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  • Une nuit qu'on entendait un chien perdu


    J'entendrai donc toujours là-bas cet aboiement!
    Un chien maigre perdu par des landes sans borne
    Vers les nuages fous galopant au ciel morne
    Dans l'averse et la nuit ulule longuement.

                                    *

    Ah! Nul ne veut pleurer les douleurs de l'Histoire!
    Dormez, chantez, aimez, ô vivants sans mémoire;
    Mais votre tour viendra; l'oubli, la fosse noire.

                                    *

    Avez-vous entendu ? - Oh! ce cri déchirant!
    C'est le sifflet aigu, désolé, solitaire
    D'un train noir de damnés pèlerins du mystère
    Dans la nuit lamentable à jamais s'engouffrant,

                                    *

    Ah! Nul ne veut, pleurer les douleurs de l'Histoire ?
    Dormez, chantez, aimez, ô vivants sans mémoire,
    Mais votre tour viendra : l'oubli, la fosse noire.

                                    *
    Oh! le refrain poignant que j'entends dans la nuit :
    C'est un bal, fleurs, cristaux, toilettes et lumières.
    - Le vent rit dans les pins qui fourniront des bières
    À ces couples fardés qui sautent aujourd'hui.

                                    *

    Nul n'a voulu pleurer les douleurs de l'Histoire!
    Dans cent ans, vous serez tous en la fosse noire,
    Loin des refrains de bal des vivants sans mémoire.

     


    Illustration: A Dog Facing Right, WILKIE Wynfield, vers 1800


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