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Thibault

Anticonfessionnal

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Thibault

 

J'ai pris la fuite, j'ai vécu l'exode, cherchant un sens à mes lendemains,

Je murmure maintenant une prière, abrité sous l'aile de Saint Christophe.

Alors que d'autres cueillent le houblon, façonnent la terre de leurs mains,

Je cherche le salut de mon âme, une rime pieuse pour ma dernière strophe.

 

Tes yeux de pierre ne sont pas dupes, Toi qui m'observes sur ta croix,

J'ai voyagé loin sans trouver de but, je me suis égaré sur d'obscurs sentiers,

J'ai suivi des cantiques qui ne sont pas les tiens, ma foi était en décroît

Je le confesse, j'ai chanté à des messes qui ont fait du diable mon rentier.

 

Tu le sais, j'ai dormi dans les vallons cachés, là où s'élèvent feux et clameurs

Quand tes clochers se taisent et que les damnés retournent à leurs granges.

J'ai emprunté des sentiers sinueux jonchés de creux aux fumerolles étranges,

Je me suis aventuré dans ces recoins qui t'échappent, loin de tes humeurs.

 

J'ai laissé les fées ondines succubes enchanteresses et déesses païennes

Me dicter leurs lois, j'ai dansé dans l’allégresse sans qu'on me retienne.

Elles m'ont saisi le poignet puis m'ont entraîné, rieuses, dans le cercle de flamme.

Je me souviens de leurs charmes et pour maintes faveurs, j'ai bien troqué mon âme.

 

Je rêve encore de cette silhouette sombre, de ses yeux ophidiens, de son sourire,

Éclair blanc dans la nuit impénétrable, trait de malice qui laisse présager le pire.

Ses caresses me marquent jusqu'au sang, ses baisers sont des braises, je suis en faute,

Elle use de ses tours de ses atours et se délecte de mon cœur en m'arrachant les côtes.

 

Je me cramponne à ses cornes, le parfum chaleureux de ses cheveux d'ébène m'emporte

Au delà de Tes limites, entre le Styx et l'Achéron, mon corps n'a rien connu de la sorte.

Je ne cherche pas le pardon, mon salut ne vaut pas plus que trente pièces de cuivre,

Si Ton Enfer est ses bras, si mon cercle est ses draps, je suis bien tenté de la suivre.

 

Je t'oublie en secret, je me défais de mes vœux, maudit mais heureux, libre et beau.

Je te laisse ton église, délaisse-moi à la démone, à ses jolies cornes, à sa paire de sabots.

Et si Tu me pardonnes, si je finis tout là-haut, mon regard sera toujours tiré vers le bas,

Ouvre Tes cieux, Tu n'auras ni mon cœur ni mes yeux, à jamais pour la reine du sabbat.

 

 

 

 

 

 

Edited by Diane
corr.orth.
  • Aimé 2

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Jeep

Derrière la déclamation se ressent une culpabilité judéo-chrétienne pour laquelle l’amour charnel est péché.

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Kanth

Le salut ou le corps enivrant d'une diablesse... J'aime bien les longs vers qui donnent l'impression de vouloir ralentir le temps pour profiter des instants délicieux mais maudits...avant la damnation !

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Natacha Felix

Le plaisir de se laisser sombrer dans "l'interdit" semble à ce narrateur bien irrésistible : au fil des vers il passe de "je cherche le salut de mon âme" à "tu n'auras ni mon cœur ni mes yeux". Moi je dis, il a bien raison, si l'on abandonne l'idée d'un après, ma foi, on ne vit plus qu'une fois, alors autant qu'elle compte 😁

  • Haha 1

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Aubussinne

 Le sujet agenouillé s'est arraché au confessionnal et à celui caché derrière la grille de bois, même enfui il ne semble malgré tout pas très serein et les vers longs le traduisent fort bien.

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Thibault

Merci à tous pour vos messages 😊

Edited by Eathanor
Remise en forme du message

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Seawulf

Ambiance schizophrène. De longs vers, comme de longs reproches, longuement culpabilisants, qui sont un déchirement de l'âme.

Edited by Seawulf

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Diane

"un remords vaut mieux qu'une hésitation qui se prolonge "  ... ( Montherlant )

on ne saurait mieux dire 😉

  • Aimé 1

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Joailes

Le titre est assez surprenant et le poème ne l'est pas moins, mais on sait qu'écrire est une thérapie. 

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Gabriel Montigny

" Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder."
Oscar Wilde

 

🙂

 

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