé évasion illusoire du carnet noir ils reviennent le soir
  24. 12 points
    Je crois en toi « Au fur et à mesure que nous connaîtrons la vérité des étoiles, nous connaîtrons le grand esprit compréhensif de l’homme » Tagore Un ciel à peine fleuri zébré de serpentins rosis précède de peu le disque d’or. Il coiffe les campagnes étoilées d’un filtre mordoré. Ne cherche pas l’infini il n’existe plus, le présent sombre les éléments le masquent carnaval de pantins désarticulés par le vent noyés par les eaux oublieux des absents ! L’horizon s’éreinte il devient instable, halo bouché par une brume d’étoupe, disséqué par un œil astigmate il cueille ici ou là, des lignes de fuite évanescentes des impressions passagères des bruits insaisissables. Je tangue, le guillemot s’en amuse ! Tournis, je ris, je pleure, je gamberge enfant je redeviens et rêve à tous les possibles enfouis, disloqués, à jamais perdus dans un trou noir. Mon horizon, ligne imparfaite ondule aux foucades marines, désirances et catharsis en gésine qui fouaillent et désincitent l’Ouvroir. Tu me dis qu’il est tard comme l’on dit aime moi sans fard, nue, une étincelle d’émoi s’allonge le long de nos corps. Les manchettes des canards meurent au sol, désinfectées de tout, sans passants elles reflètent l’inexistence des mots encres pleureuses diluées de vie. Je crois en toi autant que tu crois en moi. Epicènes aux goûts salés-sucrés. Le temps s’enguenille dans la soie corail, mains soyeuses et baisers câlins à l’horizontale de tes yeux océane je flirte avec les profondeurs bleuités des nuits d’amour.
  25. 12 points
    Friches industrielles dans de sombres décors aux couleurs urbaines Solitude des ruelles pour des ombres d’accords sur le mur des peines Graffitis décolorés bavant des S.O.S. sous une triste lumière blafarde Portables égarés crachant des SMS sous une pluie de hallebardes Taguons cette prose égarée sur l’horizon de nos aciers contemporains Dansons jusqu'à l’overdose sur cette pulsion glacée qui nous étreint. Évoquons sans relâche les tristes tropiques de nos idéaux avortés Même si nos yeux ouverts sont là pour pleurer et nous aveugler Invoquons ces cohortes de personnes parties depuis longtemps Dont les noms résonnent en orage dans nos cerveaux fuyants.
  26. 12 points
    Je vais me faire un petit nid lui dit-il à quinze ans tout rond un nid douillet et bien garni où toi et moi demeurerons. II sera perché tout en haut d’un arbre presque centenaire un if ou un large bouleau à la cime paratonnerre. Dans les branches en contrebas un orchestre jouera de jour du violoncelle et du tuba de la guitare et du tambour. À l’abri dans notre cocon, la nuit, bercés par les étoiles, nous écouterons au balcon leurs compositions pastorales. Nous serons heureux au sommet dans notre nid, seuls tous les deux, et n’en descendrons plus jamais le sol est bien trop hasardeux. Puis un jour sous la lune pleine ou une nuit dans le brouillard nous compterons bonheurs et peines, ce sera l’heure du départ. Alors l’orchestre se taira et les oiseaux inconsolés chanteront un air d’opéra, puis nous pourrons nous envoler. Nous partirons loin, tout au loin, main dans la main, toujours unis, à 95 ans, au moins, car ainsi l’histoire finit. Voilà, tu connais mon projet, dit-il, je te l’ai défini, alors viendras-tu donc loger avec moi dans mon petit nid ?
  27. 12 points
    du temps que nos frimousses étaient sales et belles et pleines de taches de soleil on se retrouvait en douce après l'école, il l'aimait buissonnière ; il avait tant de merveilles au fond de ses yeux que je fus conquise dès la seconde où il prononça mon nom je crois que j'étais blonde et qu'il était blond il me racontait des histoires en tortillant mes boucles autour de ses doigts il mordait dans mon oreille et quand je pleurais il pleurait c'était parce qu'il m'aimait il m'a poussée si haut sur la balançoire j'ai embrassé le ciel il est resté dans ma mémoire toute ma vie durant sur les routes, dans les ornières, aux soleils couchants, dans mes nuits solitaires, j'ai fait la cabriole et j'ai gardé dans mon ventre l'image de mon frère dans les collines. (J.E. Mars 2020)
  28. 12 points
    Les rues en connivence inventaient des histoires Et s’alliaient aux flambeaux des anciens bâtiments Pour confondre les sens et croiser les trottoirs Où se terrait en vain l’ombre des monuments Les grandes avenues s’avançaient dans le noir Désolant les pavés dans un grand remuement De charrettes à bras et l’on pensait y voir Dans le brouillard épais comme un enterrement C’était une illusion la cité endormie Réagissait ainsi que la bête irascible Bien rompue au dresseur et à ses coups terribles Et la peur exprimée en sirène hurlante Parvenait à troubler les rêves enfouis Des habitants plongés dans la nuit d’épouvante
  29. 12 points
    Ciel bleu nuit Mer moutonneuse vent glacial Panneaux délavés aux lettres épluchées -On devine des interdits- Un homme pardessus envolé Un chien Au bout d’une laisse qui s’allonge raccourcit Selon qui prend le dessus Cris stridents de mouettes affamées Vol dans les plumes nids brisés Parcours tracés sur le sable de craie Le vert sombre d’algues agglutinées Les talus herbeux qui contiennent la terre Et l’empêchent un temps de se noyer en mer Le crépuscule gémit Le soleil d’argent a oublié son or Même s’il soupe sur des nappes d’une insolente blancheur
  30. 12 points
    ma mère faisait des taies d'oreillers d'anciennes chemises de mon père elle enlevait le col les manches et ne gardait que les boutons au milieu boutons nacrés. toute mon enfance j'ai dormi sur la poitrine de mon père.
  31. 12 points
    C'était un soir de mars rêveur et patient, Pour nous prendre la main du port jusqu'aux rochers, Une éclipse de lune énonçait lentement Le long des mortes-eaux nos deux prénoms nacrés. La mer sondait nos cœurs et déliait les flots A chaque élan coupé vers tes parfums craintifs, Et l'astre souriait baignant dans son halo, De me voir si fripon et un peu trop hâtif. Et j'écourtais mes pas tout près du phare obscur, Le vent turlupinait tes cheveux étoilés, Ton oreille ébahie qui doutait des "bien sûr", Soudain, jusqu'à ton cou, se mit à scintiller. Là-haut, le firmament roucoulait rose-pâle, La lune en effleurait le creux de cette baie, Ce fut le doux moment, l'éclipse était totale, Pour t'attirer vers moi et t'offrir un baiser.
  32. 12 points
    Le cœur veut des bouquets c’est un jardin blessé Consumé de silence captif des broussailles Il aime les chansons où réfugier son souffle aux jours montueux difficiles à gravir ou trop gâtés d’ennui Le cœur veut des sourires c’est un enfant d’exil drapé dans ses chimères têtu aveuglément Quand s’ouvrent un peu pour lui les rideaux de l’éther sur une épiphanie une possible grâce promesses de saisons escortées de soleil alors obstinément Sous l’écorce fragile Il va à contre-vent du chaos du néant consolé d’infortune au plus près de l’envie
  33. 11 points
    On dirait que dehors arrive le printemps. Les bourgeons peu à peu s’incrustent sur les branches les hirondelles chient sur le bronze, s’épanchent au soleil qui du coup prend son air important. Si elle se pointait Blanche-Neige en chantant nettoierait la casbah comm’ si c’était dimanche et monsieur le curé venait faire la manche à domicile après un sermon important. Comme c’est ennuyeux d’avoir tant de temps libre malgré tous les bouquins, la musique et la fibre lorsque les araignées ne sont pas qu’au plafond. Aux excuses réglées en papier à musique le confinement vient soudain faire la nique me voilà obligée de jouer du chiffon !
  34. 11 points
    Mister mitige, Mrs effleure, ainsi va le coeur. Extraordinaire ! Les casseroles processionnaires se traînent le téflon le long des miettes d'assiettes. Des éclats de coeur-trompette, sans tambour ni torpeur, brisent des voix en pleurs. Oh désespoir ! "Cris, tempète, rage et crime, pots cassés assassins, brochette de sanglots en couteau !" Le filet limpide de la passion mortelle et fruitée, flash-mémoire aveuglé par une haine de chair livide, croque la moquette où Mrs choque en scène de fond. Triste fin au sein meurtrier d'un ménage sans histoire, L'épouvantable - "Skeleton in a cupboard", un jour de train-train, sort du débarras s'aérer l'embarras. Mr regarde du ventre son corps-cravate lui serrer la trachée, et le noeud se met à couler. The end.
  35. 11 points
    On croit saisir son bonheur Mais c’est un astre brisé Les heures sont brûlées De tant de rêves éteints On nous jette la chaîne aux pieds La peur en vil esclavage car l’on se voit mourir Si près de la fontaine La vie nous désaime Fait glisser ses serpents Dans la tiédeur du soir Le malin aux yeux tranquilles Sait si bien feindre le sommeil Reste le petit soleil intérieur le jardin abrité d’orages dans ce coin de cœur vaillant qui résiste aux ténèbres Dans mon vertige de nuit Agité d’incertain Je souris encore A ce vœu exaucé De vous tenir la main Mes enfants, mes trésors …
  36. 11 points
    mes mots n'ont plus d'ailes blanches le ciel est trop haut le soleil se couche autrement. mes mots sont plus grands que la porte ils restent toujours dehors dans les chaussures laissées à l'entrée.
  37. 11 points
    Mars Mars était né de cette nuit-là De la fêlure de l’hiver Des ombres incertaines De cette pluie de suie hoquetant sur les murs De ces secrets espoirs qui fleurissent au cœur Plus tendres qu’un printemps Du partage incessant de la vie, de la mort Et du roulement des vagues jetées sur la mémoire Écume de douleur et de plaisir mêlés À l’aube, le chuchotement joli s’inscrirait sur nos bouches Frissonnerait longtemps Tuerait l’hiver encore une fois
  38. 11 points
    L'amour fout-il le camp, toujours ? Et le paon fera-t-il la roue Si nous revenons aux beaux jours Lorsque les peurs seront moins floues ? Faut-il que le soleil encore Réchauffe le corps amoureux Qui se repentit de son tort D'avoir trahi un temps ses vœux ? Me traînerai-je à tes genoux Quémandant le pardon de l'âme Pour le péché qui rend jaloux ? Mon cœur a failli en hiver. Qu'au printemps renaisse la flamme Des mots disant tout de travers !
  39. 11 points
    Voyage minuscule Le chemin est tout près de ma porte, Le pré au bout du sentier Des pas lourds ont marqué la terre Les bêtes à pas lents ont marché. Le ciel est en face de ma porte, Du bleu, du gris, du noir Comme ses humeurs le portent, Les nues et les pluies sont passées. Les ruisseaux sont au bout de ma porte Les chuchotis, les gazouillis, Leurs rives ombrageuses et fraîches Leurs eaux vers le fleuve ont coulé. Les planètes sont devant ma porte Les yeux rivés vers le ciel bleu La Lune et Vénus et Hélios Au zénith devant moi ont brillé. Le voyage est au seuil de ma porte Sans mots et sans langues lointaines La Terre et le ciel m’embrassent Le temps devant moi a filé. ________________________ MM / 23 03 2020
  40. 11 points
    Un univers s’est déporté Derrière les grillages, des visages en losanges Cherchent l’ovale qui les sauvera Une petite fille au manteau rouge trotte sans arrêt dans ma tête Et ce matin, une boucle s’est posée sur mon épaule Oh bien sûr, c’est mon esprit qui lui demande Mais pourtant, elle m’a regardé en souriant Une perle dans sa main ouverte -J’avais peur qu’il me réveille, j’aurais sursauté et elle se serait évanouie- Son bras s’est allongé à moins que ce ne soit le mien -A moins que ce ne soit le tien- La perle n’est pas ronde Un losange en trois dimensions, un ovale précieux Elle vibre comme si elle était vivante Traversée par des mouvements rapides Bleue avec des lacs et des océans Des dauphins qui leur ressemblent Car à l’intérieur, je me suis vue, avec eux, avec lui, avec elle, avec vous Évoluant au ralenti maintenant, doucement, déterminés Mes yeux se souviennent des odeurs de la cour Et lorsque je remets le pied dessus Je pose le genou à Terre pour la remercier J’aurai pleuré longtemps avant d’embrasser l’espérance
  41. 11 points
    L'indivisible Il est une dérogation à mes veines, Ce rouge poison pour qui j'en saigne, Il est un doute que l'on ne peut oublier Et je me damnerai pour enfin m'en délier. Il a parfois convoité minuit et ma page Quand le mirage me fut encore donné, Il me parle de la pluie et de ses nuages, D'outre-grève et d'orages bâillonnés. Il est ce silence dans lequel se morfond Toute la peine de ne savoir se dire non, Il nous tourmente et moi je m'y confonds, Délit d'empreintes mon doux compagnon. Il est fait de possibles et d'amertume En nos cœurs étrangers qui se déciment Et toi, tu es de tous ceux que l'on exhume, Un je t'aime que l'on tait, qui se sublime. Epicene
  42. 11 points
    Le mur dans le jardin perd un peu de sa peau. Des failles apparaissent et les intempéries dessinent des fenêtres, des lucarnes, des portes que les ombres dérobent. Des visiteurs s’amusent de ces couloirs secrets et ces ponts suspendus vers un autre univers. Deux ou quatre ou six pattes, il m’en manque toujours pour m’échapper là-bas, me faire si petite que je pourrai m’enfuir et ne pas revenir. Me perdre dans le mur, en voilà un projet dont le jeu vaudrait bien la chandelle qui brille auprès de ta photo.
  43. 11 points
    Hésiter. Constamment hésiter Entre clair-obscur Et demi-teintes. Voir l’étrave des possibles Fendre des eaux troubles, Errer entre des récifs d’opale. Tâtonner. Toujours tâtonner Entre idéaux déchirés Et rêves éventrés. Dire tous ces silences Se fracassant sur nos lèvres, Éclaboussant nos bouches closes. Persévérer. Pourtant persévérer Entre prières frissonnantes Et défloraison des cieux. Gratter les post-scriptum de nos vies Posés sur un entrebâillement de souvenir Et en lécher les dernières cendres.
  44. 11 points
    L'Arme d'une Femme Tu ne connais ni ma chance Ni ma veine d'être femme, Quand mes bas font offense Ce n'est pas d'être d'âme. Tu ne connais ni l'arme Ni la candeur de mon désir, Quand ma hanche t'affame Et qu'elle t'offre ses plaisirs. Tu ne sais rien de mon tout, Quand mon être s'épanche Docile, en variable à tes genoux, Quand mes lèvres te font revanche. Tu ne sais ni ma chance Ni ma veine d'être femme, Quand mon corps fait audience Ce n'est que d'être charme. Tu ne connais ni l'arme Ni la douceur de l'allégresse De mon rien sulfureux qui désarme Le fou de tes doigts en détresse. Que fais-tu de mes gages ? De mon jeu des gaines, De ma détente en pas sages Au guêpier de mes gènes ? Quand je me porte à tes nues, Quand mes bas font offrande, Quand ma chance t'insinue Et que mes veines tu scandes Epicene
  45. 11 points
    La gueuse La Marne en ses méandres, aux remous taciturnes, Ronge son lit de glaise en sourds affouillements, Entre deux touffes drues, le temps d'un clignement, Mon pas creva la berge, entonnoir à cothurnes, Un flot lent avalait mes jambes de quatre ans, Mais la main paternelle, vite à saisi la mienne, Quand cédait l'herbe folle au lieu que retienne. Pour la première fois la gueuse fut céans. Les années ont passé, loin de craindre les ondes, Sur la Marne ai ramé à Joinville-le-Pont, Sous la mer j'ai chassé au trident tous poissons, Puis me suis embarqué aux croisières profondes. Là, comme à Samarcande, haut-lieu de rendez-vous, De nombreux compagnons cette année là périrent, Les abysses ont changé en tombeaux leurs navires, Alors que nous étions au large loin de tout, Une vanne à changé notre plongée bien sage, En subite ruée vers les fonds redoutés, Mais nos braves machines ont su nous remonter, Surface sur les barres, échappés du naufrage, J'ai entendu céder les soudures des cloisons, Comme des coups de feu, du bateau la souffrance, Nous ne pensions à rien qu'à répondre aux urgences, Tout ce fer et nos mains ont fait notre oraison. Souvent ce noir vaisseau nous menait loin du monde, L'équinoxe d'automne démonta l'océan, De vraies montagnes d'eau nous prirent entre leurs dents, Pour deux jours et deux nuits d'une dantesque ronde. Mon vieux bateau en bois s'était couché en brave, Pour le sortir de là il me fallut aller, Là où seul un dément conçoit de s'engager, Pour détruire du dedans les restes d'une épave, Là encore m'a frôlé la gueuse en ce matin, Quand tout s'est écroulé, recraché par la vase, Je fis un pied-de-nez, protégé par les Ases, Qui riaient amusés de ma hache à la main. La gueuse m'a laissé en paix jusqu'en Afrique, Où je fus quelques fois au bord de son désir, Mais à tous jeux de mains, éprouvant du plaisir, D'un rude guet-apens j'échappais, euphorique. Jusqu'aux îles de rêve, allant de port en port, Éléphants et requins, ces animaux me virent, Leurs sauvages desseins, pimentèrent nos rires, Au café du matin quand tous étaient à bord. Tant de fois aperçue, la gueuse à la faucille, Semblait rire avec moi de mes jeux imprudents, Je suis dans ses papiers elle me sourit souvent, Dans son assiduité d'oiseau pour la chenille, Il viendra bien un temps où je voudrai la quille, Elle sera près de moi navrée de mes tourments, Ainsi je suis resté, la vie entre les dents, La gueuse la prendra, d'un doux baiser, gentille. 15 03 20
  46. 11 points
    Loin des maisons grises un soleil respire l'odeur des champs mouillés Il m'attend un nuage sur la tête Je mendie une histoire Il me raconte ses années de lumière l'étendue des étoiles qu'il préfère l'éloquence du vent les jurons des orages Mais surtout il m'invente ses belles amours lunaires qu'un oiseau lui offre chaque soir sur un oreiller tout blanc Notre silence est un mouvement déguisé en couleurs transparentes Mais il se fait tard et il est fatigué alors il endort son visage et me sourit son amitié
  47. 11 points
    Derrière les masques il y a tant de cachettes tant de peurs tirons les chevillettes et les portes cherront à d'anciens carnavals des loups anonymes, des chaperons rouges portaient des confitures aux grand-mères oubliées les pluies de confetti sur l'enfance laissent des sourires figés les formules magiques s'agrippent aux cheveux électriques les mots mystérieux meurent étouffés par les masques il n'y a plus ni galette ni confiture le carnaval est grotesque le loup est en déconfiture le chaperon a la tête au carré les portes ont chu le centre n'est plus hospitalier universitaire on s'unit ou l'on se terre les masques ont perdu leurs visages la chape et le rond rouge brûlent d'un commun accord la mère l'oie est morte on a beau tirer les bobinettes les portes sont très chères le carnaval est vendu aux enchères il reste quelques fées, par ci, par là qui errent dans leurs robes de mousseline piquées d’œillets, de jasmin, de mimosa, et le serpent sourire de Mélusine. (J.E. Mars 2020)
  48. 11 points
    Le cœur Il ne s’accoude jamais Il ne s’agenouille jamais Il n’aime ni l’un ni l’autre A quoi bon s’accrocher à cette idée Le petit frère avait un accroche-cœur Et sur le front il portait un drapeau National Sang de poulet Qu’il suffisait de jeter du haut des gradins Pour exciter les foules Cœur de seigle au goût amer Je te pressais contre ma poitrine Et un liquide épais sortait de tes chaussures Je parlais d’être s vivant s l’autre soir Et pourtant, nous sommes tous morts là-bas J’en parlais si haut et fort Et là-bas, nous étions encore réels Et là-bas nous gardait vivants Mais l’urne des noms ne les retient plus Ceux d’aujourd’hui les hurlent à nouveau, les incendient, les dévorent, plus fort Flottant leur étendard qui pique violemment et leur bulletin négrier Et je vois les femmes hésitantes à manger leurs enfants Les bas-fonds de la haine remontent Il ne fait pas bon y descendre je sais Mais j’y habite au coeur Avec ma petite sœur, un nom de poète juif
  49. 11 points
    Allons y... Pour un bouquet de cailloux, avec des tiges longues et fines enroulées à mon cou. Quand d'amour toujours fou l'amour foutu dans la mare a coulé. Le ricochet poignard, d'un gros brochet d'eau pâle trouble ma sépulture végétale Lorsque je sombre vaseuse et confuse, dans le flou-brouillon de ton cours d'idée à la con. Revenons donc à nos cailloux, ceux déposés, le coeur figé sur le rouge d'un nénuphar. Quelle reussite ! Nous nous sommes si bien noyés !
  50. 11 points
    Mon portrait est un robot L’automate ne répond plus Allô la Terre Un son roule sur le sol La pièce est orange Mécanique, un goût de métal Mon bras se lève, celui des voisins aussi Derrière la vitre, un doigt me désigne, mon doigt se résigne Je me tais Je pose ma bouche sur l’oreiller Le bras en refus Sur le lit froid, ils ouvrent mon dos L’heure est programmée J’entends le sifflement de l’obsolescence Je vois encore leurs yeux et leurs sourires Pupilles noires et dents pointues Tranches de fruit défendu La main sur ma fermeture éclair Et des flashs, et des soubresauts Un filet de bave Et je tourne, aveugle et fou L’ondulation du temps devient musique Mon air préféré Sur l’anneau à toute vitesse de la planète Mon index trace un dernier sillon Et le majeur un joli doigt d’honneur

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

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