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  • La Joue


    Très-belle et amoureuse joue 
    Sur laquelle mon cœur se joue 
    Et mes yeux prennent leur repas, 
    Joue faite mieux qu’au compas, 
    Joue blanche, ou bien claire et brune 
    Ronde comme un croissant de lune 
    S’allongeant un peu vers la bouche, 
    Qu’il me tarde que ne te touche 
    Et te mesure avec la mienne, 
    Laquelle chose en bref advienne, 
    Ainsi que j’en ai le souhait. 
    Ô joue gaillarde et dehait 
    De qui tout amoureux fait fête 
    Contemplant ta beauté parfaite. 
    Joue de qui le seul pourtrait 
    Les plus rusés à soi attrait. 
    Joue que nature illumine 
    D’un peu de couleur purpurine 
    À mode de fleur de pêcher, 
    Pour te vendre aux amants plus cher. 
    Joue non flétrie ou pendante, 
    Point grosse, rouge, ou flamboyante, 
    Ains tenant le moyen par tout. 
    Joue haïssant – aussi – sur tout 
    D’user sur soi d’autre peinture 
    Que de Dieu seul, et de nature. 
    Joue ne maigre, ne trop grasse, 
    Mais replète de bonne grâce, 
    Ne trop pâle, ne noire aussi. 
    Joue, tu me mets en souci 
    Comment je te don’rai louange, 
    Fors que t’appeler : joue d’ange, 
    Joue d’albâtre, ou cristalline, 
    Joue que le naturel Pline 
    Ne saurait au vrai blasonner, 
    Ou joue que – à bref sermonner – 
    N’as ne ride, tache ne trace, 
    Et es le plus beau de la face ! 


    Illustration: Le baiser, STOCK Henry John, 1894



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