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Joailes

Souvenir d'oubli

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Joailes

 

 

Tu as cassé les carreaux de ta chemise pour laisser s'envoler les oiseaux, jeté tes bottes au loin le cheval s'est enfui au galop le ranch avait brûlé longtemps, il n'en est rien resté, tu es mort trois jours devant la pierre où son corps reposait dans une étrange lumière.

Elle avait tout emporté et puis soudain tu t'es levé en titubant ; laisser son corps repartir vers rien ô Dieu comme c'est dur quelle force l'anime encore pour charger sur son dos son sac de vide et regarder la route noire bordée de ruines ; sur le talus quelques petites fleurs jaunes , ce sont elles qui l'ont entraîné sans même qu'il s'en rende compte, laisse ton cœur trop lourd ici je t'en donnerai un autre tout neuf et le parfum de l'oubli, chuchotaient-elles comme des sirènes roses ...

En avançant vers l'horizon qui enfonçait son poing sur son ventre froid, il sut, malgré lui, qu'ici c'était l'enfer ;  il ne pourrait trouver pire il avait faim pour la première fois depuis longtemps, l'instinct de survie revenait peu à peu ses narines se dilataient les fleurs devenaient plus nombreuses et des milliers d'oiseaux dessinaient dans le ciel de curieuses volutes multicolores qui firent repartir son cœur, comme une pendule sans heure.

 Il se sentait soudain léger.

Des heures de marche dans le désert font oublier le reste, il fait chaud soif et faim le souvenir n'est qu'un mirage. 

Il entra sans réfléchir dans la première échoppe, s'acheta une chemise à carreaux, des bottes et un cheval, finit la nuit au saloon et au matin, il repartit vers le sud ...

 

Tu es revenu, toujours le même mais si différent ; je t'ai reconnu aux plis amers de ta bouche

et aux cendres dans tes cheveux ; le message silencieux de tes yeux le cœur s'allège parfois grâce à de petites fleurs jaunes qui chuchotent des promesses sur des chemins creux.

Le parfum de l'oubli est éphémère, il distrait mais revient par petites touches, toujours, comme une piqûre de quelque insecte à dard dans le soleil qui darde ses rayons.

 

Quand tu as revu sa tombe tu as titubé, tous les souvenirs se sont jetés sur toi et t'ont dévoré, comme elle, autrefois.

Il y a de plus en plus d'oiseaux jaunes qui volent au-dessus de ce champ abandonné dont nul ne se souvient l'histoire ; j'ai voulu la raconter avant que de me faire dévorer, à mon tour, par la mémoire

 

 

qui s'enfuit déjà au-dessus des tombes où j'avais réservé un carré pour le souvenir j'avais bien calculé l'orientation le soleil nous a touchés en même temps, Toi, Elle et moi je crois qu'on est morts, mais je n'en suis pas sûre 

 

(J.E. Petites histoires ordinaires)

 

  • Aimé 2

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