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Victor Marie

Le chaos et l'enfant

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Victor Marie

Le temps semble figé ; les secondes, comme des jours,

Interminables, passent ; au fond de la nuit

Qui noie le monde, le silence s’installe sans bruit,

Tandis que l’Homme pleure l’Universel Amour.

 

Des larmes amères coulent, elles noient sa mémoire,

Elles roulent, roulent le long de son désespoir,

Elles deviennent fleuves, et s’en vont, océanes,

Alimenter ses peurs, et révéler ses pannes.

 

Je suis là, impuissant, contemplant le désastre,

L’imminente tragédie de l’inhumaine race.

 

Les survivants se terrent, et dans la nuit profonde

On ressent la moiteur d’une terreur immonde

 

Alors que se profile dans le ciel et les astres,

Le divin épilogue d’une encombrante trace,

Je passe et puis repasse, inconsolable et seul,

Lente rétrospective, les années d’avant deuil.

 

Je contemple le fil où s’enchaîne ma vie

Je le tire et ramène des lambeaux de bonheur,

D'éphémères instants, de rassurantes heures

Les pénibles souvenirs que je croyais enfouis ;

 

Le tumulte indécent va bientôt retentir.

 

Soudain levant les yeux au fonds de ce décor

Qui force au repentir, où mes forces chavirent,

J’aperçois dans la rue, l’insoutenable effort

Que déploie un enfant traînant une valise.

La scène est incongrue, parce que tout se brise

Son fardeau semble lourd, mais il reste silencieux

Il avance tranquille, assuré, lumineux

Presque heureux d’être là, au milieu de la nuit..

 

Il chavire parfois, et puis trébuche aussi,

Mais inlassablement, il se remet debout,

Fièrement, sans faiblir, et il avale ainsi

Sans hâte, pas à pas, l’interminable route.

                                                                                             

Qui est-t-il ?, où va-t-il ?, d’où vient ce garnement ?

Il semble comme étranger à ce monde dément

 

Pourquoi inflige-t-il cet effort dérisoire

A mes yeux las d’amour, las de temps, et d’espoir ?

Ne devine-t-il pas la terrible menace

Qui plane sur nos têtes, comme une ultime farce ?

 

Je dois le rattraper, éteindre son sourire

Le convaincre, expliquer, lui éviter le pire.

 

J’entreprends de rejoindre l’impertinent enfant.

Ma lente procession pour atteindre l’impie,

Est freinée par le vent qui bruyamment glapit,

J’avance pesamment, résolu, haletant,

Pour tenter l’impossible, et pour rendre probable

Ma dérisoire quête ;

                                     Je saisis, intraitable,

L’innocente créature, qui n’a cure du rôle

Que je tiens en ces lieux. L’enfant fait volte-face,

Et brusquement je sais, et ma colère s’efface.

 

Contemplant ce visage que je connais par cœur

Je découvre incrédule, dans ces traits la douceur

D’un gamin de sept ans pointant de son index

Un horizon blafard qui me laisse perplexe.

 

Image de l’innocence, d’un printemps révolu,

D’un cœur ouvrant les portes de l’amour, résolu

A répandre l’espoir par-delà les sceptiques,

Tous ces morts en sursis, au regard famélique.

 

Je fus cet enfant-là, celui qui disparaît,

Qui semble s’évanouir la besogne remplie,

Sans qu’un son sur ses lèvres ne m’instille la paix

Ni n’efface l’angoisse qui me tord et me plie.

 

Je demeure fourbu, éreinté, écrasé,

Le choc fut salutaire mais la nuit est glacée.

 

Tandis que je relève, comme un pantin cassé

Mon corps et ma raison, tandis que mon passé

M’est ainsi révélé, je recommence à croire,

L’image s’accentue au centre du miroir.

 

Le découragement cesse remplacé par l’espoir

Et Je suis désarmé par ma propre victoire.

 

Pouvons-nous retrouver cette innocente image

D’un possible bonheur, et s’il n’est pas trop tard,

Alors quel est le prix qu’il nous faut consentir

Pour que nos lendemains ne soient pas des hasards ?

Sommes-nous à la fois la lumière et le fou ?

Déchiffrons-nous toujours du symbole l’atout ?

 

Au tréfonds de nos cœurs où siège le repentir

Pouvons-nous retrouver l’originel arôme ?

La saveur des saveurs qui fait ce que nous sommes

De solides maçons, des Hommes en devenir.

 

La fable dit que OUI ; l’enfant omniprésent

Veille dans la pénombre de nos cœurs fatigués

Et à la réflexion, c’est comme un cabinet

Où nous nous plongerions, sanctuaire apaisant

Où l’âme se régénère, où la raison du cœur,

Modère nos passions pour construire le bonheur.

 

Que devint la valise ? et que contenait-elle ?

 

Mais elle est toujours là, je la traîne partout

Et elle contient tout ;

                               Enfin, presque tout ;

                                                           Ce que j’y ai mis

Mes doutes et mes farces

                              Mes amis, mes ennemis,

Ce qui fait ce que je suis

                              Ni sourire ni grimace

Un maillon minuscule

                              Dans une solide chaîne.

 

Et quand l’indécision, et quand l’intolérance

Frappent trois petits coups mais avec insistance

Je l’ouvre cette valise,

                              Tout en grand,

                                                   Et j’y puise mon destin.

 

 

 

 

 

Edited by Diane
orth.

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Danivan

Le petit enfant en nous, boussole intérieure à ne jamais négliger. Dans notre monde moderne hyper-connecté, dans nos villes bruyantes, de plus en plus stressées et stressantes, il n'est pas aisé de percevoir sa voix... Merci de nous rappeler,  avec tant d'élégance, des choses si essentielles

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Eobb

Parler à son enfant, celui que nous sommes tellement nous vivons si peu longtemps de toute façon, ne pas l'enfermer pour continuer de pousser la roue. Joli poème.

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Gabriel Montigny

Cette forme littéraire interroge  toujours. A questionner l'enfant qu'on était, on oublie l'enfant qu'on devient. Inexorablement.

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Natacha Felix

J'aime bien cette fable, qui incite à ne pas négliger certaines parties de soi. Par contre souhaiter que les "lendemains ne soient pas des hasards" me semble contre-productif, c'est même le début de la fin du regard d'enfant, je trouve, opinion personnelle... 🙂

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Eathanor
Le 09/11/2019 à 06:16, Natacha Felix a dit :

Par contre souhaiter que les "lendemains ne soient pas des hasards" me semble contre-productif, c'est même le début de la fin du regard d'enfant, je trouve, opinion personnelle...

Suite à la lecture de votre poème, je me suis fait la même remarque que Natacha 🙂 

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Victor Marie

Merci pour votre passage

Que les lendemains ne soient plus des hasards...oui car nous devons (c'est mon opinion) tordre le destin..."je" suis le bâtisseur de "mon temple", et je souhaite me réapproprier ma vie, façonner demain, ne pas subir le chaos...En fait il y a dualité: l'enfant sommeille en nous et nous interpelle sur l'inadéquation de nos choix, nos drames, toutes ces défaites subies (car une défaite peut être assumée); il doit s'ensuivre l'arrimage de nos vies à de plus solides faîtières ...devenir des adultes responsables ?

Mais encore une fois, ce n'est que ma modeste opinion...

Amicalement

 

VM

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