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Marygrange

Contre vents et marées

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Marygrange

Je ne suis plus tenue à entendre la foule,

Et j’ai ouvert la porte à mon esprit brûlant.

Tel un voilier qui fend et traverse la houle,

J’ai quitté mon pays agité et troublant.

 

En ces terres du Nord, la tempête est féroce,

La lande ne peut pas retenir sa vigueur.

On a l’âme soumise en mon île d’Écosse ;

Soumise aux éléments, non à notre rigueur !

 

Je retrouve la paix, tournant le dos aux flammes

Du devoir collectif de se battre et haïr,

Pourtant j’ai pris refuge en des lieux où des lames *

Avaient frappé un peuple à le faire partir.

 

C’est ainsi qu’au Québec des noms de ces Hébrides

Se sont entremêlés aux autres bien français.

Et moi, je vis le sort de tous ces apatrides

Qui ont fait l’Amérique au dessein des Anglais.

 

Contre vents et marées, j’apprends les magnifiques

Tons de la mer (jamais je n’en ai vu de tels !)

Et les plages vêtues de sables mirifiques :

Ocres, roses et blancs. Puis je prends mes pastels…

 

* Allusion à ce que j'ai lu dans un roman de Peter May, romancier par excellence des Hébrides : Les Anglais auraient déporté de force, pour l'élevage de moutons (à cause du Tweed qui s'y fabrique), de nombreux habitants de ces îles pour peupler la Nouvelle Écosse, territoire canadien pour lequel, je crois, ils avaient délogé les Acadiens qui s'y trouvaient et qui pour cette raison se sont réfugiés en Louisiane.

 

 

 

 

Comme j'aime bien "recomposer" des morceaux de musique sur un logiciel appelé Musescore du site Musescore.com, j'ai fait une vidéo avec ce poème sur une chanson tirée d'une partition mais dont j'ai refait la seconde voix. Néanmoins, comme je viens de vous livrer le texte, j'ai pensé qu'il était préférable, et de meilleur goût, de vous donner à écouter la version originale interprétée par sa créatrice, Elizabeth Cotten. Cette auteur-compositrice était originaire de Caroline du Nord et était, en quelque sorte, une enfant prodige. Déjà pratiquante du banjo, elle reçut sa première guitare à l'âge de huit ans et se mit à écrire des chansons vers dix, onze ans. C'est à cet âge qu'elle composa Freight Train. Dans les années cinquante, alors qu'elle était femme de ménage dans une famille de musiciens, elle fut remarquée et rendue célèbre par le chef de famille, je crois bien. Freight Train fut reprise en français par Joe Dassin devenant Je change un peu de vent. Quand j'ai écrit mon poème, je connaissais tout juste Elizabeth Cotten, mais je l'ai fait sans penser à la chanson. Puis un jour, j'ai trouvé qu'il y avait une certaine corrélation entre les deux, le besoin de changer d'air, d'environnement, alors j'ai osé franchir le pas vers ce que j'appelle la "recomposition" avec mes tout petits moyens musicaux vieux de pas mal d'années. L'avantage avec un logiciel musical, c'est qu'on peut créer sans jouer, il le fait aussi... 🙂

 

 

 

  • Aimé 4

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Darius

Un talent prometteur qui nous fait aborder les rivages difficiles des pays perdus.

Une grande sincérité traverse les quatrains de Marie Grange. Une plume qui vaut un coup de coeur;

  • Aimé 1

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Marygrange

Il y a une petite arrière-pensée, le désir de se réunir avec la nature. Maurice Rollinat a écrit ces vers :

 

"Lorsqu'on est las de l'imposture

De la perverse humanité,

C'est aux sources de la nature

Qu'il faut boire la vérité."

 

J'ai lu ça après mon poème. Cela a calmé un peu certains de mes doutes. On n'est jamais sûr de soi quand on pense seul, du moins moi.

Merci Darius !

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Lina

J'ai beaucoup aimé vous lire @Marygrange, vous parlez très bien et avec sensibilité des peuples déplacés !  

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Filae77
Il y a 5 heures, Marygrange a dit :

Tel un voilier qui fend et traverse la houle,

J’ai quitté mon pays agité et troublant.

Bonsoir @Marygrange, tout serait à citer dans ce superbe texte , un sujet douloureux porté par de trés beaux vers.

L'affirmation de la filiation et de l'appartenance est suggéré par l'alternance entre ce qui qualifie l'individuel 'Je'

et le 'collectif' suggérant que la destinée  individuelle de la narratrice s'inscrit dans un destin historique général .

Je ne suis plus tenue ...On a l’âme,

Je retrouve la paix...;Du devoir collectif ,  frappé un peuple.

Et moi, je vis le sort de tous ces apatrides

Contre vents et marées-> la trés belle dernière strophe donne le mot de la fin à l'état de  contemplation qui inspire; mais malicieusement

le premier vers est une allusion à toutes les luttes menées pour en arriver là.  

Un cœur

 

Modifié par Filae77

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Jeep

Un poème qui évoque le thème du roman d’Antonine Maillet, Pélagie la Charette, qui reçut le prix Goncourt,

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Seawulf
Il y a 13 heures, Marygrange a dit :

Je ne suis plus tenue à entendre la foule,

Et j’ai ouvert la porte à mon esprit brûlant.

Tel un voilier qui fend et traverse la houle,

J’ai quitté mon pays agité et troublant.

 

En ces terres du Nord, la tempête est féroce,

La lande ne peut pas retenir sa vigueur.

Plutôt les éléments déchaînés que la pesanteur humaine ! Voilà un sujet de réflexion qui pourrait faire couler beaucoup d'encre. Résilience ou fuite en avant. 

Modifié par Seawulf

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