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Écritures des soirs de juin


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Joailes

 

 

Un soir de néréides dans un champ de protéas où chantaient les marabouts je fus saisie d'une inspiration aussi subite qu'inattendue hélas je n'avais rien emporté ni crayon ni papier cela ne m'arrive pas souvent mais des fois j'ai envie de voyager léger.

Les idées affluaient dans ma tête, demain elles seraient perdues, quelle déconvenue, je fus bien marrie lorsque, débouchant du néant, arriva mon mari avec tout mon attirail même les plumes devaient peser des kilos et les pinceaux alourdis de tant de couleurs le pauvre était chargé mais il souriait et moi je n'ai vu que son sourire.

Ce soir là, je n'écrivis rien de ce que j'avais vu, ni les rouges délicats, ni les musiques, ni les elfes en habits verts, qui dansaient sur le lac (je ne les dessinai pas non plus).

J'embrassai mon mari tout surpris et c'est lui qui écrivit, je disais simplement ce que je voyais et il devint mon nègre.

Il n'y survécut pas longtemps c'était trop dur il ne souriait plus dommage car il avait les plus belles dents blanches que je n'avais jamais vues de ma vie et puis sont arrivés les moustiques tigres ce fut un été épouvantable tout disparut fondu je crois qu'un volcan s'était réveillé et avait avalé les écritures j'ai vu un dragon des carrosses et les sabots d'un cheval tout était redevenu poussière j'étais sur une route au beau milieu du désert je cherchais l'oasis

L'histoire s'est arrêtée là je crois devant un précipice.

 

Un autre soir très longtemps plus tard à peine remise de mon aventure je fus à nouveau saisie d'une inspiration incroyable j'étais seule au milieu de milliers de feuilles à la pâtisserie du coin de la rue et je voyais des éclairs et des cerises sur les gâteaux.

Les vitres reflétaient de petits carreaux comme sur les cahiers d'école où l'encre avait commencé à porter ma parole violette avec des pleins et des déliés.

La critique fut sans appel toutes ces feuilles blanches n'avaient aucun sex-appeal.

Je m'en fiche, mon encre est sympathique, un jour peut-être …

 

(J.E. - Des histoires à coucher dehors - 1)

 

  • Aimé 1
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N'Silina
Il y a 19 heures, Joailes a dit :

je crois qu'un volcan s'était réveillé et avait avalé les écritures j'ai vu un dragon des carrosses et les sabots d'un cheval tout était redevenu poussière j'étais sur une route au beau milieu du désert je cherchais l'oasis

Comme vos soirs de juin sont agréables à feuilleter, @Joailes, voilà qu'ils nous embarquent nous aussi !

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