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Le chat sentimental


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Joailes
Posted (edited)

 

 

Le chat écrivait des poèmes.

Sur un divan moelleux, vibrisses dressées et pupilles dilatées, il parlait d'amour du bout de ses griffes encrées de nacre.

On sonna à la porte : la chatte entra, royale, avec toute la grâce de son corps de déesse, sur ses pelotes roses.

Il lui offrit une soucoupe de lait tiède et lui proposa tout de go de lire sa prose toute fraîche.

Elle fit un geste d'assentiment de sa patte de danseuse étoile.

Elle était si jolie, en cet instant, dans le rayon du soleil à travers les bouquets de roses, que le chat sentit son cœur expulsé de sa poitrine.

Il aurait aimé lui dire, mais malgré son apparente assurance, il n'osait pas.

Il lui ronronna quelques uns de ses écrits, lui jetant un œil de côté, inquiet, pour percevoir sa réaction.

Elle n'en eut point. Elle sirotait son lait, le regard lointain.

Il dut se maîtriser. Il avait tant envie d'elle !

Le silence se fit.

 

  • Alors, qu'en pensez-vous ? demanda-t-il enfin

  • Pas mal. Mais vous pouvez faire mieux, j'en suis sûre.

 

Elle déposa un coup de langue bref sur son nez rose et prit congé.

 

Soudain, un profond découragement envahit le poète chat.

L'humilité lui revint.

Il laissa là ses cahiers et sortit.

 

En rentrant, j'appelai le chat. Il n'était pas là.

J'en fus triste car il ne manquait jamais de me faire la fête, pour me débarrasser de mes fardeaux, comme quelqu'un qui vient vous soulager des paquets quand vous revenez des courses.

Alors j'allai au jardin.

Il était là, au bout de l'allée.

Il pleurait, la tête entre ses pattes.

 

Je le pris dans mes bras en miaulant je pleurais aussi, il n'y a rien de plus triste qu'un chat qui pleure.

Il finit par s'endormir et je le déposai dans son-mon lit.

Je découvris ses cahiers ; en lisant ses poèmes, je pleurai de nouveau.

 

Derrière la fenêtre, je vis la minette qui me regardait.

D'un bond, elle pénétra dans la pièce et vint s'allonger auprès de son chat poète.

Je fermai la porte tout doucement et m'enfuis.

 

Il est un coin perdu sous les eucalyptus falaises où je vais précipiter mes chagrins.

Le temps n'y a pas cours , et un violon invisible fait respecter le silence.

Les arbres soignent les brûlures et apaisent les blessures, ils absorbent les larmes.

C'est un tour de magie, offert par je ne sais quel Dieu qui sème des sortilèges sur des chemins emplis de pièges.

Des tapis volants m'attendent et mes vœux se réalisent. 

 

Les chats sont venus me lécher la main et nous sommes rentrés tous les trois, heureux, dans la cabane où nous avions notre panier d'amour. 

(J.E. Juin 2020)

Edited by Joailes
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Frédéric Cogno
Il y a 23 heures, Joailes a dit :

Il est un coin perdu sous les eucalyptus falaises où je vais précipiter mes chagrins.

Le temps n'y a pas cours , et un violon invisible fait respecter le silence.

Les arbres soignent les brûlures et apaisent les blessures, ils absorbent les larmes.

C'est un tour de magie, offert par je ne sais quel Dieu qui sème des sortilèges sur des chemins emplis de pièges.

Des tapis volants m'attendent et mes vœux se réalisent. 

Je crois aux voeux qui se réalisent Joailes. Texte doux et soyeux comme les petits chats.

  • Merci 1
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