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LKazan

Lisa au piano bar

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LKazan

 

Lisa était jeune comédienne bourrée de talent, avec une réputation déjà bien établie dans le microcosme artistique londonien.

Le rendez-vous traditionnel du vendredi au Zetland Arms, le piano bar de South Ken qui à une lointaine époque avait eu pour tenancier le frère de Charlot, avait figure d’incontournable événement de la soirée. Son entrée avait la gestuelle superbe, tout imprégnée qu’elle était du rôle qu’elle venait de quitter sous les bravos sur la scène du théâtre voisin.

Aussi, la porte s’ouvrait-elle toute grande et prenait tout le temps nécessaire avant de s’effacer devant mon amie Lisa ; elle vers qui l’appel d’air aidant tous les yeux s’étaient inévitablement tournés.

Bien que nous occupions infailliblement le même coin de salle que nous réservait le proprio en remerciement de notre fidélité, elle feignait de nous chercher, nous qui y formions de semaine en semaine le même groupe bigarré d’artistes. Brassant son public d’une lente projection circulaire, méthodique, scrutant chaque convive de son regard myope, de gauche à droite, à la manière insistante d’une souveraine qui laisse à chacun de ses sujets dans la foule la flatteuse impression d’avoir été reconnu. Menton haut, gorge déployée et seins au garde-à-vous ; le tout de fort agréable facture, pris ensemble ou séparément.

Alors elle ébranlait, pianissimo, sa somptueuse silhouette dans une marche ondulatoire ; adressant au passage à chaque mâle portant beau un délicieux gloussement au seul dessein facétieux de faire se hérisser la compagne.

« Did I make a good entrance ? » étaient infailliblement ses premiers mots à mon oreille, avant l’étreinte démonstrative et pulpeuse à laquelle je consacrais volontiers. Bien que mon statut auprès de Lisa ait été original : elle n’avait jamais réussi à me mettre dans son lit, ce qui déjà faisait de moi un être d’exception – et en toute justice faisait monter ma cote dans notre confrérie.

Dès lors que je présentais la particularité d’être Belge et aspirant pilote de course, Lisa avait fait de moi à la ronde son « French champion », pour avoir eu le double mérite à ses yeux d’être francophone et de m’être cassé la pipe…

 

 

 

Modifié par LKazan
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Jeep

J’envie vos souvenirs, même s’ils sont inventés.

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LKazan

@Jeep

En vérité, aucun mérite d’inventivité : un tri dans le passé...

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Joailes

J'aime ces histoires si bien décrites qu'on dirait qu'elles ont été vécues ; si elles le furent, c'est très beau. Si c'est imaginaire, bravo ! 

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LKazan

@Joailes

Historiette tirée de mon vécu, le personnage de Lisa n’étant même pas caricaturé. Une immersion dans le milieu artistique de Londres et la rencontre de jeunes de ma génération dont certains, comme les Moody Blues, sont allés jusqu’au bout de leur rêve. Quant au milieu du sport automobile, à l’époque passion particulièrement cruelle, je ne l’évoquerai pas sur ces pages : trop de copains fauchés dans leur deuxième décennie...

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Joailes

nights in white satin, alors ... Merci. 

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